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POZ n°68 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Lundi, 13 Juin 2011 00:00

 


SOMMAIRE



Version pdf - 1,25 Mo

Édito
Les nouvelles de l’OZ :
- Conférence à Bourg-en-Bresse : « Tous libres, tous manipulés ? »
- Le rendez-vous est pris pour la 6e édition de l’Université d’été de l’OZ
- Nouveau dossier sur le site de l'OZ : La Bête du Gévaudan
Actualités
:
- Élisabeth Teissier nous explique que l'astrologie ne permet pas de faire des prédictions utiles
- Changement à la tête des GEIPAN
- Un numéro hors-série de la revue Science et Pseudo-science consacré au 11 septembre
Leçon de choz : La confusion corrélation - causalité
Culture et zététique :
- Déterminez votre véritable signe du zodiaque
- En librairie : Le tombeau des idées reçues et C'est (vraiment ?) moi qui décide
- En ligne : la conférence de Gérald Bronner sur le principe de précaution
Agenda
- 14 juin : Café-science à Grenoble « Le principe de précaution : frein ou progrès »
- 16 juin : conférence de l'OZ à Grenoble « Le 11 septembre et les théories du complot »

 


ÉDITO


 

« Le Soleil ne soupe jamais, mais déjeune seulement »
Galileo Galilei, L'Essayeur.

 

Il m'est arrivé à de nombreuses reprises, ami lecteur, de traquer ici petites et grandes superstitions qui fleurissent notre quotidien. Des qui sont établies avec pignon sur rue, droit de cité dans la presse et reconnaissance académique, comme l'astrologie, l'homéopathie ou la psychanalyse : on y croit, on n'y croit pas, si ça fait pas de bien ça fait pas de mal, si y'avait rien depuis le temps on le saurait, pis d'abord mon beau-frère ne jure que par ça et en est très content. Et à l'autre bout, des qui sont ultra-personnelles : il faut que je compte jusqu'à dix avant l'arrivée de l'ascenseur pour bien digérer ce midi, si monsieur Alba part faire sa promenade vers la gauche ce matin c'est qu'il va pleuvoir, évoquer Michel Galabru en mangeant du poulet aux quarante gousses d'ail l'autre jour a provoqué sa mort, etc.

Les grandes ont leur genèse narrée dans les livres, ont leurs exégètes et leurs contempteurs. Les minuscules n'ont rien de tel, parce que de toutes façons on ne va quand même pas en parler à quelqu'un, c'est trop la honte.

Puis au milieu, y'a les moyennes superstitions. Des auxquelles personne ne croit vraiment, mais que tout le monde connaît. Et là aussi je distingue les moyennes grandes et les moyennes petites. Les moyennes grandes, c'est le chat noir qui porte malheur, l'échelle sous laquelle il ne faut pas passer, le bois qu'il faut toucher. Celles-là sont identifiées comme superstitions, brevetées comme telles par l'AFNOR, certifiées ISO-9002, répertoriées et étudiées par les sociologues. Quand on parle de superstition, c'est même à elles qu'on pense en premier.

Mais personne ne pense aux moyennes petites. On n'est même pas au courant que c'en sont (et Dali l'a). Ce sont plus des amusements, des manières de meubler la conversation. On a peine à voir d'où elles sortent. Ce sont elles que je propose de réhabiliter et d'étudier ici.  Je lance donc solennellement l'OEUFDELUMPS : l'Observatoire pour l'étude unitaire, détaillée et exhaustive, francophone, des lois et usages des moyennes-petites superstitions.

Exemple typique : quand on chante (faux), ça fait pleuvoir. Le travail consiste à savoir d'où ça sort et surtout à vérifier si c'est vrai.  Pédagogie progressive : on commence pas trop dur, je suis sûr que tu peux nous pondre un protocole expérimental en moins de temps qu'il en faut à un prix Nobel de la Paix pour zigouiller l'ennemi public numéro un.

Un autre sujet, plus difficile, me tient plus à cœur : le test du beurre au bouton d'or. Quand j'étais petit, je pensais que cette superstition était universelle. Puis j'ai grandi et me suis dit que j'étais bien naïf, que si elle dépassait le cadre familial j'avais de la chance. Il faut dire que quand on va de par le monde, on se rend compte que les gens ne savent pas ce qu'est une sillotte ou ce que signifie le verbe boconner : il y a de quoi devenir vezon, voire tarabate, et perdre confiance en le savoir universel du clan dont on est issu (de mensonges). Puis j'ai découvert à ma grande surprise que c'était bel et bien une superstition partagée. Il y a même une page sur Fesse-Bouc pour les gens qui aiment ça.

