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POZ n°60 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Equipe de redaction   
Vendredi, 13 Août 2010 13:13

SOMMAIRE


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ÉDITO


 

« Voici comment on punira les enfants, les adolescents ou les adultes qui ne peuvent pas comprendre la gravité de la mise à l'écart de la communauté. Quand ils font des fautes, on les fait beaucoup jeûner ou bien on les frappe très fort pour les guérir. »
Règle de Saint-Benoît.

 

Aaaah, les vacances, les voyages, le dépaysement, l'été ! Si tu n'as pas l'opportunité de prendre des vacances, ami lecteur, je te plains. Tu rates des quantités de raisons de faire de la zététique, assailli qu'on est à tout coin de la rue des vacances par un mystère insondable, une affirmation extraordinaire ou un produit miraculeux.

Ainsi, si tu ne pars pas en vacances tu n'entendras pas un fabricant de peignes en corne expliquer au public médusé que la corne déstresse et reprotéine le cheveu, que la bouillie de persil fait repousser les cheveux, que le savon de Marseille placé dans le lit évite les crampes nocturnes, qu'il faut couper les cheveux selon la Lune, que tout ceci n'est pas du boniment, pas des superstitions de grand-mère, mais est sci-en-ti-fique, prouvé par le CHU de Toulouse, par le CNRS, par la NASA, par l'Amicale bouliste de Saint-Bonnet le Château, enfin par les plus hautes autorités de la science moderne.

C'est ahurissant ? Non, c'est en Ariège, dans un éco-musée des métiers anciens. Ledit bonimenteur-peignencorniste, scientifique jusqu'au bout, a d'ailleurs prouvé que les peignes en corne peignaient mieux (dans l'absolu), à l'aide d'une expérience confondante. Il a pris dans le public une fille avec les cheveux longs, puis lui en a peigné la moitié avec son peigne en corne. Il a ensuite montré que les cheveux peignés avec le peigne en corne étaient bien plus soyeux que les cheveux... pas peignés du tout ! Ça c'est de la démo, bravo l'artiste.

S'il est plaisant d'être ainsi stimulé au détour d'une visite de vacances, il l'est moins de constater que l'esprit critique est malheureusement parfois quelque peu endormi par la torpeur estivale, l'ingestion de viandes grillées et l'abus de boissons apéritives. Je me suis fait gentiment avoir d'une belle manière que je m'en vais te narrer.

Moi, en vacances, je visite des abbayes. Pas que, mais quand même souvent. Là, c'était Saint-Martin du Canigou. La visite était menée par un jeune novice à la barbe rousse, avec bure blanche et tout. Il arrive que les visites soient assurées par des moines ; en tant qu'athée je n'en suis pas dérangé du moment que la visite est bonne et pas trop remplie de bondieuseries, en tant qu'anticlérical j'en suis un peu irrité mais je m'y fais, y'a pas le choix si on veut faire la visite. Je me souviens même avec délices d'une visite à Vézelay, menée par un moine fort compétent, qui avait bien rabattu le caquet d'un touriste voulant voir des mystères ésotériques style Da Vinci Code dans la moindre colonne torsadée et le moindre défaut d'alignement du triforium.

Là, la visite fut correcte. Le guide, pour terminer, nous expliqua que la communauté des Béatitudes était une communauté comportant des hommes et femmes ayant prononcé des vœux, mais aussi des laïcs, des familles.  Et moi, comme le premier lapin de six semaines venu, je me suis dit que c'était bien, ces communautés religieuses plus ouvertes, donc moins extrémistes, que pour une fois la religion allait dans le bon sens.

Il a fallu celui (le bon sens) de mon ami Olivier, qui faisait la visite avec nous pour me faire revenir sur Terre. Il faut dire qu'Olivier et le seul de mes amis capable de donner au culte, presque le seul de mes amis pratiquant une religion sérieusement. Il fut en son temps le plus jeune conseiller presbytérial de France (il est protestant), c'est dire !  Meilleure connaissance du système religieux que moi ou, peut-être, esprit critique plus affûté du protestant face aux catholiques, toujours est-il qu'il a tout de suite pointé le problème : qui dit familles dit enfants. Des enfants embrigadés dans une congrégation à atours religieux, ça fait méchamment penser aux pires des sectes.

