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POZ n°38 Imprimer Envoyer
Mercredi, 13 Août 2008 14:13

 


SOMMAIRE


 


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  • Les nouvelles de l’OZ
    Les sceptiques européens se retrouvent à Grenoble
  • Actualités
    90e session du Comité nord-est des groupements ufologiques
    Le Yéti perd ses poils
    Le bazar du bizarre
  • Enquête : L’effet « cigogne qui éternue »
  • Culture et zététique
    En librairie : Mon père n’est pas un singe ? Histoire du créationnisme de Cédric Grimoult
  • Agenda
    20-21 Septembre 2008 à Grenoble : Symposium de l'ECSO
  • Divertissement
    La puissance du chi

 


ÉDITO


 

Youhou, y'a quelqu'un ?

Ce qui est bien avec le courrier électronique, c'est qu'on le reçoit même si on n'est pas là. Un peu comme le courrier papier, le timbre en moins. Donc si tu es présentement en vacances, loin de tout ordinateur, ami lecteur, tu n'es pas à l'abri pour autant de ce bulletin estival, que tu trouveras en rentrant au milieu de nombreux autres courriels te proposant des médicaments garantissant la puissance sexuelle ou des montres de marque pour pas cher.
Lors de mes vacances (que je m'en vais te raconter), j'ai contemplé d'en haut le Grand Canyon en Picardie, ce qui n'est pas donné à tout le monde, la baie de Somme n'étant pas réputée pour ses abyssaux accidents de terrains.
Je t'explique. J'étais en visite dans une petite ville au patrimoine architectural riche et à l'histoire millénaire. Dans cette ville se trouve une chapelle gothique de toute beauté, petit bijou que l'on ne s'attend pas à trouver là. L'explication en est simple : la présence d'une relique miraculeuse pas piquée des vers (enfin si, puisqu'elle est en bois, mais c'est une façon de parler). La guide a narré l'histoire de la relique en des termes fleuris qu'il me serait impossible de reproduire ici fidèlement. Sans craindre le blasphème, je m'en vais donc te résumer ce que j'en retiens.
Alors bon, c'est un gars, à Jérusalem, il sculpte trois crucifix en bois, les peint, ils représentent le Christ sur sa croix, grandeur nature, tout bien. Mais comme c'est pas bien vu, il s'en débarrasse en les mettant sur des bateaux. Voilà-t-y pas que les bateaux traversent la Méditerranée. Le moins miraculeux des trois (à mon sens) s'arrête en Italie, le miracle ça fatigue. Les deux autres poursuivent, passent Gibraltar, contournent la Bretagne et vont s'échouer, l'un en Normandie, l'autre en Picardie. Ce dernier arrive au tout début du XIIe siècle.
Ça déjà c'est miraculeux ; moi je serais crucifix et j'aurais du miracle à ma disposition, j'irais probablement ailleurs, par exemple en terre non évangélisée, histoire d'épater la galerie (ou à Ibiza pour les boîtes de nuit). Mais ensuite il y a plein de miracles autour de ce crucifix, guérisons, etc. Le coup classique. S'ensuivent pèlerinages, prospérité de la ville, tout bien. Malheureusement, ces gougnafiers putrides de révolutionnaires brûlent la relique presque entièrement et il n'en reste aujourd'hui qu'une main, qu'un brave soldat a sauvée des flammes.
Voilà pour l'histoire racontée par la guide. Racontée comme une histoire et non comme une légende, mais j'ai l'habitude et je mets ça sur le compte de la lourdeur des précautions oratoires. Je lui demande quand même si la relique a été datée. Nouveau miracle : oui, elle l'a été. Datée du XIVe siècle. Diantre. « Mais, me rassure la guide, la datation au carbone 14 n'est pas fiable pour des choses aussi récentes. Et de toutes façons au Moyen-Âge, ils avaient l'habitude de refaire les objets. »
C'est là que s'est ouvert le Grand Canyon de Picardie, entre cette guide et moi. Le vertige m'a saisi : elle semble penser que l'histoire des bateaux est vraie. Si je ne me trompe pas, alors il y a un gouffre d'incompréhension qui nous sépare. Je ne peux pas envisager un début d'explication vraisemblable pour justifier que cette dame, a priori intelligente et cultivée, puisse sincèrement croire que tout cela s'est réellement produit. Pour jeter une passerelle entre elle et moi, où nous aurions pu nous retrouver, il aurait fallu du temps, beaucoup de temps. Mais faute de temps, que faire ? N'écoutant que mon courage, je n'ai rien fait. Du coup, je repars avec l'amertume d'être séparé d'une partie de mes semblables par un obstacle infranchissable. On ne pense pas la même chose, ce n'est pas très grave. Ce qui l'est plus à mon avis, c'est qu'on ne réfléchit vraisemblablement pas de la même manière, pour arriver à des jugements aussi différents d'une même histoire.

