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POZ n°69 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Mercredi, 13 Juillet 2011 00:00

 


SOMMAIRE



Édito
Les nouvelles de l’OZ
Actualités
:
- L'affaire Cousteau
- La signature électromagnétique du « Feu Sacré »
Enquête :
- Des voix chez moi ! Esprits ou paréidolie ?
L'OZ vous répond :
- Des ovnis à Bergerac
Divertissement :
- Une illusion visuelle terrifiante
Agenda


ÉDITO


 

« Extraire et exploiter des informations sur des réalisations ou des projets scientifiques répondant à des problématiques énergétiques contemporaines »
Extrait du futur programme de sciences physiques de terminale S, partie « Agir, les défis du XXIème siècle, Économiser les ressources et respecter l'environnement »


Te réjouis-tu, ami lecteur, de la facilité avec laquelle on accède à l'information de nos jours ? Tu devrais. L'information est partout, du moins si tu es adepte des nouvelles technologies de l'information et de la communication, tu n'as qu'à faire glisser ton pouce sur l'écran de ton téléphone pour savoir tout, tout, tout sur le zizi (et d'autres choses encore, mais c'est ça qui t'intéresse, hmmm ?).

Mieux : aujourd'hui, tout n'est qu'information. Comme en témoigne le programme de sciences physiques de terminale S auquel auront droit les élèves à partir de la rentrée 2012, il n'est plus question d'enseigner ; il n'est même pas vraiment question d'informer : il faut à présent apprendre aux élèves à extraire et exploiter des informations, qui plus est sur des thèmes tout à fait à la pointe de la mode politico-journalistique bien pensante (oups, je voulais dire à la pointe de l'actualité scientifique). En d'autres termes, il faut apprendre aux élèves à lire des extraits de Science et Vie et à trouver la partie « Sciences et techniques » dans les sites des quotidiens en ligne.

Mais je m'égare, et pas seulement de Perrache. Pour en revenir à l'information, as-tu remarqué combien se banalise la notion de scoop ? Un scandale chasse l'autre, un coup de tonnerre médiatique périme à la vitesse de béatification d'un pape mort, la politique rejoint le fait divers dans une sarabande effrénée... Tu es abreuvé ad nauseam de sensation, je ne sais pas comment tu fais pour ne pas devenir ermite.

Dans ce foisonnement, il est bien difficile de s'y retrouver, les informations du jour devenant les poilades du lendemain. Je te cite une éminente scientifique pour te montrer la marche à suivre : « Avec l'éclipse solaire du 1er juillet, la nouvelle est tombée, fracassante : l'accusation portée contre Dominique Strauss-Kahn s'effondre, en raison de la disqualification de la plaignante. On ne peut que s'en réjouir... Or, pendant toutes ces semaines, j'ai été stigmatisée, harcelée et traînée dans la boue au sujet de mes prévisions optimistes concernant l'avenir du leader de la Gauche, dont j'ai annoncé la réhabilitation depuis l'origine de l'affaire. J'avoue avoir dû faire appel à toutes mes certitudes d'astrologue et à mon courage de femme pour maintenir le cap, en affirmant contre des flots de railleries : "Je persiste et signe: DSK vit son chemin de Damas, la métamorphose de sa vie. Il se relèvera de cette affaire délétère et fin 2012, il en sortira renforcé - Pluton dixit !". Je voudrais ici remercier ceux qui, dans cette débâcle, m'ont soutenue. »

Et Élizabeth Teissier d'enchaîner dignement : « Mais trêve de choses sérieuses... » (on a les choses sérieuses qu'on peut).  Je t'invite, pour que la leçon de rigueur médiatique soit complète, à retourner voir la dernière POZ, où ladite astrologue était déjà harcelée et traînée dans la boue, la pauvre bichette, elle nous ferait pleurer si elle était déguisée en oignon.

« Astra inclinant, non necessitant », me diras-tu ? « Et ta sœur, elle mouche bleu ? », te rétorquerai-je avec à-propos. La totalité de l'écœurant fatras des prédictions astrologiques ayant été effectuées à ce jour ne constitue rien d'autre que la preuve éclatante de l'inutilité définitive d'une telle discipline. La charge de la preuve du contraire incombe aux astrologues, en attendant il n'y a pas de raisons de leur accorder ne serait-ce qu'une oreille distraite.

Et pourtant, ils sévissent avec une remarquable constance. Aussi constante, d'ailleurs, que ma capacité à m'en étonner. Là est la vraie leçon, en somme, donnée par tous les futurologues, des agences de notation aux astrologues en passant par les chroniqueurs économiques : racontez n'importe quoi, de toutes façons les gens n'extraient et n'exploitent jamais que l'information qu'on leur donne, n'est-ce pas ?

Toi même, ami lecteur, que je commence à bien connaître pour te fréquenter depuis plusieurs années, tu me déçois beaucoup : je suis sûr qu'en ce moment tu ne penses qu'à aller te dorer la pilule à Mers-le-Tréport ou à visiter l'éco-musée du chou à Saint-Cucufa.

Allez, tiens, ego te absolvo, passe un bon été quand même.

 

Stanislas Antczak
Éditorialatiniste distingué en vacances

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

En Bref

Ultimate Z6, la sixième édition de l'Université d'été de l'OZ

La sixième édition de l'Université d'été de l'OZ a eu lieu du 8 au 10 Juillet à l'Hôtellerie de la Sainte-Baume, près de Marseille. Une trentaine de personnes de différentes associations sceptiques ont participé à ce rendez-vous annuel. Cette fois encore, entre exposés, débats et jeux pédagogiques, l'UZ6 a permis de belles rencontres, d'intéressants échanges et a forgé de bons souvenirs. Un compte-rendu complet sera publié dans notre newsletter d'août.

