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POZ n°35 Imprimer Envoyer
Mardi, 13 Mai 2008 14:13

 


SOMMAIRE


 

  • Les nouvelles de l’OZ
    Compte-rendu de la conférence "Les créationnismes et le contour des sciences"
    666e abonné de notre newsletter
  • Actualités
    Ce qui n’est pas noir peut-il être un corbeau ?
    On peut mourir avec une médecine douce
  • Enquête : Faites suivre à dix de vos amis
  • Billet : Faites vous entendre !
  • Culture et zététique
    Chroniques zétético-musicales
  • Agenda
    Café science le 27 mai : Le paranormal en éprouvette, à Montbéliard
    Conférence le 4 juin : Animaux, plantes, dictons et prédictions à Grenoble
  • Divertissement : Insolite

 


ÉDITO


 

« C'est une grande misère que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire. », écrit La Bruyère.

C'est sur ce mode que je me rassure souvent, ami lecteur, lorsque je me tais lâchement au lieu de faire mon travail de zététicien militant. « Certes, je n'ai pas assez d'esprit pour bien parler, mais au moins j'ai assez de jugement pour me taire, nananananère. »

Le zététicien en civil aurait, en effet, souvent fort à faire en-dehors de ses heures de bureau zététique : en famille, au travail, dans la rue, en vacances, bref, dans toutes les situations où il est amené à rencontrer des gens, le zététicien peut être confronté à des raisonnements erronés plus ou moins susceptibles d'agacer sa fibre critique. Cela va de la prof de bio capable de dire d'un élève « Il est un peu trop superficiel dans son raisonnement, c'est normal, il est Balance » aux péremptoires déductions sur l'efficacité de l'homéopathie basées sur un échantillon statistiquement représentatif de une expérience personnelle, en passant par les perfides mises en question de la datation au carbone 14 sur un panneau explicatif de l'exposition sur le « Linceul de Turin » à la cathédrale d'Avignon.

Face à ces situations, il y a, en fonction du caractère du zététicien, essentiellement trois manières de réagir, entre lesquelles chacun peut varier au gré des circonstances et nécessitant différentes aptitudes.

D'abord la manière gaillarde, consistant à aborder franchement la question avec l'interlocuteur, en affichant clairement son avis et en allant frontalement à la discussion, sans pour autant qu'elle devienne un combat. Ça a le mérite de la clarté, mais il faut de l'énergie et du temps pour tenir la longueur. Certains membres de l'OZ savent faire ainsi avec subtilité et audace et, chose encore plus admirable, sans se faire trop détester par leurs collègues de travail ou leurs voisins de palier.

Ensuite la manière psychologique, qui permet presque l'anonymat douillet dont nous prive la gaillarde (Corrèze). Il s'agit là d'user de toutes les mystérieuses ficelles permettant à l'interlocuteur d'éviter d'avoir à faire un grand écart pour comprendre notre position. C'est un mot glissé doucement au bon moment, un argument discret qui fera son chemin jusqu'à la prochaine rencontre et fera évoluer lentement le débat. Cela peut passer parfois pour un peu hypocrite, mais c'est pour la bonne cause (enfin la nôtre, quoi).

Enfin, la manière muette : considérant que parfois il vaut mieux se taire afin d'éviter une situation plus grave (engueulade ou déstabilisation affective dans les pires des cas, malentendu dans le meilleur des cas), on peut aussi ne rien dire. Trop discret pour utiliser la gaillarde, souvent trop peu subtil pour la psychologique, l'éditorialiste sans talents oratoires spontanés que je suis se rabat donc trop souvent sur la muette, tentant malgré, parfois, un grand énervement intérieur, de rester souriant : c'est une muette rieuse.

Le point commun entre ces trois attitudes-types au milieu desquelles le zététicien peut se placer lors d'une conversation débattant d'un sujet sensible, ce n'est pas dans ce que va exprimer le zététicien qu'il faut le rechercher. En effet, la première chose à savoir faire correctement, c'est bel et bien d'écouter.

Sur ces sages paroles empreintes d'une philosophie millénaire, ami lecteur, petit scarabée, mon disciple, je te laisse à ta saine lecture.

Stanislas Antczak
éditorialiste d'aptitude

P.-S. : depuis le mois dernier, nous avons dépassé les 666 abonnés à la Newsletter. Pour fêter ça, notre 666e abonné recevra un magnifique cadeau. Vu la bestialité de ce rang, on avait d'abord pensé lui offrir un séjour éternel en enfer, mais le président de l'OZ a craint les représailles des autorités (sans compter la publicité déplorable qu'auraient faite des accointances entre l'OZ et l'enfer) et ce sera finalement un T-shirt de l'OZ.


LES NOUVELLES DE L’OZ



Les créationnismes et le contour des sciences

 

Le 5 mai 2008, Guillaume Lecointre, professeur au muséum d’Histoire naturelle de Paris, zoologiste et systématicien spécialiste de la théorie de l’évolution, était à Grenoble pour une conférence publique intitulée « Les créationnismes et le contour des sciences ». Invité par l’Observatoire zététique, dans l’amphithéâtre Louis Weil loué pour l’occasion, il s’est efforcé au cours de cette intervention de préciser les critères de base définissant un « périmètre de scientificité », nécessaire à la distinction sciences/pseudo-sciences.
Ces limites de la science sont en effet de plus en plus remises en question, notamment par les différents courants créationnistes qui se développent à travers le monde. La France n’est pas exempte de ces intrusions spiritualistes. Guillaume Lecointre a ainsi rappelé qu’en février 2007, plusieurs centaines d’établissements scolaires, lycées, bibliothèques, universités françaises, ont reçu L'Atlas de la création, un luxueux et épais ouvrage dans lequel son auteur, Harun Yahya, critique violemment la théorie de l’évolution en développant des arguments erronés en faveur d’une création récente et divine des espèces (voir notre newsletter de mars 2007).

