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POZ n°63 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'equipe de rédaction   
Samedi, 13 Novembre 2010 13:13

SOMMAIRE


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  • Édito
  • Les nouvelles de l’OZ
    Bilan de la Fête de la science
    Nouveau lieu pour les réunions de l'OZ
    L'OZ dans les médias
  • Actualités
    Du prétendu « décodage non-verbal »
    Recruter et manager par l'astrologie, la graphologie et la numérologie selon André Santini
    Un guide pour protéger les enfants des dérives sectaires
    Le bazar du bizarre
  • Enquête : Tester les voix dans la tête : compte rendu d'un débroussaillage
  • Billet : Chronique vaccinale : La rougeole rigole
  • Culture et zététique :
    En libraire : Dictionnaire visuel des mondes extra-terrestres ; Purulence
    En ligne : Charlie Chaplin a-t-il prouvé le voyage dans le temps ?
  • L'OZ vous répond : Le fantôme du Vatican
  • Agenda
    Conférence : Santé, bien-être et dérives sectaires, le 26 novembre à Grenoble
    Réunion de l'OZ le 6 décembre


ÉDITO



« Dieu a fait preuve de sagesse en me laissant mes facultés intellectuelles après ma dernière attaque. Je n'ai plus l'usage de ma jambe ni de mon bras gauche mais je peux penser et parler. »

Ces phrases édifiantes, je les ai lues par dessus l'épaule d'une dame dans le bus. Je ne suis pas parvenu à choper au vol les références du bouquin, j'ai juste eu le temps de recopier frénétiquement ce morceau d'anthologie.

Je suis bien désolé d'être athée, ami lecteur. La totale incompréhension du sentiment religieux qui me sépare douloureusement d'une partie de mes prochains m'interdit de lire ces phrases sans rire ou, si elles émanent d'un proche, sans pleurer. J'ai tort, je le sais bien : le simple fait que quelqu'un puisse écrire sérieusement ces phrases n'est-il pas la preuve de l'existence de Dieu ? Dans la tête de leur auteur, tout du moins.

Et plus ça va, moins je comprends. J'étais déjà anticlérical depuis longtemps, pensant voir dans l'histoire et dans l'actualité quantité de faits constituant des raisons objectives de ne pas fréquenter des groupes organisés de croyants avec autorités religieuses. Mais j'admettais que l'on vive son sentiment religieux personnel, la croyance en une force supérieure que l'on ne comprend pas et qui régit des choses dans la vie. Par rapport à la croyance en l'astrologie ou aux courants telluriques, une telle position a le mérite de ne pas s'habiller d'oripeaux pseudo-scientifiques. C'est mystérieux, c'est mystérieux, point final, on ne va pas en faire une terrine.

Je crains hélas que ça ne soit jamais vraiment le cas. Quand les gens pensent « Dieu » ils ne pensent peut-être pas tous la même chose, mais s'imaginent probablement penser la même chose que d'autres, et hop, prosélytisme, clergé, etc. « Dès qu'on est plus de quatre on est une bande de cons », c'est Brassens qui le chantait et il s'y connaissait en cons. Il s'y connaissait moins en Dieu ; à la « preuve de sagesse » consistant à laisser des facultés intellectuelles après une attaque (trop cool), il aurait probablement répondu « Dieu, s'il existe, il exagère ».

Bon, je sais bien que j'ai tort de raconter tout ça. D'ailleurs « L'Observatoire zététique se prononce sur la validité des preuves et des raisonnements, tout en respectant la liberté de croire. De plus, il vise à éviter tout dogmatisme tant dans les allégations que les réfutations. », c'est l'article deuxième des statuts de l'OZ qui le dit.

Alors puisqu'il faut des preuves et des raisonnements, je me suis dit que j'allais prouver l'inexistence de Dieu. Je suis comme ça, moi, je n'ai pas froid aux yeux. Étant par ailleurs dépourvu de tout défaut (je n'ai même pas celui de la fausse modestie, t'as qu'à voir), j'ai décrété il y a quelque temps que rien ne s'opposait à ce que Je sois Dieu Moi-même. Incognito, pourquoi pas. Mais pour sûr, omniscient, omnipotent, omniprésent. Personne ne M'ayant jusqu'à présent démontré le contraire, l'hypothèse tient toujours la route.

Je lance donc un défi à Dieu. S'Il existe vraiment, alors Il ne tolérera pas que J'existe Moi-même. Et d'ici le mois prochain, il Me sera probablement arrivé un accident consécutif à ce défi. Ou alors Dieu C'est rien qu'une Couille molle.

Ou alors puisqu'Il est omnipotent, Il peut aussi être Moi, et Moi être Lui, sans que cela pose de problème. On appellerait ça un Mystère et on ajouterait un nota bene à la Bible, au Coran, à la Torah, aux Œuvres complètes de Freud, à l'Almageste de Ptolémée ou à Oui-Oui et le clown mécanique, enfin au livre sacré de ton choix. Ça s'est déjà fait, il Me semble.

Ou alors Il S'en fout qu'il y en ait un autre, Il est comme Ça, Dieu, tolérant et tout. Et du coup, J'aurai au moins réfuté le monothéisme, c'est toujours ça de pris. On pourra le clamer au monde entier, ça évitera bien des raisons de se massacrer.

Ou alors Il Me laissera croire que Je suis unique rien que pour que J'en bave un peu à Mon tour, voir que c'est pas une sinécure d'être rendu responsable de tout et n'importe quoi, de devoir traiter des quantités de demandes complètement absurdes et intéressées, de devoir Se demander en permanence si oui ou non, On laisse des facultés intellectuelles à quelqu'un dont On provoque l'attaque, hmmm, qu'est-ce qui serait le plus sage, voyons voir, allez disons qu'On laisse bras droit, jambe droite et facultés intellectuelles, Ma foi c'est déjà pas mal, Je pense avoir fait preuve de sagesse. « Il verra bien si c'est si marrant que ça, ce godelureau », Se dit-Il en ricanant dans Sa barbe.

Et ainsi peut-être pourra-t-Il en douce venir prendre une place qu'Il convoite depuis longtemps, celle d'éditorialiste du bulletin mensuel de l'OZ... Tu verras bien le mois prochain !

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste divin

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Bilan de la Fête de la science 2010

Du 21 au 24 octobre 2010, l’Observatoire zététique a participé à la Fête de la science. Cette année encore, nous animions un stand avec un groupe de sept doctorants moniteurs du CIES (Centre d’initiation à l’enseignement supérieur) au sein du Village des sciences, installé place de Verdun à Grenoble. Pour les moniteurs, cette participation à la Fête de la science constituait la finalisation de leur projet pédagogique. En effet, encadrés par Florent Martin, vice-président de l’OZ, ils ont pendant plusieurs mois imaginé et conçu différentes animations ludiques destinées au grand public et se sont placés durant quatre jours dans une situation d’enseignement inédite pour eux. Jeudi et vendredi, le Village a essentiellement accueilli des scolaires, tandis que le week-end, c’est en famille que les grenoblois s’y sont baladés. D’après le Centre de culture scientifique technique et industriel (CCSTI), organisateur de la manifestation, près de 10 000 personnes ont visité le Village des sciences de Grenoble.

Après les impressionnantes catalepsies sans hypnose, notre animation-phare cette année était une démystification d’une démonstration de l’action de la force de Coriolis sur la vidange d’un évier rempli d’eau. On ne se souvient pas toujours dans quel sens tourne l’eau quand notre évier se vide mais beaucoup pensent savoir que ce sens s’inverse dans l’hémisphère Sud à cause de la force de Coriolis. Ce phénomène fait l’objet de pseudo-démonstrations à l’Équateur où les touristes peuvent voir l’écoulement de l’eau changer de sens à deux mètres près.

 

démonstration à 2m au Nord de l'équateur

démonstration à 2m au Sud de l'équateur

 

Sur un ton humoristique, les animateurs du stand, capables de reproduire cette expérience, prétendaient donc avoir déplacé l’Équateur jusqu’à Grenoble et laissaient leurs spectateurs médusés… La démystification est pourtant simple : contrairement à la croyance populaire, le volume d’eau et les distances mis en jeu dans un évier sont trop petits pour que la force de Coriolis ait un effet perceptible.
Due à la rotation de la Terre, la force de Coriolis s’exerce sur tous les objets en mouvement. Son effet le plus flagrant est la forme des cyclones (enroulés dans le sens horaire dans l’hémisphère Sud et dans le sens anti-horaire dans l’hémisphère Nord). Mais dans un évier qui se vide, son influence est négligeable par rapport à d’autres paramètres comme les courants créés lors du remplissage ou la forme du lavabo.
À travers cette mystification, nous voulions forcer notre public à remettre en question une idée reçue, véhiculée même par certains professeurs de sciences physiques, et attirer l’attention sur les conclusions d’une démonstration (pour ne pas dire « expérience ») trompeuse…

Peu investie dans l’animation du stand cette année, j’ai passé une bonne partie de mon week-end à  observer et écouter nos visiteurs. Le stand n’a pas désempli, les moniteurs ont été très efficaces et Florent a fini avec une extinction de voix.

