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POZ n°40 Imprimer Envoyer
Lundi, 13 Octobre 2008 14:13

 


SOMMAIRE


 


Cliquez pour voir le pdf.
  • Les nouvelles de l’OZ
    Le symposium des organisation sceptiques européennes à Grenoble
  • Actualités
    De l'imminence d'une expérience sur les expériences de mort imminente
    Remise des prix Ig Nobel
  • Compte-rendu : Colloque « Comment éviter les dérives sectaires dans les pratiques de santé non reconnues et de bien-être ? »
  • Culture et zététique
    Le matérialisme scientifique de Mario Bunge
  • Agenda
  • Divertissement :
    Les vidéos de Captain Disillusion

 


ÉDITO


 

Le 12 septembre dernier, un peu avant que tu reçoives, ami lecteur, le précédent opus du bulletin mensuel de l'Observatoire zététique que tu as la gentillesse et l'honneur de compulser à nouveau présentement, le 12 septembre dernier, disais-je, le chef d'un tout petit état aux lois médiévales noyé dans la péninsule italienne, en visite à Paris, prononçait, entre autres, les paroles que je ramène à ta mémoire séance tenante : « Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l'humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. »

Les médias ont abondamment commenté cette phrase, qui certes le mérite. Le journal Le Monde, dans son édition Internet, reprend en titre de l'ensemble du discours la phrase « Une culture purement positiviste serait la capitulation de la raison ». Ben c'est quand même pas la même chose, il me semble. Je te laisse relire les deux citations, je te reprends au paragraphe suivant.

Quand je lis « Une culture purement positiviste serait la capitulation de la raison », je n'ai pas grand-chose à dire. C'est de la rhétorique de chef religieux, et l'ouaille se dit ma parole ! mais c'est un paradoxe, comment peut-on opposer positivisme et raison, ah mais oui, tout est dans les mots « culture » et « purement », c'est vrai que la culture ça ne peut pas être que ça, on ne peut pas seulement s'attacher aux faits, à la réalité, on a besoin de rêves, d'amour, tout ça c'est impalpable et ce ne serait pas raisonnable de s'en passer, ah là là ce Benoît Hiksvéhi qu'est-ce qu'il est pertinent.

Mais ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit : c'est de science. Les mots qui sont au milieu ont leur importance : « Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison ». Les mots « culture » et « purement » en perdent, du coup, tout leur pouvoir nuancier. Là, il dit bel et bien que la question concernant Dieu est une question scientifique, objective, basée sur des faits, et qu'il est raisonnable d'étudier comme telle (ce avec quoi je ne suis évidemment pas d'accord, mais là n'est pas la question.)

Comme quoi, dans la bataille du flou, ce ne sont pas toujours les religieux qui gagnent, les journalistes aussi sont assez performants. Enfin bon, je dis ça, mais « Des nations un temps riches de foi et de vocations perdent désormais leur identité propre, sous l'influence délétère et destructrice d'une certaine culture moderne », du même pape, prononcé ce dimanche 5 octobre à Rome et transmis par le même Le Monde, ça se défend très bien dans le genre flou. Je ne sais à quoi attribuer la palme de l'absence de sens, entre « l'identité propre » d'une nation et une « certaine culture moderne ».

Pour finir, un petit exercice. Toi aussi, ami lecteur, entraîne-toi à produire de l'absence de sens. Un jeu très commun actuellement consiste à ajouter à un mot ayant une signification assez précise (et éventuellement légalement définie) un qualificatif, de manière à enlever tout son sens au mot précis. Pour « laïcité », on a vu ajouter les qualificatifs hyper efficaces « ouverte » ou « positive », et c'est vrai que ça en jette. Ci-dessous, je te donne une liste de concepts et une liste de qualificatifs, trouve toi-même les appariements qui te paraissent les meilleurs, c'est-à-dire ayant le moins de sens possible (attention, il y a un piège).

  • Laïcité
  • Démocratie
  • Chimie
  • République
  • Propriété
  • Pensée
  • Citoyenneté
  • Écologie
  • Ouverte
  • Positive
  • Extrême
  • Citoyenne
  • Responsable
  • Organique
  • Raisonnable
  • Exacerbée


Stanislas Antczak
Éditorialiste ouvert



LES NOUVELLES DE L’OZ


 

Le symposium des organisations sceptiques européennes à Grenoble

Les 20 et 21 septembre 2008, l’Observatoire zététique a organisé la 5e édition du symposium de l’ECSO, European Council of Skeptical Organisations. Quelques représentants des associations sceptiques européennes se sont donc retrouvés à Grenoble pour un week-end de conférences et de débats, autour d’un programme très éclectique. Sept nationalités étaient représentées (France, Hongrie, République Tchèque, Allemagne, Angleterre, Italie, Belgique) ; les échanges ont donc essentiellement eu lieu en anglais. Ouvertes au public et librement accessibles, ces conférences ont réuni une quarantaine de personnes.

 

Les six conférenciers du colloque. De gauche à droite :
Michael Heap, Willem Betz, Nicolas Vivant, Francesco Grassi, Johan Braeckman et Gabor Hrasko.

 

Après quelques mots d’introduction, le Dr Michael Heap (Angleterre) a débuté la session de conférences en nous parlant de l’hypnose. Pour lui, la difficulté de ce sujet tient essentiellement à l’ambiguïté de sa définition car le terme recouvre des phénomènes allant de la suggestion à la relaxation en passant par la catalepsie, les hallucinations, l’hypermnésie, etc. Cependant, il estime que le concept central de transe hypnotique, comme état modifié de conscience, avancé pour expliquer ces différents phénomènes doit aujourd’hui être écarté : l’hypnose et les comportements qu’elle induit s’expliquent par des processus sociaux, psychologiques et cognitifs bien identifiés (voir au sujet de l’hypnose de scène notre article « Soirée hypnose à l’ESC : Vous n’entendez que ma voix ! » dans la newsletter n°21). Ainsi, et contrairement à la croyance populaire, l’hypnose ne permet pas de manipuler quelqu’un contre son gré, ni de retrouver des souvenirs oubliés, ni d’augmenter les capacités mieux que ne le ferait une autre forme de motivation. Son utilisation thérapeutique s’apparente davantage à du détournement d'attention, de la relaxation ou à de la suggestion.