Je repasse donc du côté des savants ; si toi, inculte lecteur, ne sais pas de quoi il s'agit, je condescends à t'expliquer le test du beurre au bouton d'or. Tu cueilles un bouton d'or. Tu le présentes sous le menton du sujet étudié (qui doit être bien rasé si c'est un homme, une femme à barbe ou un grizzly), le tout dehors et au soleil : si le menton s'éclaire en jaune, c'est que le sujet aime le beurre ; on peut même graduer l'intensité de l'éclairage pour savoir l'intensité de cet amour pour le beurre.

Ah, bien sûr, c'est une superstition bien de par ici : si tu as la peau colorée, ce test n'est pas pour toi. Tu n'as qu'à retourner dans ton cocotier faire un test à la fleur de manioc pour voir si tu aimes la graisse de gazelle, impudent étranger même pas de par ici. Non mais. C'est un tantisoit rural, aussi. Si tu es citadin de père en fils, je te plains sincèrement d'avoir grandi dans l'ignorance du test du beurre, de ne connaître que le test au ticket de métro pour voir si tu aimes l'huile de vidange.

Revenons à nos boutons. Tu dois, ami lecteur, travailler en deux parties. D'abord établir l'origine de cette superstition. Ça va déjà pas être de la tarte à la mirabelle, crois-moi ; au passage, tu devras identifier la substance hallucinogène en vigueur chez ceux qui ont inventé pareil test. Puis s'agira de vérifier si le test fonctionne. Comment ça, pas la peine ? C'est qui le prof, c'est toi ou c'est moi ? C'est un travail d'école, hein, le but est de te faire faire une vérification expérimentale ; on le sait très bien que le test est fiable à 100%, c'est ce que tu vas obtenir comme résultat si ta vérification est bien montée, je n'ai aucune inquiétude là-dessus. Tu peux faire ton test, ça ne m'empêchera pas de dormir ; d'ailleurs je dors comme un bouton (comme un bouton dort).

Mais là où elle est difficile, cette expérience, là où tu vas en baver, c'est lorsque tu vas devoir constituer un échantillon témoin suffisamment grand de gens qui n'aiment pas le beurre. Je te souhaite bien du plaisir, moi je n'en connais pas.

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste butyrique

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Conférence à Bourg-en-Bresse : « Tous libres, tous manipulés ? »

Le 17 mai dernier, dans le cadre de la semaine de la Liberté à Bourg-en-Bresse, Florent Martin a donné quelques ficelles aux spectateurs venus nombreux pour l’occasion se prémunir contre les techniques de manipulations et détecter les fraudes. Au travers d’expériences exercées au sein même de l’auditoire, l’orateur a expliqué quelques processus par lesquels on devient la victime d’abus, sans omettre de montrer que le premier manipulateur peut être soi-même. La Zététique est en effet une méthode basée sur la vérification des informations. Et parce qu’un choix n’est véritablement libre que lorsqu’il est éclairé, cette conférence-spectacle avait d’abord pour objectif de présenter les techniques de manipulations les plus courantes auxquelles chaque individu peut être confronté dans sa vie de tous les jours. La deuxième partie de la conférence visait à davantage exemplifier ces techniques mis en action dans les médias.

Pour faire un rapide résumé de ce qu’il fallait retenir, l’objectif d’une manipulation est d’amener un individu à faire ce qu’il n’aurait pas fait spontanément. Illustrées par des expériences issues de travaux scientifiques, Florent Martin a mis en évidence que certaines techniques présentées reposent principalement sur la mise en exergue du sentiment de liberté auquel chacun est attaché (cf. Guéguen & Pascual, 2000). On comprendra donc que l’expression « mais vous êtes libres d’accepter ou de refuser… » n’est pas aussi innocente qu’on pourrait le croire au premier abord.  De même, le fait d’imputer à quelqu'un une qualité particulière, ce qui constitue ce qu'on appelle un étiquetage (Miller, 1975) accroît la probabilité pour que la personne se comporte de manière conforme à cette « étiquette ». C’est une technique parfois utilisée innocemment par l’enfant qui dit à son papa qu’il est le plus généreux et le plus gentil des papas du monde et lui demande ensuite de lui acheter des bonbons… Enfin, l’engagement est certainement un des mécanismes les plus puissants et rend compte de certains effets d’auto-manipulation (Staw, 1976). Quand l’individu produit en toute liberté des actes dont il est le seul responsable, il s’engage inévitablement vis-à-vis de ses actes et risque de s’accrocher davantage à ses décisions, même si elles sont clairement dénoncées par les faits. C’est pour cela sans doute que lorsqu’on est au cinéma devant un navet, on a rarement l’audace de sortir, même si on sait que la fin ne pourra jamais rattraper le temps perdu jusque-là…