Je soumets cette histoire édifiante à ta sagacité, ami lecteur. Si tu as des recettes miraculeuses pour combler des grands canyons avec une petite cuiller en moins de cinq minutes, je suis preneur. En attendant, que l'été qui te reste t'apporte tous les miracles utiles et superflus.

Stanislas Antczak
éditorialiste miraculé


LES NOUVELLES DE L’OZ



Les sceptiques européens se retrouvent à Grenoble

Tous les deux ans, en alternance avec le congrès des sceptiques européens, l’ECSO, European Council of Skeptical Organisations, organise son symposium dans l’un de ses pays membres. Cette année, la 5e édition de ces rencontres se tiendra à Grenoble, en France, les samedi 20 et dimanche 21 septembre 2008. Quatre membres de l’Observatoire zététique, Jean-Louis Racca, Nicolas Vivant, Ardéchir Pakfar et Éric Bévillard se sont en effet attelés depuis quelques mois à l’organisation de cet événement. Leur préoccupation principale a été d’en minimiser les coûts, de façon à ouvrir les conférences à un large public. Finalement, l’inscription au symposium est gratuite et seul le dîner du samedi est payant (10 euros).
Le symposium se tiendra dans la Salle Stendhal (5 rue Hauquelin – Grenoble). Le programme des conférences (en anglais) est très éclectique puisqu’il sera question d’hypnose, de la « douceur » des médecines dites alternatives, de méthodologie scientifique, d’ufologie, de créationnisme mais surtout de scepticisme. Ces journées seront l’occasion de rencontrer et d'échanger avec des sceptiques venus de toute l’Europe. L’entrée sera évidemment libre et gratuite.

Géraldine Fabre




ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

La (fausse) preuve ultime
Les Hommes ont-ils cohabité avec les dinosaures ? Non, impossible puisque que les dinosaures ont disparu de la Terre il y a environ 65 millions d’années tandis que les premiers hominidés ne sont apparus qu’il y a environ 7 millions années. Pourtant, lorsque l’on croit, comme les créationnistes chrétiens, que la Terre n’a que 6000 ans et a été créée par Dieu, comme toutes les espèces l’habitant ou l’ayant habitée, il faut admettre que les dinosaures ont un jour croisé les Hommes. Et pour asseoir sa foi comme une vérité « scientifique », il faut des preuves.
Aujourd’hui, les créationnistes affirment détenir LA preuve ultime : un « fossile » présentant les empreintes d’un dinosaure Acrocanthosaure et d’un être humain, figées dans la roche à quelques heures d’intervalle, prouvant ainsi leur coexistence. Découvert par Alvis Delk au Texas, ce « fossile » est aujourd’hui fièrement conservé au Musée des preuves du Créationnisme (Creation evidence Museum) de cet État.
Mais pour le biologiste Paul Zachary Myers, spécialiste de la théorie de l’évolution, il n’y a pas de doute, ce fossile n’est qu’un faux grossier : « Les doigts de l’empreinte humaine ressemblent à des tubes, le pouce est bien trop enfoncé, c’est un faux ridicule. L'empreinte du dinosaure est encore pire – c’est simplement une planche avec trois doigts qui semble avoir été fabriquée à partir d’un dinosaure en plastique. » (« The human print has toes like tubes and a wierdly dug-in big toe, and looks ridiculously fake. The dino print is even worse — it's basically a three-pronged flat plate, looking like it was modeled after the smooth bottoms of a plastic dinosaur toy. »).
C’est vrai qu’en comparant la photo du « fossile créationniste » et celle d’une véritable empreinte de dinosaure, la preuve ultime ne convainc guère… si ce n’est les créationnistes eux-mêmes qui parlent déjà d’une découverte majeure.