Bien sûr, le terme zététique intrigue et amuse mais peu retiennent sa définition. J’ai entendu qu’il s’agissait de la « science du paranormal », que nous étions des « gens qui s’intéressent aux trucs bizarres » ou « qui luttent contre les croyances » et même que nous « démontrons ce qui n’existe pas »… Quoi qu’il en soit, notre but principal, le développement de l’esprit critique, est lui bien compris. Tout le monde est reparti avec le sourire, visiblement conquis par l’intérêt pédagogique de nos animations et par notre démarche.

 

De gauche à droite : Florent présentant le stand lors de la visite inaugurale ; les ardoises de l'OZ disposée sà l'entrée du stand ; l'animation sur l'influence de la lune.

 

Disposées à l’entrée du stand, nos ardoises ont encore une fois rencontré un vif succès et capté l’attention de nombreuses personnes qui déambulaient dans le couloir central. Les situations proposées dans ces 15 problèmes sont tirées essentiellement du quotidien. Les explications surprennent souvent, même les plus sceptiques et montrent qu'une bonne analyse critique n'est pas toujours aussi évidente qu'il y paraît. J’ai pu observer que nos visiteurs lisaient en moyenne entre 3 et 4 ardoises, jouaient seuls puis souvent se défiaient en groupe. Les ardoises étant indépendantes les unes des autres, chacune peut donner lieu à des discussions sur des sujets très variés : ufologie, médecines dites alternatives, coïncidences et représentation du hasard, faux souvenirs, manipulation de chiffres, arnaques commerciales... Elles illustrent bien la pluridisciplinarité des outils de la zététique.

Le plus efficace pour attirer le public reste malgré tout et de loin la catalepsie sans hypnose. Nous utilisons cette démonstration impressionnante depuis plusieurs années. Invariablement, parmi le public stupéfait, on entend alors : « C’est quoi le truc ? » et un voisin répondre avec un sourire : « Y’en a pas ! ». En effet, il s’agit d’un simple effet physique : en appui sur les épaules et les mollets, le corps arc-bouté, il est plus facile qu’on ne l’imagine de tenir, sans être hypnotisé, dans cette position pas si inconfortable. L’expérience est sans danger mais pour la première fois, nous avons eu un accident ! Après avoir installé son cobaye à l’horizontal entre deux tréteaux, Florent a proposé à la femme de celui-ci de se placer debout sur lui. La jeune femme s’est déchaussée sans hésiter mais a glissé en montant sur la chaise. Elle est alors tombée sur son mari qui ne s’est heureusement pas blessé sur les tréteaux. Il a d’ailleurs aussitôt voulu retenter l’expérience afin de faire une belle photo.

 

De gauche à droite : Florent lors de la démonstration sur la force de Coriolis ; une catalepsie sans hypnose qui laisse de marbre les lecteurs de nos ardoises.

 

Comme chaque année, du point de vue de nos objectifs, le bilan de cette Fête de la science est très positif : nous proposons de nouvelles animations pédagogiques et nous touchons un très large public.
Cependant, le stand du Village des sciences de Grenoble étant payant (130 euros le m2) mais pris en charge par l’Université de Grenoble et le CNRS (qui nous octroie la surface minimale de 12 m2) du fait de l’implication des doctorants-moniteurs, sa pérennité n’est pas du tout assurée. Il est donc fort probable que nous ne soyons plus présents à Grenoble dès l’année prochaine. Peut-être retournerons-nous alors à Lyon ou à Chambéry qui mettent gratuitement leurs mètres carrés à disposition des associations de vulgarisation scientifique.

Géraldine Fabre

 

Ce n’est pas nous qui l’avons dit !

Pour annoncer sa participation à la Fête de la science, l’Observatoire zététique a envoyé un communiqué à la presse locale et régionale. Ce communiqué de presse a été repris notamment par le Dauphiné Libéré du 21 octobre. Mais le journaliste l’a visiblement lu un peu vite au point d’en déformer le message. Voyez par vous-même.

OZ : « On ne se souvient pas toujours dans quel sens tourne le vortex d’écoulement de notre évier mais beaucoup pensent savoir qu’il s’inverse dans l’hémisphère Sud à cause de la force de Coriolis. Ce phénomène fait l’objet de démonstration à l’Équateur où les touristes peuvent voir l’écoulement de l’eau changer de sens à 2 mètres près ! 2 mètres, c’est aussi la largeur du stand où nous reproduirons le phénomène pour vous « prouver » que l’équateur passe aussi à Grenoble. Soyez prêt à remettre vos idées reçues en question. »

DL : « On ne se souvient pas toujours dans quel sens tourne le vortex d’écoulement de notre évier (vérifiez…). Et peu savent qu’il s’inverse dans l’hémisphère Sud à cause de la force de Coriolis. Voilà ce que vous pourrez découvrir au Village des sciences, place de Verdun. À 2 mètres près, vous constaterez cette inversion ! »

Le journaliste pouvait difficilement faire pire comme contre-sens… et même comme contradiction dans son propre texte ! Notre communiqué n’était peut-être pas suffisamment explicite mais il ne faut décidément pas compter sur la curiosité des journalistes…

Géraldine Fabre

 

L’OZ encore dans les médias

On le voit partout ! Le vice-président de l’OZ, Florent Martin était encore à la télé, mercredi 10 novembre, sur France 2 dans l’émission « Le Bureau des plaintes », diffusée en deuxième partie de soirée (la vidéo est en ligne sur le site de l'OZ). Invité pour parler des médecines dites douces, il a été opposé à Lio qui se plaignait d’être toujours considérée comme une illuminée lorsqu’elle avoue son recours à la médecine chinoise et malgré les bienfaits indéniables que cela lui apporte.

Pour une fois, le présentateur, Jean-Luc Lemoine, n’a pas écorché le nom de notre association et a même permis à Florent de la présenter. Bien que son point de vue ait été caricaturé  (« vous, vous êtes catégorique, les médecines douces, ça ne marche pas. »), il a pu nuancer sa position, et faire passer un message critique sur ce que l’on entend par « ça marche ». Il a ainsi réussi l’exploit de mettre à peu près tout le monde d’accord sans faire de généralisation hâtive, ni se laisser coincer dans le rôle du sceptique borné qu’on aurait bien voulu (peut-être) lui faire jouer. Après le baise-main d’introduction à Lio, Florent a conclu par un bisou magique sur la joue de Bernard Montiel. Reste à savoir ce que les téléspectateurs en ont pensé et surtout retenu… Quoi qu'il en soit, nous sommes passés de 655 visites par jour sur notre site à 967 le soir de la diffusion.

Géraldine Fabre

 

Nouveau lieu  pour les réunions pour l’OZ

L’Observatoire zététique change de lieu de réunion. Nos réunions mensuelles organisées le premier lundi de chaque mois (sauf jour férié ou vacances) auront désormais lieu dans la salle Eugénie Cotton, 15 rue Marguerite Tavel à Fontaine (à l’angle de la rue Paul Vallier). Moins centrale mais plus facile d’accès (tram A, Hôtel de ville - La Source) que les Bas-côtés, cette nouvelle salle a une capacité d’accueil plus grande mais ne dispose pas d’un bar. La convivialité des réunions sera donc assurée par les membres qui apporteront comme à leur habitude nourriture et boisson à partager pour commencer sympathiquement la soirée par un apéro dînatoire.

La première réunion dans cette nouvelle salle a eu lieu le 8 novembre. Nous étions près d'une vingtaine à nous approprier l'endroit. Cette salle s'est révélée suffisamment grande et modulable pour nous permettre d'accueillir un public nombreux, d'organiser des séances de travail en petits groupes et même d'y dérouler des protocoles d'expériences.

La prochaine réunion de l'OZ, le 6 décembre, se tiendra donc là-bas. Il y sera question de l'avenir de notre association en préparation de la prochaine assemblée générale prévue en janvier.

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

La Fête de la science à Marseille

Lors de l’édition 2010 de la Fête de la science, l’Association Marseille Zététique a animé un stand sous le chapiteau « Science et technologies », en partenariat avec la Maison des Sciences - ESCUP.

Pendant trois jours, les membres de l’association se sont relayés pour discuter, animer et expliquer en quoi consiste la démarche zététique. Ces rencontres avec le public constituent toujours un moment important car elles permettent de « tester » notre approche, à la fois rigoureuse dans la méthode et ouverte dans la posture intellectuelle que nous défendons. Chacun a pu ainsi se rendre compte de la nécessité d’une réelle pédagogie de l’esprit critique, face aux questions diverses, aux affirmations, et autres demandes des visiteurs. Pour animer le stand, les membres de l’AMZ avaient prévu un certain nombre d’activités :

  • une activité expérimentale créée par l'OZ permettant de présenter la démarche scientifique de façon ludique et intéressante.

À cela, ils avaient ajouté deux posters réalisés par l’OZ (Quelques règles de zététique et Les paréidolies) et ont également utilisé plusieurs ardoises.