La conférence se terminait sur quelques conseils pour se protéger contre ces techniques de manipulation. Le premier est bien sûr d’avoir à l’esprit le principe de ces stratégies pour pouvoir les identifier lorsque la situation change. Le second est avant tout d’apprendre à revenir sur une décision au lieu d’être extrêmement fiables, constants, fidèles, donc adhérents à nos décisions parfois erronées. Le fait de considérer deux décisions successives comment indépendantes permet de penser aux différentes solutions sans attribuer plus d’importance à celles sélectionnées avant et rompent l’engagement. Enfin, et c’est peut-être le conseil le pus important dans tout ça : il ne faut jamais surestimer sa propre liberté ! Un individu ne peut être manipulé efficacement que s’il éprouve une illusion de liberté. Et puis, si jamais la situation est insupportable ou s’il est difficile de s’en dépêtrer, le dernier recours est tout simplement la fuite sans justification. Un « au revoir » poli avant de  sortir du magasin ou prendre congé est parfois la solution la plus efficace (sans pour autant être la plus facile, j’en conviens !). Pour se faciliter la tâche, il est aussi possible de recourir à un pieux mensonge du genre « je vais y réfléchir », tout en partant. « Ça ne m’intéresse pas » où « désolé de dois y aller » sont des formes tout aussi socialement acceptables. À chacun de se préparer ses « phrases de déconnexion », à l'avance.

Virginie Bagneux

 

Pour en savoir plus :

Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, Robert-Vincent Joule & Jean-Léon Beauvois, PUG.

 

Le rendez-vous est pris pour la 6e édition de l’Université d’été de l’OZ

La saison estivale approche et comme chaque année, l’Observatoire zététique s’offre un week-end au soleil. Du 8 au 10 juillet 2011 aura lieu la sixième édition de l’Université d’été de l’OZ : UltimateZ6. Cet événement est co-organisé pour la première fois avec l’Association Marseille Zététique. Durant deux jours, une trentaine de personnes, membres des associations sceptiques françaises, se retrouveront près de Marseille pour discuter méthodologie scientifique, esprit critique et « paranormal ». Exposés, expérimentations, débats, jeux, animeront tout le week-end. Géraldine Fabre (OZ) et Denis Caroti (AMZ) ont pris en charge l’organisation du séjour et l’élaboration du programme. Le compte-rendu devrait figurer dans notre newsletter d'août.

 

Nouveau dossier sur le site de l'OZ

Entre 1764 et 1767, une centaine d’habitants d’une lointaine province du Massif central, le Gévaudan, périssent sous les crocs d’un ou plusieurs animaux, surnommé(s) la « Bête ». Aujourd’hui emblématique de sa région, la Bête du Gévaudan n’en finit pas de susciter interrogations et débats sur sa nature, souvent présentée comme mystérieuse.

Notre historien, Éric Déguillaume s’est penché sur cette énigme. Dans le dernier article paru sur le site de l’OZ, il raconte son enquête et son cheminement personnel. Loin d’élucider le mystère et de conclure définitivement, il explique au contraire comment il a oscillé d’une hypothèse à l’autre en fonction des éléments qu’il a découverts et intégrés progressivement à sa réflexion.

L’histoire mystérieuse est l’une des thématiques zététiques les plus difficiles à appréhender, car l’expérimentation est impossible et les sources sont anciennes, souvent incomplètes voire contradictoires. Le rasoir d’Occam, appelé aussi « principe de parcimonie » ou « principe d’économie d’hypothèses » est dans ce cas particulièrement utile. Il stipule que lorsqu’on est confronté à deux hypothèses pour expliquer un phénomène, il est préférable de privilégier la plus « simple ». Son application vous semblera plus claire en lisant l’article d’Éric : La Bête du Gévaudan : état des lieux et parcours personnel.