Bon, de fait, après renseignements, il semble bien que la communauté des Béatitudes en question ait quelques problèmes... La Miviludes s'y intéresse, les dérives semblent exister.  Et moi qui les trouvais plus fréquentables que les bénédictins, qui occupaient auparavant l'abbaye !

J'ai été bien eu, tu le vois. Naïf un jour, naïf toujours. Ça veut éveiller l'esprit critique de la jeunesse et ça se laisse embringuer dans un truc louche dès qu'un homme en robe blanche vient à passer. Je pense que pareille honte m'interdit à tout jamais de reparaître dans le monde ; je vais donc faire retraite dans un ermitage. Outre un salutaire isolement propice à l'introspection, ceci me permettra, pour peu que je sois pourvu de viandes à griller et de boissons à apéritiver, de prolonger un peu la torpeur estivale. Tu viens ermiter avec moi ?

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste novice

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Test d’un radiesthésiste à Aix-en-Provence sous l’œil des caméras de TF1

Le 14 juillet 2010, Florent Martin, Franck Villard et moi nous sommes rendus près d’Aix-en-Provence pour réaliser avec Monsieur C. une expérience de radiesthésie. Monsieur C. avait pris contact avec l’OZ quelques jours auparavant afin que nous testions ensemble sa capacité à trouver de l’eau avec des baguettes de sourcier. Parallèlement, nous avions été contactés par une journaliste de TF1 désirant filmer une de nos expériences. En accord avec Monsieur C., il a donc été convenu que l’équipe de télévision pourrait filmer l’expérience. Denis Caroti, membre de l’Association Marseille Zététique, nous a rejoint sur place.

Pratiquant depuis quelques années cette activité de sourcellerie en amateur, Monsieur C. se disait  capable de détecter la présence d’eau stagnante dans des « veines » souterraines. Habitué à utiliser des baguettes métalliques qu’il a adaptées à sa pratique (poignées spéciales, rallonges en bois, etc.), il avait selon lui à de nombreuses reprises observé que celles-ci semblaient s’aligner dans le sens de ce qu’il identifiait comme une veine d’eau, lorsqu’il passait au-dessus.

Avant de mettre en place avec lui un protocole expérimental rigoureux (avec une randomisation, un double aveugle et une analyse statistique pour traiter les résultats), nous lui avions au préalable expliqué par téléphone comment se tester d’abord en simple aveugle. Dans notre démarche, nous incitons systématiquement les personnes qui nous contactent pour une expérience, à s’auto-tester de manière simple. Ces auto-tests nous semblent être une étape pédagogique importante pour le sujet qui la plupart du temps ne connaît pas les principes peu intuitifs d’une expérience scientifique. En connaissance de cause, le sujet peut ensuite décider de réaliser une expérience avec nous.

 

À gauche, Florent Martin et Monsieur C interviewés par l’équipe de tournage de TF1. À droite, Monsieur C. vérifie, lors du test en blanc, que les conditions expérimentales ne perturbent pas sa perception.

Sûr de ses baguettes qui disait-il « ne lui mentent jamais », Monsieur C. nous assurait avec un large sourire d’un taux de réussite de 100%. Nous avons malgré tout essayé de le ramener à plus de modération, lui expliquant que nous ne lui en demandions pas autant et qu’il ne faudrait pas qu’il soit déçu s’il n’atteignait pas cet objectif.

Le dispositif expérimental a été longuement discuté avec Monsieur C. afin de rester au plus proche de sa pratique habituelle et maximiser ainsi les chances de voir le phénomène se produire dans des conditions contrôlées. Pour cela, nous avons construit quatre estrades en bois, de 80 cm de côté, numérotées de 1 à 4. Les estrades ont été juxtaposées à un endroit choisi par Monsieur C., hors de toute zone pouvant perturber sa perception. Sous chacune d’entre elles, un tube en PVC opaque et rigide de 2 m de long était placé. Dans l’un des tubes, était glissé un tuyau de 1,80 m environ, rempli d’eau.

Afin de valider ces conditions expérimentales, nous avons réalisé plusieurs tests en blanc. : tout en connaissant le numéro de l’estrade sous lequel le tuyau d’eau était placé, Monsieur C. devait nous dire s’il le détectait bien. Ses baguettes s’ouvraient à chaque fois de manière très nette au dessus de l’estrade choisie.