De l’hypnose aux médecines dites alternatives, Willem Betz (Belgique) n’a fait qu’un pas. Pour parler de ce sujet très vaste, le professeur en médecine n’a pas mâché ses mots. Le terme de médecines « alternatives » est pour lui un terme politique et idéologique sans aucune réalité scientifique. Les thérapeutiques qu’il désigne ne sont en réalité pas plus des alternatives, qu’elles ne sont « complémentaires », « douces », « holistiques » ou « naturelles ». Mais leur défaut principal est à ses yeux leur manque d’honnêteté, écartant les études contradictoires et se justifiant avec des références scientifiques controversées voire réfutées. Sans avoir démontré leur efficacité thérapeutique lors d’études scientifiques rigoureuses, elles utilisent finalement les patients comme des cobayes, expérimentant des traitements intuitifs, sans connaître les risques réels encourus. Alors que faire ? Puisque les arguments scientifiques semblent inefficaces dans le débat, Willem Betz nous suggère d’utiliser le levier économique en dénonçant systématiquement les arnaques financières que les médecines dites alternatives couvrent. En d'autres termes, il nous conseille de dénoncer les « charlatans ». Pourtant, cette position tranchée sur l’ensemble des praticiens de médecines alternatives nous semble fausse pour la plupart d’entre eux qui sont persuadés de « faire le bien ». Elle est même véritablement contre-productive car elle élude complètement la question essentielle de savoir pourquoi les gens adhérent à ces pratiques.

Passant de la théorie à la pratique, mais laissant l’aspect médical de côté, Nicolas Vivant (France) a décrit le travail d’investigation mené par l’Observatoire zététique avec un magnétiseur désireux de mesurer le signal qu’il ressentait en passant ses mains au-dessus du corps de ses patients. L’expérience réalisée en mai 2004 est décrite en détail dans notre dossier : Protocole expérimental : test d'un magnétiseur.

Une réunion de l’ECSO a terminé cette première demi-journée de conférences. Les membres de l’association ont pu y exprimer leurs souhaits concernant notamment la traduction en anglais des articles et dossiers publiés sur les différents sites web. Ces traductions faciliteraient grandement les échanges entre les associations européennes et donneraient également plus de visibilité à l’international aux travaux des sceptiques européens. Les discussions se sont poursuivies lors d’un dîner au restaurant sous les voûtes du Tonneau de Diogène, habituées à recevoir les manifestations culturelles grenobloises.

 

Quelques pauses café et un dîner au Tonneau de Diogène ont permis de poursuivre de façon moins formelle les discussions entamées lors des conférences.

 

Le dimanche matin, Francesco Grassi (Italie) s’est attaqué au dossier des crop circles, ces agroglyphes qui apparaissent dans des champs de blé ou de céréales. Le phénomène s’est développé dans le Wiltshire en Angleterre, dans les années 80. Deux explications principales étaient alors avancées pour leur formation : vortex de plasma ou origine extraterrestre. Ces hypothèses n’ont pas disparu, même après l’aveu de Doug Bower et Dave Chorley qui se présentèrent comme les auteurs du canular en 1991. Même si aujourd’hui certains continuent à chercher dans les crop circles des anomalies (magnétisme, radioactivité, boules de lumière, structure anormales des tiges, etc.), des groupes de « circlemakers » nous prouvent chaque année que ces structures même les plus complexes, sont humainement réalisables bien que la « perfection » apparente de leur forme ait parfois fait écarter (trop rapidement) leur origine humaine. En plus de la dimension artistique, Francesco Grassi reconnaît que la réalisation d’un agroglyphe est une expérience personnelle très forte et que les réactions suscitées créent une « zone de paranormal » véritablement fascinante. Aujourd’hui, le phénomène s’étend à toute l’Europe : on a observé cet été des crop circles en France, Belgique, Suisse, Italie.

Revenant sur un sujet plus préoccupant, le professeur Johan Braeckman (Belgique) a abordé les difficultés de l’enseignement de la théorie de l’évolution alors que se développent en Europe des courants de pensée créationniste. La théorie de l’évolution serait ainsi de plus en plus rejetée pour des raisons psychologiques, religieuses ou politiques alors qu’elle est une des théories scientifiques les mieux étayées. À l’occasion du 150e anniversaire de la publication de L’origine des espèces de Charles Darwin, l’Université de Gand (Belgique) vient d'attribuer un budget de 200.000 euros sur quatre ans à Johan Braeckman pour la mise en place d'un programme d'information sur la théorie de l'évolution. Reconnaissant que les enseignants ne sont pas toujours armés pour répondre aux objections créationnistes de leurs élèves, Johan Braeckman envisage donc la tenue de conférences mais aussi la réalisation d’une base de données de questions/réponses. Dans tous les cas, il conseille aux enseignants de ne pas éluder les questions des élèves mais de profiter de l’occasion pour leur expliquer les étapes de la méthodologie scientifique.

Le week-end s’est achevé par un tour d’horizon du scepticisme en Hongrie présenté par le docteur Gabor Hrasko. Le public a ainsi pu découvrir les activités de la Hungarian Skeptic Society.

Encore une fois, cette journée de rencontre entre sceptiques européens aura été très enrichissante. Espérons que ce 5e symposium de l’ECSO contribue à rapprocher un peu nos associations et à développer des collaborations plus étroites, afin de faire en sorte que cette assocation européenne soit autre chose qu’un site web pour le moment bien vide.
Quoi qu’il en soit, l’esprit critique était au rendez-vous et grâce aux quatre organisateurs qui avaient tout prévu, ni les viennoiseries, ni le café n’ont manqué.