 

De la zététique sur Radio Suisse Romande

Le 12 mai 2011, Fabrice Neyret a été interviewé par Bastien Cofino pour l’émission Les impatients diffusée sur la Radio Suisse Romande. Des deux heures d’interview, le journaliste a tiré un premier extrait d'une quinzaine de minutes qui ont alimenté l’émission du 2 juin. Fabrice commence par y présenter la démarche zététique et les activités de l’OZ. La discussion s’oriente ensuite sur l’expérimentation scientifique de capacité extraordinaire comme la radiesthésie. Le journaliste s’est en effet intéressé à l’utilisation de cette pratique dans les enquêtes policières et a interviewé une médium et le porte-parole de la police vaudoise (dont la vision du succès est résolument contradictoire !). Pour nuancer ces témoignages, Fabrice prend le temps d’expliquer en détail l’expérience de Munich, menée dans les années 80 avec plusieurs centaines de sourciers. Tout au long de l'émission, il rappelle également les biais de raisonnement courants qui nous font commettre tant d'erreurs et insiste sur le fait que la plupart des « tenants » ne sont pas des charlatans mais des victimes de ces biais.

La tonalité de cette émission est résolument sceptique et avec les heures d’enregistrement restées inexploitées (et les suivantes à venir), d'autres devraient être programmées sur la même thématique.

L’émission peut être écoutée en ligne sur www.rsr.ch.

 


 

En Bref

Un Prix littéraire pour Brigitte Axelrad

L'AME (Association contre la Mutilation des Enfants) a décerné son prix littéraire à Brigitte Axelrad pour le livre Les ravages des faux souvenirs ou la mémoire manipulée paru aux éditions Book-e-book dans la collection « Une chandelle dans les ténèbres ». Depuis le mois d’avril, ce livre est accessible en anglais, traduit par la British False Memory Society (BFMS).

 

Pour être régulièrement tenu au courant des activités de l’Observatoire zététique (réunions, conférences, etc.), demandez votre inscription à notre liste de sympathisants en écrivant à contact@zetetique.fr

 


ACTUALITÉS


 

Élisabeth Teissier nous explique que l'astrologie ne permet pas de faire des prédictions utiles

Quelques esprits taquins ont eu le mauvais goût de ressortir il y a peu les prédictions énoncées en décembre dernier par la célèbre astrologue au sujet de DSK, lesquelles concluaient : « Pour lui, 2011 sera une année géniale : à 62 ans, c’est l’année de sa vie ! » Si dans son propos les qualificatifs d’« année cruciale » et de « tournant » peuvent jouer de l'ambiguïté, sa conclusion ne peut guère tirer parti de l'oracle à double sens qui sanctifia naguère la Pythie de Delphes lorsqu’elle dit par exemple au roi Crésus : « si tu lances cette guerre, un grand royaume sera détruit ».

Dans un mea culpa sur son blog, elle nous explique à présent l'erreur : « Il se trouve qu’en astrologie comme dans beaucoup de domaines, les extrêmes se touchent. ». En clair, on peut repérer un événement important, mais pas bien dire s'il est heureux ou catastrophique : l'intérêt de la prédiction est donc pour le moins limité. Elle ajoute a posteriori comment elle aurait néanmoins pu mieux faire son travail alors, et nous reconstruit en détails une prédiction plus juste, mais il est vrai que la prédiction d’un événement passé est un peu plus facile...

Au-delà du cas DSK, 2011 aura quand même connu bien des événements extrêmes : multi-révolutions arabes, séisme puis catastrophe nucléaire au Japon, mort de Ben Laden... Mais sur ces sujets, ni Élisabeth Teissier ni semble-t'il ses collègues n'ont détecté d'événement du tout, fût-ce en se trompant d'extrême. Il semble donc que l'astrologie ne sache pas non plus bien dire qu'un événement important (en bien ou mal) va advenir.

Notre star nationale des astres nous offre donc une démonstration magistrale de l'efficacité discutable de cet art.

Fabrice Neyret

 

Changement à la tête du GEIPAN

Le 16 mai 2011, le CNES (Centre national d'études spatiales) a annoncé la nomination de Xavier Passot à la tête du GEIPAN (Groupe d'étude et d'information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), son service d'étude des témoignages d'ovnis. Il y remplacera, à compter du 1er juillet prochain, Yvan Blanc, dont la présence à la direction du GEIPAN aura donc été de courte durée. M. Blanc demeurera toutefois collaborateur du GEIPAN, à temps partiel. Compte tenu de la brièveté de son passage, il est difficile de dresser un bilan de sa présence à la tête du service.