 

Pour être régulièrement tenu au courant des activités de l’Observatoire zététique (réunions, conférences, etc.), demandez votre inscription à notre liste de sympathisants en écrivant à contact@zetetique.fr

 


ACTUALITÉS


 

« L’affaire Cousteau »

Déjà auteur d’un blog humoristique savoureux, l’internaute belge connu sous le nom de Paul Binocle anime également, depuis deux ans, le site www.paranormal-encyclopedie.com. Il s’y efforce d’y regrouper autant d’informations objectives que possible sur une large variété de sujets liés de près ou de loin au paranormal, à destination des internautes curieux et sans a priori. Projet coopératif à l’instar du célèbre Wikipédia, le site en reprend aussi les exigences de neutralité. Si cette dernière ne rime pas forcément avec objectivité, il n’en reste pas moins que Paul Binocle incline très fortement vers le scepticisme.

La démarche sceptique transparaît dans le dernier article en date de l’encyclopédie, consacré à « l’affaire Cousteau ». Une histoire assez peu connue, mais qui, à l’occasion, resurgit (c’est le cas de le dire) des profondeurs d’Internet et refait surface sur tel ou tel forum.

Elle voudrait qu’au cours d’une expédition océanographique à Djibouti, le célèbre vulgarisateur et pionnier de la plongée sous-marine Jacques-Yves Cousteau ait observé, directement ou indirectement (selon les versions), un animal suffisamment extraordinaire et terrifiant pour décider d’en garder secrète l’existence. Le récit comporte de nombreuses variantes de détail, ajoutées au gré des sources, selon un processus typique de la légende urbaine. Paul Binocle et son équipe ont accompli un intéressant travail de recherche pour en retrouver les origines.

L’article en décortique les origines : un premier passage de la Calypso en mer Rouge en 1952, une rumeur qui court déjà avant même que Cousteau ne plonge pour la première fois sur le site supposé de la « rencontre », un récit qui semble récurrent parmi les militaires français stationnés à Djibouti… Au fil du temps, la légende s’embellit selon un processus caractéristique. Ainsi, Cousteau suppose en 1971 que l’histoire aurait pour origine l’observation d’une raie manta, un animal imposant pouvant dépasser sept mètres d’envergure. Or, lorsque le récit fait de nouveau parler de lui dans les années 80, puis 90, le « monstre de Cousteau » se voit décrit, par un étrange hasard, comme une raie géante. Une identité zoologique par la suite « confirmée » en 1997 par un medium, en « interrogeant », lors d’une séance de spiritisme, le commandant Cousteau décédé depuis peu !

Internet aidant, « l’affaire Cousteau » a connu ensuite d’autres développements notamment une sorte de remake américain situant l’aventure non plus à Djibouti, mais dans le lac Tahoe, à la frontière entre la Californie et le Nevada. Il semble que cette version soit née d’un amalgame entre l’exploration du lac par une équipe états-unienne dans les années 1970, et le passage dans la région de Philippe Cousteau, le petit-fils du commandant, pour une série de conférences au début des années 2000.

Sans prétention, l’article de Paul Binocle parvient pourtant à reconstituer une trame visible de l’évolution de la rumeur. Cette enquête toute en sobriété se lit avec intérêt, et constitue probablement la recherche la plus complète publiée à ce jour sur « l’affaire Cousteau ». Autant, donc, l’avoir sous la main, car l’histoire du monstre de Djibouti est bien, sans mauvais jeu de mots, un « serpent de mer » qui resurgit de temps à autre. Il y aura désormais de la littérature sceptique à se mettre sous la dent concernant ce cas.

Éric Déguillaume

 

La Signature électromagnétique du « Feu Sacré »

Le « Feu Sacré » est un exemple étonnant de miracle qui a lieu chaque année la veille de Pâques (Samedi Saint), depuis le IXe siècle (du moins, aucune source plus ancienne n'a pu être trouvée) et apparaît comme un exemple rare de la régularité de la Providence. La pompeuse cérémonie de la validation du miracle est organisée conjointement par l'Église Orthodoxe Grecque de Jérusalem et le Patriarcat Arménien de Jérusalem ; elle inclut obligatoirement un « déshabillage ». Parfois, des bagarres éclatent entre les participants. Le Patriarche de Jérusalem, vêtu de sa seule soutane (cf. Fig. 1a : on pense qu'il est impossible d'y cacher un briquet) pénètre dans la tombe du Christ et, peu après, en sort avec un cierge allumé, à la grande joie des pèlerins amassés dans l'église du Saint Sépulcre. Le feu se répand rapidement dans l'église. On croit communément que le « Feu Sacré » ne brûle pas. Des bougies traditionnelles sont vendues dans tout Jérusalem à la période de Pâques par paquets de 33 (l'âge du Christ). Elles produisent une flamme longue et ample. Quelle que soit l'origine de la flamme, on peut facilement passer rapidement sa main au travers ou s'en « laver » le visage sans se brûler, si l'on le fait du milieu de la flamme. Les gens s'amusent ainsi avec le feu pendant des heures après son Apparition. Cependant, certains croyants mâles (pour lesquels une barbe est un signe particulier de sainteté) souffrent des suites de ces « saintes » ablutions (Fig. 1b).

Fig 1. (a) : Soutane – sous-vêtement des prêtres orthodoxes. ; (b) : Religion = superstition + électromagnétisme !