 

La POZ a son ISSN : 1760-5105

Après deux ans d’existence, la POZ, la Publication de l’Observatoire zététique, se dote d’un numéro ISSN. « Ah bon ? Mais pourquoi ? ». L'ISSN (International Standard Serial Number) est un code international qui permet d'identifier de manière unique une collection, comme les journaux ou les périodiques, imprimés ou électroniques. Son attribution se fait sur simple demande auprès de la Bibliothèque Nationale de France, alors on l’a demandé. Les enregistrements bibliographiques sont versés dans une base bibliographique internationale, le Registre de l’ISSN, administrée par le Centre International de l’ISSN et consultable en ligne. L'ISSN facilite de plus la gestion informatique des publications, en particulier dans les bibliothèques. « Ah ? Et La POZ est dans les bibliothèques ? » Pas à notre connaissance, mais pourquoi pas ? Après tout, maintenant, on a un numéro ISSN.

Géraldine Fabre

 

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

De l'imminence d'une expérience sur les expériences de mort imminente

La presse internationale s'en fait l'écho [1] : « Des médecins de 25 hôpitaux britanniques et américains vont étudier 1 500 cas de patients ayant échappé de peu à la mort afin de vérifier si des personnes dont le cœur a cessé de battre ou qui ne présentent aucune activité cérébrale sont susceptibles d’avoir des expériences de “sortie du corps”. Cette étude durera trois ans et sera coordonnée par l’université de Southampton [...] il a été prévu, entre autres, d’installer spécialement des étagères dans les salles de réanimation et d’y placer des images qui ne pourront être vues que depuis le plafond ». Dans cet article du Courrier International (25/09/08), on apprend également que « parmi les établissements participant à cette étude figurent l’hôpital d’Addenbrookes, à Cambridge, le University Hospital de Birmingham et l’hôpital Morriston de Swansea, au Royaume-Uni, ainsi que neuf hôpitaux américains ».

En cherchant un peu, on trouve l'annonce officielle de l'expérience, ainsi qu'un compte-rendu d'un symposium intitulé Beyond the Mind-Body Problem: New Paradigms in the Science of Consciouness et qui s'est déroulé aux Nations Unies à New-York le 11 septembre 2008. Susan Blackmore, ex-chercheuse en parapsychologie devenue sceptique, réagit dans un article du Guardian et exprime son scepticisme sur les résultats de l'expérience. Elle va même jusqu'à affirmer : « Si Parnia réalise l'expérience correctement et si ses patients peuvent vraiment voir ces images, alors je changerai de conviction sur le paranormal. Je ne pense pas que cela va se produire, mais je pense que ça vaut le coup qu'il essaie ».

Cette étude est loin d'être une idée neuve. Dans un article de 2001, Sam Parnia explique qu'il est à la recherche de financements pour mettre en place une expérience dans 25 hôpitaux et qu'elle démarrera dans les six mois à venir. Depuis, quasiment chaque année [1], les mêmes chercheurs nous expliquent qu'une expérience impliquant 25 hôpitaux et 1500 patients sera prochainement mise en place. Une phrase, prononcée à la fin de la récente présentation du Dr Parnia à l'ONU, peut inquiéter les plus sceptiques : « [...] nous avons aussi un site en Autriche, même si nous espérons avoir plus de scientifiques de l'Europe continentale. Nous avons maintenant atteint notre objectif de 25 centres, mais nous sommes ouverts à plus de collaborateurs, bien entendu ».(« [...] we also have one site in Austria, although we do hope to get more scientists in mainland Europe, and we've now reached our target of 25 centers, although we're open to more collaborators, of course ».) Si les 25 centres (objectif recherché par Parnia depuis des années) ont effectivement été trouvés, pourquoi rechercher plus de participants, au risque de retarder le début de l'expérience ou d'allonger la durée totale de celle-ci ?

Après autant d'annonces depuis tellement d'années, cette recherche va-t-elle enfin vraiment commencer ? Nombreux sont ceux qui le pensent. Il semble que l'activité autour de ce projet se soit effectivement accélérée ces derniers temps [2]. Nous n'avons pu trouver aucune information sur les détails du protocole. Espérons, avec Susan Blackmore, que cette expérience sera menée avec toute la rigueur nécessaire et apportera des réponses intéressantes à certaines des questions autour de cette problématique. Selon les organisateurs, les premiers résultats devraient être obtenus dans trois ans environ. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés, évidemment.

 

Nicolas Vivant

Notes :
[1] Voir :
- décembre 2001 : www.unknowncountry.com
- septembre 2003 : www.wired.com
- novembre 2005 : www.near-death.com
[2] Voir les échanges du 30/09/2008 sur Psiliste.

 

Remise des prix Ig Nobel

Créés en 1991 par Marc Abrahams, ancien rédacteur en chef du Jounal of Irreproductible Results, les prix Ig Nobel sont décernés chaque année à des scientifiques dont les recherches « ne peuvent pas ou ne devraient jamais être reproduites ». Récompensant « la science qui fait rire et réfléchir », la cuvée 2008 a été révélée le 2 octobre dernier au cours d’une cérémonie délirante réunissant 1200 spectateurs au théâtre Sanders de l'Université d’Harvard. Le palmarès complet est publié en ligne sur le site de la revue scientifique humoristique Annals of Improbable Research et la vidéo de la soirée devrait être prochainement disponible. Ainsi, le prix Ig Nobel de chimie a été décerné ex aequo à Sharee Umpierre de l'Université de Porto Rico et Joseph Hill de Harvard pour avoir découvert que le Coca-Cola est un spermicide efficace, et Chuang-Ye Hong de la Faculté de médecine de Taipei et ses collègue de l’Université de Taïwan pour avoir démontré exactement le contraire. Le prix Ig Nobel de Sciences cognitives a récompensé les travaux de Toshiyuki Nakagaki, Hiroyasu Yamada et Ágota Tóth sur la capacité d'une amibe à sortir d'un labyrinthe. Le prix Ig Nobel de médécine a été remis à Dan Ariely, Rebecca L. Waber, Baba Shiv et Ziv Carmon pour avoir démontré qu’un placebo cher est plus efficace qu’un placebo bon marché… Une française figure également parmi les lauréats : grâce à son étude comparée des sauts de puces de chats et des sauts de puces de chiens, elle a obtenu le prix Ig Nobel de biologie.