Enfin, ils ont proposé aux visiteurs une affiche intitulée « Êtes-vous nés un jour de pleine Lune ? » sur laquelle ils étaient invités à noter leur date de naissance dans la colonne correspondant à la phase de la Lune (Nouvelle Lune, Premier Quartier, Pleine Lune, Dernier Quartier) au moment de leur venue au monde. Les résultats, visibles et clairs, permettaient de discuter des mythes liés à notre satellite et notamment de l’influence supposée de la pleine Lune sur les naissances. Le verdict pour cette année est sans appel : pour un total de 264 dates, Nouvelle Lune = 62 (23,5%), Premier Quartier = 73 (27,7%), Pleine Lune = 65 (26,6%), Dernier Quartier 64 (24,2%). On peut noter que ce n’est pas la pleine Lune qui est arrivée en tête mais le premier quartier. Cependant, si les résultats avaient montré un excès de naissances pour la pleine Lune, qu’aurions-nous pu conclure ? En fixant un critère (seuil) égal à 5%, il aurait fallu qu’une des phases contiennent au moins 79 naissances pour que ce total soit significativement déclaré comme non imputable au seul hasard. Avec un seuil de 1%, ce chiffre passe à 84 naissances. Avec nos 73 naissances pour le premier quartier, nous en sommes donc loin (si l’on affirme que ce résultat n’est pas dû au hasard, on a plus de 17,7% de chance de se tromper !).

Denis Caroti

 

Du prétendu « décodage non-verbal »

« Si votre interlocuteur est un homme droitier défensif (croisement du bras gauche dominant le droit) et que sa jambe gauche couvre la droite, il exprime l’échec de sa manœuvre », mais « s’il s’agit d’un homme droitier offensif (croisement du bras droit dominant le gauche) et que la jambe droite couvre la gauche, l’attitude est clairement calculatrice » selon Joseph Messinger, l'un des nouveaux papes de la communication non-verbale.

Le prétendu décodage non-verbal était l'un des thèmes du récent colloque organisé le 2 octobre 2010 à Marseille par le GEMPPI(Groupe d'étude des mouvements de pensée en vue de la protection de l'individu) et intitulé « Sectes, éthique et santé : expériences partagées » . Pascal Lardellier, Professeur à l'Université de Bourgogne (www.pascallardellier.com) y exposait des éléments d'une de ses récentes publications Arrêtez de décoder. Pour en finir avec les gourous de la communication (éditions de l'Hèbe), particulièrement alerté par l'usage que font les médias, les écoles de management et diverses autres de formation, au sujet d'une prétendue théorie visant à identifier nos pensées à travers nos gestes, mimiques, attitudes, postures.

J'enseigne moi-même dans une de ces écoles, et prépare de futurs étudiants à un oral de concours ; il me fut récemment demandé de leur procurer quelques savoirs sur la communication non verbale et je m'y suis refusée.

En effet, et Pascal Lardellier le montre clairement, il s'agit, avec quelques clés rapidement énoncées (et faussement nous allons le voir), de prendre l'ascendant sur autrui par l'interprétation de ses gestes, muni d'un « regard laser adoptant la posture du gourou » (Pascal Lardellier). Il y a utilisation de discours para-sectaire visant à une emprise mentale, voulant donner des explications simples à des comportements complexes. Sous le postulat que « le corps serait lisible », Pascal Lardellier dénonce toutes sortes de « gogologies » comme la synergologie, la morphogestuelle. Il va nous donner quelques exemples de prétendus décodages parus cet été dans les médias (par exemple une dizaine de pages dans un supplément du Figaro) où sous couvert de « comportementalisme niais, d'affirmations péremptoires pseudo-scientifiques » des photos de personnalités seraient interprétées abusivement.

Il y a bien des études sur le fait que nous accompagnons nos paroles avec des gestes, des positions corporelles. Cosnier parle  de gestes « éco-empathiques pour accompagner l'écoute de l'autre » et le courant de l'interfactionnisme symbolique y consacre une large part, de même que des sociologues comme André Lebreton avec sa « sociologie du Corps ». Mais la systématisation naïve viserait, selon Pascal Lardellier, à vendre de la toute puissance dans les relations humaines. Il faut dire que la PNL (programmation neurolinguistique), l'Analyse Transactionnelle, y font largement référence (cf. les « mouvements oculaires »  décodés en PNL comme trahissant des pensées particulières). J'ai bien tenté d'énoncer que la psychanalyse avec ses interprétations sauvages avait bien préparé le terrain mais il est des lieux où il ne faut pas la critiquer trop ouvertement. Dans mon institut de formation, ce sont justement les tenants de la psychanalyse qui font ces cours aux étudiants, et je me souviens être arrivée dans une classe où l'enseignante de l'heure d'avant avait énoncé au tableau « 85 % de notre communication est non verbale ». Quel abus en effet que de délaisser ainsi toute l'importance de la dimension verbale, de l'intention langagière, de l'argumentation, de la rhétorique et j'en passe au profit de raccourcis arbitraires valant pour tout le monde, négligeant l'interaction, la personnalité, le contexte... Quelle connaissance apporter sous couvert de commande institutionnelle ? Je recommande à mes étudiants d'éviter de croiser les bras et les jambes, et certaines autres attitudes, tant le faux savoir imprègne le monde des formateurs persuadés qu'ils ont à leur disposition un outil efficace pour deviner rapidement la personne. Pour l'instant, on ne m'a pas encore demandé le contenu de mon cours, heureusement...

Françoise Mariotti

 

Recruter et manager par l'astrologie, la graphologie et la numérologie selon André Santini

Les pseudo-sciences dans le recrutement et le management, une mode folle révolue ? Ou circonscrite à d'obscurs et rares cabinets borderlines ? Rue89 a récemment attiré notre attention sur le sujet dans un article relevant un scoop collatéral involontaire levé par David Abiker lors d'une interview thématique d'André Santini pour « Cadre Emploi » sur le sujet des entretiens d'embauche.

André Santini est maire d'Issy-les-Moulineaux, député dans les Hautes Seines, président de la société du Grand Paris, vice-président de l'agglomération Grand Paris Seine-Ouest, et responsable de différentes officines attachées aux collectivités locales (syndicat des eaux d'Ile-de-France, comité de bassin de l'agence de l'eau Seine-Normandie...). Autant dire qu'il est le « patron » de pas mal d'employés, et comme il le détaille, il tient à contrôler de près le recrutement.

L'interview vidéo de 7 minutes est disponible sur les deux sites. La section qui nous intéresse correspond aux minutes 1 à 3. En voici l'essentiel, assez édifiant :

« Comment voulez-vous connaître quelqu'un ? Tout ce que vous savez de lui, le CV, tout, ça n'a aucun intérêt ! Il faut donc avoir recours à des scalpels plus incisifs. Alors évidemment, l'écriture [...]. Il y a des cabinets spécialisés qui vous décrivent le caractère d'après l'écriture, et c'est souvent ce que je pense. Je ne crois même pas une fois avoir été en désaccord. C'est le style de l'écriture, c'est pas le contenu, c'est la forme. Ça peut sembler bizarre, mais moi je dis « tiens, effectivement je ne le voyais pas écrire comme ça celui-là ». [...] Quelqu'un qui écrit bizarrement, et bien je le prendrai pas.[...]
Quand vous avez, la graphologie, un petit numéro de numérologie - ça dépend aussi du poste - plus un peu d'astrologie, vous finissez par avoir quand même une vue externe. Plus votre intuition, non non, vous êtes pas mal.
- Vous regardez le signe astrologique des collaborateurs que vous recrutez ?
- Souvent, souvent […]. Il y a beaucoup de gens vous savez, il y a 20% de français qui consultent. […] Je regarde les signes des autres, oui. J'aime bien les Taureaux par exemple. Poisson je me méfie quand même, hein, oui je me méfie. Vous êtes Poisson, vous ?
- Non, Verseau.
- Oui, oh, bien, Verseau ça se ressemble. Les Verseaux manquent souvent de détermination [...].
C'est surtout quand il y a un conflit. Quand il y a un conflit on dit « pourquoi il y a un conflit
? ». Et c'est là qu'on regarde de près le signe et on dit « évidemment, c'était un Verseau ». »

Si David Abiker est surpris et se contente d'en sourire, l'article de Rue89 souligne le caractère totalement discriminatoire des procédés assumés par l'édile (qui cumule les mandats). À l'heure où l'on chasse parait-il les discriminations à l'embauche, au logement, et en boîte de nuit, ces déclarations conduiront-elles à des poursuites, qui auraient l'avantage de clarifier une position publique sur ces sujets ?

Au-delà de l'inversion complète que ce « recruteur  » – et acteur de la création des lois – fait entre éléments objectifs (le CV) et subjectifs (intuition, pseudo-analyses de personnalité et d'incompatibilités), on relève dans ces quelques phrases plusieurs biais de raisonnement :
- l'art de retomber sur ses pattes après une prédiction fausse, avec l'aide du bi-standard: il faudrait tenir compte du signe et de l'ascendant pour une bonne prédiction, par contre finalement Poisson et Verseau c'est un peu pareil donc l'erreur n'est pas significative.
- le biais de sélection, le raisonnement à rebours, la confusion causalité-corrélation: en triant a posteriori, les seuls éléments confortant le préjugé, qu'on considère forcément explicatifs de l'événement examiné.

Fabrice Neyret

 

Un guide pour protéger les enfants des dérives sectaires

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a récemment publié un nouveau guide intitulé « La protection des mineurs contre les dérives sectaires ». Destiné aux professionnels de la protection de l’enfance, aux acteurs institutionnels, ainsi qu’aux familles, le but de ce guide est d’expliquer comment repérer et évaluer un risque de dérive sectaire, et comment agir pour mettre les mineurs hors de danger. Selon la Miviludes, la dérive sectaire « se caractérise par la mise en œuvre de pressions ou de techniques ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, à l'origine de dommages pour cette personne ou pour la société ». Il y a risque de dérive sectaire « lorsque les mineurs sont exposés à des conditions d'existence susceptibles de mettre en danger leur santé, leur sécurité, leur moralité ou leur éducation ».