 

L'essentiel du cérémonial consiste à démontrer que le feu n'est pas allumé par un artifice humain. Outre la possibilité de cacher des objets dans ses sous-vêtements, la chimie permet d'envisager plusieurs façons, principalement par utilisation de phosphore, de retarder l'allumage du feu. Cela pourrait être un jeu passionnant d'essayer de trouver comment le feu peut être allumé avec des moyens modernes, mais malheureusement l'explication est bien plus prosaïque : une icône est située dans la tombe vide (cf. Fig. 2 à gauche) et il y a une niche derrière cette icône (Fig. 2 à droite). A partir du XIXe siècle, on dispose de nombreuses preuves documentaires de prêtres ayant pu voir la lampe cachée dans cette niche lors de leur pèlerinage à Jérusalem. Finalement en 1949, un éminent représentant de l'Église Orthodoxe Russe, N. D. Uspensky, professeur de l'académie ecclésiastique de Leningrad, a détaillé dans son discours d'ouverture (texte complet en russe) toutes les preuves en faveur du « Feu Sacré », et se référant au Métropolite de Bethleem, Dionysus, conclût que le feu allumé dans la tombe du Christ par la lampe cachée derrière l'icône est bien le « Feu Sacré », pour la simple raison qu'il brûle en ce lieu saint .

 

 

Fig 2. : L’icône dans la tombe vide (gauche), et la niche derrière celle-ci (droite).

 

De nos jours, la position de l'Église Orthodoxe Russe est ambigüe : d'un côté, l'origine matérielle du « Feu Sacré » a été officiellement reconnue, et de l'autre, la venue du « Feu Sacré » est retransmise chaque année à la télévision russe : un cierge allumé avec le « Feu Sacré » est livré à Moscou par avion spécial depuis Israël, et le feu est largement redistribué dans les églises partout en Russie. Des bougies spéciales qui ont brûlé du « Feu Sacré » à Jérusalem sont des cadeaux précieux pour les croyants. Afin d'attirer encore plus de fidèles lors de ces cérémonies, la plupart des Patriarches officiels de Moscou ainsi que les simples prêtres soutiennent que le feu a une origine miraculeuse.

En dépit de l'opinion de l'Église Orthodoxe Rusee, avec ses croyants et ses superstitions, il n'y a pas d'accord sur cette question au sein de la société civile russe, même parmi ceux qui se prétendent scientifiques. Les tabloïds russes « Tvoy Den » (Твой день, Votre Journée) en avril 2010 et « Komsomolskaya Pravda » (Комсомольская правда, La Vérité de Komsomol) en mars 2009 ont ainsi rapporté que le physicien russe Andrey Volkov de l'institut d'énergie atomique Kurchatov a mené une expérience la veille de Pâques dans l'église du Saint Sépulcre. D'après « Komsomolskaya Pravda », un oscilloscope portatif connecté à son ordinateur portable a enregistré un saut significatif des émissions électromagnétiques dans le domaine des grandes-ondes au moment de l'apparition du « Feu Sacré ». Malheureusement, l'article ne donne pas de détails supplémentaires : ni la longueur d'onde du pic, ni son amplitude ou sa largeur. D'après l'article de « Tvoy Den », le bruit électromagnétique a doublé. De nombreuses vidéos disponibles sur Youtube expliquent de telles observations : il est difficile de trouver un autre événement où un si grand nombre d'appareils photo, caméscopes, flashs et téléphones portables sont simultanément déclenchés, ce qui augmente significativement le bruit électromagnétique. Cependant, d'après le tabloïd, le Dr. Volokov considère ces observations comme un signe de miracle divin et comme une preuve de l'authenticité de l'Église Orthodoxe Russe, même si aucun de ses représentants ne participe directement à la cérémonie. L'institut d'énergie atomique Kurchatov a été créé en 1943 dans un but bien défini. Ses objectifs actuels sont moins clairs ; néanmoins le gouvernement russe finance généreusement ses projets audacieux, parmi lesquels celui de mesurer des miracles semble raisonnable.


Article original en anglais de Sonya Luschekina, traduit par Florent Tournus et Roger Gonnet



ENQUÊTE :
Des voix chez moi ! Esprits ou paréidolie ?


 

La TCI (TransCommunication Instrumentale, ou encore EVP, pour Electronic Voice Communication) consiste à détecter des messages vocaux, supposés venir de l'au-delà, dans des enregistrements électroniques de sons divers, soit mêlés à un message principal (émission radio, musique, chant d'oiseaux, vent, etc.), soit « capturés » par le truchement d'un son support aléatoire (déchirements, grincements, parasites ou bruits ambiants), voire sans son principal [1].

Il y a quelques semaines, Françoise nous a contacté pour nous soumettre un tel enregistrement, réalisé dans son appartement laissé vide pendant une heure, toute source sonore éteinte. Elle y a isolé l'équivalent d'une minute de sons qu'elle soupçonnait d'être de nature vocale, au milieu de vastes plages de vides ou de bruits du voisinage, dont quelques grincements de chaises. Patiemment, en réécoutant, amplifiant, passant au ralenti [2], elle a noté les mots qu'elle reconnaissait, parfois clairs parfois résistants, puis comblé les vides pour obtenir un ensemble de courtes phrases. Un travail passionné représentant plusieurs dizaines d'heures d'efforts.

Je vous conseille d'écouter une première fois un extrait de ce fichier audio immédiatement, avant de lire la transcription qui va suivre (fichier mp3 - 262 ko).

En écoutant l'audio, comme d'autres membres de l'OZ, je suis resté dubitatif, comme vous à l'instant : que faut-il entendre ? La minute semble remplie de bruits de meubles que l'on tire et de parasites, sur quoi faudrait-il focaliser son attention ? Puis, quelques jours plus tard, Françoise nous demande des nouvelles, et nous soumet la transcription du décodage de son enregistrement (fichier audio d'une minute, fichier mp3 - 1,1 Mo) :

« Explore avec le numérisme »
« Vous avez envie de rire... de moi ? »
« C'est là qu'je vis »
« Le royaume »

Et là, en réécoutant le fichier avec les paroles sous les yeux, quelle ne fut pas notre surprise : les grincements de meuble prennent une forme de voix, un peu étouffée, mais qui semble prononcer relativement clairement le texte de Françoise ! C'est spectaculaire : réécoutez l'extrait ci-dessus en vous préparant à ce qu'il prononce « vous avez envie de rire... de moi ? ». Personnellement, je n'arrive plus à entendre autre chose, et j'arrive même difficilement à ré-entendre un grincement sur certains « mots ».