C’est motivé par l’amour de son métier et porté par sa responsabilité de citoyen que Guillaume Lecointre avoue intervenir régulièrement auprès du grand public pour dénoncer ces impostures. Mais le « décorticage » des argumentaires créationnistes n’est pas aisé et requiert notamment une redéfinition précise des concepts scientifiques et notions philosophiques trop souvent malmenés dans leurs raisonnements trompeurs. Aussi, a-t-il pris le temps dans une longue introduction de présenter les différentes formes de créationnismes, d’expliquer ce qu’est véritablement la théorie de l’évolution et ce que recouvre la science dans ses différentes acceptions. Il a de cette manière pu ébaucher un cadre minimal de la Science en tant que méthode, basé sur quatre piliers : 1) Scepticisme initial (sur les faits et leurs interprétations) ; 2) Réalisme (le monde réel existe en dehors de moi et ne dépend pas de mes idées et perceptions) ; 3) Matérialisme méthodologique (tout ce qui est appréhendable est matière ou propriétés de celle-ci) ; 4) Rationalité (logique et principe de parcimonie).
Après ce recadrage, Guillaume Lecointre a pointé quelques uns des paradoxes dans les argumentaires créationnistes. Les adeptes de ces théories exigent en effet des scientifiques des réponses immédiates à toutes leurs questions. Ce scientisme exacerbé (qu’ils ne manquent pas de reprocher aux scientifiques lorsque des réponses sont proposées) cache un raisonnement biaisé : l’absence (peut-être temporaire) de réponse scientifique est interprétée comme une preuve en faveur d’une création divine : « Darwin n’explique pas tout, Dieu oui, donc, Dieu a crée le monde et ses habitants ». Mais inexpliqué ne signifie pas inexplicable et comme l’a clairement expliqué Guillaume Lecointre, cette explication unique et omnipotente apporte les réponses à toutes les questions avant même que celles-ci ne soient étudiées : « Comme elle [la théorie créationniste] a réponse à tout, elle n’explique rien. ».

Cette conférence a été filmée et sera prochainement accessible sur le site de l'Observatoire zététique. En attendant, Guillaume Lecointre a signalé que son contenu est en ligne sous forme d'articles sur le site Sagascience.


Manipulation : du quotidien à la secte (bis)
Le 23 avril 2008, Richard Monvoisin, Virginie Bagneux et Franck Villard ont reproposé à Grenoble dans la salle d’Antigone, la conférence qu’ils avaient tenue à Chambéry au début du mois sur le thème de la manipulation mentale.
Cette conférence d’information sur les techniques de manipulation avait un véritable but préventif. L’objectif était de sensibiliser le public aux dangers des dérives sectaires en montrant que nous sommes tous potentiellement manipulables et donc bien, tous concernés par ce problème. De nombreux exemples tirés de la vie quotidienne et de pratiques sectaires ont mis en relief certaines similitudes troublantes entre notamment les méthodes marketing et les procédés d’engagement sectaire. De l’étiquetage (« Parce que vous le valez bien ! » / « Vous êtes un élu ») au « pied dans la porte » (dégustation gratuite dans les supermarchés / tests gratuits de scientologie), quelques unes des techniques de manipulation les plus courantes et les plus efficaces ont été décrites.
Si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons la lecture de :

  • Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, de R-V. Joule et J-L. Beauvois, PUG (2002).
  • Influence et manipulation, de R. Cialdini, First, (réédité en 2007).

 

Présentation de l’OZ lors de la Fête du Printemps
Le 22 avril 2008, l’Observatoire zététique a participé à la Fête du Printemps organisée sur le campus universitaire de Grenoble, en présentant ses activités au cours d’une conférence à l’Espace Vie Étudiante (EVE). La veille, Florent Martin avait été invité sur Télégrenoble pour annoncer l’événement si bien que le public ne fut pas exclusivement estudiantin.
Pour illustrer notre démarche expérimentale de vérification des informations, lors de cette émission, Florent a placé le présentateur Thibault Leduc à l’horizontale entre deux tréteaux sans l’hypnotiser, prouvant ainsi que l’hypothèse « paranormale » n’est pas nécessaire pour expliquer ce phénomène de « catalepsie ». Sa collaboratrice Lucile Dailly a même réussi à tenir quelques secondes debout sur lui.
Cette démonstration impressionnante suscite toujours une certaine stupéfaction de la part du public comme des cobayes. À la fin de la répétition, surpris par la facilité et la rapidité de l’exercice (que les hypnotiseurs enrobent d’une mise en scène beaucoup plus mystique), Thibault Leduc a d'ailleurs demandé à Florent : « Mais c’est quoi le truc alors ? », ce à quoi le zététicien a répondu : « Justement, il n’y en a pas… ».
Cette émission est en ligne sur le site googlevideo.


Plus de 666 abonnés à la newsletter de l'OZ
Le 28 avril dernier, le nombre d’inscrits à notre newsletter a atteint la barre « paranormale » symbolique de 666. Pour fêter l’événement, nous avons offert à notre 666e abonné, Guy, le T-shirt de l’OZ.
Aujourd’hui, la newsletter de l’OZ compte plus de 680 inscrits à travers le monde et le nombre d’abonnements est en constante augmentation comme on peut le voir sur la courbe ci-dessous présentant l’évolution des inscriptions sur l’année écoulée.

Il y avait plusieurs façons de vous présenter ces mêmes statistiques…

… mais je ne suis pas en train de vous parler du prix du baril de pétrole, ni même des chômeurs en France, encore moins du cours de l’action OZ en bourse, alors disons simplement que même s’il est difficile d’assimiler « abonnés » et « lecteurs », ce résultat nous encourage à continuer la publication mensuelle de notre newsletter.

Géraldine Fabre


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Tous les corbeaux sont noirs !
« Tous les corbeaux sont noirs ! Tout ce qui n’est pas noir n’est pas un corbeau ! » disait le paradoxe de Carl Gustav Hempel, le philosophe américain auquel Johnny Hallyday répondait en 1973 la chanson Comme un corbeau blanc, dont les paroles [1] suggéraient une relation assez bizarroïde avec cet animal incongru.

En conférence ou dans les discussions entre amis, pour illustrer la règle zététique stipulant que « La charge de la preuve revient a celui qui fait l’affirmation », par exemple lorsque quelqu'un prétend avoir vu une licorne, un fantôme ou le Bigfoot, nous avons souvent recours au paradoxe du corbeau blanc que voici :
Si un ami belge de toute confiance affirme avoir vu un corbeau Blanc dans le Hainaut occidental [2], essayer de tester sa prétention est impossible car il faudrait chasser tous les corbeaux de la planète et montrer à la personne que tous sont bien noirs. Mais même alors, il pourrait vous affirmer que le corbeau blanc étant bien plus malin que les autres (et étant pourvu de pouvoirs surnaturels), il a réussi à vous échapper. L’extinction des Corvus corax n’aura servi à rien alors qu’il suffisait pour la personne affirmant l'avoir vu, une jolie preuve de ce corbeau blanc pour nous prouver son existence.
Il se trouve que cet exemple que nous utilisons car il est plus facile de se représenter des corbeaux que des licornes bleues à franges roses est assez mal choisi. En effet, je vous en présente trois : Tic, Tac et Toe [3].

