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Novembre 2011 / Newsletter 72

 

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Édito

Les nouvelles de l’OZ
- Fête de la science à Chambéry
- Réunion mensuelle à La Table Ronde
- L'OZ sur facebook

Actualités
- La Bête du Gévaudan traverse l’Atlantique
- Astrologie : les prédictions politiques d'Élisabeth Teissier
- Documentaire « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » : les psychanalystes jettent le masque
- En bref

Dossiers
- Kinésiologie appliquée : le test musculaire mis à l'épreuve
- Que penser des prédictions d'apocalypses pour 2012 ?

Culture et Zététique
- Une nouvelle « chandelle » chez Book-e-book
- Des sectes qui n’en ont pas l’air

Agenda
- Projections du film « Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme »
- Conférence : « Toutes les psychothérapies se valent-elles ? »
- Nouveau lieu pour les réunions de l'Observatoire Zététique

 


ÉDITO


 

Il en faut du courage pour reconnaître ses erreurs.


Il en faut de l'humilité pour revenir sur ses convictions, et ne pas se contenter d'être de mauvaise foi pour résoudre ses dissonances cognitives. Les études en psychologie sociale nous montrent à quel point il nous est difficile de remettre en question nos croyances et d'admettre que nous faisions fausse route. Les exemples abondent de gens qui se renforcent dans leurs croyances alors même qu'ils sont confrontés aux plus évidentes preuves de leur désillusion.

« Je n'aurais pas dû dire cela, et je m'en excuse » a annoncé Harold Camping deux semaines après la fin du monde qu'il avait annoncée.

Au début de l'année 2011, ce prédicateur milliardaire américain avait dépensé beaucoup d'argent et d'énergie pour annoncer au monde entier que le retour du Christ était prévu pour le 21 mai 2011. Il décrivait des scènes de tremblements de terre et de toutes sortes d'autres catastrophes naturelles. Au lendemain de cette date, loin de reconnaître une erreur de sa part, il affirmait que la fin du monde avait bien eu lieu, mais à un « niveau spirituel », et que la fin « physique » du monde aura lieu le 21 octobre 2011. Le même homme avait également prédit la fin du monde pour octobre 1994 et s'était justifié en disant que depuis cette date, le Christ avait renoncé à l’Église, et qu'il ne reconnaissait plus cette institution comme le représentant.

La réalité peut être très cruelle, lorsqu’elle ne se plie pas à nos convictions, et Harold Camping a dû se rendre à l'évidence : le monde s'est avéré bien plus tenace que ses prophéties. Certes, il a eu le courage de revenir sur ses convictions, mais il faut bien avouer qu'il avait fait une prédiction tellement claire qu'elle ne s'autorisait guère à plusieurs interprétations. Les prévisions astrologiques d’Élisabeth Teissier, par exemple, sont un peu plus souples. Après avoir prédit « une année géniale pour DSK », elle s'est justifiée par une jolie pirouette : « DSK reconnaîtra sûrement sur son lit de mort que l'année 2011 fut la plus incroyable de son existence. »

Tout le monde ne peut pas se permettre de reconnaître publiquement ses erreurs.

C. M.
Éditorialiste masqué

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

La Fête de la science à Chambéry

L'OZ était les 15 et 16 octobre 2011 à Chambéry dans le hall de la médiathèque Jean-Jacques Rousseau pour présenter, en plus des animations habituelles (catalepsie sans hypnose, signe zodiacal, etc.), les nouveautés que la promotion de moniteurs CIES 2011 avaient concoctées dans le cadre de leur projet pédagogique. Cette année, il s'agissait d'aborder le thème polémique de l'homéopathie. Deux posters ont été réalisés pour l’occasion, ainsi qu'une petite démonstration de fabrication de somnifère homéopathique, conformément au principe de similitude... à base de caféine. Cette démonstration avait pour but d'illustrer le principe des hautes dilutions.

 


Le stand de l'OZ lors de la Fête de la Science à Chambéry

Démonstration du principe homéopathique des hautes dilutions


Nous remercions chaleureusement le CCSTI de Chambéry pour son accueil.

Florent Martin

 

Réunion mensuelle à La Table Ronde

La réunion mensuelle de l’Observatoire Zététique s’est déroulée le 7 novembre dernier à Grenoble. Une bonne vingtaine de personnes étaient présentes pour étrenner notre nouveau lieu de réunion, le Café de la Table Ronde (7 place St André), un lieu plus central et plus convivial que tous semblent avoir beaucoup apprécié.

Au programme de la soirée, la projection des films du GEMPPI (Groupe d'Étude des Mouvements de Pensée en vue de la Protection de l’Individu) « Des sectes qui n’en ont pas l’air » (voir l'article de Franck Villard dans la rubrique « Culture et zététique »). Ces quatre courts-métrages d’environ un quart d’heure chacun, réalisés avec une école de cinéma, Les Ateliers de l’Image et du Son, ont été « conçus pour développer l’esprit critique et fournir des illustrations et de la matière à réflexion pour les lycées, supports de conférences, etc. ». Chaque film a été suivi d’un petit débat.

La soirée s’est poursuivie avec le point sur l’actualité de la zététique et du « paranormal » ainsi que les activités de l’OZ.  L’occasion d’évoquer le documentaire « Le Mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme», actuellement objet d’un buzz qui ne pouvait laisser les zététiciens indifférents. Brigitte Axelrad nous a apporté des précisions concernant les actuels tracas judiciaires de la réalisatrice Sophie Robert (lire son article dans cette newsletter). Roger Gonnet nous a ensuite donné quelques nouvelles du procès en appel de la branche parisienne de la Scientologie, et de la « guérilla procédurale » menée par les avocats du mouvement.