Le curriculum vitae de M. Passot, en revanche, présente une particularité intéressante : le nouveau dirigeant du GEIPAN est en effet astronome amateur. Sachant que nombre de cas d'ovnis ont pour origine des méprises astronomiques, Xavier Passot se trouve être ainsi, au moins sur le papier, le directeur le mieux qualifié que le service ait jamais eu pour l'examen et l'élucidation des PAN (terme désignant les ovnis au sein du CNES). Gageons ainsi qu'il saura, par exemple, reclasser comme il se doit les nombreux cas classés « D » (sans explication après enquête) mais qui s'avèrent être des méprises astronomiques assez évidentes, comme les membres du site Sceptic-Ovni ont pu en faire la démonstration.

Éric Déguillaume

Pour en savoir plus :

Les OVNI du CNES, trente ans d’études officielles (1977-2007), David Rossoni, Éric Maillot, Éric Déguillaume, Book-e-book, 2007. Disponible en ligne sur notre site.

 

Un numéro hors-série de la revue Science et Pseudo-sciences consacré au 11 septembre

L’Association française pour l’information scientifique (AFIS) sort ce mois-ci un numéro Hors série intitulé : « Dix ans après les attentats du 11 septembre, la rumeur confrontée à la science ».

L’écho indéniable rencontré par les diverses théories conspirationnistes sur les attentats du 11 septembre 2001 semble parfois inversement proportionnel à leurs fondements scientifiques, quoi qu’en disent leurs promoteurs. Coordonné par Jérôme Quirant (dont on ne peut que recommander le site : www.bastison.net), ce hors série confronte ces théories (démolition contrôlée des tours jumelles, pas d’avion sur le Pentagone, délit d’initiés à la Bourse, etc.) à la connaissance scientifique par l’intermédiaire de contributions de spécialistes de divers domaines (génie civil, ingénierie forensique, mécanique, démolition contrôlée, statistiques… ).

Sans oublier les contributions moins « techniques » de Jean Bricmont, Noam Chomsky ou Gérald Bronner qui remettent en question les mêmes théories avec d’autres angles d’attaque.

Jean-Louis Racca

Le 16 juin 2011 à 20h, l'OZ donne une conférence sur les théories du complot à Grenoble. Voir notre agenda.



LEÇON DE CHOZ
La confusion corrélation - causalité


 

La question de la zététique dans la santé (ou l'inverse) est toujours un peu épineuse, et l'enjeu étant particulièrement important, la méthode utilisée doit faire d'autant plus preuve de rigueur. L'histoire que je relate n'a donc aucune valeur scientifique. Il s'agit d'une histoire vraie, mais d'un cas isolé.

Mlle S. a 21 ans, et elle est épileptique. Elle a appris sa maladie au moment de ses premières crises, à l'age de 14 ans. Son premier neurologue lui prescrit de la Dépakine (nom commercial de l'acide valproïque). Ce traitement a de nombreux effets secondaires possibles et S. subit en particulier l'apparition de TOC, de troubles des règles, la perte de ses cheveux, et l'aggravation de troubles du sommeil. Son neurologue maintenant ce traitement, elle décide de l'arrêter. Dans la même période, un ami homéopathe de sa mère lui conseille alors, en supplément, un traitement à base de granules homéopathiques.

Pendant un temps, S. ne prend que ce traitement qui n'aurait dû être que d'appoint, et son entourage constate une amélioration des troubles du sommeil, et en félicite l’homéopathie. En réalité, S., pour réussir à dormir, a décidé de prendre en cachette des anti-dépresseurs. Les crises épileptiques, elles, continuent, jusqu'à ce que S. en fasse une particulièrement grave, qui la conduira à retourner voir un épileptologue, qui lui donnera un nouveau traitement, qui, après un temps d'adaptation, lui permettent d'éviter les crises.

Ce qu'illustre très bien cette anecdote, c'est la confusion entre corrélation et causalité qu'on croise souvent en zététique : la corrélation entre la prise d’homéopathie et l'amélioration du sommeil a conduit l'entourage de S. a conclure à l'efficacité de l’homéopathie. Sans cette « explication », l'entourage aurait pu chercher une cause autre, et éventuellement faire consulter S. par un autre médecin pour faire un nouveau bilan, au lieu de repousser cette consultation à beaucoup plus tard. De même, l’homéopathie a servi de traitement unique à S. pendant une longue période. Son entourage aurait-il laissé S. sans aucun traitement ? Peut-être, mais si la réponse est non, alors l’homéopathie est indirectement responsable du retard de cette réaction.