Ce guide est en vente à La Documentation française au prix de 15 €. Il est téléchargeable au format pdf sur le site de la Miviludes (2464 Ko).

Franck Villard

 

 


 

En bref

Disparition de Benoit Mandelbrot

Benoit Mandelbrot est mort le 14 octobre. Juste le lendemain de la publication de l'OZ. Causalité ? Corrélation ? Attention au Post Hoc. Mandelbrot état le père des « fractales », ces objets mathématiques à dimension non entière. Méfiance ! Les fractales sont toujours une excellente porte d'entrée vers un certain nombre d'impostures intellectuelles.

 

Le raisonnement à rebours des frères Bogdanof

Le 15 octobre, le journal Marianne exhume un rapport du CNRS de 2003 sur les frères Bogdanof et la qualité scientifique de leurs travaux – inversement corrélée au nombre de passages médiatiques qu'ils ont fait ces derniers temps. Le verdict est clair : leur contribution scientifique est aussi diluée que du Arsenic 15CH. Mais la principale critique n'est pas là : ils promeuvent, presque sans contradiction, des raisonnements à rebours vers un créateur de l'univers. Or, faire une hypothèse spiritualiste en science revient à expliquer un arc en ciel avec Dieu. Avec les deux frères, c'est clair, on recule dans le temps.

 

Philippe Guillemant et la synchronicité

Philippe Guillemant, physicien du rayonnement et chercheur au CNRS, présente dans son livre une théorie de la Double Causalité pour expliquer les « coïncidences significatives » et les expériences de synchronicité qu'il aurait vécues. Pourquoi pas ? Même si la réelle question scientifique doit être : Pourquoi ? Quels sont les éléments qui me permettent de penser cela ? Est-ce que sa théorie est testable et propose un critère de réfutabilité précis ? Seulement, selon l'Institut Métapsychique qui reçoit Monsieur Guillemant en conférence le 19 novembre, celui-ci utilise « deux postulats physiquement acceptables : d'une part, la réversibilité du temps dans un univers relativiste où le futur serait déjà réalisé selon de multiples versions. D'autre part, le libre arbitre de l'homme dans un univers macroscopiquement indéterministe où le hasard semble pourtant être le roi des décisions. Il s'agit cependant de repérer que ce que la science appelle hasard cacherait en fait un autre déterminisme, du futur vers le passé, à l'inverse de la flèche du temps. D'après Guillemant, ce qui n'est pas déterminé par le passé le serait ainsi par le futur. » (psiliste). Programme alléchant, mais des postulats fort coûteux de prime abord.

Richard Monvoisin

 


 

Le Bazar du Bizarre

Google photographie Dieu et Jésus ou une tache…

En Suisse, une voiture prenant des photographies pour la base Google street view aurait capturé l’image du retour sur Terre de Dieu et Jésus. Une photo fait en effet apparaître deux formes floues flottant au-dessus du lac de Quarten dans lesquelles certains ont reconnu le « Créateur » et son fils. Conclusion hâtive, diriez-vous (poliment) ? Ne faudrait-il pas d’abord vérifier qu’il ne s’agit pas d’une tache sur l’objectif ? ou d’un insecte posé dessus ? Les croyances créent des illusions… (Cliquez sur l'image pour la voir en grand. Source : www.zigonet.com)

 

La mort de Paul le poulpe

Paul le poulpe est mort le 26 octobre 2010. En relayant cette triste nouvelle, la plupart des journaux n’ont pas tari d’éloges ni sur l’« exactitude de ses prédictions lors de la Coupe du monde de football 2010 », ni sur ses « dons médiumniques », alors que, rappelons-le, Paul avait surtout été vainqueur d’un concours de circonstances, plus chanceux que d’autres animaux dont les prédictions incorrectes n’avaient pas retenu l’attention du public. Cela n’empêchera pas l’aquarium d'Oberhausen d’ériger un monument à la gloire de Paul avec les boites qui étaient utilisées pour ses « prédictions ». Il aurait en effet tort puisqu’il a déjà réalisé des profits importants en commercialisant la marque du poulpe, notamment sur des vêtements et des applications de téléphonie mobile…

 

Un bon signe ?

Mme Pai, gynécologue à Mumbai, explique dans le Wall Street Journal qu'elle a reçu une très forte pression ces derniers temps pour accepter des créneaux de déclenchement d'accouchement choisis selon les astres. En effet, de plus en plus de femmes semblent prêtes à décaler la naissance de leur enfant d'une semaine pour leur donner le « bon » signe. (Source : Eric Bellman, When the Stars Align, Indians Say, It's a Good Time to Have a C-Section, Wall Street Journal, 5 octobre 2010).

 

Une relique de Galilée dans l'espace

Dans l'édito de la revue Nature, on apprend que pour la mission Juno, qui va observer les champs magnétiques de Jupiter en août 2011, emportera pour lui porter chance un fragment d'os de Galilée. Juno, c'est une mission de la NASA. Que la NASA pense que trimballer une relique puisse porter chance montre bien que le niveau d'études ne garantit pas de croire en des choses incroyables. Mais l'édito dit ceci : « ce geste qui apportera une énergie émotionnelle à la mission et rappellera que la science est fondamentalement une démarche humaine » et se termine ainsi : « La mission Juno survolera à 4 800 km au-dessus de Jupiter. Galilée sera certainement content d'y jeter un œil de plus près ». À Florence, au musée d'histoire des sciences, on peut admirer le doigt de Galilée, conservé dans une sorte de châsse. Contrairement à ce qu'on dit, ce n'est pas son pouce, mais le majeur. Gageons qu'il est tendu vers les auteurs de ces remarquables lignes. (Source : An upcoming mission to Jupiter should include a piece of the famous astronomer. Nature, volume 468, p. 6, 4 November 2010)



ENQUÊTE :
Tester les voix dans la tête : compte rendu d'un débroussaillage


 

Daliane [1] a un problème : dans sa tête, elle entend distinctement les voix des personnes autour d’elle, avec leur timbre précis et leurs manières, et peut même discuter avec elles. Cependant, personne ne veut le reconnaître à haute voix. Elle sait qu'en retour ces personnes l'entendent elle aussi dans leurs têtes puisqu'elles discutent ensemble ; ou a minima, qu'elles ressentent quelque chose, puisque qu'elle les entend le penser. Elle a déjà voulu faire des expériences pour prouver son don télépathique. Oui mais voilà, bien que les personnes lui disent mentalement le mot à deviner, ils trichent et prétendent ensuite qu'elle s'est trompée. Tous : famille, relations, docteurs. Elle vit dans un contexte de dénégation permanente de ce qu'elle sent pourtant être vrai : tout le monde semble s'interdire de reconnaître l'évidence, et elle ne comprend pas pourquoi, à part par méchanceté ou par tabou. Par ailleurs, Daliane se passerait bien de ce don, dans la mesure où souvent des voix perçues lui disent des choses peu amènes, voire la harcèlent jour et nuit.

Dans cette situation, on devine que la jeune femme n'est pas en situation très confortable avec ses proches. Elle n'a guère d'amis, la situation avec sa famille est tendue, ses études d'ingénieur ont même été interrompues, les entretiens d'embauche se passent mal... Si seulement elle pouvait prouver qu'elle dit la vérité sur ses capacités !

Alors Daliane nous a écrit, voulant venir à Grenoble à ses frais tenter une ultime expérience avec « des gens coopératifs et prêts à démontrer la télépathie s'ils la sentent ». Son idée est de s'asseoir parmi nous et de nous « laisser constater une sensation, ce qui marchera forcément, sauf si les personnes sont de mauvaise foi ou ont des tabous sur le sujet ».

Le cas est délicat car cette personne est dans une situation psychologique et sociale fragile, avec des antécédents et suivie par un psychologue, totalement persuadée de son don, et en grande demande que quelqu'un atteste celui-ci, unique issue envisagée pour améliorer sa situation. Réciproquement, notre démarche préalable est toujours de s'assurer que la personne puisse supporter un éventuel échec, qu'elle comprenne et accepte les principes d'un protocole de test dans les normes scientifiques d'objectivité, et qu'elle commence chez elle par des auto-tests proches de cet esprit. Par ailleurs, il n'est pas imaginable de dérouler un test basé sur des impressions, surtout si c'est pour s'entendre accusé de mauvaise foi en cas d'échec. La réponse d'un test doit pouvoir être positive comme négative, et ne doit pas avoir besoin de reposer sur la confiance.

Après notre réponse de principe prudente, Daliane assure qu'en cas d'échec, cela ne changera rien pour elle. Ce serait, dit-elle, juste une occasion manquée de prouver la télépathie, juste un « non » de plus pour elle. L'évaluation épistolaire s'engage alors sur la possibilité de réaliser des auto-tests, malgré ses réticences au vu de ses difficultés à trouver des cobayes, a fortiori coopératifs. Il nous faut imaginer des tests dont le résultat soit objectif, qui n'aient pas besoin de supposer la bonne foi des cobayes, et qui ne les sollicite pas trop. En quelques échanges, elle comprend et s'approprie le principe d'un protocole expérimental de test de « don », autrement plus « carré » que sa première idée et pouvant opérer sur ses proches, ce qui me rassure et m'encourage à poursuivre le dialogue.