Côté associatif, Franck Villard a rendu compte de la conférence « La zététique… ou comment faire preuve d'esprit critique face à l'étrange » qu’il a donnée en compagnie de Nicolas Vivant à Reignier-Esery (74), le 10 octobre dernier. Et Florent Martin a évoqué ce qu’il fallait retenir des activités du stand de l’Observatoire Zététique à la Fête de la Science 2011 à Chambéry.

Jean-Louis Racca

 

L'Observatoire zététique sur facebook

L'OZ vient de créer sa page sur facebook : www.facebook.com/ObservatoireZetetique. Si vous avez un compte sur ce réseau, vous pourrez suivre nos activités (dernières publications, annonces de conférences, réunions, etc.) en cliquant sur le bouton « J'aime ». Rejoignez-nous !

 

Pour être régulièrement tenu au courant des activités de l’Observatoire zététique (réunions, conférences, etc.), demandez votre inscription à notre liste d'information en écrivant à contact@zetetique.fr.

 


ACTUALITÉS


 

La Bête du Gévaudan traverse l’Atlantique

Le dernier numéro de la revue sceptique états-unienne Skeptical Inquirer se fait ce mois-ci écho de la parution outre-Atlantique d’un ouvrage consacré à la Bête du Gévaudan, nom donné à un ou plusieurs animaux ayant tué plusieurs dizaines de personnes, dans le Massif Central, entre 1764 et 1767. Intitulé Monsters of the Gévaudan : the Making of a Beast (« Monstres du Gévaudan, la création d’une Bête ») et paru aux presses universitaires de Harvard sous la plume de Jay M. Smith, ce livre s’adresse à un public anglophone beaucoup moins familiarisé que nous pouvons l’être en France avec cette affaire.

Ainsi que le rappelle le résumé qui en est fait, ce livre a d’abord pour effet d’établir aux yeux de son lectorat la réalité des faits. Cela pourra nous sembler trivial, tant en France la littérature sur la Bête est abondante. Mais qu’on se mette un instant dans la peau du sceptique américain lambda : compte tenu de l’éloignement géographique et chronologique des faits rapportés, il sera somme toute assez logique qu’une histoire de prédateur tuant sans pitié des paysans français durant trois ans éveille légitimement en lui le doute raisonnable du zététicien.

Bien sûr, Monsters of the Gévaudan va plus loin que cette simple vérification factuelle. Jay M. Smith détaille aussi le contexte global de l’affaire, ainsi que ses cadres sociaux et politiques. Il a surtout très bien compris le phénomène nouveau qui l’accompagne : une médiatisation permise par l’émergence de la presse écrite. Ce sera l’une des principales caractéristiques qui feront de la Bête du Gévaudan une affaire « hors normes », comparativement à d’autres épisodes impliquant des animaux dévorants.

Smith n’omet d’ailleurs pas de rappeler ces événements lorsqu’il en vient à discuter de l’identité zoologique de la Bête. En cela, il s’appuie sur les travaux récents de Jean-Marc Moriceau à propos des attaques de loups en France à l’époque moderne. L’auteur états-unien emboîte logiquement le pas à l’historien français, suggérant la culpabilité d’une meute de loup qui aurait perdu sa crainte atavique de l’être humain. Une solution qui n’est sans doute pas la plus satisfaisante, mais qui a au moins le mérite de mettre le lecteur sur une piste qui s’impose d’elle-même à l’enquêteur sceptique.

La littérature anglo-saxonne manquait probablement d’ouvrages consacrés à la Bête du Gévaudan, et sans doute plus encore d’ouvrages sceptiques. Monsters of the Gévaudan comble cette lacune, et à défaut de révéler la clé de l’identité de la Bête, a néanmoins le grand mérite d’offrir au lectorat américain une vue d’ensemble, raisonnée et documentée, de l’affaire.

Éric Déguillaume

Référence : Jay M. SMITH, Monsters of the Gévaudan : the Making of a Beast, Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, 2011, 392 pages.

 

Éric Déguillaume a publié sur le site de l'OZ les résultats de sa propre enquête sur ce dossier : « La Bête du Gévaudan : état des lieux et parcours personne ».

 


 

Astrologie : les prédictions politiques d'Élisabeth Teissier… ou l’art et la manière de toujours retomber sur ses pattes

Si l’astrologie n’est pas une science, Élisabeth Teissier nous prouve qu’il s’agit bien d’un art, celui de retomber toujours sur ses pattes. Et, à l’instar du matou dégringolant du toit, cela s’accompagne de savantes contorsions.

 

L’année géniale de DSK

On se souvient de la malheureuse prédiction d’Élisabeth Teissier promettant à Dominique Strauss Khan pour 2011 une « année géniale ». C’était l’époque où ce dernier caracolait en tête de tous les sondages et faisait figure de grand favori pour la présidentielle de 2012. C’était avant « l’affaire du Sofitel de New-York » avec les suites que l’on connaît. Nul doute qu’Élisabeth Teissier allait avoir du mal à justifier un tel raté. C’était mal la connaître. Car si l’astrologue confessait récemment sur un plateau de télévision [1] « J’ai été moi-même assez mal inspirée quand j’ai fait ces prédictions », elle s’empressait aussitôt d’ajouter « quand même les évènements m’ont donné raison, c’est que c’est une année géniale dans sa vie et qu’il n’a pas été emprisonné comme on le pensait, d’ailleurs, j’ai prévu le jour-même où il a été relaxé ». En outre, les raisons de l’expression maladroite (« année géniale ») ne seraient-elles pas à rechercher du côté des astres : « recevant moi-même, pauvre Capricorne, de désastreux influx en décembre dernier, j’ai usé d’une expression plus que malencontreuse » [2]. Et de réaffirmer « je me suis moins trompée qu’on le dit tous azimuts ». N’avait-elle pas annoncé en effet que 2012 serait « l’année de sa vie » ? « Or, il a bien été la grande star de l’année, la plus médiatisée ». « Je maintiens que sur son lit de mort, il se dira que l’année de ses 62 ans a été celle de sa grande mutation » [2]. Car après cette douloureuse expérience, ce « Chemin de Damas », DSK « va renaitre de ses cendres ». Élisabeth Teissier persiste et signe, il sortira « renforcé de l'année 2012 » [3]. Pluton est formel.