 

Émeric Tourniaire

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

Déterminez votre véritable signe du zodiaque

Nos lecteurs les plus assidus auront sans doute eu l'occasion de lire l'excellent dossier de notre non moins excellent camarade Stan sur l'astrologie : Astrologie : science, art ou imposture. Pour les autres, je rappelle le premier problème interne : du fait du phénomène de la précession des équinoxes, les constellations ne correspondent plus aux signes. Le signe des gémeaux correspond aujourd'hui à la constellation du taureau. Certes, quand on pose cette objection à un « astrologue savant », il vous dira qu'en fait les astres physiques n'ont rien à voir, qu'il s'agit juste d'une division du temps en douze, à laquelle on a arbitrairement associé à une époque, donné le nom de douze des treize constellations qui se trouvaient en relative correspondance. Cependant, force est de constater que d'une part « l'astrologie populaire », celle employée en pratique avec le public, fait bel et bien largement référence aux astres physiques, et que l'« astrologie savante » elle-même, s'agissant d'affiner le diagnostic en ajoutant au tableau la course des planètes, recoure bel et bien aux positions réelles de celles-ci. Devant une telle ambiguïté interne, si vraiment ce sont les astres qui nous gouvernent, il pourrait sembler prudent que les croyants en l'astrologie connaissent leur vrai signe actuel, c'est-à-dire celui correspondant à la constellation vraiment présente au jour de leur naissance.

La division du ciel en constellations ne respecte pas la division en douze. Mais sans avoir un dessin, ce n'est pas facile de se faire une idée. Par définition, le signe du zodiaque, c'est la constellation dans laquelle se trouve le soleil au moment de la naissance. Pendant la journée et pendant la nuit (mais on les voit surtout la nuit), les étoiles semblent tourner dans le ciel. C'est un phénomène bien connu des photographes de ciel [1]. En fait, cette rotation correspond à la rotation de la terre sur son axe, qui fait aussi tourner le soleil au-dessus de nos têtes. Ce qui fait qu'à l’échelle d'une journée, le soleil tourne en même temps que les étoiles. Le mouvement de rotation de la terre autour du soleil, lui, fait bouger le soleil par rapport aux étoiles, qui sont trop loin pour vraiment bouger autour de nous (ou alors vraiment peu ou pas vite). Cette trajectoire (qu'on appelle l'écliptique) traverse 13 constellations en un an, dont 12 sont bien connues, plus le serpentaire.

Passons aux travaux pratiques : moi qui connais ma date et mon lieu de naissance (16 octobre), comment savoir si je suis vraiment balance (comme me le disent tous les horoscopes) ou pas ? Je m'en ouvrais à une amie astrophysicienne, qui m'a conseillé le logiciel Stellarium. Stellarium est un logiciel libre, disponible sous windows, macOS ou linux, et téléchargeable depuis leur site [2].

Pour obtenir votre signe depuis un premier lancement, il faut procéder comme suit :

  • Dans la barre du bas, activer les lignes et les étiquettes des constellations. Désactiver l'atmosphère pour voir les étoiles même le jour.
  • Il peut alors être alors intéressant de faire défiler le temps rapidement (en bas à droite) pour vous faire une idée du mouvement des astres.
  • Dans la barre de gauche, sur la fenêtre de positionnement, choisir le lieu de naissance (pas indispensable pour connaître le signe, mais cela permet de respecter l'alternance jour/nuit.
  • Sur la fenêtre date/heure, positionner votre jour et heure de naissance. Si il fait nuit, il sera sans doute utile de désactiver le sol pour voir le soleil quand même (touche G).
  • Dans la fenêtre de configuration du ciel et de la vision, onglet "Marques", activer la ligne de l'écliptique, et dans les constellations, afficher les limites.
  • Il suffit alors de chercher le soleil, et de regarder dans quelle constellation il se trouve.

Une prochaine fois, je vous raconterai comment trouver votre ascendant.