 

À gauche, le « fossile » découvert par Alvis Delk. Présentant les empreintes d'un être humain et d'un dinosaure Acrocanthosaure, il prouve pour les créationnistes la coexistence de l’Homme et des dinosaures. À droite, l’empreinte d’un véritable dinosaure Acrocanthosaure.

 

90e session du Comité nord-est des groupements ufologiques
Du 12 au 14 juillet derniers, eut lieu à Dompierre-les-Ormes (Saône-et-Loire) la 90e session du Comité nord-est des groupements ufologiques (CNEGU), à laquelle j’étais convié au même titre que mes co-auteurs Eric Maillot (par ailleurs membre du CNEGU) et David Rossoni, pour parler du livre Les OVNI du CNES (2007, éditions Book-e-book). Créée en 1978, cette structure informelle regroupait à l’origine plusieurs associations ufologiques du nord-est de la France (et du Luxembourg voisin) afin de coordonner leurs activités d’investigation et de recherche. Leur activité s’étiolant, le fonctionnement du comité fut revu à l’orée des années 1990, et ce sont désormais des individualités que regroupe le CNEGU.
Ce dernier est essentiellement constitué d’un « noyau dur » d’une dizaine de personnes, tous enquêteurs actifs et expérimentés en ufologie, depuis près de trente-cinq ans pour certains. Nombre d’entre eux, initialement ouverts à une possible origine extraterrestre des ovnis, ont adopté au fil des ans une démarche sceptique et pragmatique dans leurs enquêtes, emboîtant le pas aux ouvrages fondateurs de Michel Monnerie (Et si les ovnis n’existaient pas ? et Le naufrage des extraterrestres) et aux travaux ultérieurs de Claude Maugé, Jacques Scornaux ou Paolo Toselli, précurseur du modèle dit « sociopsychologique » (ou « composite réductionniste »), qui explique le phénomène ovni par un ensemble très étendu de causes prosaïques et de phénomènes connus.
Comme se plaît à le remarquer Thierry Pinvidic, qui a notamment dirigé l’ouvrage collectif Ovnis, vers une anthropologie d’un mythe contemporain et hôte de cette réunion, les « rescapés » de l’émergence du modèle sociopsychologique sont ceux qui, loin d’en être déçus, se sont encore davantage émerveillés des processus à l’œuvre dans les nombreuses méprises à l’origine des témoignages d’ovnis que s’ils s’étaient trouvés nez à nez avec un extraterrestre. Parmi eux figurent d’authentiques « mémoires vivantes » de l’ufologie française, tel Patrice Seray qui a vécu de très près la fameuse affaire d’enlèvement extraterrestre – en réalité un canular – de Cergy-Pontoise, à partir de 1979.
Parmi les œuvres phare du CNEGU, outre d’innombrables enquêtes locales et autres outils méthodologiques, il convient de signaler la création, en 1990, du SCEAU (Sauvegarde et conservation des études et archives ufologiques) visant à préserver et rendre consultables les travaux des enquêteurs privés ; les expéditions VECA (Voyages d’étude des cercles anglais) menées au Royaume-Uni entre 1989 et 1992 et dont le rapport signé Gilles Munsch, met à jour de nombreux faits allant dans le sens d’une origine bien humaine aux fameux crop circles ; l’opération « Saros » de 1994, visant à reproduire des observations d’ovnis de 1976 en se basant sur les cycles de la Lune ; ou encore la parution annuelle des Mystères de l’Est, dense et instructive revue ufologique, depuis 1995.

C’est sous un temps mitigé, mais dans un gîte rural confortable et une ambiance conviviale, que se déroula cette session marquant le 30e anniversaire du CNEGU. Après un « tour de table » de présentation, Raoul Robé exposa un historique en images du comité, avant que votre serviteur ne se fende d’un bref exposé sur la démarche zététique appliquée à l’ufologie.
Le 13 juillet vit la présentation de nombreux travaux, notamment le catalogue de cas ufologiques dressé par l’enquêteur de l’Yonne Rémy Fauchereau, et l’œuvre posthume de Renault Leclet consacrée à la « vague belge » de 1989-92, qui met à jour de manière inédite de nombreuses méprises avec des aéronefs conventionnels, notamment des hélicoptères. Enfin, la journée du 14 fut essentiellement consacrée, sous la houlette de Thierry Rocher, au fonctionnement du CNEGU et du SCEAU.