 

La victoire de Martine Aubry aux primaires socialistes

Le mercredi 12 octobre 2011, sur le plateau de l’émission Morandini !, sur Direct 8, Élisabeth Teissier, déclarait à propos du second tour des primaires socialistes qui devaient avoir lieu le dimanche suivant que le ciel était plus « favorable à Martine Aubry qu'à François Hollande ».  Poussée par l’animateur, elle finit par donner « la Lionne Martine Aubry (du 13 août) gagnante contre le Lion François Hollande (du 12 août), [pourtant] séparés par un cheveu, astralement parlant » [2]. Or, dimanche 16 octobre 2011, François Hollande remporta l’élection avec près de 57% des suffrages. L’astrologue se défend de cette prédiction « arrachée aux forceps » : « Martine Aubry avait de meilleures étoiles, mais peut-être qu’elle a vécu ça à un autre niveau. Ou que, en fin de compte, cette issue est meilleure pour elle, vu de Sirius ! (sic) », précisant « une chose qui paraît souhaitable, voire excellente aujourd’hui peut se révéler désastreuse ensuite, et l’inverse » [2].

 

Et en 2012…

Quant à la prochaine élection présidentielle, la configuration du ciel serait, selon Élisabeth Teissier, annonciatrice d’un changement : « Le 6 mai 2012, jour de la prochaine élection présidentielle, on trouve une configuration similaire au 10 mai 1981, lorsque François Mitterrand est devenu président, c'est-à-dire une symbolique de changement (une exacte dissonance Jupiter/Uranus). Cela pourrait donc refléter un virage vers la gauche. » [2]

On peut se demander si cette prédiction est de bon augure pour le candidat François Hollande ? Qu'il se rassure, « les astrologues ne sauraient avoir seuls le privilège de se tromper toujours » [4].

«Tout aveugle et menteur qu'est cet art,
Il peut frapper au but une fois entre mille ;
Ce sont des effets du hasard.»

Jean de la Fontaine, L'horoscope, in Fables, livre VIII, p. 225, Livre de Poche n°1198, 1972.

 

Franck Villard

 

Notes :

[1] Émission « Morandini ! », Direct 8, 12/10/2011
[2] leplus.nouvelobs.com, 19/10/2011
[3] Voir sur le site officiel d’Élisabeth Teissier www.eteissier.com, lettre n°92, affaire DSK : une fois de plus les astres avaient raison !
[4] Citation attribuée à Voltaire sans que la source ait été attestée.

 

 


 

Documentaire « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » : les psychanalystes jettent le masque

« La psychanalyse n'est pas une science. Elle n'a pas son statut de science, elle ne peut que l'attendre, l'espérer. C'est un délire — un délire dont on attend qu'il porte une science. On peut attendre longtemps! Il n'y a pas de progrès, et ce qu'on attend ce n'est pas forcément ce qu'on recueille. C'est un délire scientifique. »
Article Ornicar ? de Jacques Lacan,  dans le Bulletin périodique du champ freudien, 1978, 14, p. 9.

« Le point fondamental de mon attitude en tant qu'analyste c'est le fait d'abdiquer l'idée d'une progression. »
Un psychanalyste dans  « Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme »

Dans un reportage de 52 minutes intitulé « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » [1], (Océan Invisible Production), destiné à faire le point sur la conception psychanalytique de l’autisme, Sophie Robert recueille les conceptions de dix pédopsychiatres et psychanalystes [2], dont quelques-uns parmi les plus grands spécialistes français.

Trois des psychanalystes interviewés, appartenant à l'École de la Cause Freudienne, assignent Sophie Robert en justice et demandent de faire interdire la diffusion du film [3]. Un article paru dans Rue89, le 4 novembre, analyse les termes de l’assignation et met en évidence les manquements à la loi auxquels se sont livrés les plaignants, comme de demander par l’intermédiaire de leur avocat les rushes, ce qui est une « atteinte au secret des sources des journalistes » protégé par la loi du 4 janvier 2010. [4]

Si Jacques Lacan est lucide lorsqu’il affirme que la psychanalyse est un « délire scientifique », comment se fait-il que, 33 ans plus tard, les psychanalystes refusent encore d’abandonner leur vision pseudo-scientifique de l’autisme ? Comment se fait-il qu’ils refusent de reconnaître contrairement à la communauté scientifique internationale, que l’autisme est un trouble neurologique d’origine probablement génétique, qui entraîne un handicap dans la relation sociale,  qu’il y a « des » autismes et non pas « un » autisme, qu’il faut parler plutôt de « troubles envahissants du développement »  et non pas, comme ils le soutiennent, de « psychose », résultant d’une prétendue « toxicité  maternelle » et relevant de la psychiatrie ? Le documentaire de Sophie Robert tente d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions en s’appuyant sur le discours des psychanalystes eux-mêmes.

Avant Bruno Bettelheim et sa théorie psychanalytique de l’autisme, Kanner et Asperger s’étaient interrogés sur la possible origine organique de l’autisme.

En 1943, Léo Kanner avait décrit l’autisme comme un trouble affectif de la communication et de la relation n’atteignant pas l’intelligence. Il avait reconnu qu’il s’agissait d’un trouble inné dont les parents ne pouvaient être jugés responsables. En 1944, Hans Asperger, convaincu d’une origine organique de l’autisme, avait émis l’hypothèse que les troubles autistiques sont des « psychopathies » pouvant aller « de la débilité au génie ».