Il n’y avait nul doute sur les corbeaux à cou blanc, les corneilles gris clair et les corneilles à grandes parties blanches [2], mais de vrais corvidés blancs albinos existent bel et bien même s’ils ont été très mal traités par leurs congénères. Au même endroit, un autre corbeau blanc avait été recueilli deux ans auparavant et un autre était l’attraction touristique du parc Haida Gwaii au Canada. Mais ces derniers sont décédés dans de mystérieuses circonstances : respectivement de peur lors d’un orage [3] et dans le transformateur de Port Clements, privant momentanément le canton d’électricité [4].

Je ne pense pas que Johnny interprétera l'hymne au corbeau blanc lors de son concert du 1er Juillet 2009 au Stade des Alpes mais il se trompait sur un point, ils sont rares mais ne valent chers que depuis qu’'ils ont été remis en état au sein de la Weardale Animal Sanctuary. De mon coté, la prochaine fois je trouverais un animal moins réel pour illustrer mes propos, en attendant la fin du monde annoncé par leur présence comme le veut la légende des Amérindiens Manda [5].

Ardéchir Pakfar

[1] : Les paroles de la chanson sur le site www.paroles.net.
[2] : Tout savoir sur le corbeau.
[3] : Voir l’article d’où est tirée la photo sur le site www.dalymail.co.uk.
[4] : Voir l’article Galapagos of the North.
[5] : Voir la légende sur le site www.firstpeople.us.


On peut mourir avec une médecine douce
Le site (en anglais) www.whatstheharm.net répertorie les cas de décès dus à l’adhésion à des thèses paranormales, ou pseudothérapeutiques. Double effet kiss cool : d’abord, on se met à déprimer devant le nombre de morts. Ensuite, on se dit que le seul moyen d’amortir ce nombre, c’est d’en parler. De quoi contrer assez simplement le discours-type : « mais si ça leur fait du bien, ces thérapies, faut les laisser faire. ». Rappelons-nous qu’on peut mourir de « médecine douce ».

À ce sujet, John Nicol, CBC, vient de publier un rapport sur la canadienne Claudia Gordon-Pomares, « spécialiste des neurosciences » qui dit savoir guérir l’autisme et l’épilepsie par son traitement appelé Monitored Multi-cortical Activities for Additional Pathways and Synapses (5000 dollars les 6 premiers mois 3000 dollars ensuite). Prétention ? 98 % de succès. En attendant que des hordes d’autistes accourent, CBC est arrive à la triple conclusion suivante :

  • Il n’y a rien de scientifique dans les théories de madame Claudia.
  • Les scientifiques connus dont elle se revendique ne la soutiennent pas.
  • Les facs dans lesquelles elle aurait eu ses diplômes ne la connaissent pas.

(référence : J. Nicol, Selling hope: Can this Alberta woman fix the damaged brain? CBC News, March 3, 2008)

De même, dans les colonnes de Newsweek, le cas de Mary. Elle et son mari, Saïd ont cru dur comme fer aux prétentions du thérapeute Jarir Nakouzi, homéopathe du Connecticut, spécialiste en thérapie « biorésonante » et en traitements « auto-sanguins », qui prétendait guérir le cancer de la dame. Quelques mois et quelques dizaines de milliers de dollars plus tard, Mary mourut. Newsweek écrit : « Said Nedlouf ne blame Nakouzi de ne pas avoir guérit un cancer incurable. (…) « Les traitements inutiles de Nakouzi, dit-il, m’ont volé un temps précieux que j’aurais pu consacrer à la consoler, à prendre soin d’elle, à l’accompagner jusqu’à la fin ». Et c’est semble-t-il un cher prix à payer pour un peu d’espoir ».
(référence : J. Adler, No Way to Treat the Dying, Newsweek, 2 février 2008)

Richard Monvoisin



En bref

Une émission de télé sceptique en gestation
Alors qu’en France, nous nous débattons dans le marais fangeux de la bêtise des émissions de Dechavanne et Carmouze (comme la dernière Soirée de l’étrange), un projet d’émission TV consacrée au scepticisme est en cours aux États-Unis. Réalisé par Brian Dunning (qui gère l’excellent podcast Skeptoid : Critical Analysis of Pop Phenomena) et produit par Ryan Johnson, le pilote de l’émission Skeptologists est en cours. Pour voir l’ambiance, rendez vous sur www.skeptologists.com. Reste à appuyer la démarche. Si vous avez envie de voir naître un jour cette émission, vous pouvez hurler votre joie et vos encouragements à cette adresse : skeptologists@newrule.com.

Le magnétiseur débouté
Après une longue procédure judiciaire, Jean-Claude Pinoteau qui avait attaqué Henri Broch, Jacques Théodor et Gérard Majax en revendiquant les 200.000 euros du Prix-défi, a été débouté le 2 avril 2008 et condamné à verser aux accusés 40.000 euros de dommages et intérêts. La cour d’appel de Paris, comme le Tribunal de Grande Instance de Paris ne 2006, a en effet reconnu que « M. Pinoteau a agi de mauvaise foi et a porté atteinte à la réputation des intimés ; que sa procédure présente un caractère manifestement abusif ».
Lors de son inscription au Prix-défi, Jean-Claude Pinoteau affirmait pouvoir « produire une action mécanique sur la matière uniquement par imposition des mains et sans qu'aucune loi de la physique ne l'explique ». Il n’a jamais réalisé d’expérience avec le laboratoire de zététique pour le prouver.
Pour le détails des faits, vous pouvez consulter le site du laboratoire de zététique de Nice.



Le bazar du bizarre

Groupe de prière à la pompe
Pour faire baisser le prix du pétrole, un groupe de fidèles prie, depuis plusieurs semaines, avec ferveur, mains jointes et tête courbée, dans une station essence de Washington. « La prière est la réponse à tous nos problèmes... Nous prions Dieu pour qu'il intervienne dans la vie de ces gens égoïstes et avides qui font monter les prix. » a expliqué le fondateur du groupe (« Prayer is the answer to every problem in life... We call on God to intervene in the lives of the selfish, greedy people who are keeping these prices high. »). Au fil des semaines et de la flambée du cours du pétrole, le groupe s’est considérablement agrandi, mais les prières, elles, restent visiblement inefficaces.