 

 



En bref

 

Attention, théorie du complot en vue !

Le samedi 11 octobre a vu la mort de Jörg Haider, politicien autrichien d'extrême-droite bien connu. Il se trouve qu'il venait, en septembre, de réussir son retour sur la scène nationale autrichienne avec un beau score aux élections législatives pour son parti. Si l'on saute habilement et promptement sur le sophisme post hoc, ergo propter hoc (en français « après cela, donc à cause de cela »), la conclusion s'impose d'elle-même : il a été assassiné. Et Jörg Haider de rejoindre la cohorte des morts mystérieuses dans le panthéon des complotistes, aux côtés de Pierre Bérégovoy, François de Grossouvre, Jean-Pierre Stirbois et les autres. Dommage qu'Henri Verneuil soit mort, il aurait pu en faire un bon film. En attendant qu'un autre s'en charge et que la police, selon la formule consacrée, fasse son travail, le sophisme post hoc restera un sophisme.

 

La Société Géologique de France prend position contre le créationnisme et de l’Intelligent Design

Face au développement inquiétant de la place et du crédit accordés dans le monde aux courants de pensée relevant du créationnisme, la Société Géologique de France a rappelé dans un manifeste publié en juin dernier que de nombreuses preuves et découvertes, relevant de disciplines aussi fondamentales que la physique et la chimie, permettent aujourd’hui aux sciences de la Terre de revendiquer plusieurs certitudes, en particulier concernant l’âge de notre planète (de l'ordre de 4,5 milliards d’années) et l’évolution des espèces vivantes.

 

Le site de Richard Dawkins bloqué en Turquie

Par décision de justice, la Turquie a récemment bloqué l’accès au site de Richard Dawkins, suite à ses critiques concernant l'ouvrage L'Atlas de la Création publié par Adnan Oktar, plus connu sous le nom d’Harun Yahya. En 2007 et 2008, cet ouvrage créationniste a été envoyé gracieusement depuis la Turquie dans plusieurs milliers d’établissements scolaires à travers toute l’Europe. Saisie par Harun Yahya, la justice turque a condamné Richard Dawkins pour des propos diffamatoires qu’il aurait tenus sur son site web à l’encontre de l’auteur de l’Atlas de la Création. Si Richard Dawkins a bien souligné la vacuité intellectuelle et l’absurdité de cet ouvrage qui ne peut impressionner que par sa facture, nous n'avons pas pu retrouver les propos diffamatoires incriminés. Son site n’aurait-il pas plutôt été interdit pour des raisons religieuses ?

 

 



Le bazar du bizarre

 

Bénissez mon PC

Depuis peu, au temple shintoïste Kanda-Myojin de Tokyo, les fidèles peuvent faire bénir leurs ordinateurs portables afin de les protéger contre les virus, spams et autres problèmes informatiques. Hasard géographique ? Le temple a l’avantage d’être situé à proximité du quartier technologique Akihabara, destination privilégiée des amateurs de gadgets électroniques en tout genre. Les entrepreneurs japonais semblent apprécier le service. Espérons qu’il ne remplacera pas la garantie…

 

Nicolas Cage a peur de dormir chez lui

Propriétaire depuis plus d'un an de la maison hantée la plus célèbre des États-Unis, la Lalaurie House à la Nouvelle Orléans, Nicolas Cage y dîne parfois mais refuse d’y dormir. En effet, cette maison, qu’il a acquise pour 3,5 millions de dollars, aurait été le théâtre de tortures et de meurtres perpétrés par la maîtresse des lieux, Delphine Lalaurie, sur des esclaves au XIXe siècle. Selon l’acteur américain, un peu apeuré, « la maison est parfois entourée de cinq ou six fantômes ». Plusieurs « spécialistes » du paranormal ont proposé d'y passer une nuit pour vérifier la légende mais Nicolas Cage a toujours refusé par respect envers ses hôtes invisibles : « s'il y a quelque chose dedans, je refuse qu'on l'exploite ». Sauf pour vous faire un peu de pub, monsieur Cage ?

 

Le « Moon hoax » fait sa pub

Une célèbre marque de boisson énergétique utilise pour sa nouvelle campagne publicitaire la théorie complotiste du Moon hoax selon laquelle les images et vidéos des Américains sur la Lune ne sont pas authentiques. Ainsi, dans cette publicité diffusée à la télé, les deux astronautes sortant de leur navette spatiale après avoir bu de cette boisson « qui donne des ailes » ne parviennent pas à mettre le pied sur le sol lunaire. Depuis la Terre, on leur demande alors : « Revenez et on reprendra toute la séquence au studio ». Étonnamment - car tous les arguments ont été réfutés - cette thèse compte encore de nombreux adeptes, parmi lesquels des stars dont les médias tiennent à nous informer de l'avis « autorisé »(!), comme l’actrice Marion Cotillard qui confiait, l’année dernière, dans une interview à Paris Première : « Est-ce que l'homme a vraiment marché sur la Lune ? Moi, j'ai vu pas mal de documentaires là-dessus. Ça, vraiment, je m'interroge, en tout cas je ne crois pas tout ce qu'on me dit, ça c'est sûr ». Quoi qu’il en soit, le complot fait vendre, et même sur le ton de l’humour, les publicitaires l’ont bien compris.

 

Allô, est-ce que je vais être réélue ?

Sarah Khaen, une députée norvégienne, a dû renoncer à briguer un nouveau mandat après avoir été contrainte d'admettre qu'elle avait recouru, aux frais du contribuable, aux coûteux services téléphoniques de voyantes. D’après le tabloïd Verdens Gang, la députée aurait ces dernières années dépensé plusieurs dizaines de milliers d’euros. Après avoir nié les faits, elle reconnaît aujourd’hui son erreur et assure avoir remboursé le surcoût téléphonique. Admettra-t-elle avoir été mal conseillée ?