Comme lors de notre test d'un magnétiseur, il s'agit de dériver une action très basique, peu semblable aux conditions habituelles mais permettant de tester facilement et de manière répétitive le don « en condition de laboratoire » - sous réserve bien sûr d'en valider la sensibilité au moyen de tests en blanc.  Nous tâtonnons : tester sur cassette vidéo ? Non, il faut une personne en chair et en os. Tester si une personne est ou non derrière une porte ? Ou y reconnaître une personne parmi plusieurs ? Daliane pense que ça peut marcher, mais pas de façon systématique, dans la mesure où il faudrait chaque fois entamer un nouveau dialogue mental plutôt que simplement le maintenir. Cela demanderait aussi plusieurs personnes et pas mal d'essais, alors qu'elle manque de cobayes coopératifs; au mieux, sa sœur avec qui elle cohabite. Par contre, sentir dans quelle posture se trouve une personne (debout, assis, couché, ou telle main levée), elle est certaine de le réussir quasiment à tous les coups, surtout si elle connaît la personne.

On est bien là dans des conditions de test « propres » : le critère de réussite est clair et objectif, la probabilité de le trouver au hasard est connue, le contexte est contrôlable. On peut donc réaliser l'habituel « match contre le hasard », où il s'agit de mesurer et comparer au hasard les performances du « don » sur une expérience simple répétée : le cobaye tire au dé une position à adopter, prévient que c'est prêt par un moyen neutre (par exemple un interrupteur), l'allégateur devine en utilisant son don, marque sa prédiction sur une feuille, puis on compare à la position réelle. Les statistiques nous disent, pour une prétention donnée (ici, deviner avec une fiabilité d'au moins 90%), combien d'expériences faire et comment interpréter le résultat pour trancher si celui-ci est ou non extraordinaire [2], pour un risque d'erreur fixé (ici 1%). Comme indiqué par notre outil en ligne PrOZstat, si l'on doit deviner parmi 2 positions alors il faut réussir plus de 20 essais sur une série de 27, ou 9 sur 13 pour 3 positions, 7 sur 11 pour 4 positions. On voit que recourir à 3 ou 4 positions permet de solliciter modérément les cobayes.
Un pré-test peut être moins rigoureux que le vrai afin d'alléger le protocole (le but étant de tester les sensations et d'affiner l'épreuve). On se permet ici quelques écarts qui ne seraient pas admis dans un test « officiel » : il n'y a pas d'équipes d'assesseurs contrôlant le déroulé des deux côtés de la porte, peu d'isolation des protagonistes, Daliane tient elle-même le compte rendu d'expérience, et surtout, elle vérifie au fur et à mesure le résultat de chaque essai [3].

Dans ces circonstances, elle peut être tentée de ne pas compter les « tours de chauffe » (jugés tels a posteriori), d'avorter et recommencer une série peu probante, ou d'ajouter des essais jusqu'à tant que la statistique s'améliore [4]. Toutes choses qui biaiseraient fortement les statistiques, aussi peu intuitif que cela puisse paraître ! En effet, il faut considérer une série comme un tout insécable : décider à l'avance de quand elle commence et s'arrête, puis ne pas y chercher a posteriori de sous-série « justifiée » par le fait que « visiblement à la fin on était mieux échauffé »... ou au contraire, fatigué. Car comme l'exploite si bien la numérologie, dans une série de nombres on peut toujours trouver des groupes remarquables, que les fluctuations du hasard suffisent pourtant à expliquer... mais qui n'auraient néanmoins pas pu être facilement trouvés a priori (ce n'est pas intuitif car le biais de sélection des humains se focalise sur les cas favorables vus a posteriori et néglige  les innombrables cas défavorables susceptibles de se réaliser a priori).

Comme souvent avec nos interlocuteurs, le fait de comprendre la méthodologie leur fait vivre pas trop mal leurs échecs: ils se piquent au jeu et cherchent à affiner le protocole, deviennent plus modestes quant aux performances de leur « pouvoir ». Par ailleurs Daliane s'est trouvée des encouragements parmi ses échecs à cause du biais de sélection (je n'avais alors pas assez insisté à ce sujet) et par des tentatives de rationalisation a posteriori:
après une première série de 7 échecs, elle change de technique et vit alors les 3 réussites suivantes comme très encourageantes bien que les essais soient interrompus par fatigue du cobaye. Le soir suivant, 14 échecs sur 20 essais  (sur un test à deux positions) dans une série faite avec la soeur aînée déçoivent, mais ensuite les 9 réussites sur 10 essais avec la première soeur « montrent qu'avec elle ça semble marcher mieux ».
Après lui avoir parlé des biais de sélection et des séquences à respecter, elle décide de comptabiliser systématiquement ses essais avec la même soeur et le même protocole (assis / debout, car couché impliquerait de s'éloigner de la porte), déroulé sur plusieurs séances pour minimiser le dérangement. Mais le week-end suivant, seulement 3 réussites sur 10, donc échec (à 9+3 réussites sur 10+10 essais, on ne peut plus compter dépasser un score de 20 sur 27) : tout compte fait, ressentir la position d'une personne n'est pas aussi facile que prévu. Elle convient que si les tests ne marchent pas, elle aura encore de fortes suspicions de télépathie, mais considérera que c'est difficile à prouver et donc qu'il faudra laisser tomber.

Elle teste alors un protocole un peu différent, destiné à lui faciliter la perception : bras droit levé quand la personne est assise, bras gauche quand elle est debout. Lequel conduit à 11 réussites sur 20 essais avec la sœur aînée, et 7 sur 10 avec l'autre : échecs aussi.

Vu la difficulté à multiplier les essais, elle opte alors pour la variante à 4 positions (le bras levé est indépendant de la position assis/debout), effectuée par téléphone avec sa mère en qui elle a confiance. Et là, 9 réussites sur 20 essais (alors qu'il faudrait plus de 14 réussites) : nouvel échec.

... Et on en est là. Elle est découragée de ne pas arriver à ne pas se tromper. Cependant, elle croit toujours à son don, puisque dit-elle : « cela m'arrive d'être harcelée en télépathie ». On peut comprendre qu'il est difficile de ne pas croire à la réalité de ce qu'on entend. Cependant là où invoquer la mauvaise foi suffisait auparavant à tout expliquer, une dissonance est maintenant présente : la télépathie peut-elle être tout le temps évidente et sans effort, sauf quand on la teste objectivement ?

Ce que j'espère, c'est que Daliane en aura au moins compris que son entourage ne lui ment pas : c'est la transmission qui est, a minima, pas fiable. Peut-être que cette seule constatation pourra permettre d'améliorer ses relations avec son entourage ?  L'autre conclusion provisoire, c'est que des choses « évidemment vraies » car ressenties peuvent s''avérer difficiles à démontrer, ce qui peut inciter à adopter un certain recul par rapport aux autres impressions confondantes ressenties.

Quelle épreuve pour la rationalité d'une personne, que d'avoir à établir qu'une perception prégnante, structurée, permanente et incontrôlable, n'est peut-être qu'une illusion !  Comme elle continue les tests [5] et que l'entourage joue le jeu, elle en a maintenant quelques moyens. Changer de point de vue sur un tel sujet ne se fait sans doute pas d'un coup, aussi tout palier atteint, toute amélioration de ses conditions sera bonne à prendre.  Souhaitons-lui bonne chance !

 

Fabrice Neyret

 

Notes :

[1] Le prénom a été changé. Les phrases entre guillemets ne sont pas toujours des citations littérales.

[2] En effet, si l'on a une chance sur deux à pile ou face, il ne suffit pas pour autant de dépasser ce score pour faire la preuve d'un don particulier. La moyenne d'une série aléatoire fluctue naturellement autour de cette valeur 1/2, selon une loi de Gauss (« courbe en cloche ») qui se resserre avec le nombre d'essais. C'est ce qui fait qu'un sondage sur 1000 personnes a 3% d'imprécision... avec 95% de chances de ne pas se tromper. Pour une vingtaine d'essais cette fluctuation est bien plus grande, il faut donc déterminer le seuil de réussite qu'il est improbable de dépasser par hasard (par exemple, à moins de 1% de chances). Pour le déterminer, il faut recourir aux formules de statistiques... ou à notre outils en ligne PrOZstat.

Pour en savoir plus, lisez notre article La nécessité du hasard.

[3] Dans ce cas, il est plus que jamais indispensable d'utiliser une randomisation non humaine, par exemple avec un dé ou par ordinateur. Autrement le biais d'alternance de la perception humaine du hasard donne un tirage pipé dont les humains tirent inconsciemment une information. Ce phénomène a déjà causé des résultats invalides, comme avec le protocole biaisé de R.Sheldrake sur la sensation d'être observé (cf.  Les Dés pipés du cerveau dans Pour la science, n°326, de déc. 2004 ou l'analyse dans La sensation d'être observé : expérience paranormale, résultats normaux, Sciences et Pseudosciences n°291).

[4] Cela correspond à une martingale, qui réussit forcément du moment qu'on n'est pas limité par le nombre total d'essais (ou par le montant des paris dans le cas des jeux d'argent).