 

Mais l'oreille d'un zététicien averti est méfiante, car elle a déjà entendu des situations d'illusions sonores, aussi appelées paréidolies auditives, les plus classiques étant les chansons en langue étrangère où l'on semble reconnaître de courtes phrases en français. La plus connue ou la plus ancienne est probablement dans la chanson Still loving you de Scorpion, où l'on entend « ce soir, j'ai les pieds qui puent » dans « so strong That I can't get through ». Vérifiez vous-même en regardant le clip. [3]

On peut donc entendre deux textes différents sur un même son. Objectivement, à quel point ces deux textes se ressemblent-ils vraiment ? Ils ont bien sûr un timbre et une prosodie (musique de phrase) humaine. Ils ont le même nombre de pieds, et peuvent donc se plier au même rythme « t-t--ttt-t-t ». Ces  pieds s'appuient sur des consonnes, parfois les mêmes (les deux S du début), mais le plus souvent pas ! Il est à noter cependant qu'il existe plusieurs familles de consonnes proches, et que certaines correspondances tombent au moins dans la même famille (comme G et Q puis Th et P, à la fin). Quant aux voyelles, les correspondances sont au mieux vaguement ressemblantes : o-e on-oi a-ai aï-é an-ié é-i ou-u. On remarque quelques lettres « avalées », sans correspondance, mais l'oral tolère qu'on avale quelques sons. Et pourtant... vous pouvez entendre à la perfection l'une ou l'autre version !

(C et V désignent des consonnes ou voyelles non-identiques)

Pourquoi ? parce qu'en fait, notre cerveau ne se fatigue pas à analyser 100% d'un contenu vocal. Il se trouve que c'est une tâche objectivement très difficile (comme en ont souffert les chercheurs et ingénieurs travaillant sur la reconnaissance vocale par ordinateur), et pourtant il nous faut savoir reconnaître un message même lancé de loin et masqué par les bruits de la nature ou de la ville, même avec un fort accent, même au téléphone, même dans le brouhaha d'une soirée mêlant les conversations ! Ce qui nous sauve, c'est que le langage vocal est très contraint: il y a un rythme et une prosodie, un registre limité de différent sons vocaux significatifs (souvent très tolérants, le français acceptant par exemple de déformer une voyelle à l'intérieur du groupe eao ou iéè), et pour lesquelles seuls quelques enchaînements de syllabes sont autorisés. Toutes ces « règles » qui permettent la robustesse de nos messages à la transmission forcent à des décodages-types des sons, car même si on a mal entendu il y a peu de possibilités. Et bien sûr, le contexte et la connaissance du vocabulaire aident à trouver les mots approchants existants et raisonnables en cas de lacune ou de transcription douteuse, comme fait le correcteur orthographique associé à un logiciel de scannage de texte. On voit donc que des correspondances assez superficielles suffisent à bien reconnaître comme plausible une transcription. Car le pendant de la robustesse est que cela peut conduire à reconnaître des messages même quand il n'y en a pas. Ainsi, un logiciel de reconnaissance vocale peut décrypter un mot dans un bruit de photocopieuse, et un logiciel de reconnaissance de l'écriture peut déchiffrer des lettres dans des bavures.

 

Mais avec les chansons, il s'agit de voix humaines, même si on joue entre deux langues différentes. Quid pour les sons qui ne sont pas humains ? Et d'abord, comment reconnaître la nature « humaine » d'un son ?

De fait, la voix repose en partie sur les règles vocales citées plus haut, mais aussi sur la constitution même des timbres qui définissent des voyelles et des consonnes, qui les caractérisent et les distinguent des instruments de musique, des souffles, des craquements ou des chocs. Un son voyelle, c'est un timbre où se détache essentiellement un accord de trois notes (ou « formants »), dont les rapports d'écarts font la voyelle signifiante que vous identifiez. On peut définir l'accord de « a » idéal, mais en pratique tout accord entendu dans un son est peu ou prou associé à la voyelle présentant des écarts proches. D'autant que comme on l'a dit, la confusion entre voyelles proches n'est elle-même pas très grave pour la reconnaissance d'un mot.
Les consonnes sont généralement soit des bruits tenus (ex : le souffle des chuintées), soit de brusques transitions (ex: les plosives). À l'intérieur de ces familles, la signature auditive peut être subtile à saisir, surtout si l'écoute est dégradée (voix étouffée, au téléphone, forts bruits ambiants, etc.), mais les règles de construction des phrases sonores aident à retrouver ses petits. [4]

Conséquences :  divers sons comprenant un accord dominant de trois notes peuvent s'entendre comme une voyelle, et divers sons de souffle ou de percussion peuvent s'entendre comme une consonne, possiblement indéterminée comme quand le son est étouffé, mais rangée dans une famille.

 

Quels sons fortuits peuvent produire des notes ? Une note est une oscillation mécanique stable, par exemple parce qu'elle correspond à une fréquence propre : la matière ou l'air d'un tube, une fente, une corde ou une surface est excitée par des chocs, des frottements, un souffle, et s'agite selon une onde mécanique compatible avec ses dimensions, vibration qui met ensuite en mouvement l'air extérieur, engendrant l'onde sonore qui se propage jusqu'à nos oreilles.

Quand on tire un meuble, des surfaces sont excitées par frottement (côté meuble et côté sol), et selon les points de contact l'une ou l'autre de ses dimensions va sculpter une vibration mécanique produisant une certaine note. En pratique, il y a des chances que plusieurs se combinent. Un frottement sur bois produit donc potentiellement des accords, éventuellement compatibles avec des voyelles.