 

 


COMPTE-RENDU
Comment éviter les dérives sectaires dans les pratiques de santé non reconnues et de bien-être ?


 

Le Colloque national annuel du GEMPPI (Groupe d’Étude des Mouvements de Pensée en vue de la Protection de l’Individu) s’est tenu le 4 octobre dernier à l’Espace Éthique Méditerranéen de l’Hôpital de La Timone de Marseille.

Le thème du colloque promettait, comme chaque année, d’être captivant : « Comment éviter les dérives sectaires dans les pratiques de santé non reconnues et de bien-être ? »

L’objectif de ce colloque était de réunir différents intervenants avec la mission de sensibiliser les participants aux dérives sectaires et pseudo-scientifiques sévissant dans le secteur de la santé, et de débattre de l’opportunité du projet de création par le GEMPPI d’une charte et d’un registre des « praticiens et acteurs du corps et de l’esprit » .

Une cohorte de zététiciens s’est donc rendue à Marseille pour suivre les différentes interventions, ou participer, comme Françoise Mariotti ou Jean Brissonnet du Centre zététique Languedoc-Roussillon (CZLR). On salue évidemment comme chaque année l’organisation gérée par Didier Pachoud, de main de maître. C’est pour nous toujours un plaisir de participer aux colloques du GEMPPI. On apprécie également que nos commentaires de l’année dernière aient été pris en compte pour l’organisation cette année, entre autre sur le choix pluridisciplinaire des intervenants.

Les membres de l’OZ présents ; Anaïs Goffre, Frank Villard, Richard Monvoisin et Nicolas Gaillard, ainsi que Jean-pierre Moiroud, vous livrent leur compte rendu.

 

Mais que diable le GEMPPI allait-il faire dans cette galère ?

Pourquoi le GEMPPI se trouve-t-il à l’initiative d’un tel projet ? Pourquoi une association de prévention contre les sectes se mêle-t-elle de santé ?
Le domaine de la santé et du bien-être intéresse à l’évidence les mouvements sectaires. Gourous et « dérapeutes » ont investi depuis longtemps cet immense marché, et les dérives sont nombreuses, comme en témoigne Didier Pachoud, président du GEMPPI : « la moitié des demandes que nous avons à traiter chaque année concerne des dérives « thérapeutiques ». Cette charte a donc pour objet de « limiter les risques de dérives sectaires et/ou thérapeutiques pris par les usagers qui massivement ont recours à des thérapies « non reconnues ». »

 

L’avis de la MIVILUDES

La Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES) s’est exprimée sur ce projet par la voix de son conseiller chargé des questions économiques et financières, Pierre-Henri Debord.

Pierre-Henri Debord a insisté sur la nécessité de définir précisément « praticiens et acteurs du corps et de l’esprit », et de distinguer « dérives thérapeutiques (méthodes non éprouvées, prétention à tout soigner...) » et « dérives sectaires (déstabilisation mentale, rupture induite avec l’environnement d’origine...) ».

Il a, en outre, pointé les difficultés de la mise en place d’une régulation, rappelant les résistances rencontrées par la loi dite « Accoyer » visant à réglementer le titre de psychothérapeute. « Ces « acteurs du corps et de l’esprit » sont-ils prêts à adopter une charte, et à accepter le cas échéant une procédure disciplinaire ? »

 

Les mystères du placebo

C’est ce que Patrick Lemoine, psychiatre et auteur, a évoqué lors de son intervention. À l’image de son ouvrage du même nom, Patrick Lemoine a présenté différentes expériences scientifiques sur les effets du placebo et ses mystères. Il défend que le placebo est un outil puissant et encore peu connu dont l’utilisation dans le champ médical et psychothérapeutique lui paraît indispensable, même si l’on ne parvient pas en en saisir toutes les subtilités. Son discours tout en nuances pose question dans le sens où il soutient une position douteuse que l’on peut simplifier par « la fin justifie les moyens » ou encore « finalement si ça marche ! ». Pour lui si l’homéopathie ou une psychothérapie apportent un effet positif, alors elles sont légitimes. Il va même affirmer que l’important « c’est l’objectif final de l’acte de soin, [...] c’est finalement l’intention qui compte ! ». Pour autant, et c’est ici notre franc désaccord, c’est ignorer le contexte dans lequel ces pratiques évoluent. En un sens, il suggère d’abandonner l’honnêteté intellectuelle inhérente à une pratique de soins.

Il finira de titiller nos oreilles zététiciennes en utilisant facilement des termes douteux comme « la médecine officielle » ou encore « l’allopathie », expressions teintées d’une certaine adhésion aux pseudo-sciences.

Enfin il invoquera une relation bien réductrice en évoquant l’absence d’efficacité de la pharmacopée jusqu’au XXe siècle « qui ne fait pas de l’ensemble des thérapeutes avant le XXe des membres de sectes. »
Étonnant, non ?

À gauche, Didier Pachoud, président du GEMPPI ; à droite, Jean Brissonnet, spécialiste des pseudo-médecines.

 

La résistible ascension des médecines non conventionnelles

La matinée s’est terminée avec l’intervention de Jean Brissonnet, physicien, collaborateur du Laboratoire de zététique de l’Université de Nice Sophia Antipolis et membre de l'Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS).

Comme à son habitude, Jean nous a brillamment décortiqué les mécanismes en jeu dans les médecines non conventionnelles et les biais de raisonnement qui emportent l’adhésion à ces pratiques. Jean est venu pondérer les propos de son prédécesseur Patrick Lemoine, avec beaucoup moins de séduisantes métaphores, mais plus de faits et plus de rigueur scientifique. Il a souligné d’ailleurs son aversion pour le terme « placebo » dont la connotation mystérieuse est désormais dévoyée.

Nous ne pourrons que conseiller la lecture de son livre Les pseudo-médecines : un serment d’hypocrites et la lecture de son site www.pseudo-medecines.org.