Le site Internet du CNEGU, émaillé de nombreux articles et comptes rendus d’enquête, est actuellement en refonte mais demeure accessible à cette adresse : http://francine.cordier.club.fr.

Dans la nuit, lors de cette 90e session du CNEGU, un mystérieux « gravier circle » est apparu…



Éric Déguillaume




En Bref

 

Gare aux pourcentages
On peut lire dans Le Canard enchaîné du 16 juillet 2008 la brève suivante, qui se base sur Le Figaro du 8 juillet : « Entre 2005 et 2006, selon le dernier rapport de la Direction générale de l'administration, le nombre de fonctionnaires employés par les collectivités locales a augmenté de 3,1%, alors que le nombre des fonctionnaires d'État a baissé de 1,2%. La décentralisation sert, au moins, à créer de l'emploi. » Si cette dernière phrase est exacte, on ne peut pas la déduire des seules données qui précèdent : les pourcentages d'augmentation et de baisse ne s'appliquant pas aux mêmes populations de départ, ils ne sont pas comparables l'un à l'autre. Il faudrait comparer des effectifs réels et non des pourcentages, et pour cela avoir les effectifs initiaux de chaque population (fonctionnaires territoriaux et fonctionnaires d'État) en plus desdits pourcentages. En l'occurrence, la phrase est exacte : le rapport en question nous informe qu'entre 2005 et 2006, les effectifs de la fonction publique (d'État, territoriale et hospitalière) ont progressé de 0,3%.

Le Yéti perd ses poils
Deux poils attribués au Yéti par des villageois de la région des Garo Hills, dans le nord-est de l'Inde, subissent actuellement des tests ADN dans deux laboratoires britanniques. Les premières analyses du primatologue Ian Redmond ont révélé que ces poils, entiers avec leurs folicules, mesurant entre 3,3 cm et 4,4 cm de longueur, épais, rêches et courbés, présentent des caractéristiques humaines et simiesques. Mais n’ayant pu par observation au microscope identifier leur origine, les scientifiques pensent qu’ils pourraient appartenir à une espèce de primates encore inconnue. Les tests ADN devraient permettre d’en savoir plus sur cette énigmatique créature. Mais ce « primate inconnu » sera-t-il le Yéti ?

Un nouveau directeur pour la James Randi Educational Foundation
James Randi, qui vient de fêter ses 80 ans le 7 août dernier, passe la main : la James Randi Educational Foundation qu’il a créée en 1996 dans le but de promouvoir la science auprès du grand public et de développer l’esprit critique, a un nouveau directeur, l’astronome Phil Plait. James Randi reste malgré tout président du conseil d’administration de sa fondation et devrait profiter de sa « retraite » pour finir deux livres en préparation Wrong! et A Magician in the Laboratory.

Prochaine ostension du « suaire » de Turin
Le pape Benoît XVI a promis une prochaine ostension du suaire de Turin au printemps 2010. Considéré par de nombreux chrétiens comme l’authentique linceul du Christ, ce linge apparu au XIVe siècle portant l'impression d'un corps supplicié, date pourtant bien du Moyen-Âge selon les analyses au carbone 14 pratiquées en 1988… Mais la validité de cette datation ne cesse d’être mise en doute par les sindonologues les plus croyants (de l’italien sindone = suaire) même avec des arguments peu convaincants (voir l’article de Jean-Louis Racca).
On a donc vite oublié l’enquête menée par l'évêque de Troyes, Pierre d'Arcis, en 1390 qui conclut à la fraude et le pape Clément VII qui exigea alors que : « celui qui fera l’ostension devra avertir le peuple au moment de la plus forte affluence et dire à haute et intelligible voix, toute fraude cessant, que ladite figure ou représentation n’est pas le vrai Suaire de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais qu’elle n’est qu’une peinture ou tableau du Suaire qu’on dit avoir été celui du même Seigneur Jésus-Christ. » Les ostensions ne furent pas interdites pour autant...