[5] Évidemment si l'on fait une centaine de tests à 1% de risque de d'erreur, il y a de grandes chances de finir par dépasser le seuil choisi, par simple fluctuations du hasard. Pour tirer une conclusion correcte, il faut alors soit faire une méta-analyse sur l'ensemble des tests effectués, soit énoncer les paramètres particuliers susceptibles d'avoir permis la réussite de la seule nième série (c’est-à-dire corriger la prétention) puis faire de nouvelles séries avec ce protocole (car toute explication doit être prédictive, et non faite a posteriori).

 


BILLET :
Chronique vaccinale : La rougeole rigole


 

Prenons le cas de la vaccination de la rougeole pour expliquer qu'une politique vaccinale n'est pas simple et immuable. Cette  maladie due à un virus était très répandue lorsque « nous » étions enfants. On se souvient de ces plaques rouges, de ces fortes fièvres. Rien de bien grave pour la plupart… sauf que parfois la rougeole tue. 1 cas sur 10 000 chez les enfants ne souffrant pas de malnutrition ou d'immuno-dépression, dû à une complication neurologique ou pulmonaire. Mais 95% des décès par rougeole surviennent dans des pays à revenu faible.

Il n’existe pas de traitement curatif. En revanche, un traitement préventif existe maintenant : la vaccination…non obligatoire. L'OMS a pour objectif d'éradiquer à terme la maladie : 83% des enfants dans le monde en 2008 ont reçu une dose de vaccin anti-rougeoleux. Le succès de cette vaccination est réel :

  • Entre 2000 et 2007, le nombre de décès a chuté de 750 000 à 197 000 par an dans le monde (-74%).
  • En france, en 1998, il y a eu 18 000 cas. Entre 2008 et octobre 2010, 5000 cas, dont un pic fort de 3 000 cas entre janvier et août 2010.


L'analyse de la situation en France, montre que l'introduction de ce vaccin a changé l'impact de cette maladie. Rappelons grossièrement comment cela se passait avant : Maman & Papa avaient eu la rougeole quand ils étaient petits, puis leurs enfants contractaient la maladie. Le système immunitaire de Maman et Papa était réactivé et luttait efficacement contre la maladie. Maman, en allaitant son nourrisson, lui transmettait ses anticorps.

Dans son rapport sur la rougeole d'octobre 2010,  l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) conclut : Les données montrent que les taux d’incidence en 2010 ont plus que doublé chez les moins de 1 an et chez les adultes de 20 ans et plus par rapport à 2009. Les complications (neurologiques ou pulmonaires notamment) sont plus fréquentes et sévères dans ces groupes d’âges. Effectivement, 54% des adultes nécessitent une hospitalisation. Rappelons que les moins de 1 an, ne peuvent pas être vaccinés et ne peuvent également plus recevoir d'anticorps de la part de leur mère. Et que les plus de 30 ans ne sont plus immunisés car la vaccination n'existait pas dans leur jeunesse et parce que leur système immunitaire n'est plus réactualisé du fait de la rareté du contact avec la maladie.

La conclusion de l'InVS est qu'il faut encore plus vacciner pour que les moins de 1 an et les plus de 30 ans ne rencontrent jamais le virus. En conclusion, le bénéfice de la vaccination anti-rougeoleux n'est pas à remettre en cause. Au contraire, cette campagne de vaccination montre que le problème peut être déplacé. C'est pourquoi l'InVS étudie chaque année les effets d'une campagne de vaccination, la réajuste ou l'arrête (comme dans le cas de l'obligation du BCG).

 

Éric Bévillard

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

En librairie

Dictionnaire visuel des mondes extra-terrestres
Yves Bosson & Farid Abdelouahab
Éditions Flammarion
288 pages - 25 euros


Dans leur Dictionnaire visuel des mondes extra-terrestres, Farid Abdelouahab, historien de l'art et de la photographie, et Yves Bosson, photographe et fondateur de l'Agence martienne, explorent l’imaginaire de la science-fiction à travers quelques-unes des plus belles et plus surprenantes représentations iconographiques jamais publiées sur les extra-terrestres. Cet inventaire qui propose 170 entrées et 304 illustrations, couvre près de 25 siècles. En effet, les auteurs font remonter l’idée de la pluralité des mondes habités au Ve siècle avant notre ère avec les philosophes atomistes de la Grèce antique. Mais, la toute première représentation d'extra-terrestres daterait pour eux de 1835-1836. Il s'agissait alors d'hommes chauve-souris habitant la Lune, qui avaient été observés au moyen d'un prétendu super-télescope. Chaque époque a depuis engendré ses êtres sublunaires, ses martiens, ses aliens… à l'aune de ses croyances, de ses fantasmes, de ses connaissances scientifiques et de ses peurs dominantes.

 

Purulence
Amoreena Winkler
Éditeur : Ego comme X
248 pages - 20 euros

 

Ne vous laissez pas rebuter par le titre, parce que ce livre vaut vraiment le détour. Purulence est l’histoire authentique d’Amoreena Winkler, le témoignage de son enfance passée dans la secte Les Enfants de Dieu.

Les Enfants de Dieu (rebaptisés plus tard La Famille) est un mouvement sectaire fondé en 1968 en Californie, par un ancien pasteur évangéliste David Brandt Berg, alias Moïse David ou Mo pour les adeptes. Ils débarquent au début des années 70 en France, où ils sont alors plutôt bien accueillis. On peut même à l’époque les voir, en pattes d’eph’ et robes à fleurs, pousser la chansonnette le samedi soir chez Guy Lux. Ça, c’est pour le côté cour, mais ce qui se joue en coulisses est nettement moins sympathique : inceste, violences, prostitution, pédophilie. Des pratiques dictées par le gourou, pour qui le sexe sous toutes ses formes constitue l’expression ultime de l’amour de Dieu : « Ton corps est l'amour de Dieu, ton sexe est l'amour de Dieu. »[1] Tout est donc permis chez Les Enfants de Dieu, tout sauf… l’homosexualité masculine. Et cette sexualité débridée n’épargne hélas pas les enfants. David Berg instaure aussi le flirty fisching, ou « pêche par le flirt », autrement dit la prostitution à des fins de prosélytisme. « Es-tu prête à devenir un appât ? À sacrifier ta vie sur mon hameçon […] ? » [2] Ainsi, les femmes et filles de la secte sont-elles exhortées à « ferrer » des hommes (riches ou influents si possible) susceptibles de grossir les rangs du mouvement, et de lui apporter protection et aide financière.

Amoreena Winkler a connu tout cela. Elle a vécu tout cela. Elle nous livre ce récit poignant « à hauteur d’enfant » qui réussit le tour de force de ne jamais tomber dans la sensiblerie ou le pathos.

Franck Villard

 

Notes :

[1] David Berg, Lettre DS n° 699, 1972.

[2] David Berg, Lettre DAS n° 293, 1972.

Trois questions à Amoreena Winkler :

Franck Villard : À sept ans, un évènement va provoquer le déclic à l’origine de votre sortie de la secte, pouvez-vous nous en parler ?

Amoreena Winkler : Je n'aime pas cette idée de « déclic magique », ça a été un processus dans le temps, avant et après la scène en question. Disons que ça à été un point culminant. Je subis une escalade de violences qui vient se cristalliser pour moi à ce moment-là, où je vois mon beau-père pointer un couteau de cuisine sur le ventre de ma mère enceinte. Je me disais déjà qu'on pouvait peut-être vivre autrement, faire d'autres choix de vie, et concevoir l'identité sexuelle autrement que ce que l'on me proposait. J'ai certainement dû croiser des gens qui sont venus étayer cette pensée (par leur façon d'être). Et lors de cette scène, le choix de ma mère devient indéfendable... plus rien ne tient. Je m'autorise donc la capacité de penser autrement, et d'envisager autre chose pour moi.

FV : Malgré cet évènement marquant, vous restez encore de longues années chez les Enfants de Dieu. Bien sûr, on ne sort pas du jour au lendemain d’un tel mouvement, surtout quand on y est né. On peut imaginer la difficulté à déconstruire ce système de pensée. Comment avez-vous réussi à vous extraire totalement de l’emprise sectaire ?

AW : Les processus de pensée, de maturation ne sont ni immédiats, ni magiques, ni mathématiques, et encore moins visibles de l’extérieur. Alors que le doute était diabolisé, ce doute même m'a sauvée. Mais je pense que mes doutes sont nés d'une dichotomie entre mes sensations d'enfant et les faits enrobés de discours. J'ai intensément observé le monde, la société de loin, puis lorsque j'ai grandi et été scolarisée, j'ai pu m'instruire un peu et m'informer sur les ressorts de ce monde, ses valeurs diverses. Mon expérience avec lui n'a pas non plus été idéale, ce qui a renforcé la ségrégation négative introjectée par la secte.
La vie dans une secte est basée sur l'intrusion physique et psychique, ainsi que le déni de souffrance. Se réapproprier un espace psychique de pensée, de corporalité avec ses sensations, revenir à l'égo en somme, est une des bases à renforcer. Dans la secte, vous n'êtes que conscience collective, comme une fourmi. Puis, surtout pour des « secondes générations » (nées dans une secte), accepter le facteur temps, et construire une réalité beaucoup plus prégnante que la précédente est un défi. La banalité du quotidien peut-être mortifère pour nous.