Grève des devins
Diseurs de bonne aventure, mediums et guérisseurs spirituels ont fait la grève et ont manifesté dans Downing streets courant avril. Pourquoi ? Parce qu’il est question de réviser le Fraudulent Mediums Act de 1951 à l’aune des nouvelles lois sur la consommation. Or, cela signifierait que les « spiritualistes » devraient apporter la preuve de leur capacité de soin, de vision dans le futur ou de communication avec les morts sous peine de traduction devant les tribunaux. Bizarrement, ils n’en ont pas envie.
(référence : F.Rohrer, S. Bell, There may be trouble ahead, BBC, 18 avril 2008)

Naissance d’un chien vert
La naissance en Louisiane d’un petit golden retriever tout vert au début du mois semble avoir passionné les médias américains à en juger le nombre de reportages et d’articles consacrés au chiot. Le phénomène surprenant n’a pourtant rien de mystérieux : il est dû à une pénétration du liquide amniotique dans le placenta qui engendre parfois la naissance de chiots légèrement colorés. Le chien devrait retrouver sa vraie couleur, et l'anonymat, d'ici quelques jours, comme son « cousin » né il y a trois ans

Justice pour le chat ou pour le footballeur
Le footballeur Luis Figo, milieu de l’Inter de Milan, est accusé par le quotidien Il Libero d’avoir délibérément écrasé avec sa voiture un chat noir rôdant à proximité du centre d’entraînement, « persuadé que celui-ci portait malchance à son équipe ». En réaction face à ce prétendu crime de superstition, les associations italiennes de défense des animaux ont déployé des banderoles en réclamant « justice pour le chat ». Le footballeur a démenti sur le site de l’Inter de Milan : « rien n’est vrai, je veux des excuses ». Cela n’empêche pas une ardente défenseuse des animaux de s’énerver sur le forum doctissimo en donnant des détails introuvables sur cette histoire (le chat s’appellerait Rocco) et demandant que Figo soit « traduit devant une Cour Internationale de Justice animalière pour être poursuivi pour génocide contre las chats et racisme car c'est un chat noir. »

Apparition des premiers crop circles
L’arrivée des beaux jours et la maturité des cultures agricoles marquent traditionnellement le début de la saison des crop circles en Angleterre. Cette année, le premier est apparu le 19 avril à Avebury dans le Wiltshire, sur la route A361. Il représenterait une « fleur de vie à 6 branches ». Certains auront remarqué avec émerveillement que : 2008=2+0+0+8 = 10 = 1+0 = 1 ; 19 = 1+9 = 10 =1 et A361 = 3+6+1 = 10 = 1. Incroyable !!! Vraiment ?
19 avril, ça fait 0+4+1+9 = 14 = 5 ; 19 avril 2008, plutôt : 2+0+0+8+0+4+1+9 = 24 = 6 ; Avebury =1+5+5+2+4+1+8 = 26 = 8 (d’après la table de conversion donnée dans notre dossier sur la numérologie). Avebury se trouve de en réalité sur la route A4631 (voir sur googlemaps), soit 4+6+3+1=14 = 5. D'un coup, ces « coïncidences » paraissent bien moins extraordinaires...


ENQUÊTE
Faites suivre à dix de vos amis


 

Quelques unes de mes connaissances sont de ferventes adeptes du « forwardage » massif de ces mails faussement informatifs ou – pire ! – ceux qui vous promettent une caisse de champagne, un téléphone portable, de l’argent ou même le bonheur si vous l’envoyez à dix de vos amis.
Régulièrement, ma boite se trouve donc encombrée de ces messages électroniques à rallonge, saturés de quotes, où chaque « forwardeur » a trouvé bon d’ajouter son petit commentaire niais : « Ne vous faites pas avoir », « C’est pas des bêtises », « Pour moi, ça a marché », « on sait jamais », « Il faut le savoir ! », etc.

Jusqu’à il y a peu, j’effaçais le message sans y prêter plus d’attention, mais avec un soupir consterné. Aujourd’hui, face à la multiplication des spams et puisque ces expéditeurs ne prennent même pas la peine de placer les destinataires en copie cachée, je « réponds à tous » les enjoignant à vérifier l’information (par exemple sur le site Hoaxbuster) avant de continuer à la diffuser. Bien sûr, l’expéditeur, vexé, apprécie en général peu la démarche (mais - du moins je l’espère ! - il pensera à m’ôter de la liste de diffusion lors de son prochain « forwardage »). Il me répond parfois, en privé, pour se justifier, plus rarement s’excuser.

Le dernier mail de cette sorte que j’ai reçu concerne la vignette d’assurance. En voici le texte :
« Le décret n° 2004-293XBS paru en début de mois au journal officiel relatif à la sécurité routière et modifiant le code de procédure pénale et le code de la route crée désormais une infraction spécifique à tout conducteur n'ayant pas signé le verso de la vignette d'assurance automobile sur le pare-brise, ainsi que la carte verte. Pour éviter de payer l'amende de 180 euros en cas de contrôle, nous vous recommandons de vérifier la vignette d'assurance sur le pare-brise de votre véhicule. Pour être valable, le verso de la vignette doit être obligatoirement signée par le souscripteur du contrat d'assurance. Savez vous que 90% des conducteurs ont oubliés cette signature ? Et vous, y avez-vous pensé ? Actuellement, la police du Nord de la France verbalise systématiquement les automobilistes 'tête en l'air' et parfois même 'tête à claques'. Devant ce gain facilement percevable, le ministre de l'intérieur a demandé d'étendre l'opération au territoire français. Nous vous conseillons de relire votre contrat d'assurance automobile, vous constaterez qu'il existe un article (R. 69PQ) vous recommandant de signer le verso de la vignette d'assurance automobile. La phrase stipule : « La vignette a apposer sur le pare-brise n'est valable que si le verso est signé par le souscripteur du contrat d'assurance ». Faites-le, vous ferez ainsi une économie de 180 euros. »
Cette information, avec sa référence légale et sa menace de contravention, a semblé suffisamment vraisemblable à mon amie « forwardeuse » pour qu’elle se sente obligée de généreusement en faire profiter tous ses amis afin de leur éviter une amende exorbitante.