Tous très impatients de commencer l’expérience, nous nous sommes répartis en quatre équipes. Avec Monsieur P. un ami de Monsieur C., j’ai procédé à un tirage aléatoire avec un dé à quatre faces de façon à définir la séquence des numéros des estrades sous lesquelles le tuyau d’eau serait successivement placé (phase de randomisation). Cette séquence a été notée sur deux feuilles placées dans des enveloppes scellées. Pour garantir le double aveugle, les quatre équipes n'ont ensuite plus eu de contact entre elles. Une enveloppe a été récupérée par l’équipe de préparation, composée de Monsieur L., un autre ami de Monsieur C., et Denis ; l’autre enveloppe scellée est restée scellée dans la poche de Monsieur C. durant toute la durée de l'expérience. Suivant scrupuleusement la série aléatoire, Monsieur L. et Denis plaçaient le tuyau sous l’estrade désignée puis quittaient le lieu de l’expérience. Communiquant avec Monsieur C. et Franck uniquement à l’aide d’un bip envoyé par un talkie-walkie, ils les prévenaient alors de la mise en place. Monsieur C. montait ensuite sur les estrades et indiquait à Franck le numéro de celle sous laquelle il estimait avoir détecter de l’eau. Monsieur C. n’a jamais hésité. Ses détections étaient extrêmement rapides, ce qui le confortait dans le succès de l’expérience.

30 tests ont été réalisés. Nous avions expliqué à Monsieur C. que sa performance allait être comparée au hasard et que son score serait considéré comme extraordinaire si sa probabilité d'être due au hasard était inférieure à 1%. Dans notre cas, avec pour chaque test 1 chance sur 4 de trouver la bonne estrade par hasard, et 30 essais, le résultat était jugé extraordinaire à partir de 14 bonnes réponses.

À gauche, la feuille de résultats. Au centre, le dépouillement devant les caméras. À droite, photo de groupe avec de gauche à droite, Franck Villard (OZ), Monsieur L., Denis Caroti (AMZ), Monsieur C., Florent Martin (OZ) et Monsieur P.


Le dépouillement a eu lieu en fin d’après-midi. Bien que cette phase soit la plus attendue et la plus rapide de l’expérience, elle est aussi toujours la plus difficile. Avant de connaître son résultat, Monsieur C. nous a confirmé que l’expérience avait été conduite dans des conditions idéales pour lui. Il était donc toujours très confiant sur son issue. Malheureusement et à sa grande surprise, sur les trente essais, Monsieur C n’a finalement obtenu que 10 bonnes réponses. Sa performance est donc conforme à celle d'un tirage au hasard et l’expérience réalisée est un échec. La capacité de Monsieur n'a pas été mise en évidence.

Durant toute la journée, Florent a géré l’équipe de tournage de TF1. Ils ont ainsi pu filmer la préparation de l’expérience et le dépouillement des résultats. La journaliste a également interviewé Monsieur C. (à qui nous avons conseillé de demander l’anonymat). Le reportage devrait faire l’objet d’un dossier du 20heures de TF1 à la rentrée.

 

Géraldine Fabre

 

Pour en savoir plus sur la radiesthésie, nous vous conseillons de lire ou relire nos publications sur ce sujet : www.zetetique.fr/index.php/radiesthesie

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Élisabeth Roudinesco fâchée avec l’arithmétique (ou la vingt-et-unième légende) ?

Présentée comme historienne et psychanalyste, et malgré un nombre faramineux d'erreurs et d'interprétations erronées, Élisabeth Roudinesco est régulièrement interrogée dans les médias en tant qu'« ultime spécialiste ». Ainsi, lors de la parution du dernier livre de Michel Onfray (Le crépuscule d'une idole, l’affabulation freudienne, Grasset, 2010) bien rares furent les radios publiques qui ne lui offrirent pas de longues plages d’émissions vierges de toute question gênante et les organes de presse qui ne publièrent pas au moins un de ses articles. Ainsi par exemple, dans un de ceux que publia Le Nouvel Observateur « Roudinesco déboulonne Onfray », elle prétendait « (réfuter) point par point (…) la thèse développée » dans le livre en question.