Bruno Bettelheim rompit avec cette conception organique et imposa une conception psychanalytique de l’autisme. Se fondant sur son expérience des camps de concentration, il avait établi une analogie entre les prisonniers des camps et l’enfant autiste. Celui-ci aurait, selon lui, reçu de ses parents, et principalement de sa mère, le message inconscient selon lequel tout le monde se porterait mieux, s’il n’existait pas. En réponse à ce message, l’enfant « choisirait » de s’enfermer dans une « forteresse vide », titre de son ouvrage (1967) consacré à ce problème.

À la fin des années 60, la psychanalyse perd sa suprématie un peu partout dans le monde, sauf en Argentine et en France où elle trouve paradoxalement un nouveau souffle sous l’influence d’un psychiatre charismatique, Jacques Lacan.

Les psychanalystes interviewés par Sophie Robert confirment la survivance de cette conception. Répondant à ses questions, ils reprennent en chœur les grands thèmes chers à Bettelheim, Lacan, Klein, Dolto…   Ils développent, pour rendre compte des troubles du langage, de la communication et de l’expertise sociale de la personne autiste, les thèmes psychanalytiques  de la « mère frigidaire », de la « toxicité maternelle », de la « mère vorace et castratrice » (cf. l’analogie avec le crocodile au début du film qui symbolise le « ventre de la mère », les « dents de la mère ») de la « folie maternelle », de la « mère incestueuse », de la « mère mortifère », etc. La mère est d’après eux toujours « trop » : trop froide, trop chaude, trop vide. Pour résumer, la maternité est psychogène par nature. En face d’elle se dresse « la loi du père » qui lui interdit jouissance et inceste !

Lorsqu’on leur demande comment ils conçoivent l’attitude psychanalytique auprès de l’enfant autiste dont on sait que la thérapie est fondée sur la parole, alors même que parole et communication sont handicapées chez ces patients, l’un d’entre eux ne craint pas de dire : « Disons que quand on reçoit un enfant autiste, on pratique une psychanalyse qui est une pure invention. On se trouve en face d’un sujet qui, la plupart du temps, ne dispose pas du langage. ». Un autre : « […] avec un enfant autiste, j’en fais très peu. Très peu, ça veut dire quoi ? Que je pose mes fesses, que je me mets à côté de lui et j’attends qu’il se passe quelque chose, et j’oublie, j’essaie d’oublier tout. […] » Et quand on les interroge sur les résultats qu’ils attendent de la psychanalyse, l’un répond : « Je ne peux pas répondre à ça. Ce n’est pas une question de psychanalyste, ça ! » Et un autre : « En attendre ? Le plaisir de s’intéresser à une bulle de savon. Je ne peux pas vous répondre autre chose. »

En contrepoint de ce discours psychanalytique, Sophie Robert a interrogé, dans deux vidéos « Bonus », Monica Zilbovicius, psychiatre, directrice de recherches à l’INSERM (Unité INSERM 1000, Hôpital Necker, Paris). Avec une grande sobriété, celle-ci décrit les avancées de la connaissance scientifique dans ce domaine à l’aide des outils, tels que les mesures de flux sanguin dans le cerveau, l’ « Eye Tracking » ou « tracé du regard », et l’IRM qui permet de détecter l’anomalie de structure dans le cerveau des enfants autistes dans la région temporale supérieure (sillon temporal). Elle dit : « Nous sommes donc dans la recherche sur le cerveau. »

Monica Zilbovicius  confirme donc que l’autisme n’est pas une psychose, que le tableau de psychose est très spécifique de rupture de la réalité avec des hallucinations et des idées délirantes. Cela, dit-elle, ne concerne pas du tout la problématique de l’autisme.

Dans le film « Le Mur », le discours des psychanalystes s’interrompt par moments pour laisser place aux témoignages de familles touchées par l’autisme de leur enfant, comment elles ont organisé leurs vies pour donner à leur enfant les moyens de progresser grâce aux programmes TEACCH, PECS et ABA, qui s’appuient sur les sciences cognitives et comportementales.  Ces programmes ont été mis au point depuis plus de 30 ans aux États-Unis mais sont très peu développés en France, essentiellement à cause du combat que les psychanalystes mènent contre eux. L’un  d’entre eux dit : « Dans le monde francophone, l’envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau, récent, mais très présent, actuellement. La psychanalyse se bat contre cet envahissement. »

Les psychanalystes refusent de reconnaître l'avancée des connaissances scientifiques sur l'autisme et empêchent les programmes fondés sur les neurosciences de se développer en France. Les parents d’enfants autistes et les enfants autistes paient lourdement leur obstination. L’un des psychanalystes interviewés le dit clairement :  « Dans le monde francophone, l’envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau récent mais très présent actuellement. La psychanalyse se bat contre cet envahissement, n’est-ce pas ? Un certain nombre de collègues, spécialement Jacques Alain Miller, ont pris la tête de cette lutte, de ce combat. D’autres aussi, dans d’autres mouvements. C’est un combat très important pour maintenir vivante la dimension de la subjectivité, c’est-à-dire des singularités de chaque sujet par rapport à cette idée comportementale du réglage par case. » Et un autre psychanalyste de conclure : « Donc le dialogue avec les neurosciences, c’est pas simplement nous-mêmes nous informer du résultat et de faire valoir que ça ne change pas ce qui est notre pratique fondamentale, c’est aussi d’essayer de pouvoir faire vivre l’humanité sans avoir de trop grands espoirs dans les différentes bonnes nouvelles qui sont publiées tous les jours et qui sont faites pour essayer de maintenir justement un taux de bonnes nouvelles dans un environnement où on en a fort peu. »

Le film « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » est un bon moyen de faire connaître au grand public les obstacles, « le mur », auxquels se heurtent ceux qui sont concernés par l’autisme. Souhaitons que la plainte de ces trois psychanalystes ne freine pas une nouvelle fois les progrès dans la connaissance de l’autisme et dans le développement des structures nécessaires pour accueillir et socialiser les enfants qui en sont atteints. [6]

 

Brigitte Axelrad

 

Notes :

[1] En totalité, Sophie Robert a interrogé une trentaine de psychanalystes et conduit 27 interviews. Elle a fait appel à des chaînes télévisées pour leur vendre une série de plusieurs fois 52 minutes et, finalement, elle a obtenu une aide d’Autistes sans frontières pour aboutir au documentaire « Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » de 52 minutes, diffusé depuis septembre sur le site de l'association et téléchargeable aussi sur Vimeo. Pour empêcher les autres volets de voir le jour et pour interdire la diffusion du Mur, trois psychanalystes ont porté plainte contre elle, et l’ont assignée à comparaître devant un tribunal le 8 décembre 2011.