FV : Les pratiques des Enfants de Dieu que vous décrivez dans votre livre (viols, prostitution, actes de pédophilie…) ne sont pas des pratiques marginales ; elles ne sont pas l’œuvre d’individus déviants isolés, mais sont, au contraire, directement induites par la doctrine et dictées par le gourou David Berg. Vous confirmez ?

AW : La doctrine du gourou enseignait la stimulation sexuelle des bébés, et petits enfants, pour qu'ils s'habituent aux pratiques, afin de « servir le Seigneur » et de « donner de l'Amour ». Littérature à l'appui, chacun devait non seulement accepter d'offrir ses enfants, sa compagne, mais également de pratiquer sur d'autres, afin d'échapper à une mise au banc du groupe. Bien sûr, certains dévoilaient des penchants plus prononcés pour telle ou telle pratique. D'autres n'étaient pas trop sensibles au sexe en général, et acceptaient l’exercice pour la forme, par mimétisme. Le cadre offert par la structure de la secte et de ses enseignements a été révélateur pour certains et a attiré des individus friands de chair fraîche… adulte ou pas.

 


 

La fonte miraculeuse d'Uckange

Petite leçon de zététique au musée d'Uckange, en Moselle. Une planche y raconte le cérémonial de la remise en service de l'usine sidérurgique de la commune après un arrêt pour travaux. C'était l'occasion d'une fête avec discours officiels ; puis la bénédiction du prêtre, nommée « Baptême du haut-fourneau », semblait provoquer miraculeusement la coulée de la fonte, sous les vivats du public. « Seuls les initiés savaient que le haut-fourneau avait été allumé quelques jours auparavant et que sa conduite avait été menée de façon à ce que la coulée puisse avoir lieu à l'heure H. », révèle le panneau. Point de miracle donc, mais un tour de passe-passe.

Triste conclusion à tout ceci : mis à part ce haut-fourneau transformé en musée, « tous les autres hauts-fourneaux ont disparu... sans extrême-onction. AMEN. » Là non plus, pas de miracle face à la bête économique partie se nourrir ailleurs.

Julien Pinel

 


 

En ligne

Charlie Chaplin a-t-il prouvé le voyage dans le temps ?

Cet article de Yann Kindo est issu de son blog : La faucille et le labo.

« Il était une fois un juif de génie né en Europe mais exilé aux Etats-Unis et qui par ses travaux a révolutionné la physique moderne. » Tout le monde aura probablement reconnu ici l'histoire d'Albert Einstein. Certes. Mais depuis peu, on peut se demander si celle-ci n'est pas aussi celle de Charlie Chaplin. Aussi surprenant que cela puisse paraître....

En effet circule ces jours-ci un petit film dans lequel un cinéphile qui a très bon goût - puisqu'il adore Charlie Chaplin et Jackie Chan, ça nous fera au moins ça en commun - explique comment il est tombé, en regardant un DVD de Charlie Chaplin, sur rien moins qu'une probable preuve de l'existence de voyages dans le temps !

Voici d'abord la vidéo. Après j'explique, pour les non-anglophones.

 

Cliquez sur l'image pour voir la vidéo.


Donc, je résume pour ceux qui ont du mal avec la langue de Stephen King (je dis ça parce que plus personne ne parle comme Shakespeare, aujourd'hui).

Un certain Georges Clarke, qui non seulement a bon goût mais a en plus l'air de faire des films sympas, regarde un jour son DVD du Cirque, un film tourné par Chaplin en 1928. Et là, il remarque un truc bizarre : dans une scène au cours de laquelle on voit des passants dans la rue, il tique en observant le comportement d'une dame. Il décortique tout ça, fait des ralentis, des zooms, et constate, halluciné, que la dame a une attitude qui est exactement celle de quelqu'un qui parlerait dans un téléphone portable, ce qui, pour un film tourné en 1928 est juste... hallucinant.

À ce moment – et c'est là que ça devient intéressant – Georges Clarke commence à explorer différentes hypothèses pour expliquer cette attitude de la dame. N'en trouvant aucune autre - et ne parvenant par ailleurs pas à en faire trouver aucune autre à une centaine de personnes lors d'une projection publique -, il est bien obligé de se rabattre sur la seule qui lui permette d'expliquer directement ce qu'il voit : la dame est bien en train de parler dans un téléphone portable.

Et là, la logique est implacable : puisque les téléphones portables n'existaient pas en 1928, c'est donc forcément que quelqu'un - qui a l'apparence d'une dame, mais dont Georges Clarke explique qu'elle a des airs étrangement masculins – a voyagé dans le temps, et est entré par hasard dans le champ de la caméra pendant que Chaplin filmait la rue. Et nous voilà face à la preuve fortuitement obtenue de l'existence des voyages dans le temps, comment en douter !

Comment en douter, justement ?

Une première approche, techniciste, consisterait à dire qu'il s'agit là probablement d'un faux, et que c'est très facile avec les technologies modernes de transformer un film et d'y faire apparaître ce que l'on veut (déjà qu'avec Photoshop, j'arrive à me faire ressembler à Georges Clooney, alors j'imagine ce qu'un professionnel est capable de faire avec la bande d'un vieux Chaplin). Tout cela ne serait qu'un artefact, un canular, comme le célèbre Homme de Piltdown qui a posé tant de problèmes aux paléontologues de l'époque de sa « découverte ».

Tout cela est parfaitement possible, même si à la fin de la vidéo Georges Clarke nous invite à vérifier par nous-même en visionnant un autre exemplaire du DVD, et pas le sien – ceci dit, il serait toujours possible que l'auteur de la supercherie ne soit pas Georges Clarke, mais un technicien lors de la fabrication du DVD, dont toutes les copies seraient alors « contaminées » par le trucage.

Bref, quoi qu'il en soit, je n'ai pas les moyens de vérifier cela directement, ne possédant pas de copie de ce DVD.

En l'absence de possibilité d'infirmation expérimentale par mes propres soins, dois-je suspendre mon jugement jusqu'à ce que quelqu'un fasse la vérification à ma place ? Et si aucun trucage n'est mis en évidence, suis-je tenu de me rallier à la thèse du voyage dans le temps ?

Il ne me semble pas, et je crois qu'il est parfaitement possible, à partir uniquement de la vidéo elle-même, de repousser sans hésiter cette hypothèse. Pour cela, il faut puiser dans la boîte à outil de la zététique, qui est la codification de l'art du doute.

Un des principes de base de la démarche zététique est : « À affirmation extraordinaire, nécessité de preuves extraordinaires ». Autrement dit : Il faut des preuves très solides pour démontrer un truc hors du commun ou particulièrement surprenant. Ainsi Laurent Mucchielli, sur son blog de Médiapart, explique que l'on peut difficilement valider l'hypothèse de l'existence de policiers-casseurs dans les manifs de défense des retraites à partir de vidéos pas facilement interprétables. Il se trouve que l'idée du voyage dans le temps est quand même encore beaucoup plus improbable que celle selon laquelle des flics pourraient avoir comme mission de faire dégénérer des manifs (ou même que celle de hamsters ayant des poils dans la bouche parce qu'ils ont mangé des OGM ...). Or, sur la vidéo de Georges Clarke, on ne voit vraiment pas grand chose, et surtout pas l'éventuel téléphone portable lui-même. C'est un peu léger pour demander aux physiciens de revoir leur copie.

Une autre approche, qui a ici ma préférence, consiste à étudier les implications de l'hypothèse. Voici la démarche que je propose... et que j'expose donc à la critique et aux commentaires.

Partons de l'hypothèse « voyageuse dans le temps causant au téléphone portable », et commençons par l'admettre, pour voir ce que cela donne.

Il faut alors admettre qu'en toute discrétion, une voyageuse dans le temps (ou un voyageur déguisé en femme, comme le sous entend Georges Clarke. Déguisé....pour ne pas se faire remarquer ?) débarque en 1928, et décide de causer tranquillement sur son portable à voix haute dans la rue (histoire d'être bien discret). Pour être sûr de ne pas se faire remarquer, il fait cela sur le lieu du tournage d'un film (il n'y avait pas de mini caméra vidéo de type téléphone portable en 1928, on peut donc penser que le matériel de tournage se voyait bien).

De plus, la civilisation qui aurait envoyé la voyageuse aurait un niveau technologique bien supérieur au nôtre (par définition), mais ne serait pas foutu de créer des instruments de communication aussi discrets que ceux dont on dispose déjà (avec les oreillettes).

On constate donc qu'adopter cette hypothèse de départ, qui est « extraordinaire », implique d'admettre, pour la maintenir, une succession d'autres hypothèses non seulement extraordinaires mais en plus incohérentes. Conclusion : hypothèse rejetée, non ?

Je crois que l'on peut dire qu'il s'agit ou bien d'un faux, ou bien d'un truc juste un peu bizarre que l'on ne pourra pas vraiment expliquer.

Mais on s'en fout : c'est rigolo quand même, et ça, ce n'est pas rien.

 

Yann Kindo

 


L'OZ VOUS RÉPOND


 

Le fantôme du Vatican

Il y a quelques jours, Giovanna nous a envoyé une photo prise lors d’un séjour à Rome par son fils. Elle montre une étrange forme blanchâtre qu’on aurait vite fait de prendre pour le « Fantôme du Vatican ». Giovanna a donc demandé une explication aux experts de l’OZ et quand il s’agit de photo, c’est Florent Martin qui s’y colle.