Une rapide recherche sur le site d’Hoaxbuster (avec le début du message) m’a pourtant appris que cette information est évidemment un canular et qu’il est en circulation depuis avril 2004 ! L’article précise que le décret dont il est question, le décret n° 2004-293XBS, ne peut pas exister car la numérotation de ces textes officiels ne comporte pas de lettre. Si le décret n°2004-293 en revanche existe bel et bien, il concerne « les conditions d’utilisation du qualificatif « agriculture raisonnée » » comme on peut facilement le vérifier sur le site de Légifrance. Quant à l’article R. 69PQ, il n’existe pas dans mon contrat d’assurance …

Hasard du calendrier, quelques jours plus tôt, j’en avais reçu l’avis d’échéance et l’attestation verte. J’ai donc pu facilement vérifier que sous la vignette, on peut lire le texte suivant : « Le certificat d’assurance ci-dessus, après avoir été détaché suivant le pointillé, doit être glissé dans une pochette collée à l’intérieur du véhicule sur le pare-brise, en bas à droite. Pour les cycles à moteur, le certificat est fixé sur le garde-boue avant à l’aide d’un dispositif adhésif prévu à cet effet.» Aucune mention de signature dans ces indications, pas plus qu’au verso de ladite vignette.
En résumé :
- Le décret mentionné n’existe pas.
- L’article du contrat d’assurance précisé n’existe pas.
- Le verso de la vignette ne porte pas de mention de signature.

L’invraisemblance de l’information me semblait évidente. J’ai donc envoyé à toute la mailing list de la « forwardeuse » (sans oublier de la mettre en copie) : « Bonjour, Avant de diffuser ce genre de mail, vérifiez sur Hoaxbuster qu'il ne s'agit pas d'un canular. En l'occurrence celui-ci en est un et circule depuis avril 2004. Alors n'encombrez pas les boites de vos amis avec cette désinformation. On reçoit déjà suffisamment de spams... »
La réaction ne s’est pas faite attendre. Voici ce que j’ai reçu quelques heures plus tard :
« désolée si j'ai encombré ta boîte! OUPS!! ms Une amie de papa et maman travail ds une assurance et elle m'a confirmé qu'un document a été affoché ds l'agence concernant les vignettes vertes. Il faut tt de même la signer! Voilou gros bisous!!! à bientôt »

Alors, là, évidemment, je me suis posée des questions...
En supposant que cette personne ait analysé la situation (comme moi) et bien lu l’article dont j’avais donné le lien (comme moi), pourquoi est-elle restée sur sa position ? Est-ce sa confiance dans le témoignage de l’amie de ses parents travaillant dans une compagnie d’assurance qui l’a convaincue (sans vérification) malgré l’invraisemblance de l’information ? Ai-je été trop brusque dans ma réponse au point qu’elle ne puisse plus admettre son erreur ?

Taraudée par ces questions, je me suis même remise à douter : et si malgré l’erreur du numéro de décret, la numérotation grivoise de l’article du contrat d’assurance, l’absence d’indication au dos de la vignette... et s’il fallait quand même la signer comme semble l’affirmer l’amie des parents de mon amie ? Pour en avoir le coeur net, j’ai pris mon téléphone et j’ai appelé quelques compagnies d’assurance parmi les plus connues. Voici ce que leurs très sympathiques correspondants m’ont répondu :

  • GMF : « La carte doit être signée, mais pas le certificat d’assurance. Il faut juste le placer de manière visible sur votre pare-brise. »
  • MACIF : « Toutes nos lignes sont occupées, merci de renouveler votre appel. »
  • AXA : « Non, c’est une fausse information qui circule depuis quelques temps. Le certificat doit être simplement placé derrière le pare-brise. Vous ne serez pas verbalisés si vous ne signez pas votre carte. »
  • AGF : « Il faut que vous signiez votre carte d’assurance et que vous la conserviez sur vous avec votre carte grise. Mais pas la peine de signer la vignette. »
  • MAAF : « Non, nous n’avons aucune consigne dans ce sens de la part du Ministère des transports. Ce n’est pas la peine de signer la vignette. »
  • Matmut : « Non, le verso du certificat d’assurance ne doit pas être signé, seulement la carte. Mais même si elle n’est pas signée, on ne peut pas nous verbaliser pour cela. »

Bon.

Pourtant, à bien y réfléchir, les compagnies d’assurance ne sont peut être pas les meilleurs interlocuteurs. Les plus concernés sont en effet les gendarmes ou les policiers qui opèrent ces contrôles et verbalisent le cas échéant. J’ai donc appelé la police de ma ville.
Réponse : « Non, on ne contrôle pas l’arrière de la vignette d’assurance […] Non, il ne faut pas signer la vignette d’assurance ».
Bon.
Le mail transféré évoque des contrôles fréquents dans le Nord. J’ai donc appelé le commissariat de Lille. Réponse : « Jamais entendu parler de ce genre de contrôle. »

Verdict : pour moi, il n’y a plus de doute sur l’inexactitude de cette information et donc la nature « canularesque » du mail. Ma forwardeuse sera-t-elle convaincue (ou encore plus vexée par cette enquête poussée) ? Je ne sais pas.

Je reste cependant toujours stupéfaite par le poids des arguments qu’il faut apporter pour démontrer qu’une information est fausse comparé à la facilité avec laquelle nous pouvons être convaincus au premier abord par cette même information (la primeur de l’info joue-t-elle un rôle ?). Le témoignage d’un(e) ami(e), une référence (même fausse), l’évitement d’un risque coûteux ou l’espoir d’un profit « gratuit », et l’information nous semble vraie a priori et jusqu’à ce qu’on nous ait démontré qu’elle est en réalité fausse !
Mais pour cela, les vérifications sont coûteuses en temps et en énergie (sans compter la mauvaise foi qui nous empêche souvent d’admettre notre erreur tant qu’elle n’est pas flagrante). Il est décidément vraiment plus facile de « croire » que chercher à « savoir ».

Lucie Faivre


BILLET
Faites-vous entendre !


 

 

Ami lecteur, tu n'as pas de chance. Ce mois-ci, en effet, tu devras subir une deuxième fois un billet d'humeur t'apostrophant malpoliment. Je veux en effet par la présente t'inviter solennellement à me rejoindre dans mon combat, te transformer en rebelle par des actes d'une audace ébouriffante. Rejoins-moi dans le Risotto (Regroupement des internautes sans opinion tout le temps o sondages du Monde), association fictive de militants sans vergogne.