Le bazar du bizarre

 

La foi rend aveugle
Depuis quelques semaines, dans la région de Kottayam en Inde, un hôtelier raconte que ses statues de la Vierge ont pleuré du miel, du sang et du parfum et que la mère de Jésus apparaît dans le soleil à ceux qui croient en elle. De toute l’Inde et même de l’étranger, les fidèles affluent pour assister à ce miracle. Mais les plus fervents d’entre eux, scrutant le ciel et le soleil, sans protection malgré les avertissements des autorités sanitaires, risquent de ne plus rien voir du tout. Une cinquantaine de personnes ont déjà été hospitalisées pour des brûlures de la rétine.

Floraison de l’arum titan
Un spécimen de la plus grande fleur du monde, l'Arum titan (Amorphophallus titanum), est en floraison dans le jardin botanique de Meise en Belgique. L’événement est exceptionnel car rare – les floraisons sont parfois espacés de plusieurs années – et impressionnant : l’inflorescence mesure généralement entre 1,50 et 3 mètres. Cette fleur a cependant une durée de vie assez courte (72 heures), pendant laquelle elle dégage une forte odeur de viande pourrie pour attirer les insectes pollinisateurs, ce qui lui vaut le surnom de « fleur-cadavre ».

Magie des nombres
L’année dernière, on vous parlait des superstitions numérologiques autour du 07.07.07, qui avaient fait augmenter le nombre de mariages, en particulier en Ardèche (département 07). Cette année, on n’a pas échappé au 08.08.08. Le 8 symbolisant la richesse et la prospérité selon une croyance populaire chinoise, le 8 août 2008 a été choisi pour l’ouverture des Jeux Olympiques (dont la cérémonie a commencé à 20h08 heure locale, soit 14h08 en France). Pourtant, depuis quelques semaines, pour les chinois, les mauvais présages autour du 8 s’accumulent : le tremblement de terre qui a frappé le Sichuan, le 12 mai dernier, avec une magnitude de 8 sur l’échelle de Richter, est intervenu 88 jours avant l’ouverture des Jeux ! D’ailleurs, en additionnant les différents chiffres de la date du séisme (1+2+5), on obtient à nouveau le chiffre 8, comme avec les émeutes au Tibet du 14 mars dernier (1+4+3 = 8), et la tempête de neige du 25 janvier (2+5+1). Étrange, diriez-vous ... même s'il ne s’est rien passé le 11 juin, ni le 1er juillet ? En tout cas, cela n'a pas effrayé les dizaines de milliers de couples de chinois qui ont tenu à se marier le 08.08.08 ou même a provoqué la naissance de leurs enfants à cette date.


Travailler plus pour quoi déjà ?
Mais comment font-ils ? Le restaurant de ce couple de chinois de Yiwu dans la province du Zhejiang est ouvert de 6h à 3h du matin soit 21h par jour. Cet exploit intrigant a valu aux propriétaires infatigables le surnom de « couple robot ». Le mystère a en réalité une explication toute simple et digne d’un tour de magie : le restaurant n’est pas tenu par un couple mais par… deux couples de jumeaux identiques. Les deux frères jumeaux ont en effet épousé deux sœurs jumelles. Ils travaillent plus mais ils partagent.


Le monstre de Montauk
Buzz sur le web : un « monstre » s’est échoué mi-juillet sur la plage de Montauk à l’Est des États-Unis. Depuis la fin du mois, les photos de cette « créature » étrange circulent sur Internet et tout le monde se demande : « Mais de quoi s’agit-il ? » Les hypothèses fusent dans tous les sens, montages photographiques à l’appui. Serait-ce un chien ? Un chat ? Un ragondin ? Une tortue sans sa carapace ? Un raton laveur ? Un cochon ? Un … monstre ? ou plus simplement un canular ? Après bien des débats sur les forums et autres blogs, l’hypothèse la plus vraisemblable semble être celle d’un raton laveur. Cette thèse est développée et argumentée sur le site du paléontologue Darren Naish, féru de cryptozoologie. Selon le scientifique, l’apparence étrange du « monstre » est due à sa décomposition partielle et son séjour prolongé dans l’océan qui lui aurait fait perdre son pelage. Bien que partiellement endommagée, sa mâchoire correspond bien à celle d’un raton laveur.