 

Photo prise au Vatican et envoyée à l'OZ par Giovanna. (Cliquez sur l'image pour la voir en grand).

 

Florent n’a évidemment pas pu lui donner d’« explication » définitive mais lui a proposé une autre hypothèse que celle du fantôme. L’alternative est féconde, dit-on… Et avant de conclure en faveur du « surnaturel », il faut non seulement des preuves solides (cette photo ne suffirait de toute façon malheureusement pas) mais surtout pouvoir écarter toute autre hypothèse naturelle.

Voici l’hypothèse proposée par Florent : la dame floue (pointée par la flèche 1) tient dans sa main (flèche 2) un drapeau ou un parapluie (flèche 4), dont on voit la tige (flèche 3). Les guides se promènent souvent avec ce genre de drapeau pour se faire repérer par leur groupe. On devine d'ailleurs le drapeau orange d'un autre groupe plus loin (flèche 5). Le « fantôme » de Giovanna serait donc en fait le « drapeau » d’un guide. Quelle hypothèse vous semble la plus vraisemblable ?

 

À gauche, la photo de Giovanna annotée par Florent : le « fantôme » serait l'élément n°4.
À droite, un zoom sur le manche du drapeau que l'on peut aisément confondre avec la bandoulière de l'homme au T-shirt blanc.
Cliquez sur les images pour les voir en grand.

 

Mais Giovanna tenait à son fantôme et tout n’était pas clair pour elle dans l’hypothèse raisonnable de Florent. Par exemple, la tige supposée (flèche 3) lui semblait plutôt être la bandoulière du sac de l’homme en T-shirt blanc, en arrière plan. Un agrandissement sur la zone en question a donné raison à Giovanna mais n’a pas donné tort pour autant à Florent. En effet, en regardant le détail des informations Exif de cette photographie, Florent a appris que le temps d’exposition était de 1/4 de seconde. Cette forte valeur explique pourquoi les éléments en mouvement sont si flous sur la photo de Giovanna et en particulier pourquoi la base de la tige tenue par le guide au premier plan est plus nette que la partie haute que l'on voit à peine et qui se confond avec la bandoulière de l’homme au T-shirt blanc.

Pour donner encore plus de valeur à son hypothèse, Florent a proposé à Giovanna de regarder les autres photos de sa visite afin de rechercher la présence récurrente de ces « drapeaux ».

Conclusion de Giovanna : « Je suis franchement déçue, mais bon, il restera quand même mon fantôme du Vatican. Un grand merci à vous. »

Géraldine Fabre

Vous pouvez nous envoyer vos questions à contact@zetetique.fr. Les « experts » de l’OZ essaieront de vous apporter des éléments de réponse ou de réflexion.

 


AGENDA


 

Conférences

À l’occasion de son 80e anniversaire, l’Union rationaliste organise le jeudi 25 novembre une conférence grand public d'André Brahic, astrophysicien découvreur des anneaux de Neptune. Cette conférence est intitulée « Dernières nouvelles des planètes et des étoiles. Raison et déraison ». Cet anniversaire sera également l'occasion de retracer l'histoire de l'Union rationaliste à travers des interventions d'Hélène Langevin-Joliot, actuelle  présidente, Jean-Pierre Kahane, ancien président, Yves Galifret, ancien secrétaire général, le physicien Jean Bricmont et le mathématicien Georges Haddad. L’entrée est libre dans la limite des places disponibles ; l’inscription est donc recommandée.

Dernières nouvelles des planètes et des étoiles. Raison et déraison
Jeudi 25 novembre 2010 de 17h à 19h30

Salle Paul Pierrotet
Mairie du Ve arrondissement
Place du Panthéon 75005 Paris
Inscription : 01 46 33 03 50 / union.rationaliste@wanadoo.fr

 

Le vendredi 26 novembre 2010 à Grenoble, l’ADFI-2SI (Association de Défense des Familles et de l’Individu victimes de dérives sectaires - 2 Savoie Isère) organise une conférence sur le thème « Santé, bien-être et dérives sectaires ». Pour cette soirée, le Docteur Chantal Dumont, conseillère santé à la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), et Jean-Michel Roulet, président de la Miviludes de 2003 à 2008, sont invités. L’entrée est libre et gratuite.

 

Santé, bien-être et dérives sectaires
Vendredi 26 novembre 2010, de 20h à 22h30
Maison des associations
rue Berthe de Boissieux 38000 Grenoble
Entrée libre
Contact : adfi2si@wanadoo.fr

 

Le Cercle de zététique de Toulouse a relancé son cycle de conférences mensuelles « Les lundis de la pensée critique ». Il organise le lundi 6 décembre une conférence avec Élie Volf intitulée « Rumeurs, médias et hoax » .

Au cours de la conférence sera évoqué le phénomène de la rumeur. Selon Jean-Noël Kapferer « la rumeur est partout, quelles que soient les sphères de notre vie sociale. Elle est aussi le plus ancien des mass médias. Avant que n’existe l’écriture, le bouche-à-oreille était le seul canal de communication dans les sociétés ». Le terme recouvre des réalités très diverses : les manœuvres d’information à partir d’une information qui peut être mensongère ou tronquée ; les rumeurs dues à une psychose collective  souvent dues à des légendes urbaines; de nos jours le bouche–à-oreille a été remplacé par les hoax dits canulars électroniques. Certaines rumeurs conduisent souvent à des phénomènes de psychose collective auto-engendrée et relative à une croyance éphémère. Nous essayerons d’explorer quelques-uns des mécanismes de la rumeur à travers le cas de quelques exemples contemporains.

Rumeurs, médias et hoax
Lundi  6 Décembre À 20h30
Maison de la philosophie
29 rue de la digue 31300 Toulouse
Entrée : 4 euros ; gratuit pour les adhérents
www.alderan-philo.org

 

 

Bar des sciences

Le jeudi 9 décembre, les membres de l’Association Marseille Zététique participent à un débat intitulé « Manipulation : mode d’emploi ». Organisé par l’association Les petits débrouillards, ce Bar des sciences devrait également accueillir Robert-Vincent Joule, chercheur en psychologie sociale et co-auteur avec Jean-Léon Beauvais du Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (PUG).

Les bars des sciences de Marseille sont des rendez-vous mensuels programmés tous les deuxièmes jeudis du mois. L’entrée est libre.

Manipulation : mode d’emploi
Jeudi 9 décembre à 18h30
Café les Danaïdes
6 square Stalingrad 13001 Marseille
www.barsdessciences-marseille.no-ip.fr

 

 

Soutenance de thèse

Le mercredi 17 novembre 2010 à Strasbourg, Romy Sauvayre, doctorante en sociologie à l'Université de Strasbourg soutiendra sa thèse intitulée « Le processus d'abandon des croyances défiant le sens commun », préparée au Laboratoire Cultures et Sociétés en Europe (CNRS).

Cette thèse revient sur le processus de dissonance cognitive mis en évidence par Léon Festinger (L’échec d’une prophétie, 1956) en étudiant un mouvement soucoupiste forcé de constater que leur prophétie apocalyptique fut démentie par les faits. Romy Sauvayre examinera deux dimensions de ce qu’elle a appelé le « mystère de Festinger » : d’une part, le démenti factuel d’une croyance ne suffit pas à produire son abandon et, d’autre part, il y aura un seuil au-delà duquel la croyance ploie sous l’évidence. Ce mystère porte donc sur une dimension statique et sur une dimension dynamique. Ce « mystère de Festinger » sera éclairé au moyen de la modélisation des mécanismes cognitifs à l’œuvre au sein d’une population particulière d’adeptes convaincus nourrissant une adhésion inconditionnelle à des croyances défiant le sens commun, diffusées par un mouvement marginal. La logique de ces croyances, souvent perçues comme contre-intuitives s’avérera des plus compréhensibles et rationnelles.

Cette soutenance est ouverte au public et se déroulera devant un jury composé notamment de Gérald Bronner (Professeur à l’Université de Strasbourg, directeur de thèse, auteur de nombreux ouvrages sur les croyances) et Jean-Bruno Renard, Professeur à l’Université de Montpellier III, spécialiste du phénomène de la rumeur.

Le processus d'abandon des croyances défiant le sens commun
Mercredi 17 novembre 2010 à 14h
Salle Fustel de Coulange
Palais Universitaire
9 place de l'Université 67000 Strasbourg
Plan d'accès

 

Réunion zététique

La prochaine réunion de l’OZ aura lieu le lundi 6 décembre 2010. Il y sera essentiellement question de l’avenir de l’association en vue de préparer l’assemblée générale prévue en janvier. Cette réunion est publique et aura lieu dans la salle Eugénie Cotton à Fontaine (15 rue Marguerite Tavel).

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Frédéric Bachelier, Éric Bévillard, Denis Caroti, Géraldine Fabre, Françoise Mariotti, Florent Martin, Fabien Millioz, Richard Monvoisin, Fabrice Neyret, Julien Pinel et Franck Villard.

Retrouvez toutes nos publications sur le site de l'observatoire zététique : www.zetetique.fr. Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

Mise à jour le Dimanche, 21 Novembre 2010 21:23