Les actions sont simples : il s'agit de répondre systématiquement « Sans opinion » aux sondages du Monde (www.lemonde.fr, tout en bas à droite de la page principale). Il y a un sondage par jour, donc on peut participer souvent. Une seule règle : on répond ainsi même si on a l'impression d'avoir effectivement une opinion sur la question posée. C'est tout.

Car cela peut arriver, si si. À en juger par la quantité d'« opinions » effectivement exprimées (en gros une dizaine de milliers de votants chaque jour), ces sondages trouvent des internautes jugeant utile de cliquer dans une des cases proposées. Peut-être que toi, ami lecteur, tu t'es déjà « exprimé » par ce biais. Je te désapprouve, permets-moi de te le dire (mais je conçois que ma désapprobation te fasse une belle jambe). Je vais développer un peu mon point de vue sur la base des derniers sondages en ligne à l'heure où j'écris ces mots.

Prenons la question du 6 mai 2008 :
« Pour vous, une offre d'emploi allant jusqu'à une heure de transport par jour et pouvant descendre jusqu'à 80 % du salaire antérieur est-elle...

  • une offre « raisonnable », qu'un chômeur de plus de six mois devrait être tenu d'accepter.
  • pas acceptable, même si l'on est au chômage depuis plus de six mois.
  • Sans opinion. »

Je commence volontairement par l'exemple le plus anodin. On peut légitimement avoir une opinion sur cette question d'actualité politique. Mais, comme souvent dans les sondages, la question comporte une grosse part d'ombre qui, à mon avis, disqualifie toute réponse. S'agit-il d'une offre d'emploi quelconque ou d'une offre d'emploi dans le domaine de compétences précis du demandeur d'emploi ? En outre, les caractéristiques d'un emploi ne se limitent pas à une zone géographique et un salaire, mais les conditions exactes d'exercice peuvent jouer beaucoup. Bref, la question ainsi posée ne me paraît pas suffisamment précise pour appeler des réponses aussi tranchées que les deux solutions proposées. Sur les 14360 votants, plus de 13600 se sont néanmoins « exprimés » sur la question.

Plus caricaturale est la question posée le 5 mai 2008 :
« Au cours de l'année écoulée, diriez-vous que l'action de Nicolas Sarkozy s'est plutôt inscrite...

  • dans la rupture par rapport à la période précédente.
  • dans la continuité.
  • ni l'un, ni l'autre.
  • Sans opinion. »

Si tu comprends, ami lecteur, ce que peut vouloir dire ce « ni l'un, ni l'autre », adresse-moi tes lumières. Selon moi, si on estime que l'action d'un homme politique (ou d'un gouvernement) peut être jugée en termes de continuité par rapport à une époque passée, alors soit il y a continuité, soit il n'y a pas continuité. Ni dans la rupture, ni dans la continuité, qu'est-ce que cela voudrait dire ? Que la comparaison ne peut pas s'exprimer en ces termes ? Dans ce cas, la question devient inepte et cela n'a pas grand sens d'y répondre. Sur les 12183 votants, plus de 3200 ont jugé qu'il en était ainsi. Qu'ils m'expliquent.

Les questions qui, quand on les regarde bien et quand on regarde les réponses proposées, paraissent ineptes, forment à mon avis (puisque cette page du Monde a pour titre « Votre avis », je le donne) la majorité. Il m'arrive aussi souvent de me demander pourquoi diantre l'opinion des internautes lecteurs du Monde est demandée sur un tel sujet ; qui peut s'en soucier. La question du mercredi 7 mai est, à cet égard, édifiante :
« Si Barack Obama est désigné comme le candidat démocrate, pensez-vous qu'il aurait des chances de remporter l'élection présidentielle face à John McCain :

  • Très grandes.
  • Assez grandes.
  • Assez faibles.
  • Très faibles.
  • Sans opinion. »

Sincèrement, que 95% des 10143 votants aient répondu autre chose que « Sans opinion » à cette question me dépasse. Ne le prends pas mal si tu as toi-même répondu, ami lecteur, tu as probablement des hauteurs de vues que je n'ai pas sur la politique étasunienne et tu te passionnes peut-être pour ces questions-là. Je ne nie donc pas que tu puisses avoir une opinion sur la question. J'aimerais quand même savoir au passage où tu places la différence entre « Très » et « Assez », d'une part. D'autre part, j'aimerais savoir si tu penses que cette opinion, que le site du Monde te demande, intéresse quelqu'un.

Je termine par le plus caricatural des sondages encore en ligne, celui du vendredi 2 mai :
« Qu'est-ce qui est, selon vous, le plus à l'origine de la crise alimentaire actuelle dans le monde ? Surtout...

  • la hausse de la demande mondiale.
  • le développement des agrocarburants.
  • Ni l'un, ni l'autre.
  • Sans opinion. »

Que 26% des 15154 votants aient répondu « Ni l'un, ni l'autre » me rassure un peu. Je me demande bien tout de même ce que cette question vient faire dans un sondage d'opinion. Ou alors la parole à brûle-pourpoint du peuple a valeur d'expertise sur les questions de géopolitique et d'économie globale qui, à mon avis, nécessiteraient plutôt une analyse un peu étayée de faits ; si tel est le cas je suis navré de l'apprendre.

« Faites-vous entendre », clame le lien, situé en bas de la page intitulée « Votre avis », et pointant vers un site sobrement nommé expressionpublique.com. Ne serait-ce pas un simulacre d'expression publique ? Je t'invite à te poser cette question, ami lecteur, et à te la poser dans bien d'autres cas où on te demande ton avis. Quel sens a la question posée ? Les réponses proposées sont-elles pertinentes ? Mon avis a-t-il une valeur pour la question posée ? Sur quoi est fondé mon avis ?

Si tu conclus au simulacre, suspends ton jugement et tente, en répondant systématiquement « Sans opinion », de dire aux concepteurs de ces « sondages d'opinion » que leurs questions sont pourries. Avec 90% de sans opinion, ils réagiront peut-être.

Bon, si tu n'as pas que ça à faire, tu peux aussi te passer d'aller voir ces sondages, hein.