[2] Les psychanalystes interviewés étaient : Dr Alexandre Stevens PsyK ECF – Psychiatre en chef de l’institution Le Courtil à Tournai. Prof Pierre Delion PsyK – Chef du service de Pédopsychiatrie du CHU de Lille. Dr Geneviève Loison  PsyK lacanienne – Pédopsychiatre référent – Lille. Prof Daniel Widlöcher PsyK – APF – Ancien chef du service de psychiatrie – Hôpital de la Pitié Salpêtrière – Paris. Dr Aldo Naouri  Pédiatre – Analyste – Essayiste. Prof Bernard Golse  PsyK APF - Chef de service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Necker de Paris. Esthela Solano  PsyK ECF  Psychologue clinicienne. Yann Bogopolsky  PsyK Kleinienne. Laurent Danon-Boileau Linguiste MODYCO CNRS PsyK SPP Centre Alfred Binet Paris. Eric Laurent  PsyK   ECF   Enseignant formateur en PsyK.

[3] Voir l'article sur le site de Rue 89 Autisme : « Le Mur », docu qui dérange des psys français.

[4] La loi du 4 janvier 2010 est accessible sur le site legifrance.gouv.fr

[5] Voir les dossiers et articles publiés sur le site de l'OZ : « L’autisme, énigme pour la science et cible pour la pseudo-science », « Le packing, la camisole glacée des enfants autistes » et « Le « packing » confirmé par le Haut Conseil de la Santé Publique ! ».

[6] Autisme.info a réalisé une interview de 23 minutes de Sophie Robert disponible en ligne sur Dailymotion. Dans le Cercle Psy (Sciences humaines) du 23 novembre 2011, Sophie Robert a été interviewée par Jean-François Marmion.

 


 

En bref

 

Première publication de la CAZette

Le Centre d'Analyse Zététique (CAZ) vient de publier sa première newsletter : la CAZette. Diffusée en pdf, elle est accessible sur le site du laboratoire de zététique de Nice. Au sommaire de ce premier numéro : les nouvelles de l'association, l'analyse des prédictions d’Élisabeth Teissier, le retour du Yéti, une combustion humaine, les sorties en librairie et un agenda bien fourni.

Le rythme de parution n'est pas défini mais si vous souhaitez recevoir la prochaine, écrivez à centre.analyse.zetetique@gmail.com. Pour télécharger la CAZette n°1 : http://webs.unice.fr/site/broch/CAZette/CAZette1.pdf

 

Faire-part

On nous a signalé la naissance du blog www.desillusions.fr. Ce blog entend contribuer à la formation de l'esprit critique en exposant les moyens de défense contre l'illusion, l'influence et la manipulation. Nous lui souhaitons longue vie, et suivrons avec grand intérêt son évolution.


Nouveau look pour le site pour l’AFIS

Cet été, l’AFIS, Association Française pour l’Information Scientifique, a entièrement revu son site web : www.pseudo-sciences.org. La page d’accueil est toujours aussi dense mais a retrouvé un peu de clarté. Pour promouvoir « la science contre ceux qui nient ses valeurs culturelles, la détournent vers des œuvres malfaisantes ou encore usent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques », les membres de cette association éditent notamment la revue Science et Pseudo-sciences (5 numéros par an). Le tourniquet des couvertures donne un aperçu des nombreux thèmes traités : théorie de l'évolution, OGM, astrologie, psychanalyse, théorie du complot, réchauffement climatique, etc. Les articles sont un peu plus tard publiés sur le site, qui est donc une mine d’informations critiques.

 


DOSSIERS


 

Kinésiologie appliquée : le test musculaire mis à l'épreuve

Dans le cadre du cours Zététique et autodéfense intellectuelle de Richard Monvoisin, avec l'aide de Nicolas Pinsault, enseignant-chercheur de l'École de Kinésithérapie de Grenoble, de Denis Caroti et de Guillemette Reviron du CorteX (Collectif de recherche Transdisciplinaire Esprit Critique et Sciences), un groupe d'étudiants a conduit une expérience sur la Kinésiologie Appliquée. L'ensemble du protocole, les résultats et les vidéos sont en ligne sur le site du CorteX : cortecs.org.

La Kinésiologie Appliquée (Applied kinesiology ou AK) est une méthode prétendument diagnostique et thérapeutique créée par George J. Goodheart en 1964. Cette méthode est basée sur un mélange de principes empruntés entre autres à la chiropraxie (manipulation de l’appareil locomoteur) dont l’efficacité est discutée [1] et de concepts énergétiques empruntés à la médecine traditionnelle chinoise (particulièrement les supposés méridiens et la notion de Qi). Le postulat de départ est un des grands classiques vitalistes : le corps serait en permanence traversé d’un flux d’énergie curative, et ce seraient les blocages lors du passage de ce flux qui seraient cause des maladies. Ces blocages proviendraient essentiellement de traumatismes physiques, psychologiques, ou les deux, « s’engrammant » dans toutes les cellules de notre corps et créant en quelque sorte une mémoire. Une palpation des diverses chaînes musculaires permettrait non seulement de mettre en évidence ces blocages, mais également de les résoudre.