Émeric Tourniaire

Notes :

[1] www.crichtonmiller.com
[2] www.stellarium.org

Henri Broch a développé l’Astronomic Zodiac, un petit accessoire qui reconstitue la position de la sphère céleste à une date donnée - de l'Antiquité à nos jours - et vous permet ainsi de déterminer facilement le véritable signe zodiacal de toute personne de votre choix. Il est disponible sur le site Book-e-book.

 


 

En librairie

Le tombeau des idées reçues

Tatoufaux
Éditions Book-e-book
9,90 euros - 88 pages


Book-e-book édite un nouvel opus dans la collection « Une chandelle dans les ténèbres ». Écrit par l’équipe du site Tatoufaux, Le tombeau des idées reçues décortique nos idées toutes faites héritées de notre milieu familial, éducatif ou social, et que nous oublions (évitons ?) de remettre en question...

Ces idées reçues, rabâchées ou transmises depuis parfois plusieurs générations, sont des « illusions de savoir ». Ce ne sont que de simples opinions, non fondées sur des faits et reposant sur une perception erronée des choses, sur l'acceptation avec une confiance aveugle de ce que l’on nous dit ou sur une ignorance entretenue… De telles illusions de savoir peuvent diriger les actes d’un individu ou d’une société. Des opinions ou des idées largement répandues dans le public deviennent des traditions ou des préjugés qu’il est souvent difficile de déraciner par le rationnel, l’étude, la vérification ou la réflexion.

L’équipe Tatoufaux n'est pas un collège d'experts. Spécialistes en rien, mais curieux de tout, ce n'est surtout pas au nom de leurs diplômes, métiers ou titres qu'ils s'expriment dans ce livre, car l'argument d'autorité leur fait horreur tout comme ceux faisant appel à l'ancienneté, au témoignage ou encore à la réputation. Ils sont - ni plus ni moins que d'autres - victimes d'idées reçues, mais ils se soignent en passant au fil du rasoir (d’Occam) toutes ces croyances.

 


C’est (vraiment ?) moi qui décide

Traduction française de Predictably Irrational: The Hidden Forces That Shape Our Decisions
Dan Ariely
Flammarion
20 euros - 320 pages

Comment prenons-nous des décisions ? Acheter tel objet ou pas, suivre tel traitement ou tel autre... Nous aimons nous imaginer en individus rationnels, qui pesons convenablement chacune des possibilités qui s'offrent à nous pour faire un choix éclairé. L'idée que les gens seraient des « agents économiques rationnels » est par ailleurs une hypothèse centrale de certaines théories économiques. C'est cette idée que Dan Ariely remet en question dans son livre, en montrant combien non seulement nous ne sommes pas aussi rationnels que nous aimerions le penser dans nos choix ou nos jugements, mais qu'en plus, notre irrationalité est prévisible (le titre du livre en anglais reflète beaucoup mieux cette idée que sa traduction en français !).

Chaque chapitre du livre nous présente un aspect de cette irrationalité systématique, appuyée par des expériences récentes de psychologie (dont certaines ont été menées par Dan Ariely et ses collaborateurs), ainsi que des observations de la vie courante. Ariely décrit notamment comment nos croyances et attentes conditionnent l'évaluation de phénomènes (l'aspirine chère est plus efficace que l'aspirine bon marché par exemple), comment nos jugements dépendent fortement de notre état émotionnel, quels facteurs nous poussent à la procrastination, ou encore teste notre petite malhonnêteté et ce qui l'influence (par exemple, demander aux gens de se remémorer les Dix commandements rend les gens plus honnêtes après coup, même si la plupart ne les connaissent pas). Le livre est écrit dans un style très accessible, et découvrir les expériences souvent étonnantes qui ont été menées rend la lecture très vivante.

Jean-Claude Mourrat

 


 

En ligne

Le 29 mai 2011, pour son assemblée générale, l’Association française pour l’information scientifique avait invité le sociologue Gérald Bronner pour une conférence sur le principe de précaution.

Voici le texte qui annonçait la conférence : « Le principe de précaution et la façon dont nos contemporains entendent s’en servir est l’un des faits idéologiques majeurs de ce début de millénaire. Il est sur toutes les lèvres et l’on prétend l’appliquer sans cesse, à la lettre et à tout propos. Cette conférence, en se fondant sur des exemples, propose de mettre à nu les mécanismes intellectuels et les faits historiques qui ont conduit à faire imprudemment entrer dans le droit le principe en question. Il s’oppose à la pensée dominante qui croit voir dans ce nouvel impératif constitutionnel l’expression du bon sens, alors que son application maximaliste inspire des décisions et des actions déraisonnables. Préjudiciable à l’intérêt général, cette situation implique profondément nos démocraties telles quelles s’organisent et les rapports désormais conflictuels que l’opinion publique entretient avec la connaissance et ses médiateurs. Il s’agit ici de mettre en évidence une nouvelle forme de populisme particulièrement redoutable : le précautionnisme. »

La conférence est accessible en ligne sur le site de l’AFIS : www.pseudo-sciences.org.