Jacques Van Rillaer a entrepris de réfuter à son tour cette prétendue réfutation dans un document intitulé Les vingt nouvelles légendes freudiennes de Mme Roudinesco [1]. Légendes, en effet : Jacques Van Rillaer montre à quel point « sa passion l’amène à dissimuler, travestir, manipuler, mentir, fabuler » pour défendre la psychanalyse.

Aux vingt nouvelles légendes freudiennes de Mme Roudinesco ainsi recensées, je crois pouvoir en ajouter une vingt-et-unième ; dans l’article du Nouvel Observateur évoqué ci-dessus, elle affirme : « huit millions de personnes en France sont traités par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse », sans donner de sources, ce qui est assez habituel chez elle. Ce chiffre a été repris sans sourciller par de nombreux journalistes… Pourtant, à y regarder de plus près, il semble totalement invraisemblable [2].

Faisons pour le démontrer un petit calcul. Admettons que chacune de ces personnes consulte en moyenne une fois par semaine. Cela ferait 8 000 000 de consultations par semaine réparties sur l’ensemble des praticiens ainsi consultés. Admettons qu’un praticien travaillant à plein temps reçoive 80 patients par semaine (ce qui semble énorme, mais facilitons la tâche de Mme Roudinesco). Il faudrait ainsi 8 000 000/80 = 100 000 praticiens travaillant à plein temps pour répondre à une telle demande. Très au-dessus des 13 000 psychiatres, 6 000 psychanalystes et 35 000 psychologues habituellement recensés [3] (et qui sont loin de tous travailler à plein temps) !

On ne saurait mieux dire que Jacques Van Rillaer en conclusion du document précédemment cité : « (Mme Roudinesco) est une fabuleuse conteuse. Combien d’années fera-t-elle encore illusion ? »

Jean-Louis Racca

 

NB : Jacques Van Rillaer, décidément infatigable pour examiner les arguments de Mme Roudinesco, a écrit un nouveau texte, suite à la publication par cette dernière de Mais pourquoi tant de haine ? (Seuil, 2010). Ce texte, sobrement intitulé Analyse d’affirmations d'Élisabeth Roudinesco et qui ne déparerait pas un recueil de zététique, fait référence à l’affirmation des « huit millions » dans son paragraphe 12, p. 18. Voir aussi l'article de notre blog à ce sujet.

Notes :

[1] Le Nouvel Observateur a publié une version (très) édulcorée de ce document.
[2] Notons qu’Élisabeth Roudinesco elle-même, invitée une nième fois à s’exprimer sur les ondes publiques et sans doute consciente du caractère ridicule de ce chiffre, parle maintenant de « 5 à 8 millions de personnes traités par la psychanalyse et ses dérivés en France ». On appréciera son goût pour la précision !
[3] Diverses sources permettent de parvenir à ce chiffre. Ainsi, dans une lettre au Premier Ministre datée du 15 décembre 2006, l’association  Psychothérapie Vigilance parle de 13 000 psychiatres en exercice, 15 000 psychologues cliniciens, 5000 psychanalystes (33 000 praticiens).


Voyance à Aix-les-Bains

Aix-les-Bains (Savoie) a récemment accueilli le 13ème  « Festival de la voyance et du bien-être ». Ce salon, qui s’est déroulé du 19 au 30 juillet 2010 dans le luxueux cadre du Casino Grand Cercle a réunis plus d'une quinzaine de voyants (dont le très médiatique Claude Alexis), astrologues, médiums et autres lecteurs des lignes de la main, venus des quatre coins de France et de Belgique.

Ainsi pouvait-on moyennant 50 € (comptez le double pour une « recherche dans vos vies antérieures ») interroger le devin de son choix : Blue Angel ou Dominique pour une interprétation des tarots, ou plus exotique, Mama Bernadette, spécialiste des cauris*. Une quinzaine d’exposants proposait également des produits ou services en rapport avec la santé et le bien-être (livres, pierres et  bracelets magnétiques, cristaux, aliments biologiques, tisanes, etc.). Au programme également, tout au long de ces 10 jours : des conférences et ateliers (payants pour la plupart) sur des sujets divers et variés (réincarnation, magnétisme, télépathie, etc.), ainsi que des démonstrations de voyances publiques.