ENQUÊTE
L’effet « cigogne qui éternue »


 

Le mois dernier, pendant le « Off » de l'Ultimate Z III, nous discutions autour d'un verre et sous le soleil avec quelques zététiciens, dont l'ami Bev. Ce dernier affirmait que le simple fait de passer d'une pièce sombre à la pleine lumière du soleil, lui provoquait instantanément de terribles crises d'éternuement.

Affirmation surprenante d'autant qu'il rajoutait que l'unique fait de regarder le soleil suffisait à le faire éternuer, et de conclure que les brusques variations de luminosité le font toujours éternuer !
Le temps maussade et nuageux de la Drôme ce jour-là ne nous permit pas la mise en place d'un protocole rapide pour vérifier son allégation. C’est donc déçu et un tantinet sceptique que je rentrais à Grenoble.

Ainsi, les variations brutales d'intensité lumineuse pourraient déclencher des crises d'éternuement ? Cela ne pourrait-il pas plutôt s'apparenter à un « effet cigogne » [1], c'est à dire la confusion entre corrélation et causalité ? En effet, le phénomène est perçu comme suit :
- Je sors d'un endroit obscur ;
- Je suis ébloui par la luminosité ;
- J'éternue ;
- J'en conclus donc que l'éternuement et provoqué par la lumière.
Alors, quitter un endroit obscur et s'exposer rapidement au soleil suffirait pour éternuer ? Effet cigogne ou réalité ?

Pas de cigogne, l'ami Bev décrit le phénomène bien réel du « réflexe photo-sternutatoire ».
Pour faire simple, la luminosité vive et soudaine déclenche un message nerveux du nerf ophtalmique, dont les fibres croisent entre autres celles du nerf qui indique habituellement une irritation de la muqueuse. Une erreur d'aiguillage due à l'importance du message nerveux et hop, c'est la crise d'éternuement.
Pour compliquer légèrement, c’est au niveau du ganglion trigéminal (nerf trijumeau) qu’a lieu l’erreur de traitement. Ce ganglion est un centre nerveux responsable principalement des sensations faciales et des réactions qui leurs sont associées. Il reçoit les messages du nerf ophtalmique, du nerf maxillaire supérieur et du nerf lingual, par le biais de fibres croisées.
Une variation soudaine de la luminosité provoquerait une sur-stimulation du nerf ophtalmique. Ce message nerveux saturé est interprété alors comme s’il provenait du nerf maxillaire supérieur et c’est la réaction sternutatoire (l’éternument).
Ce réflexe peut aussi être provoqué lors d’une inspiration d'air frais soudaine, ce qui semble signifier que la saturation d’un autre nerf liée au ganglion trigéminal entraîne de la même façon le réflexe d'éternuement.

Ce phénomène semble être d’origine génétique, il n'est pas présent chez tous les individus, mais touche apparemment les membres d’une même famille. Le gène responsable n’est cependant pas encore identifié. Le réflexe photo-sternutatoire concernerait 17 à 25%, 8 à 18%, ou 10 à 25%, voire 11 à 36% de la population ! Les chiffres varient beaucoup selon les sources. Difficile d’avoir une idée plus précise et pour cause : cette particularité est étudiée depuis une quarantaine d’années, mais est encore mal connue. D’ailleurs les premières études ont souvent été conduites avec des groupes-test de faible importance. Une des premières recherches, menée par Everett en 1964, est réalisée avec moins d’une centaine d’étudiants en médecine de la faculté Johns Hopkins de Baltimore [2]. Peroutka et Peroutka (1984) étudient quant à eux un minuscule groupe de 25 neurologues de la même faculté.
Ce phénomène porte d’ailleurs différents noms selon les hypothèses : the photic sneeze reflex, Peroutka sneeze ou encore the helio-ophthalmic outburst syndrome. Mais c’est désormais la dénomination sympathique de syndrome ACHOO, pour « Autosomal dominant Compelling Helio-Ophthalmic Outburst » et sa théorie qui font plutôt consensus.

Autant pour moi, vil septique que je suis !