Brigitte Axelrad

 


AGENDA


 

Conférence

Le jeudi 16 juin 2011, l'OZ conclut son cycle de conférences zététiques avec l'association Antigone. C'est Jean-Louis Racca qui ferme la marche avec une présentation sur le 11 septembre et les théories du complot.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont engendré un nombre impressionnant de thèses qui prétendent s’opposer à la « version officielle ». Ces thèses sont souvent défendues par des personnes qui affirment rechercher une vérité qu’elles estiment cachée : pour cette raison, ces personnes se font appeler truthers aux États-Unis. Elles ont constitué un « mouvement pour la vérité sur le 11 septembre » particulièrement actif sur internet. À l’aide, entre autres, des outils de la zététique, et sans entrer dans des considérations géopolitiques, cette conférence sera l’occasion d’examiner le niveau de crédibilité de quelques unes de ces thèses alternatives.

Le 11 septembre et les théories du complot : une approche zététique
Jeudi 16 juin 2011 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
www.bibliothequeantigone.org

 

Café science

Le mardi 14 juin 2011 à 18h30, l’association Café sciences et citoyens organise à Grenoble un café-débat sur le principe de précaution.

Le 1er mars 2005, le Président de la république promulguait la charte de l’Environnement adossée à la constitution. Ce principe devait traduire les nouvelles exigences du développement durable : prise en compte, en cas d’incertitude scientifique, des dommages potentiels pour les générations actuelles et futures. Le principe de précaution est de fait de plus en plus invoqué, mais moins en cas de doutes sur les conséquences d’une innovation technique sur l’environnement, que pour ses implications sanitaires humaines ou animales. Et, dans ce cas, il est exprimé au plan judiciaire et non plus seulement au plan des politiques publiques. Actuellement ce principe fait l’objet de débats heurtés et parfois houleux. En effet certains milieux scientifiques ou politiques s’insurgent, clamant que son application actuelle - y compris dans des cas de risques présumés infimes - gêne considérablement, voire entrave les progrès de la recherche, les innovations techniques, et au final freine le développement économique. A l’inverse, pour d’autres, en particulier les associations environnementalistes, ce principe nous préserve d’atteintes graves à la santé, comme l’introduction d’OGM dans l’alimentation ou la mise en place d’antennes-relais puissantes à proximité des habitations. Avec le recul, il est permis de s’interroger sur l’opportunité d’inscrire ce principe dans la constitution alors même qu’il constituait un principe des politiques publiques depuis 1985. Quelles évolutions et propositions sont aujourd’hui envisageables pour remédier aux confusions et blocages constatés ? Nayla Farouki, historienne des sciences et philosophe ; Marcel Kuntz, biologiste ; Christophe Quezel-Ambrunaz, maitre de conférences en droit privé et Me Bernard Boulloud, avocat, ont été invités pour en discuter avec le public. Ils tenteront d’éclaircir cette question très vaste puisqu’elle recouvre aussi bien les champs philosophiques, politiques, juridiques, économiques, que scientifiques et techniques.

Le principe de précaution : frein ou progrès ?
Mardi 14 juin de  18h30 à 20h30

Café des arts
36 rue Saint-Laurent 38000 Grenoble
Tram A ou B : arrêt Notre-Dame-Musée
Entrée libre

 

Exposition

Le photographe Emmanuel Bertrand a photographié des esprits... Si, si. Il expose même certaines de ses photos dans le cadre du 2ème Festival des Arts Grot(t)esques jusqu’au 11 septembre, sur les sites des Grottes de Choranche. L’exposition permanente s’intitule « Empreintes et légendes, le passé s'invite dans le présent » et réserve d’autres surprises.

Festival des Arts Grot(t)esques
jusqu’au 11 septembre 2011

La Grotte de Choranche
38680 Choranche
www.grottes-de-choranche.com

 

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Mise à jour le Dimanche, 04 Décembre 2011 18:15
 
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