Hélas, le budget alloué par l’association ne m’aura pas permis d’acquérir un exemplaire de ces pendentifs bio-énergétiques (environ 100 euros) censés « renforcer le champ bio-électrique du corps », ou encore d’acheter une orgonite, sorte de petit cône fait de résine et de copeaux métalliques, destinée à la « dépollution énergétique de l’environnement ». Par manque de moyens (et de temps), je suis reparti sans connaître les bienfaits du massage ayurvédique, ni les secrets du Chamanisme. Et j’ignore toujours comment « rajeunir par la gymnastique faciale ».

Voyance à Aix-les-Bains (bis) : Aix-les-bains, seconde ville thermale française s’apprêterait-elle à devenir la capitale des arts divinatoires ? Un second festival doit en effet s’y dérouler du 7 au 21 Août 2010 (france.festival-voyance.com).

Franck Villard

*Pratique divinatoire originaire du Sénégal. Les cauris sont de petits coquillages que l’on jette. On interprète ensuite leur position les uns par rapport aux autres.

 


LEÇON DE CHOZ
Compétitif n'est-il pas contradictoire ?



Dans Le Paranormal, Henri Broch livre des réflexions présentées sous forme d'aphorismes pour être retenues plus facilement. C'est qu'il appelle facettes de l'art du doute. L'une d'entre elles s'énonce ainsi : « Compétitif n'est pas forcément contradictoire ». Pour l'expliquer, Broch dit que « Les extra-terrestres viennent de Mars » et « Les extra-terrestres viennent de Vénus » sont deux théories compétitives, mais que la théorie contradictoire de « Les extra-terrestres viennent de Mars » serait « Les extra-terrestres ne viennent pas de Mars ». La nuance est importante, poursuit-il : dans un débat, il ne suffit pas de prouver que les extra-terrestres ne viennent pas de Vénus pour prouver qu'ils viennent de Mars (et vice-versa). En d'autres termes, ce n'est pas parce que tu as tort que j'ai forcément raison.

À la réflexion, cet aphorisme me paraît peu clair, du moins pour le commun des mortels dont je fais partie.

Deux propositions compétitives, je pense qu'on voit ce que c'est : deux propositions ne pouvant être vraies simultanément. La proposition « Mémé est dans le salon » et la proposition « Mémé est sous la douche » sont compétitives, car mémé ne peut être à la fois sous la douche et dans le salon, puisqu'elle n'a ni installé une douche dans son salon, ni un salon dans sa douche. C'est déjà moins clair avec l'exemple de Broch, puisqu'il pourrait y avoir des extra-terrestres venant de Vénus, d'autres de Mars, ou des extra-terrestres ayant fait un crochet par Mars pour venir de Vénus, mais si on entend « les extra-terrestres viennent de Vénus » comme « tous les extraterrestres sont originaires de Vénus », alors il n'y pas d'ambiguïté. On touche là simplement les écueils habituels sur lesquels échoue la logique formelle lorsqu'elle navigue dans l'océan des situations courantes.

« A et B sont compétitives » signifie donc « la proposition « A et B » est fausse », ou encore « Si A est vraie, alors B est fausse », dont la contraposée, logiquement équivalente, est « Si B est vraie, alors A est fausse ».

Que signifie, pour deux propositions, le fait d'être contradictoires ?  Quelles propositions sont contradictoires de « Mémé est dans le salon » ? Il me semble que ce sont toutes les propositions tendant à prouver que mémé n'est pas dans le salon, par exemple « Mémé est sous la douche ».  Selon le sens usuel du mot, il me semble que « A contredit B » signifie « Si A est vraie, alors B est fausse ». Et il y a bien commutativité, puisque la contraposée de « Si A est vraie, alors B est fausse » est « Si B est vraie, alors A est fausse », ce qui n'est autre que « B contredit A ».

Donc « A et B sont contradictoires » a, me semble-t-il, exactement le même sens que « A et B sont compétitives ». Je dirais donc, contrairement à Henri Broch, que « Compétitif est forcément contradictoire ».

Mais voilà, ce que voulait dire Broch c'est qu'il ne suffit pas forcément de montrer que l'adversaire a tort pour prouver que j'ai raison, ce qui est tout à fait exact. En d'autres termes, il ne suffit pas de prouver que mémé n'est pas dans le salon pour prouver qu'elle est sous la douche, ou encore « B est fausse » n'implique pas que « A est vraie ».