 

Approche juridique

Pour Maître Daniel Picotin, avocat au Barreau de Bordeaux et président de Info Sectes Aquitaine, il y a urgence à agir devant l’importance du problème et le nombre croissant des victimes de déviances « thérapeutiques » et de théories dangereuses (Syndrome des faux souvenirs, enfants indigo…). La charte du GEMPPI a au moins, selon lui, l’avantage de pointer le problème.

Pour autant, Daniel Picotin voit dans ce projet un certain nombre de risques pour l’association : celui notamment de « se discréditer en acceptant une candidature qui s’avère finalement douteuse. Car, il s’agit bien d’une homologation, même si la charte stipule le contraire ». Il craint également le risque de procès en cas de radiation d’un thérapeute.

 

Analyse comparative des principales psychothérapies et de leur usage

Françoise Mariotti, docteure en psychologie, psychologue et psychothérapeute, a présenté certaines thérapies des plus courantes parmi les quelques six cents exercées.

Les thérapies psycho-dynamiques, comme la psychanalyse ; la thérapie centrée sur la personne, crée par Carl Rogers ; les TCC, thérapies cognitivo-comportementales ; la Gelstat thérapie et enfin la PNL, programmation neuro-linguistique.

rançoise Mariotti a évoqué les différentes théories qui sous-tendent ces thérapies, le contexte de leurs émergences, puis les modalités et l’organisation de leurs formations. Elle a abordé le problème de la scientificité et des présupposés conceptuels trop souvent pseudo-scientifiques. Françoise a souligné enfin les grandes disparités des modalités d’évaluation dans ces thérapies, indicateur important de leur rigueur. Elle nous conseille vivement la lecture de À quel psy se vouer ? de Mony Elkaïm (Éditions du Seuil, 2003).

À gauche, Jean Brissonnet et Françoise Mariotti, membres du Cercle zététique Languedoc-Roussillon ;
à droite, Denis Caroti, membre du Laboratoire de zététique de Nice
.

 

Consultation finale des participants

Le colloque s’est terminé par un débat passionné sur l’opportunité de créer une charte et un registre des praticiens du corps et de l’esprit ou d’une autre démarche pour éviter les amalgames et les dérives sectaires dans les pratiques de santé non « reconnues ». Ce débat mené de haut vol par Didier Pachoud et Audrey Serou, psychothérapeute, a permis à l’ensemble des personnes présentes et des différentes associations, notamment l’UNADFI (l’Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu) et les ADFI, ainsi que le CCMM (Centre Contre les Manipulations Mentales) d’échanger sur la pertinence de cette charte.

Et le projet a soulevé de nombreuses interrogations : comment filtrer les candidatures et sur quels critères refuser une adhésion ?

L’inscription au registre du GEMPPI ne risque-t-il pas de servir de caution à certains thérapeutes douteux ? De quels moyens de contrôle dispose le GEMPPI et quels sont ses moyens de sanctions en cas de non respect des engagements de la charte ? Etc.

Sans conteste, l’entreprise est risquée. Didier Pachoud l’a répété, il s’agit d’une « expérience de laboratoire ». À suivre, donc.

Nicolas Gaillard et Franck Villard

 

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

En librairie

Le matérialisme scientifique
Mario Bunge
Éditions Syllepse
216 pages – 19 euros

Physicien de formation, philosophe des sciences de la nature et des sciences humaines, Bunge est un des rares penseurs de notre siècle à entreprendre l’examen et la construction d’un système de connaissances scientifiques et philosophiques. Théoricien du matérialisme, son œuvre, remarquable par la diversité des sujets et des domaines explorés, reste malheureusement peu traduite en français. Le matérialisme scientifique comble quelque peu cette lacune et surtout donne aux lecteurs une idée précise de ce qui constitue l’originalité du projet encyclopédique de son auteur, tel qu’il le développe notamment dans les huit volumes de son Treatise on Basic Philosophy. Mario Bunge signe ici un ouvrage dense, parfois technique, mais qui sait aussi être savoureusement caustique. Cet ouvrage, traduit de l'anglais (Scientific Materialism, Reidel Publishing, 1981), n’intéressera donc pas uniquement les spécialistes, comme nous l’explique dans la courte interview qui suit l’un des traducteurs, Pierre Deleporte, biologiste à l’université Rennes. Nous avions eu le plaisir de recevoir Pierre Deleporte à Grenoble en mai 2006 pour une conférence sur ce même thème abordant les limites de la science.

 

OZ - Pourquoi vous êtes vous investis dans cette traduction ? Quelle a été votre motivation ?

Pierre Deleporte - J'ai découvert un peu par hasard le Matérialisme Scientifique de Mario Bunge, en fait je recherchais des écrits en philosophie des sciences, alors qu'il s'agit bien d'ontologie, d'une conception philosophique générale du monde.
La lecture de cet ouvrage a été pour moi un choc, tant pour la clarté du propos que pour l'importance des questions abordées. J'ai immédiatement considéré que Bunge était un philosophe incontournable pour les matérialistes contemporains, et singulièrement pour l'éducation populaire. Relisant en détails cet ouvrage durant l'été de la canicule, j'ai décidé de le faire connaître et de le traduire en français avec l'aide de quelques partenaires enthousiastes et compétents.

 

OZ - Quelles sont les idées importantes développées par Mario Bunge dans ce livre ?