Tirer un meuble s'accompagne vraisemblablement de quelques chocs : passage de lattes ou de carreaux au sol, décoincements brusques, instabilités de parties articulées (tiroirs). Voici de quoi sécréter des consonnes. Si un long geste de déplacement de meuble est tenu sur un parcours combinant des modulations de grincements et des répétions de chocs, on a donc tout ce qu'il faut pour produire du son « pseudo-vocal » avec son rythme, sa prosodie, ses « voyelles » et « consonnes ». Toutefois, la proximité est suffisamment ténue pour que la reconnaissance initiale demande un effort.

À ce stade, comme beaucoup de sons naturels longs et modulés (glouglou de ruisseau, chuintement du vent), on pourra avoir une impression de voix sans vraiment reconnaître de mots, comme un chuchotement discret ou une clameur lointaine. Mais si à force de tâtonnements, on retravaille la vitesse ou la tonalité des différents sons pour améliorer sa « perception », alors on fabrique de plus en plus de raisonnables voyelles et consonnes.

Les règles d'assemblage linguistique évoquées plus haut nous proposent quelques combinaisons de syllabes possibles, que les limites lexicales contraignent en mots possibles dans notre langue. On se retrouve alors dans le cas de la paréidolie musicale. La proximité distendue entre son entendu et phrases ainsi élaborées suffit pour que l'on identifie perceptivement ce qu'on entend à ce qu'on est persuadé d'entendre : on écoute moins avec son oreille qu'avec son cerveau.

Comme on l'a signalé plus haut, il est bien plus facile de reconnaître une phrase paréidolique que de la décrypter la première fois. En fait, notre perception s'appuie sur un renfort prédictif : l'audition est préamplifiée (et ce, même physiologiquement) sur les sons possibles attendus, que ce soit à cause des contraintes linguistiques ou de notre connaissance du texte. D'où la difficulté à entendre autre chose une fois que l'on tient une interprétation.

Pour tester l'hypothèse « le fichier de Françoise n'est pas une voix mais plutôt un grincement », on peut observer le spectrogramme de l'extrait audio (« TCI », en bas), et le comparer à celui d'une personne (« Fabrice », en haut) lisant l'interprétation de texte avec un timbre proche. Le spectrogramme ci-dessous donne verticalement l'équivalent des niveaux de graves et d'aigus de votre Hi-fi, avec des graduations bien plus fines, l'axe horizontal représentant le temps. Les images de droite montrent tous les détails du contenu sonore et celles de gauche sont des versions « épurées » ne retenant que les parties suffisamment intenses.

 

(Cliquez sur l'image pour la voir en grand).



Les courbes à peu près horizontales et parallèles correspondent aux « accords » voyelles, et les échos en forme de barres verticales désordonnées correspondent aux « bruits » des consonnes. Comme on le voit, les voyelles humaines sont très nettes et régulières, mais instables, très influencées par la consonne initiale des syllabes, et évoluant continuellement en préparation de la syllabe suivante. Mais cette instabilité est cohérente : toutes les lignes parallèles bougent en même temps. Le rythme est très bien marqué (on peut situer chaque pied). De son côté, le spectre du fichier audio « candidat TCI » correspond à des horizontales assez nettes, c'est-à-dire des notes tenues, sans modulation. Mais ici plusieurs notes se déclenchent et s'arrêtent indépendamment, sans relations propres entre écarts ni temporalités (pas d'unité syllabique cohérente, ni de rythme structuré), ce qui coïncide bien avec des modulations de grincements. Divers chocs (assez vagues, d'où  l'impression de voix peu articulée ou étouffée), et divers déclenchements/arrêts de note font office de rythme vocal. Mais au total, le spectrogramme montre que l'on est très loin d'une structure de vocalisation.

Comme vous l'aurez constaté avec l'extrait sonore, les quelques propriétés de ce son sont insuffisantes pour identifier des mots en première audition, mais suffisantes pour caler et reconnaître un texte satisfaisant aux correspondances évoquées (rythme, pieds, famille de « voyelle », famille de « consonnes » quand articulé). Trouver ce texte est laborieux tandis que le reconnaître est aisé, ce qui n'arrive en principe pas avec une voix humaine.

 

Pour conclure, l'hypothèse « paréidolie auditive » est très plausible, et conforme aux phénomènes déjà connus de la science (des matériaux et de la parole), tandis que l'hypothèse « esprits parlants », extraordinaire au point qu'il faudrait considérablement modifier les connaissances scientifiques en cas de confirmation, ne semble avoir aucun argument la rendant plus explicative que l'autre. Le rasoir d'Ockham (ou principe de parcimonie) incline donc à préférer la première hypothèse. Cependant, il ne s'agit pas encore d'une preuve.

Le clou de la démonstration consisterait à essayer de « trouver » plusieurs textes différents bien adaptés au même son, de sorte que l'auditeur estime chaque interprétation satisfaisante quand il écoute le son avec le texte sous les yeux (ou, dit autrement, de tester si différents décodeurs de TCI travaillant indépendamment peuvent « entendre » des phrases différentes dans un même texte). Dans l'hypothèse « esprits parlants », c'est improbable puisqu'un message précis est objectivement transmis. Dans l'hypothèse « paréidolie », on doit pouvoir « entendre » plusieurs messages possibles. Il y a des chances que certaines syllabes soient consonantes entre les différents textes au vu des contraintes acoustiques et linguistiques, mais cela devrait laisser tout de même plusieurs assemblages lexicaux possibles. Le problème est qu'une fois qu'on a entendu une interprétation, il est très difficile d'entendre autre chose. Pour faire cette expérience, il faut donc repartir d'un son « vierge de toute interprétation », puis faire plancher plusieurs personnes motivées sans contact entre elles pendant leur travail.