Je pense qu'Henri Broch utilisait le mot « contradictoire » dans le sens « logiquement contradictoire au sens classique du terme », le sens classique étant celui de la logique d'Aristote. Dans ce cadre, le sens est tout autre. Soit une proposition de la forme « Tous les éléments x vérifient la proposition P », comme par exemple « Tous les extra-terrestres sont originaires de Vénus », ou encore « Chaque soir à sept heures, mémé prend sa douche ». La proposition contradictoire au sens classique est « Il existe un x qui ne vérifie pas P », donc « Il existe au moins un extra-terrestre qui ne vient pas de Vénus » ou « Au moins une fois, mémé n'a pas pris sa douche à sept heures du soir ».  Si la proposition s'exprime de la forme « Il existe un x qui vérifie la proposition P », comme « Certains extra-terrestres viennent de Vénus » ou « Il arrive à mémé de prendre sa douche à sept heures du soir », alors la proposition contradictoire au sens classique s'écrit « Aucun x ne vérifie P » (ou « tous les x vérifient le contraire de P »), soit « Aucun extra-terrestre ne vient de Vénus » ou « Mémé ne prend jamais sa douche à sept heures du soir ».

En fait, dans les deux cas cités, la proposition contradictoire est simplement la négation de la proposition. En ce sens-là, l'exemple de Henri Broch est valide, puisque la proposition contradictoire de « Les extra-terrestres viennent de Mars » (entendue comme « tous les extra-terrestres sont originaires de Mars ») est bien « Les extra-terrestres ne viennent pas de Mars », entendue comme « Il existe au moins un extra-terrestre qui n'est pas originaire de Mars ». Et la contradictoire de « Mémé est sous la douche » n'est pas formulable puisqu'il n'y a aucun caractère général à cette affirmation, que l'on ne peut pas exprimer sous la forme « quel que soit x, P est vraie » ou « il existe x tel que P est vraie ».

L'aphorisme « Compétitif n'est pas forcément contradictoire », dans ce sens-là, peut se reformuler en « Deux propositions compétitives ne sont pas forcément la négation l'une de l'autre ». Donc dans un débat où l'un affirme que les extra-terrestres viennent de Vénus, l'autre qu'ils viennent de Mars, montrer que l'un a tort ne sert pas à prouver que l'autre a raison puisque les propositions soutenues ne sont pas contradictoires au sens classique du terme.

Encore faut-il savoir que dans cette phrase le mot contradictoire est entendu dans son sens classique. Voilà pourquoi cette phrase me gêne : si c'est un outil pédagogique destiné à faire passer en peu de mots une idée forte, alors elle doit s'autosuffire pour pouvoir être retenue sans mode d'emploi. Il faudrait dire « Compétitif n'est pas forcément contradictoire au sens classique », et encore cela suppose que tout un chacun sait ce que signifie « contradictoire au sens classique ».

Je pose donc que le mot « contradictoire » est mal choisi. Il ne viendrait pas à l'idée de grand-monde, en effet, de répondre spontanément que  la proposition contradictoire de « les extra-terrestres viennent de Mars » est « il existe un extra-terrestre ne venant pas de Mars », mais je pense qu'on peut en revanche admettre que « les extra-terrestres viennent de Vénus » est une proposition qui contredit « les extra-terrestres viennent de Mars ».

Reste à reformuler la phrase de Broch, si l'on souhaite conserver un aphorisme à but pédagogique. Pour l'instant je n'ai pas trouvé mieux que « C'est pas parce que t'as tort que j'ai raison », phrase qui a le mérite d'être claire et autosuffisante, le tort d'être moins élégante.

 

Stanislas Antczak

 


AGENDA


 

Théâtre

Nous vous avions parlé il y a quelques mois de l’incroyable spectacle Mago Mentalista. Guido Straniero, mentaliste italien (divinement interprété) revisite cette branche de la magie, dans un show plus proche d'une pièce de théâtre que d'une démonstration de prestidigitation. Les expériences auxquelles se livre ce personnage à moitié fou ont de quoi surprendre et émerveiller le public. Parvient-il réellement à lire dans nos pensées ? Si un doute palpable plane durant tout le spectacle, la conclusion, elle, le dissipe totalement. Bref, c'est frais, c'est gai, c'est vivifiant pour l'esprit, et c'est critique ! Pas de dérive paranormaliste à la Gary Kurtz mais une véritable réflexion sur la manipulation mentale.