Pierre Deleporte - Bunge relève le défi d'aborder toutes les « questions difficiles » de la philosophie d'un point de vue matérialiste conséquent. Notamment la matière (pas si simple...) et l'esprit : que sont l'esprit, la pensée, les concepts, d'un point de vue strictement matériel ? Un vrai paradoxe dans notre culture toujours sous forte influence spiritualiste. L'auteur a un souci de cohérence « systémique » : une philosophie matérialiste achevée se doit d'être un système philosophique logiquement cohérent (sans contradictions internes) et aussi cohérent avec le monde réel qu'étudie la science. Bunge a donc eu cette démarche remarquable pour un philosophe : commencer par comprendre la science de son temps en devenant... professeur de physique théorique à l'Université de Buenos Aires, avant même de devenir professeur de philosophie. Il s'intéresse également beaucoup aux sciences biologiques, et singulièrement à cette « biologie de l'esprit » que constituent les neurosciences du comportement : oser concevoir l'« esprit » comme un objet d'étude normal pour le biologiste. Il passe en revue les limites des matérialismes classiques et propose une philosophie qui présente de nombreuses qualités empruntées à la démarche scientifique : non-dogmatisme, capacité de remise en cause face aux progrès de la science, cohérence logique... Les notions de système matériel, d'évolution de ces systèmes et d'émergence de propriétés nouvelles sont centrales, et c'est bien de cette manière que la science moderne explique le monde. D'où le nom de « matérialisme scientifique » : une philosophie amie de la science, qui l'encourage et s'en inspire, sans tomber dans un « scientisme » naïf. Mais Bunge accepte avec malice d'être taxé de scientiste sous cette forme éclairée : la philosophie ne se réduit évidemment pas à la science, mais le philosophe contemporain ne peut ignorer la science sous peine de se ridiculiser.

 

OZ - Ce livre s’adresse-t-il à tous les publics ?

Pierre Deleporte - L'auteur s'exprime clairement et ne manque pas d'humour, et les chapitres peuvent être lus relativement indépendamment les uns des autres, ce qui rend très souple l'abord de cet ouvrage. Dans un souci de non-ambiguïté du propos et de cohérence logique, certains aspects du raisonnement de l'auteur sont assortis de reformulations à l'aide de symboles et de formules de la logique mathématique, ce qui peut paraître rébarbatif au lecteur non averti. Mais le texte est également compréhensible en lui-même, et on peut donc en faire une lecture basique, suivie éventuellement d'une relecture plus précise en faisant l'effort de comprendre les formules, leur précision et leur cohérence mutuelle. Cependant des chapitres entiers sont en langage courant parfaitement assimilable par tous. J'en recommande donc la lecture au plus grand nombre, d'autant plus que de tels ouvrages ne courent pas les rues... Pouvoir répondre aisément à la question « qu'est-ce qu'une pensée », « qu'est-ce qu'un concept » ou « qu'est-ce que l'esprit d'un individu », comprendre l'absurdité de formules telles que « le rapport entre l'esprit et la matière », « l'influence de l'esprit sur le corps » ou « la production de pensées immatérielles par le corps matériel », et y répondre sans avoir recours à aucune notion spiritualiste, cela mérite bien un petit effort de lecture. On en sort mieux armé contre les offensives spiritualistes et anti-scientifiques qui fleurissent par les temps qui courent, notamment dans les sphères philosophiques académiques. Bunge est très sévère pour la philosophie institutionnelle, dont il parle en connaissance de cause : d'après lui, si les philosophes professionnels continuent à être globalement aussi mauvais, il se pourrait finalement que les philosophes amateurs s'emparent de la question... Cela doit enlever tout complexe au lecteur. Et pour rendre hommage aux co-traducteurs de ce livre : Mario Bunge le considère comme une excellente traduction, très fidèle à sa pensée.

Cet ouvrage de 1981 garde, malheureusement pourrait-on dire, toute son actualité : le matérialisme n'est toujours pas une philosophie dominante, et de nombreux matérialismes sont incohérents ou incomplets. Bunge propose, modestement et brillamment, des voies de progrès philosophique. Il s'adresse à tous.

 

Propos recueillis par Géraldine Fabre

 

 



Sorties

La Bête du Gévaudan
Jean-Marc Moriceau
Édition Larousse – Collection L’histoire comme un roman
284 pages – 18 euros

 

Jean-Marc Moriceau est professeur d'histoire moderne à l'Université de Caen où il dirige la Maison de la recherche en sciences humaines. Spécialiste reconnu du monde rural mais aussi des rapports entre l'homme et le loup, il s’est replongé dans l’histoire devenue légendaire de la Bête du Gévaudan.

En plein siècle des lumières, cet animal anthropophage terrorisa les habitants de l’actuelle Lozère. Il s’attaqua à des dizaines de personnes, femmes et enfants le plus souvent, qu’il dévora. Le Gévaudan fut ainsi plongé entre 1764 et 1767 dans une psychose qui déchaîna les passions. Les interprétations les plus diverses ont circulé concernant cette « créature », jetant sur les événements autant d'obscurité que de lumière. À travers son récit et au fil des archives, Jean-Marc Moriceau redonne vie aux acteurs de ce drame et décrit une société de rudes inégalités et de méfiance à l'égard de l'étranger, une économie de misère, une population fragile à l'activité incessante.

 


L'effet Darwin : Sélection naturelle et naissance de la civilisation
Patrick Tort
Éditions Seuil – Collection Science ouverte
231 pages – 18 euros

« Un essai pour en finir avec la tentation toujours présente d'utiliser Darwin pour justifier l'injustifiable. »

Une interprétation expéditive du darwinisme fait trop souvent de la « survie du plus apte » l'argument des manifestations ordinaires de la « loi du plus fort » et la justification « scientifique » de l’élitisme social, de la domination de race, de classe ou de sexe, et de l’élimination des faibles. Par extension, Darwin est souvent traité de raciste et la sélection naturelle citée comme origine de l'eugénisme, de l'esclavagisme, et même du nazisme et du terrorisme. Dans ce livre, Patrick Tort, spécialiste de l'œuvre de Darwin, montre qu'en réalité la civilisation, née de la sélection naturelle des instincts sociaux et de l'intelligence, promeut au contraire la protection des faibles à travers l'émergence - elle-même sélectionnée - des sentiments affectifs, du droit et de la morale. Comme représentation de cet « effet réversif » de l'évolution, l'auteur a choisi la bande de Möbius, dont la face unique résulte d'un retournement continu.

 

 


AGENDA


 

Conférences

La section locale de la Société Française de Physique organise une conférence le jeudi 23 octobre à 18h00 à la Faculté des Sciences de Nice, dans le théâtre du Grand Château sur le campus Valrose. Elle recevra le professeur Henri Broch, fondateur du Laboratoire de zététique sur le thème : « Le paranormal face à la Science ».