En 2007, les étudiants du cours Esprit Critique du Master de la Faculté de pharmacie de Grenoble ont établi un protocole visant à vérifier la capacité diagnostique du Test Musculaire (TM) [2]. Celui-ci serait un outil capable de déterminer l’intensité du stress dans le corps. Il est la base de l’essentiel de la Kinésiologie Appliquée. Par manque de temps, cette expérience n’avait pas pu être mise en place (cf. annexes).

En 2011, Alexia Madelon, A. Mourier, A. Pelloux et Julien Tournier, étudiants du cours Zététique et autodéfense intellectuelle ont ressorti le dossier dans le but de réaliser l’expérience. Celle-ci consistait à tester la capacité d'un expert kinésiologue à retrouver une substance « nocive » pour le patient selon le principe suivant : selon la « théorie », cette substance tenue dans la main affaiblirait le tonus musculaire du bras (deltoïde controlatéral), tandis qu’une substance « neutre » n’aurait aucun effet sur ledit tonus musculaire.

L’hypothèse testée est la suivante : un kinésiologue confirmé peut-il retrouver par le TM une substance certifiée comme mauvaise pour le patient (allergène, acide sulfurique…) parmi neuf fioles au contenu explicitement neutre pour l’organisme (du sucre par exemple) lors d’un protocole avec « test en blanc », randomisation et double-aveugle ? Pour réaliser cette expérience, nous avons fait appel à l'un des deux plus importants formateurs en Kinésiologie Appliquée de France (qui tint à garder l'anonymat, et sera appelé « Monsieur K »), qui valida les conditions expérimentales et les critères d'évaluation. La patiente, quant à elle, avait une allergie attestée scientifiquement par un médecin allergologue. Avant de débuter l’expérience, le kinésiologue indiquait qu’il ressentait bien l’allergène, avec des fioles au contenu connu.

Pour que l'expérience soit considérée comme une réussite, il aurait fallu statistiquement obtenir, sur 15 essais, au moins 5 succès (seuil de significativité : 1%) [3].

Sur 15 essais réalisés, le kinésiologue n'a retrouvé aucune des fioles allergènes.

Dans le cadre de cette expérience réalisée en double aveugle [4], le Test Musculaire utilisé pour trouver une substance allergène pourtant avérée par l'expert kinésiologue ne s’est pas montré plus efficace que le hasard.

Chose étrange mais prévisible : l'échec patent n'a pas entraîné chez le thérapeute de changement dans sa pratique. Il reste néanmoins ouvert pour tenter des protocoles différents, en changeant de substance placebo, de substance allergène, et en multipliant les patients comme les thérapeutes. En attendant, le TM, socle de la thérapie, attend toujours et depuis longtemps de faire ses preuves.

Affaire à suivre…

 

Alexia Madelon, Richard Monvoisin, Nicolas Pinsault et Julien Tournier

 

Annexes :

•    Dossier étudiant de A. Madelon, A. Mourier, A. Pelloux et J. Tournier.
•    Diaporama de l'expérience, réalisé par Céline Delerce et Richard Monvoisin
•    Dossier des étudiants M1 Pharmacie, (2007)

 

Notes :

[1]  Ernst E.,  Canter PH., A systematic review of systematic reviews of spinal  manipulation, J R Soc Med. 2006 Apr;99(4) pp. 192-6. Accessible en ligne au format pdf : http://jrsm.rsmjournals.com/content/99/4/192.full

[2] Le test musculaire consiste à exercer une pression verticale sur le bras mis à l'horizontale après avoir soumis une affirmation ou exposé le corps à un stimulus. Le bras est supposé offrir plus ou moins de résistance selon que l'affirmation soit vraie ou fausse ou que le stimulus soit « bénéfique » (ou neutre) ou « nocif ».

[3] Le kinésiologue aurait eu moins de 1% de chance d'obtenir ce résultat au hasard. Voir l'application en ligne Prozstat, réalisée par Stanislas Antczak et Florent Tournus, de l'Observatoire Zététique.

[4] Dans une expérience en double aveugle, ni le cobaye, ni le manipulateur, ne connaît la bonne réponse afin d'éviter toute influence autre que celle de l'effet testé.

 


 

Encore une fois, la fin du monde est pour bientôt  : que penser des prédictions d'apocalypses pour 2012 ?

« Le 21 octobre 2011 à 18 heures précises, de puissants séismes anéantiront la Terre, et ceux que Dieu n’a pas ‘élus’ périront dans d’atroces souffrances .»
Harold Camping en février 2011

 

Faire des prédictions est un art difficile. Lorsque on a vu juste, on peut prétendre avoir démontré l’existence de son phénomène paranormal favori (astrologie, voyance, perception-extra-temporelles-quantiques, etc.). Mais lorsqu'on échoue, on s'expose à des railleries méritées. Heureusement, il existe des méthodes qui ont fait leurs preuves pour maximiser ses chances de réussites et minimiser ses échecs.

Optimiser ses chances de réussites : nous pourrions par exemple essayer de prédire un évènement qui a toutes les chances d'arriver, comme « des incendies dans le sud de la France au mois d’août 2012 » par exemple, ou prédire « un grand changement de carrière professionnelle » pour le candidat favori des sondages aux prochaines élections.

Minimiser ses échecs : l'important est de faire des prédictions nombreuses et pas trop précises. Il peut arriver que notre prédiction ne se réalise pas, par exemple si le mois d’août prochain ne connaît pas plus d'incendie que les autres années. Mais nous pourrons toujours mettre en avant un évènement mineur (un petit départ d’incendie, un cabanon qui brûle, etc.) pour faire entendre que nous l'avions prédit ou même invoquer l'utilité de notre alerte ayant permis d'éviter le pire. Et même si notre candidat favori est battu aux prochaines élections, nous pourrons avec un peu de mauvaise foi prétendre avoir prédit sa déconfiture.

 

Les prédictions de fins de monde sont une discipline à part entière

Cette discipline a toujours été très populaire dans les mouvements religieux et depuis cinquante ans dans les milieux New Age. Ce genre de prédictions a la particularité de jouer avec nos peurs naturelles, et les médias les relayent souvent avec un engouement démesuré.