Par chance, Guido tourne encore alors si vous avez durant vos vacances l’opportunité d’aller le voir, n’hésitez pas. Les dates des prochaines représentations sont en ligne sur le site de la compagnie Les Décatalogués.

Mago Mentalista
Mercredi 25 août 2010 à 20h30
Festival national des humoristes
Théâtre de Tournon-sur-Rhône
1 place Rampon 07300 Tournon-sur-Rhône
Informations et billetterie : www.festivaldeshumoristes.com

 

Conférences

Tous les deux ans, l’ECSO, European Council of Skeptical Organisations, organise le Congrès sceptique européen dans l’un de ses pays membres. Cette année, la 14e édition de ces rencontres se tiendra à Budapest, en Hongrie, du 17 au 19 septembre 2010. Quelques grands noms du mouvement sceptique européen interviendront, comme Christopher French, Luigi Garlaschelli, Joe Nickell ou encore Massimo Polidoro. Les sujets abordés seront très variés : médecines dites alternatives, créationnisme et intelligent design, New Age, pseudosciences, etc. L’inscription est possible en ligne sur le site de la Hungarian Skeptic Society pour 30 euros.

14e édition du Congres sceptique européen de l’ECSO
Du 17 au 19 Septembre
Flamenco Hotel - Ravel room
1113 Budapest, Tas vezér utca 3-7.
Pour en savoir plus : www.szkeptikus.hu

Le prochain « The Amazing meeting » (TAM) aura lieu le week-end des 16 et 17 octobre 2010 à Londres. Organisé par la James Randi Educational Foundation, le TAM est le rendez-vous des sceptiques mondiaux. Comme à chaque fois, de nombreux conférenciers de renommée internationale sont attendus, parmi lesquels Richard Dawkins, Susan Blackmore ou Richard Wiseman.

On regrettera malheureusement le prix de £208, encore trop élevé pour ouvrir véritablement cet événement à un public plus large que les sceptiques déjà convaincus (et riches !).

The Amazing meeting 2010
Samedi 16 et dimanche 17 octobre
The Hilton London Metropole Hotel,
225 Edgware Road London W2 1JU
Pour en savoir plus : www.tamlondon.org

 


DIVERTISSEMENT



 

Êtes-vous prêt à la rencontre ?

C’est la question que pose la Cité de l’Espace de Toulouse avec sa nouvelle exposition thématique consacrée à la recherche de la vie extraterrestre. Pour solliciter l’imaginaire de ses visiteurs et leur faire partager les avancées récentes de la recherche scientifique sur la vie dans l’Univers, elle les plonge dans un scénario et des décors inspirés de la bande dessinée et la science fiction.

Avant de partir à la recherche de la vie dans le système solaire et au-delà, le public est invité à découvrir des formes de vie bien terrestres mais très surprenantes qui peuplent des milieux extrêmes, invivables pour les êtres humains, mais proches d’environnements existant sur d’autres planètes ou exo-planètes.

Puis, pénétrant dans une base secrète, le visiteur apprendra qu’une soucoupe volante se serait écrasée à la Cité de l’Espace dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2010 (voir la vidéo du « crash »). À la demande des autorités, la DGRA (Direction Générale des Recherches Aliens) mène l’enquête. Pour se préparer à une éventuelle rencontre à grande échelle, elle se doit de disposer de différents profils au sein de son organisation. Êtes-vous prêt à la rencontre ? Des expériences étonnantes notamment de propulsion de soucoupes et autres objets volants vous seront proposées. Une façon bien amusante de s’initier à la communication avec une autre forme d’intelligence que la nôtre.

Lucie Faivre

Pour en savoir plus : www.pretalarencontre.com

Cité de l’Espace
Avenue Jean Gonord
B.P. 25855
31506 Toulouse cedex 5

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Géraldine Fabre, Lucie Faivre, Florent Martin, Fabien Millioz, Richard Monvoisin, Fabrice Neyret et Jean-Louis Racca.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

 

Mise à jour le Jeudi, 23 Février 2012 01:27