Au cours de la soirée, Henri Broch présentera quelques aspects de la démarche scientifique et expliquera comment l’appliquer de façon rigoureuse à des sujets aussi délicats que la parapsychologie, l'astrologie, l’ufologie, etc. À travers de nombreux exemples, il livrera les résultats de ses propres enquêtes et lèvera le voile du mystère sur les « pistes » de Nazca au Pérou, le cosmonaute maya de Palenque au Mexique, la liquéfaction du sang de Saint-Janvier, la marche sur le feu... Cette conférence est destinée au grand public, aux esprits curieux !

Le paranormal face à la science
Jeudi 23 octobre 2008 à 18h
Théâtre du Grand Château
Campus Valrose - Nice
Entrée libre et gratuite
Pour en savoir plus

 

Cette année, l’association Sciences Technologie Société (ASTS) consacre son cycle de conférences « Les horizons du savoir » à la zététique et au « paranormal ». La programmation a été établie en collaboration avec le Laboratoire de zététique de l’Université de Nice, dirigé par Henri Broch. Six conférences sont déjà prévues jusqu’en avril 2009.

Stanislas Antczak, président de l’OZ, et Denis Caroti, membre du Laboratoire de zététique, auront l’honneur d’ouvrir le cycle le 28 octobre à 18h30h par une présentation générale « La zététique, pratique et méthode ». Ce sera ensuite l’ufologue Éric Maillot qui interviendra le 25 novembre 2008 avec une conférence intitulée « Ovnis, que la lumière soit. »

Cycle de conférences « La science en doute : Z’êtes vous zététique ? »
La zététique, pratique et méthode
Mardi 28 octobre 2008 à 18h30
Espace Ecureuil
26 Rue Montgrand 13006 Marseille
Entrée libre et gratuite

 

Dans le cadre de ses rendez-vous mensuels « Les lundis de la pensée critique », le 3 novembre 2008, le Cercle de zététique de Toulouse propose une conférence Jean-Louis Gasc intitulée « Manipulations et mystifications contemporaines du catharisme par des mouvements ésotériques, sectaires et profiteurs de l’aura du catharisme ». Guide conférencier, chargé d’actions culturelles pour le Centre des monuments nationaux à la cité de Carcassonne, auteur de plusieurs livres sur le sujet, Jean-Louis Gasc spécialiste du catharisme et de son histoire.

Manipulations et mystifications contemporaines du catharisme
Lundi 3 novembre 2008 à 20h30
Maison de la philosophie
29 rue de la digue, 31300 Toulouse
Entrée : 4 euros - adhérents : gratuit.
Le programme complet des conférences

 

Dans le cadre de l’Année Internationale de la Planète Terre, la Société Géologique de France organise de Septembre 2008 à Mars 2009, dans six villes françaises (Paris, Strasbourg, Bordeaux, Rennes, Lyon et Lille), un cycle de conférences intitulé « Évolution ? Évolution ! ». Ce cycle, destiné à tous les publics et en particulier aux élèves des collèges et lycées, s’est fixé pour objectif de rappeler les éléments scientifiques sur lesquels se fonde la théorie de l'évolution. Les conférenciers s’efforceront également d’apporter des réponses à la rhétorique créationniste telle que développée dans L’Atlas de la Création diffusé massivement dans les écoles début 2007. Chaque demi-journée s’achèvera par un débat avec le public. Rendez-vous le 16 octobre 2008 à Strasbourg et le 7 novembre 2008 à Bordeaux pour écouter :

  • André Schaaf : « L'évolution, des faits aux modèles »
  • Claude Babin : « Les fossiles, les interprétations désopilantes des créationnistes »
  • Jean Dubessy : « L’Intelligent Design : nature et enjeux »
  • Guillaume Lecointre : « Les stratégies des créationnismes et les contours des sciences »
  • Pascal Picq : « Chroniques terriennes des origines de l'Homme »
  • Armand de Ricqlès : « L'évolution, fait, hypothèse ou théorie : le problème de l'administration de la preuve dans les sciences historiques et son retentissement pour leur enseignement »

Évolution ? Évolution !
Jeudi 16 octobre 2008
Université Louis Pasteur
Faculté de Médecine Petit Amphithéâtre
4 rue Kirschleger Strasbourg
Entrée libre et gratuite
Information et réservations : http://sgfr.free.fr



DIVERTISSEMENT


 

Captain Disillusion

Dans un monde où les images et les vidéos numériques ne peuvent plus être pris pour argent content, un héros improbable combat pour l'expression de la vérité. Captain Disillusion guide petits et grands dans les méandres des trucages visuels et démonte méthodiquement, avec humour et pédagogie les cyber-mystères les plus réputés.

J'ai fait mienne sa devise : « Aimez avec le cœur, utilisez votre tête pour tout le reste ! »

 

 

11 vidéos (en anglais) sont déjà disponibles sur son site web et sur 5min.com. Elles couvrent des sujets divers comme les ovnis, les fantômes et autres légendes urbaines. N'en ratez aucune ! Et ne ratez pas non plus ce numéro spécial où il raconte son passage au TAM6 (le meeting annuel de la James Randy Foundation) et démystifie le cas de la femme serpent.

 

Insolite : La photo du mois

 

 

Vu dans la vitrine d'un magasin du quartier St Jean à Lyon. On peut lire sur les étiquettes :

  • Mandragore : Atout indispensable pour la réussite des rituels magiques. Vertus exceptionnelles.
  • Sang de dragon : Renforce les rituels, protège l'opérateur, aide au transport des actions magique.
  • Mélanges Vaudou : poudre magique pour rituel Casino. Chance aux jeux.

Même si on comprend pas trop comment ces « poudres » sont censées marcher, ça a l'air drôlement efficace... En tout cas, ça fait sûrement la fortune du revendeur.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Géraldine Fabre, Nicolas Gaillard, Florent Martin, Franck Villard et Nicolas Vivant.

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