Nicolas Gaillard

Notes :
[1] Le biais de l'effet cigogne consiste à considérer que si deux choses sont corrélées, alors l'une est la cause de l'autre. Cependant, cette corrélation n'est pas forcement significative : un autre paramètre peut être à la source du phénomène. C'est le cas par exemple du mythe de la lune rousse qui roussit les bourgeons, phénomène qui s'explique plutôt par l'effet du gel au moment ou l'on peut observer cette lune rousse. Il n'y a pas de causalité directe.
[2] Everett H.C. (1964). Sneezing in response to light, Neurology.

Références :
Research eu, Magazine de l’espace européen de la recherche, n°54 dec 2007. http://ec.europa.eu/research
John Logsdon (1996), Light induced sneezing and Argon effects.



CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

Pourquoi le vert porte malheur au théâtre ?

Dans mon métier je travaille avec les techniciens des théâtres. Ces derniers temps, j'ai essayé de leur vendre un équipement...vert. De nombreuses fois, on m'a expliqué que ce n'était même pas pensable qu'ils l'achètent à cause de la couleur.
Cette superstition qui veut que le vert est proscrit dans le théâtre est donc toujours très présente aujourd'hui. Par exemple, il est rare de voir du vert sur une affiche de théâtre ou de film (contre-exemple : Amélie Poulain). Alors j'ai fait ma petite recherche.

Plusieurs explications sont données à l'origine de cette croyance :

  • La plus courante : Molière serait mort sur scène habillé de vert. En fait, il a fait un malaise cardiaque sur scène et est mort quelques heures plus tard chez lui.
  • La couleur verte des habits était composée à l'époque du début du théâtre, d'oxyde de cuivre. C’est un élément toxique qui serait responsable d'intoxication chez les acteurs qui suaient.
  • Le dispositif d'éclairage ne mettait pas en valeur le vert.
  • Au Moyen-Âge, le comédien qui jouait Judas était habillé en vert.

Alors comment faire le tri ? J'ai sorti mon curseur de vraisemblance et l'explication qui me paraît la plus probable est tout autre.

Le théâtre classique s’est développé en France au XVIIe siècle, et plus particulièrement sous le règne de Louis XIV, le « Roi-Soleil », grâce notamment à Molière, Corneille et Racine. De nombreux théâtres ont été créés et on a eu besoin de gens pour faire fonctionner les décors. On a donc fait appel aux marins. Pourquoi les marins ? Car les décors que l'on changeait entre les actes fonctionnaient avec des systèmes de poulies utilisées dans la marine.
Ces travailleurs sont donc venus avec leurs superstitions. Or, dans la marine, le vert est signe de « malheur » pour des raisons logiques : on inspectait l'état des coques des bateaux pour voir s'il n'y avait pas de vert, signe que le bois était attaqué et que donc le bateau pourrait couler.

Ces travailleurs ont aussi amené leur méthode pour désigner de quel côté l'on parle, en remplaçant leur « bâbord et tribord », en « Cour et Jardin ». Mais alors pourquoi Cour et Jardin ?
Ce sera pour une prochaine fois…

Éric Bévillard



En librairie

Bien que l’idée d’évolution soit aujourd’hui solidement étayée par de nombreuses preuves scientifiques, l’appartenance de l’Homme à une lignée simiesque est fausse pour les créationnistes car incompatible avec les Écritures. S’en tenant strictement au texte de la Bible, d'après lequel tous les humains proviennent d'Adam, le premier homme créé tel quel par Dieu au début des temps, ils rejettent la théorie de l’évolution et s’acharnent à trouver des « preuves » de la Création divine (voir notre article sur « La (fausse) preuve ultime »).
Dans ce livre et à travers l’Histoire, depuis l'Antiquité jusqu'à l'actualité la plus brûlante, Cédric Grimoult, professeur agrégé d'histoire et docteur en histoire des sciences, synthétise les grandes étapes de la pensée créationniste confrontée aux découvertes scientifiques successives. Il analyse également les enjeux théoriques, méthodologiques, théologiques et politiques que sous-tendent ces questions controversées, en dévoilant les stratégies des principaux acteurs concernés.