Les Témoins de Jéhovah par exemple ont prédit de nombreuses fois l'avènement de l'apocalypse (1914, 1918, 1921, 1925, 1975,1988). Le nombre d’échecs n'influence en rien leur détermination à avertir les gens, ils sont juste aujourd'hui un peu plus frileux à donner des dates précises.

Les sectes ufologiques annoncent régulièrement une date pour la venue des vaisseaux spatiaux extra-terrestres, parfois pour nous détruire et d'autres fois pour nous sauver de notre propre décadence. Un cas célèbre a été étudié par des chercheurs en psychologie sociale. Léon Festinger et son équipe ont infiltré un groupuscule qui attendait l'arrivée d'un vaisseau extra-terrestre pour le 21 décembre 1954 à minuit. Notez que les fins du monde se passent souvent le soir du solstice d'hiver. À l'aube du lendemain, lorsque visiblement le monde n'a connu ni fin, ni arrivée des extra-terrestres, la communauté ne s'est pas dissoute dans la déception. Au contraire, le mouvement s'est renforcé sur l'idée que le monde avait été épargné par leurs prières. Ils ont alors commencé une campagne de prosélytisme et le mouvement a gagné beaucoup d'adeptes. (À Lire : L'Échec d'une prophétie (1956) qui développe le concept psychologique de « dissonance cognitive »)

Les prédicateurs religieux avancent parfois des dates précises pour le jour du Jugement Dernier. Harold Camping,  prédicateur américain, milliardaire et responsable d'une puissante « Méga Church »,  avait par exemple dépensé beaucoup d'argent et d'énergie pour annoncer au monde entier que le retour du Christ était prévue pour le 21 mai 2011. Il décrivait des scènes de tremblements de terre et de toutes sortes d'autres catastrophes naturelles. Au lendemain de cette date, loin de reconnaître une erreur de sa part, il affirmait que la fin du monde avait bien eu lieu, mais seulement à un niveau « spirituel ». Récemment, il a reconnu publiquement son erreur (voir l'édito).


Les prédictions de 2012

Nous pouvons prédire sans trop de risque qu'au cours de l'année 2012 fleuriront de plus en plus de prédictions de fins du monde dans les médias (presse, télé, web, etc.). La date du 21 décembre 2012 en particulier a déjà fait beaucoup parler d'elle comme étant la fin supposée du calendrier des anciens Mayas. La communauté des spécialistes des civilisations précolombiennes affirment pourtant que cette date est très hypothétique et que quand bien même elle correspondrait à la fin d'un cycle du calendrier Maya, rien n'indique que cela correspondrait avec une fin du monde. Si les anciens Mayas étaient là, ils célèbreraient probablement l’évènement en faisant la fête, un peu comme lorsque notre calendrier usuel passe à un nouveau millénaire.

 

Un étrange phénomène de convergence prophétique

La date du 21 décembre 2012 a eu un tel retentissement dans les médias, que de nombreux praticiens des arts divinatoires ont eux aussi fait des prédictions pour cette même date. Toutes ces prédictions semblent à première vue être des sources indépendantes qui donnent l'illusion de se confirmer les unes les autres même si en fait aucune d'entre elles prises séparément n'est recevable. Ainsi, une prédiction qui confirme une date qui fait déjà consensus parmi son public aura plus de chance d'être relayée et considérée comme convaincante. De plus, il s'agit le plus souvent de faire des « interprétations », et le praticien d'une mancie cherchera inconsciemment ou pas à confirmer ses idées préconçues. Après tout, on trouve surtout ce que l'on cherche. Ce phénomène se nomne « biais de validation subjectif ».

Les dates des fins du monde finissent ainsi par toutes converger vers un même point. Voici une liste que quelques mancies qui ont toutes confirmé la date du 21 décembre 2012 :

Certains fans d'informatique ont émis l'hypothèse étonnante qu'un programme informatique capable de parcourir le web pourrait être capable de prédire les cours de la bourse, et donc de prédire le futur. Comme par hasard, ce programme-prophète confirme de grandes catastrophes pour le 21 décembre 2012. (Projet Web Bot - Clif High)

Certains fans des Oracles des temps anciens affirment que la Sibylle (antiquité grec), Merlin l'enchanteur (Légendes Arthuriennes) et Nostradamus (Astrologue du 16e siècle) nous parlaient déjà de l'année 2012. Ces oracles sont cités systématiquement sur tous les sites du phénomène 2012 sans qu'il soit possible de vérifier la moindre source.

Certains amateurs d'exotisme oriental un peu New Age interprètent le livre du I Ching (manuel chinois écrit il y a environ 3000 ans) en utilisant les mathématiques fractales. On ne sera pas surpris de constater que l'année 2012 était déjà la fin du monde il y a 5000 ans.

Certains astronomes amateurs affirment sans référence historique aucune que les babyloniens avaient prédit qu'une planète inconnue de notre système solaire (la planète Nibiru) percutera la terre en 2012. Ils affirment également que la NASA est au courant. Cette rumeur a eu tellement d'ampleur en 2009 que la NASA a dû publier un démenti officiel.

Certains adeptes de la Kabbale (une tradition ésotérique du monothéisme) essayent de décrypter des messages codés dans la Bible. En cherchant suffisamment longtemps, ils réussissent sans peine à trouver cette date cryptée. En rangeant les lettres d'un certain verset dans un certain ordre, on peut lire : « 2012, Elle sera broyée, je la réduirai en miette… » (Le Code secret de la Bible - Michael Drosnin - 1997)

Extrait du « décodage » de la Bible par Michael Drosnin : « annonce » de la fin du monde pour 2012.