Qui veut essayer ? Françoise nous a fourni d'autres sons. Faites nous parvenir les messages que vous y percevrez pour l'un ou l'autre extrait ! (casque et logiciel de traitement du son recommandés) :

 

Fabrice Neyret


Notes :

[1] : plus d'infos sur la description, l'historique et les interprétations du phénomène sur Wikipédia, plus complet et version anglaise.
[2] : Pour ses manipulations de sons, Françoise utilise le logiciel libre Audacity.
[3] : Nombre d'autres chansons « à texte caché » sont indexées dans youtube, et même l'hymne Russe en regorge.
[4] : Pour en savoir plus sur la phonétique des consonnes et voyelles (les versions anglaises de ces pages wikipedia sont plus détaillées) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Consonne et http://fr.wikipedia.org/wiki/Voyelle

 


L'OZ VOUS RÉPOND :
Le courrier de nos lecteurs


 

Des ovnis à Bergerac

Il y a quelques mois, Marielle [1], habitant près de Bergerac, nous a fait parvenir un témoignage de type « OVNI »[2], nous demandant notre avis. Ce genre d'enquête, a posteriori et essentiellement sur la base de témoignages, est évidemment difficile. A fortiori quand il n'y a qu'un témoin. Mais comme on va le voir, il est parfois possible de démêler l'écheveau des impressions, de tirer des éléments objectifs, voire... d'avoir la chance de cerner l'explication.

Les faits remontent à tout juste un an. La première fois, c'était le 17 juillet 2010 vers 23h.

Marielle nous décrit : « c'était une grosse « boule » d'un joli bleu, qui voyageait à une vitesse phénoménale à environ 10 mètres du sol, suivant une ligne horizontale. Elle partait, revenait, cela pendant les 20 minutes que j'ai passées à regarder et...essayer de photographier, mais dans mon émoi, ça n'a rien pris. » La seconde fois, quinze jours plus tard vers la même heure, se produisait un phénomène très semblable : « un peu plus haut mais dans la même direction, une autre boule lumineuse, plus grosse et blanchâtre suivait le même parcours toujours à une vitesse prodigieuse, même tracé que l'autre. »

Côté hypothèses, Marielle avait d'abord pensé à des essais de feux d'artifice, mais 3 à 15 jours après ceux du 14 juillet, c'était d'autant plus improbable que la forme ne ressemblait pas (ni gerbes, ni faisceau, ni son, juste deux grosses boules). Elle suggère des « orbes » [3], ce qui est également une mauvaise piste puisque ces phénomènes là n'apparaissent que sur photos. Se demande si cela pourrait éventuellement être une émanation du traitement chimique des vignes. Puis une amie « inspirée » suite à des expériences NDE [4] lui souffle que « ce sont des boules d'énergie que jusqu'à présent nous ne voyions pas, mais notre espace-temps ayant rétréci, nous allons en voir de plus en plus... ». Nous convenons que l'on peut commencer par chercher plus simple et tangible.

 

Des lumières dans le ciel, autant dire que ça peut être beaucoup de choses. Il faut donc affiner la description. Par ailleurs, il faut savoir que privé de tout repère, il est impossible à quiconque de connaître la taille, la distance, l'altitude, la vitesse de formes non identifiées, même si on peut en avoir la solide impression. Ce qu'il est possible de voir, c'est la taille apparente, correspondant à un objet petit ou gros selon sa distance réelle (inconnue) ; la direction (azimutale) et l'angle d'élévation, qui correspond à une hauteur plus ou moins importante selon la vraie distance ; la vitesse angulaire, c'est-à-dire le temps mis pour aller de telle direction à telle autre, la vraie vitesse dépendant elle aussi de la distance réelle, mais aussi de l'angle que fait la trajectoire avec la ligne de vue. Des fluctuations d'intensité peuvent être interprétées à tort comme des accélérations radiales. Les seules accélérations objectivement constatables sont les angulaires, en azimut ou en élévation.

Et pour évaluer ces tailles apparentes, angles d'élévation et directions, il faut des repères (un arbre, une montagne, une maison), faute de quoi on peut se tromper de beaucoup - par exemple, la lune parait bien plus grosse au raz de l'horizon, sans aucune raison optique. Si l'on a la chance d'avoir plusieurs témoignages simultanés en des lieux différents, il est alors possible de faire une triangulation pour reconstituer les vraies distances, mais ça n'est pas le cas ici.

Marielle me précise donc : « Ces boules lumineuses, la première de la taille d'une pleine lune, la deuxième de la taille d'un petit soleil, « voyageaient ». J'ai estimé la hauteur du sol par rapport à un  arbre dans ma haie, et les deux fois elles ont parcouru la même ligne en se dirigeant vers l'ouest, s'arrêtant au retour au dessus des vignes qui jouxtent mon jardin. Même point, hauteurs différentes (dans mon angle de vision), une vitesse proche de celle d'un éclair mais peut-être un peu moindre, je ne sais pas jusqu'où elles allaient car je ne voyais pas la fin de leur trajet sur l'horizon. Je ne sais combien de temps elles sont restées actives car, lasse, après 20 minutes je suis rentrée me coucher. »

L'interrogeant sur l'apparence des lumières, elle me répond : « Non, pas de détails au niveau des boules. Uniforme et pas de transparence, de relief, de dessins quelconques. La bleu clair limpide et « vivante », l'autre très brillante, couleur de lumière, ou disons, généralement blanche. Il faisait un peu sombre, mais je voyais encore toute la végétation, donc pas la nuit noire (23h en juillet). »

D'autre part, je tiens à faire d'autres vérifications : les lumières aperçues sont parfois (y compris sur des photos qu'on nous fait parvenir) ... des reflets de l'intérieur du domicile ou de l'arrière plan, voire des gouttes ou des poussières, sur les vitres, l'objectif ou les lunettes. Elle me précise : « en fermant les volets de ma chambre, j'ai vu la boule bleue. Intriguée je suis sortie, j'ai observé, puis je suis vite rentrée chercher mon appareil photo numérique, mais trop excitée pour avoir bien effectué les réglages. J'ai continué de regarder au moins vingt minutes puis je suis rentrée me coucher. Idem pour la seconde fois. Plus calme pour les photos, mais cependant rien n'est apparu à l'affichage sur l'ordinateur. Je précise que je ne porte pas de lunettes. Et je me suis déplacée plusieurs fois, mais la « chose » continuait bien le même trajet aller et retour. » A priori, il s'agit donc bien objectivement de lumières dans le champs de vision. À tout hasard, je récupère les photos, et constate via un éclaircissement maximum avec le logiciel Gimp qu'elles sont bien... toutes noires.