Stanislas Antczak


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE



Chroniques zétético-musicales : Yoko Ono et Patti Page

Il y a quelques semaines est sorti un documentaire intitulé Expelled : no intelligence allowed. L’objet central, sur fond de complotite aiguë, est de montrer que la « Science » met tout en oeuvre pour interdire l’entrée du créationnisme scientifique et de l’Intelligent Design (ID ou Dessein Intelligent) dans les contenus d’enseignement à l’école – quitte à condamner au bûcher ceux qui s’y emploient. Vous pouvez aller voir les bandes-annonces sur le site www.expelledthemovie.com.
À grands moulinets de serpe, Ben Stein, le réalisateur, assène le quintuple effet cigogne le plus surprenant de l’Histoire : le darwinisme, fortement mis en cause dans le documentaire, serait directement responsable de la Shoah, du mur de Berlin, de l’athéisme, du communisme et du… Planning Familial. Comme dit Laurence Parisot, j’en suis tombé de l’armoire. Armoire haute, quand on apprend que le film oscille entre la 9e et la 13e place au Box Office US, avec une distribution spontanée dans plus de 1000 cinoches et une recette au 7 mai de plus de 6 millions de dollars.
Détail musical intéressant : on entend dans la bande-son un extrait de Imagine, de John Lennon. Les légataires de Lennon seraient-ils des pro-ID ? Rien n’est moins sûr, surtout si l’on regarde la réaction de Yoko Ono, Madame Lennon, assez fâchée, qui traîne en justice les producteurs du film. (Yoko Ono Sues Over Use of Song 'Imagine' in Movie Challenging Darwinian Evolution, The Associated Press, 24 avril 2008).
Alors effectivement, Lennon avait bien eu quelques crises mystiques, avec ses potes (voir Les Chroniques zétético-musicales dans la newsletter n°23 de mai 2007). Mais quand on lit le premier couplet d’Imagine :
« Imagine there's no Heaven
It's easy if you try
No hell below us
Above us only sky
Imagine all the people
Living for today
»
On le prendrait volontiers pour un zététicien.
Vous trouverez une critique complète, point par point, en anglais, du documentaire sur le site www.expelledexposed.com

Vous connaissez peut être Patti Page, la grande chanteuse US coutry-folk des 50’s. En 1953, elle a chanté ce qui a été le tube de l’année : How much is that doggy in the window ? dont vous pouvez voir le splendide play-back sur youtube. Écrite par Bob Merrill, cette chanson a tout de la comptine pour môme.
« (….) How much is that doggie in the window? (arf! arf!)
The one with the waggley tail
How much is that doggie in the window? (arf! arf!)
I do hope that doggie's for sale (…)
»
Pourquoi parler de ça ? Parce que Richard Wiseman, célèbre psychologue sceptique anglais, vient de pondre une critique d’une série d’expériences menées sur Jaytee, chien fort sympathique. Ces expériences étaient menées dans le but de mettre en évidence l’hypothèse des champs morphogénétiques, défendue par Rupert Sheldrake : le comportement des chiens, en l’occurrence de Jaytee, qui attendent leur maître ne pourrait s’expliquer par autre chose que par un « champ morphogénétique » englobant le duo.
Wiseman propose deux autres hypothèses, moins titillantes, certes : l'hypothèse des fuites sensorielles, et de l'hypothèse de l’anxiété. Ces deux hypothèses nécessitent d’être épuisées, pliées, avant qu’on se permette de passer à l’hypothèse de Sheldrake, plus coûteuse intellectuellement, ou à son avatar, celle de Tsakiris (voir prétention et vidéos dans l’article de Jean-Michel Abrassart du 8 mai 2008 sur son blog). À prétention, extraordinaire, il faut une sacrée bonne preuve.
Au fait, comment s’appelle l’article de Wiseman ? Je vous le donne en mille : How much is that doggy in the window ?

Arf arf.

Richard Monvoisin



En librairie

Les créationnismes : une menace pour la société française ?
Les éditions Syllepse viennent de publier l’ouvrage de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau : Les créationnismes : une menace pour la société française ?. Pour la modique somme de 7 euros et en 138 pages, les auteurs offrent un historique de ces mouvements de 1859 à nos jours, un état des lieux de la situation actuelle en France et une analyse des dangers que représentent ces intrusions spiritualistes pour la société. Ce livre est en vente sur le site des éditions Syllepse et dans toutes les bonnes librairies.
Une interview d’un membre de l’Observatoire zététique s’est glissée dans ces pages, saurez-vous la retrouver ?

Depuis le début du 20e siècle, aux États-Unis, les mouvements créationnistes ne cessent de remettre en cause l’enseignement de la théorie darwinienne de l’évolution. Les récentes prises de position anti-évolutionnistes de plusieurs ministres européens de l’éducation ont poussé le Conseil de l’Europe à traiter de «?cette question d’actualité politique?», afin d’appeler les gouvernements «?à s’opposer fermement à toutes les tentatives de présentation du créationnisme comme discipline scientifique?». La France n’évoque la question des créationnismes qu’au travers de ce qui se passe dans les pays étrangers, ou presque… Sommes-nous véritablement à l’abri de ces mouvements?? Quelles sont les implications sociales et politiques de ces démarches obscurantistes?? En quoi la volonté affichée du président de la République Nicolas Sarkozy de redéfinir la loi de séparation des Églises et de l’État est-elle susceptible d’augmenter l’influence des structures créationnistes??
Cet essai intéressera tous ceux qui veulent découvrir ou approfondir une question de société qui suscite depuis 2005 une attention particulière des médias nationaux.




Articles en ligne

New Scientist signe sous la plume de Michael Le Page un excellent article intitulé « Evolution: 24 myths and misconceptions ». 24 idées reçues sur l’évolution (qui ont la couenne dure) y sont revisitées. Vivement une version française.

Serge Faubert s’est chargé dans le journal Backchich de faire une analyse du rapport MIVILUDES, paru en avril et dont nous avions parlé dans la newsletter précédente. L’article Comment les sectes influencent les gouvernements européens du 2 avril 2008 est en ligne.

Vous vous rappelez ? Thomas Heams, habitué des éditions Syllepse, maître de conférence en génétique, avait fortement râlé dans les pages de Libération lorsque le président Sarkozy avait fait son discours raciste de Dakar, en 2007. Hé bien, il vient d’ouvrir un blog, appelé « La Terre est bleue comme un labo ». C’est tout frais.