Mon père n’est pas un singe ?
Histoire du créationnisme

Cédric Grimoult
Éditions Ellipse Marketing
287 pages – 18 euros






AGENDA



Conférences
Le 5e Symposium de l'ECSO (European Council of Skeptical Organisations) se déroulera à Grenoble du 20 au 21 septembre 2008. Cet évènement a lieu tous les deux dans, en alternance avec le Congrès des Sceptiques Européens. Il est organisé cette année par l’Observatoire zététique. L'entrée est libre et gratuite ; les conférences sont en anglais.

Congrès ECSO
Les samedi 20 et dimanche 21 septembre 2008
Salle Stendhal
5 rue Hauquelin 38000 Grenoble
Tram B, arrêt Notre-Dame Musée
Programme et inscription : http://ecso.zetetique.fr


Exposition
Jack l’éventreur est de retour à Londres. Le Museum in Docklands consacre au meurtrier qui terrorisa la ville à la fin du XIXe siècle, une grande exposition permettant aux visiteurs de replonger dans l’ambiance du quartier de Whitechapel où 11 femmes furent sauvagement assassinées entre 1888 et 1891.
Le musée expose les reproductions des rapports de police rédigés après la découverte des corps, de nombreuses photographies, les dépositions de témoins et des courriers dont la fameuse lettre appelée Dear Boss, reçue le 27 septembre 1888 par la Central News Agency et signée « Jack the ripper ». Bien que cette lettre soit un possible canular, elle donna au meurtrier, jamais identifié, son surnom légendaire. L’exposition met par ailleurs en lumière le rôle particulier que joua dans cette enquête la presse très développée en Angleterre à l'époque victorienne.
120 ans plus tard, le mystère sordide de Jack l’éventreur fascine toujours autant.

Jack l’Eventreur and the East End
Jusqu’au 2 novembre
Museum in Docklands
West India Quay London
Entrée : 7 £
Informations sur le site du Museum in Docklands



DIVERTISSEMENT



La puissance du chi




Le Maître Yanagiryuken est une légende... Sur cette première vidéo (à gauche), on le voit combattre les élèves de son école uniquement grâce a son « énergie vitale » (le Chi). Une impressionnante démonstration où il met ses nombreux adversaires (ses disciples) au tapis, à distance, sans même les toucher ! Il affirme d’ailleurs n’avoir jamais été battu en combat. Il faut payer 500 000 yen pour avoir le privilège de l'affronter et bénéficier de son enseignement mais si un téméraire combattant parvient à le vaincre, il gagnera le double.
Le défi a été relevé. Sur la deuxième vidéo (à droite), un jeune adversaire (en blanc), plutôt sceptique face aux démonstrations du Maître (en noir), décide de l’affronter. Le combat est bref et l'issue sans appel... Le maître, qui n’est plus très habitué au contact, semble stupéfait d'avoir été frappé. Voila bien un douloureux retour à la réalité.
Ce cas montre la bonne foi qui anime le plus souvent les personnes qui pensent avoir un talent « magique ». Ce qui n'était peut-être au départ que de la « poésie » pour le maître a peut-être vraiment convaincu ses disciples. Et eux-mêmes auront, en retour, à force de jouer le jeu, fini de convaincre le maître de la réalité de ses pouvoirs !
Ce type d'histoire se répète dans plusieurs écoles. Il suffit de voir les vidéos sur le « toucher de la mort » (touch of death) qui ne semble marcher encore une fois que sur les disciples du maître qui le pratique, ou ses sympathisants. Les confrontations organisées par les sceptiques virent toujours au pathétique. Heureusement !


Florent Martin



Insolite : La vie secrète des statues

 

 


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L'Observatoire zététique dispose d’une ligne directe, SOS surnaturel. Si vous êtes témoin d'un phénomène paranormal, si vous avez une faculté extraordinaire, si vous avez entendu parler d'histoires étranges et que vous voulez en savoir plus, appelez-nous au : 08.731.731.96.
Les paranormal investigators de l'OZ mèneront l'enquête avec vous.
Vous pouvez également prendre contact avec l'Observatoire zététique par mail. Pour toute question ou remarque écrivez nous à :

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Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Éric Bévillard, Éric Déguillaume, Géraldine Fabre, Nicolas Gaillard et Florent Martin.