Elle m'en dit aussi un peu plus sur la disposition : « Ici, c'est la campagne mais cela se passait entre et au dessus de deux habitations (la mienne et le voisin à cent mètres), par dessus un champ de vignes. Les manifestations se sont déplacées dans les deux cas d'ouest en est, suivant exactement le même trajet mais à des hauteurs différentes. Elles se déplaçaient par dessus des zones habitées, peu denses, puis je ne sais où, et revenaient presque immédiatement au point de départ, au-dessus du vignoble à côté de mon jardin, avant de réitérer. Derrière leur « tracé », en fond de vue une bourgade. Cette nuit là était très calme, claire, pas de vent ni de ciel couvert. Malheureusement, j'étais seule, pas d'autre spectateur. »

Je cherche à en savoir plus sur les repères, et notamment, à voir si l'on peut objectiver la distance. Par exemple, si les lumières sont passées devant un arbre, une maison, une colline, on obtient une distance maximale ; et si elles sont passée entre deux objets, on en tire une fourchette. Mais si l'arrière plan est directement le ciel, impossible d'affirmer que les formes sont proches. Elle me dit alors : « je suis allée ré-estimer hier. La hauteur était aléatoire, mais à deux hauteurs de toit, peut-être trois. La deuxième boule suivait un tracé parallèle à la première, mais plus reculée et plus haute. Mais les deux étaient bien plus basses que les nuages (très peu nombreux et pas épais). Sur leur trajet (en l'air), elles ont du passer par dessus des habitations et de la végétation, mais à ma vue pas devant : elles étaient plus hautes. » Voilà qui est clair : d'une part, rien ne permet d'affirmer que les lumières soient proches du sol, d'autre part, il y a bien un voile de nuages. Les lumières peuvent très bien être haut dans le ciel, voire, projetées sur la base des nuages (« plus basses » peut juste signifier qu'elles s'y projettent à bonne distance, et donc avec une élévation plus faible que les nuages du premier plan).

À ce stade les descriptions semblent précisées et objectivées autant qu'il est possible, je peux alors soumettre le cas aux membres de l'association, pour idées. Et là... miracle ! Deux membres, Roger et Éric, me font ces remarques judicieuses :

  • ils ont déjà vu des apparitions troublantes de larges taches lumineuses circulant dans le ciel, et avaient fini par s'apercevoir par hasard qu'il s'agissait de skytracers (des sortes de spot de DCA parfois utilisés par les boîtes de nuit), illuminant la base - même fine - des nuages sans forcément laisser de faisceau (lesquels se constatent plutôt par temps brumeux ou poussiéreux).
  • D'autre part les deux dates sont des samedis, jours propices aux soirées organisées.

Confrontée à cette hypothèse, Marielle remarque le point de départ identique aux deux occasions, les allez-retours chaque fois vers la même origine, qui dans cette direction pourrait bien coïncider avec... la discothèque le Windsor, sur la route de Bergerac, à quelques kilomètres de là ! « Et le côté « vivant et affairé » des boules peut facilement s'expliquer par le guidage depuis le point d'émission », raisonne-t-elle. Quant à la vitesse d'une projection lumineuse, elle peut bien sûr être arbitrairement grande et changeante, comme son accélération !

 

À ce stade, Marielle est totalement satisfaite par l'explication et n'en demande pas plus. Tout de même, nous aimerions bien obtenir la dernière confirmation : que la discothèque a bien utilisé des skytracers ces jours là ! Malheureusement, ils n'ont à ce jour pas répondu à nos messages. Nicolas quant à lui a épluché le web à la recherche d'annonces ou de récits d'événement liés à un skytracer dans la région vers ces dates, en vain (quant au terme français de « projecteur », il est trop peu spécifique pour être utilisable, mais heureusement moins « vendeur » dans une annonce). En passant, ces recherches nous font trouver un document alléguant que l'armée se servirait de skytracers et d'autres phénomènes lumineux connus comme leurres pour masquer de véritables OVNIs. Ce faisant, il reproduit différents motifs lumineux de skytracers... qui ressemblent effectivement furieusement à diverses sortes de témoignages d'OVNIs ! D'autre part le document cite plusieurs lieux d'apparitions « camouflées en tache de skytracer »... dont une à La Roche-Chalais, pas très loin au nord-ouest.