AGENDA


Conférences

Le lundi 2 juin, le cercle de zététique de Toulouse a invité Marie-Christine Hauet pour une conférence intitulée : La naturopathie, histoire et fondement : une conception de la santé basée sur une vision magique de la nature.
« De l’idée de corps libre à celle de corps pur, nous verrons que certains concepts, lorsqu’ils se mêlent de santé, peuvent être dangereux. Nous prendrons pour cela l’exemple de la naturopathie, ses origines et ses fondements théoriques, qui sous couvert de médecine douce réponse sur des croyances magiques de la nature et de la santé. »

La naturopathie, histoire et fondement
Lundi 2 Juin à 20h30
Maison de la philosophie
29 rue de la digue 31300 Toulouse
Tél. : 05.61.42.14.40
Entrée : 4 euros, gratuit pour les adhérents
Infos complémentaires sur le site du cercle de zététique de Toulouse


Le mercredi 4 juin, Richard Monvoisin, membre de l'OZ, donnera au Muséum d'histoire naturelle de Grenoble une conférence intitulée : Animaux, plantes, dictons et prédictions : un regard zététique. Cette conférence est organisée dans le cadre de l'exposition temporaire « Vol d'hirondelles et pelures d'oignons » qui se tient à l'orangerie du Muséum jusqu'au 29 juin. Richard vous dira si l'hirondelle fait le printemps, si la grenouille anticipe la météo et si les éléphants avaient pressenti le tsumani... ou du moins comment on peut le vérifier scientifiquement.

Animaux, plantes, dictons et prédictions : un regard zététique
Mercredi 4 juin 2008 à 15h
Muséum d'histoire naturelle
Salle de conférence
1 rue Dolomieu 38 000 Grenoble
Tram A : arrêt Verdun Préfecture / Tram C : arrêt Grenoble Hôtel de Ville
Entrée gratuite


Cafés scientifiques

Le 13 mai, les clubs Sciences et Citoyens du CNRS en partenariat avec la Bibliothèque Arlequin et le Patio vous invitent à un café Sciences et Citoyens sur le thème : La recherche pour quoi faire ?.
« Au XVIIIe siècle et bien avant encore, le but de la recherche en science était la compréhension intellectuelle de la nature, associée à un certain émerveillement. Au XIXe siècle, on y a ajouté la notion de progrès (santé, confort, etc.). À la fin du XXe siècle, un nouvel objectif apparaît avec le libéralisme mondialisé : la compétitivité économique (de l’entreprise, de la nation).
Où en est on aujourd’hui parmi ces objectifs ? Et derrière le manque de crédits et le malaise des chercheurs, n’y a t-il pas un malaise plus profond sur la finalité de la recherche ? Les citoyens souhaitent que celle-ci soit au service de la société, mais est ce que cela signifie l’abandon de la compréhension fondamentale au profit des « impératifs » économiques ? Et l’émerveillement dans tout cela, est-ce une notion dépassée ?
»

La recherche pour quoi faire ?
Mardi 13 mai 2008 à 18h30
Patio de la Villeneuve
Tram A - arrêt Arlequin
Tél. : 04 76 22 92 10
Entrée libre
Programme et plan : www-evasion.imag.fr/cafesSC/


Le 27 mai 2008, l’Observatoire zététique sera à Montbéliard. Invité par le Pavillon des Sciences, centre de culture scientifique, technique et industrielle de Franche-Comté, quelques uns de ses membres participeront à un café science sur le thème : Le paranormal en éprouvette.

Le paranormal en éprouvette
Mardi 27 mai 2008 à 20h
Bar de l'Hôtel Bristol
2 rue Velotte 25200 Montbéliard
Entrée libre


Projection

Dans le cadre du festival Image et Science « Objectif Pôles » organisé par l’Université Joseph Fourier de Grenoble, l’association Les cinéphiles anonymes propose le 13 mai à 20h une projection du film The thing from another world de Howard Hawks et Christian Nyby. Ce film de science-fiction des années 50 relate la découverte d’un vaisseau spatial extraterrestre par des scientifiques lors d’une expédition au Pôle Nord. Pris dans la glace, le vaisseau est malencontreusement détruit mais son pilote une fois décongelé revient à la vie…

The thing from another world
Mardi 13 mai 2008 à 20h
EVE - Espace Vie Étudiante
701 avenue centrale
Domaine universitaire de Saint Martin d’Hères
Entrée libre
Le programme du festival Image et Science


Exposition

Depuis le 5 avril et jusqu'au 29 juin 2008, le Muséum d'histoire naturelle de Grenoble accueille l'exposition Vol d'hirondelles et pelures d'oignons. Les dictons météorologiques utilisant les animaux et les plantes pour prévoir le temps y sont décortiqués avec humour et confrontés à l'expérience pour tester leur véracité.

Vol d'hirondelles et pelures d'oignons
Jusqu'au 29 juin 2008
Orangerie du Muséum
1 rue Dolomieu 38 000 Grenoble
Tram A : arrêt Verdun Préfecture / Tram C : arrêt Grenoble Hôtel de Ville
Entrée gratuite


DIVERTISSEMENT


 

Insolite : La photo du mois

 

Lors des soutenances des étudiants de pharmacie ayant suivi l’enseignement de zététique dispensé par Richard Monvoisin, j’ai été très surprise par un dossier sur le Cereus Peruvianus. En effet, deux étudiantes ont analysé les propriétés « purifiantes » alléguées de ce cactus censé absorber la nocivité des ondes émises par les ordinateurs et les téléviseurs. Elles m’ont appris à mon grand étonnement que cette plante est vendue dans une jardinerie bien connue pour ces « bienfaits » (justifiant un prix presque doublé par rapport aux autres cactus).
Je devais le voir pour le croire tellement cela m’a semblé fou… et malheureusement, j’ai pu constater qu’une affichette d’information sur le « Péril électrique » est même placée à proximité de l’étalage ; elle explique aux clients les dangers invisibles qui les entourent. La même notice est apposée sur le pot de chaque cactus Cereus Peruvianus. Je vous laisse la découvrir en cliquant sur l’image. J’espère que vous saurez repérer les nombreuses erreurs, fausses informations et raisonnements boiteux qui s’y cachent. Un florilège !


ANNONCES



SOS surnaturel

L'observatoire zététique dispose d’une ligne directe, SOS surnaturel. Si vous êtes témoin d'un phénomène paranormal, si vous avez une faculté extraordinaire, si vous avez entendu parler d'histoires étranges et que vous voulez en savoir plus, appelez-nous au : 08.731.731.96.
Les paranormal investigators de l'OZ mèneront l'enquête avec vous.
Vous pouvez également prendre contact avec l'Observatoire zététique par mail. Pour toute question ou remarque écrivez nous à contact@zetetique.fr

 


Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Géraldine Fabre, Lucie Faivre, Florent Martin, Richard Monvoisin et Ardéchir Pakfar.