Entre temps, je constate d'une part qu'il y a trois discothèques dans un rayon de 15 km (en incluant les départements limitrophes, proches), d'autre part que Marielle a commis quelques incohérences de direction dans son récit. Se pourrait-il qu'il ne s'agisse pas du Windsor, après tout ? Je la recontacte pour lui faire préciser la trajectoire, ainsi que la direction vers laquelle elle regardait afin de mieux discriminer les possibilités (de fait, j'aurais du lui faire tracer un schéma dès le départ). Et là, confuse, elle réalise avoir confondus ouest et est avec sa gauche et sa droite ! Reprenant méthodiquement le repérage, elle corrige : « je tournais le dos au Sud-Ouest (pardon pour l'erreur), l'œil sur la boule, je regardais direction nord-est, cela je suis sûre, je connais le nord depuis mon jardin. Les 2 boules sont apparues dans mon champ de vision alors que mon regard se situait sur la ligne nord-est/Sud-Ouest. Leur trajet est allé de ma gauche à ma droite (loin) à partir de mon corps. Ce qui l'emmène vers l'est/sud-est. seraient-elles venues du nord-ouest ? Du sud, non, cela ne correspond pas à sa trajectoire. Le retour suivait pile le trajet aller, peut-être de petits sursauts sur la ligne, en revenant au point de départ (pas toujours respecté pile-poil). »

Au nord-est, se trouve précisément l'autre discothèque, le Tackouk. Dont une des pages facebook indique « accueil le samedi et veilles de fêtes de 23h à 7h du mat' » et une autre précise opportunément « adresse : Suivre le projecteur dans le ciel, Le Pizou, France ». Il semble que nous tenions cette fois le coupable idéal ! Ajoutons en passant que La Roche-Chalais, autre site d'apparition, est à peine à 20 kilomètres de la discothèque. Le gérant nous confirme que dans de bonnes conditions, son traceur peut se voir à plus de 20 km. En outre, il serait le seul à posséder un tel dispositif dans les secteur.

Mais du coup germe une interrogation inverse : pourquoi Marielle ne voit-elle pas le projecteur tous les samedis ? En fait, il n'y a qu'au voisinage du solstice que les longues journées lui font fermer les volets si tard, tandis que Le Tackouk allume son projecteur à partir de 23h, les seuls samedis et fêtes. Cela  ne donne donc qu'une dizaine de coïncidences possibles par an, et encore faut-il que les conditions météo soient favorables, et que Marielle ferme ses volets juste au moment d'un passage du spot, en regardant au bon moment au bon endroit. Finalement, le « bizarre est probable » : les chances sont faibles de voir ces lumières si l'on n'est pas noctambule. Par ailleurs, le gérant du Tackouk nous précise que l'apparence et la portée dépendent beaucoup des conditions atmosphériques, et que l'observation décrite ici doit se produire juste quelques fois par an.

Pour autant, la preuve n'est pas complète : il faudra que Marielle surveille attentivement le ciel en connaissance de cause les prochains samedis soir et fêtes pour en avoir le cœur net. Une régularité du jour serait en soit un indice fort. Cependant concernant le Tackouk, sa lampe a grillée l'an dernier et ne sera pas remplacée dans l'immédiat. Toutefois, il n'est pas exclu que d'autres skytracers, éventuellement plus proches voire plus occasionnels, suivent la trajectoire nord-ouest - sud-est, et que ce soient ceux-là qu'elle ait vus (par exemple le Windsor, plus proche, organise chaque année une soirée « spécial fin des examens » un samedi de juillet). Ce serait donc à déterminer aux prochaines manifestations. En tout état de cause, l'explication de l'OVNI par un skytracer semble ici très probable.

Fabrice Neyret

 

Notes :

[1] : Le nom a été changé, et les phrases de son témoignage très légèrement retouchées
[2] : si l'on recherche OVNI Bergerac ou OVNI Dordogne dans google, il semble que la région soit très touchée.
[3] : : voir dans notre newsletter n°67, l'article Photos d'orbes.
[4] : Near Death Experience, sensations produites notamment au voisinage d'une mort clinique non aboutie, occasionnant diverses illusions de type sortie du corps ou approches de l'au delà. Voir notre dossier OBE, Out of Body Experiences, Expériences de Sortie hors du Corps.

 


DIVERTISSEMENT


 

L'effet de distorsion du visage fugitif

L'effet de distorsion du visage fugitif est une illusion d'optique surprenante et terrifiante. Elle a été récemment découverte, par hasard, par Sean Murphy alors qu'il travaillait sur une toute autre expérience. En alignant au pixel près les yeux de deux portraits mis côte à côte, le scientifique s'est rendu compte que... Voyez par vous-même.

 

Cliquez sur l'image pour voir la vidéo.

Pour les détails techniques et l'explication scientifique, je vous renvoie à la publication : Tangen, J. M., Murphy, S., & Thompson, M. B. (2011). Flashed face distortion effect: Grotesque faces from relative spaces. Perception advance online publication. Comme le commun des mortels (n'appartenant pas à la communauté scientifique), je n'ai pas accès à l'article complet, mais peut-être qu'un de nos lecteurs pourra nous envoyer le pdf. Merci d'avance.

Florent Martin

 


AGENDA


 

Exposition

Le photographe Emmanuel Bertrand a photographié des esprits... Si, si. Il expose même certaines de ses photos dans le cadre du 2ème Festival des Arts Grot(t)esques jusqu’au 11 septembre, sur les sites des Grottes de Choranche. L’exposition permanente s’intitule « Empreintes et légendes, le passé s'invite dans le présent » et réserve d’autres surprises.

Festival des Arts Grot(t)esques
jusqu’au 11 septembre 2011

La Grotte de Choranche
38680 Choranche
www.grottes-de-choranche.com

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’Agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 


Appel à contributions


 

Si vous souhaitez contribuer à la diffusion de l'esprit critique, à la promotion des outils d'auto-défense intellectuelle de la zététique, à la vulgarisation de la méthodologie scientifique, vous pouvez nous soumettre article, dossier, fiche de lecture, enquête, etc. N'hésitez pas à nous contacter pour nous proposer vos idées puis à soumettre vos productions à l'OZ, en écrivant à contact@zetetique.fr.


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Éric Déguillaume, Géraldine Fabre, Roger Gonnet, Sonya Lushchekina, Florent Martin, Fabien Millioz, Fabrice Neyret, Florent Tournus.

Retrouvez toutes nos publications sur le site de l'observatoire zététique : www.zetetique.fr. Content ? Pas content ? Dites-le nous.

Mise à jour le Dimanche, 04 Décembre 2011 18:15
 
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