 

Toutes ces disciplines flirtant avec l’irrationnel se confortent l'une l'autre en participant à un mouvement global. Le tout laisse au lecteur une impression de « grande convergence œcuménique ». Cette illusion repose uniquement sur l'espoir que la multiplication de preuves insuffisantes suffira à donner une l'illusion d'une preuve suffisante. Bien sûr, il n'en est rien, car dans le monde des preuves rationnelles, les petits ruisseaux ne font pas les grandes rivières, mais seulement un vaste marécage au sein duquel il est bien difficile de circuler.

 

Christophe Michel

 

PS : Une méthode pour étudier les effets de mode. Les bases des moteurs de recherches peuvent aider à mesurer l’intérêt du public pour tel ou tel sujet, à l'aide d'outils tels que Google Tendance de Recherche : www.google.com/insights/search. Ces bases de données peuvent nous renseigner sur l’intérêt des utilisateurs pour certains mots-clés (utilisés dans les recherches comme Google par exemple). Certains mots-clés sont plus populaires dans certains pays, ou subissent des effets de mode au fil du temps. On remarque que la date du « 21 décembre 2012 » a fait beaucoup parler d'elle en 2008 et 2009, mais moins en 2010. Nous resterons aux aguets toute l'année 2012 sur ce genre de courbe afin de juger de l'impact médiatique de ces prophéties. Pour suivre l’évolution de la courbe en direct, allez sur http://goo.gl/FWB8W

 

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

En librairie

Sous l'emprise de la Lune : le regard de la science

Jérôme Bellayer
Editeur : Book-e-book
80 pages - 9,40 €

Quinzième opus de la collection « Une chandelle dans les ténèbres », Sous l'emprise de la Lune : le regard de la science vient de paraître aux éditions Book-e-book. De nombreux « pouvoirs » ont, depuis des temps très reculés, été attribués à la Lune. Leur domaine d’influence s’étendrait des êtres humains aux végétaux en passant par les animaux. Réalité ou illusion ? On est en droit de se poser la question. En effet, souvent le fruit d’observations superficielles, de croyances personnelles ou de « on-dit », la preuve de leur efficacité est, en réalité, toujours restée très floue. Pour sortir des impressions et des « à-peu-près », la zététique préconise l’utilisation d’une approche scientifique dans la recherche de la preuve. C’est cette démarche que le présent ouvrage se propose d’appliquer aux mystérieux «pouvoirs lunaires» en répertoriant et explicitant les nombreux travaux menés sur le sujet. Cela nous permettra, parallèlement, de constater que, contrairement à une idée très répandue, la « science officielle » ne délaisse pas ces thèmes. C’est donc au travers des diverses études scientifiques menées dans le monde que ce livre nous fait découvrir la portée réelle des influences lunaires.

Ce livre peut être commandé sur le site www.book-e-book.com, par téléphone au 04 93 00 15 34, ou par courrier à : éditions Book-e-book - BP 80117 - 06902 Sophia Antipolis Cedex.



 

Des sectes qui n’en ont pas l’air

Le 30 septembre dernier, Florent Martin et moi-même avons assisté à Marseille, à l’avant-première des films « Des sectes qui n’en ont pas l’air » produits par le GEMPPI (Groupe d’Étude des Mouvements de Pensée en vue de la Protection de l’Individu). Une trentaine de personnes étaient présentes pour l’occasion : réalisateurs, acteurs, techniciens et bien sûr les membres du GEMPPI. Son président Didier Pachoud nous a dévoilé les dessous et les difficultés de la création d'un tel projet audio-visuel et les objectifs recherchés. Ces quatre courts-métrages d’environ quinze minutes chacun ont nécessité quatre semaines de tournage. La réalisation et la mise en scène ont été confiées à une école de cinéma de Marseille, les Ateliers de l’Image et du Son, dont les étudiants ont passé l’épreuve du BTS sur l’élaboration de ces quatre films.

 

Film sur les médecines parallèle

Le CD des 4 films

Film sur le satanisme (Alice's devil)

 

Conçues pour « développer l’esprit critique et fournir des illustrations et de la matière à réflexion pour les lycées, supports de conférences, etc. », ces fictions réunies sur un DVD seront prochainement disponibles gratuitement sur demande auprès du GEMPPI*.

Quoique de qualité fort inégale, ces quatre films évitent en général les nombreux écueils et les clichés habituellement véhiculés sur les sectes. Format oblige, ils ne s’attardent pas sur les mécanismes d’emprise et de mise sous sujétion, mais peuvent peuvent servir de base de discussion dans le cadre d'une sensibilisation en milieu scolaire. En revanche, leur utilisation peut demander une certaine connaissance du phénomène sectaire. C’est pourquoi le GEMPPI propose, en plus du livret explicatif joint au DVD, une formation ou initiation des enseignants, ou encore l’intervention d’un animateur bénévole du GEMPPI ou d’un professionnel du CorteX (Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique et sciences).


Franck Villard

 

*Le DVD est offert aux adhérents du GEMPPI (Sympathisants 3 €, Membres actifs : 10 €, Soutiens, bienfaiteurs : 30 €). Sinon, il suffit d’en faire demande en acquittant les frais d’envoi et d’emballage (3 € pour la France).

Pour toute information ou intervention :

GEMPPI
BP 30095
13192 Marseille cedex 20
gemppi@wanadoo.fr
www.gemppi.org

 


AGENDA


 

Projections

Sophie Robert, réalisatrice du documentaire « Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme » sera à Grenoble lors de trois projections organisées le 30 novembre 2011 par le CorteX (Collectif de recherche transdisciplinaire Esprit critique et sciences) et les associations ABA Apprendre Autrement Isère et Autisme-VIES. Son documentaire pose un regard critique sur l'approche psychanalytique de l'autisme. Cette critique est tellement mal accueillie que la réalisatrice a été assignée en justice par trois des psychanalystes interviewés, avec l’objectif de faire interdire la diffusion de son documentaire.

Les projections seront suivies d’un débat :

à 12h00, dans le cadre des Midis critiques animés par Richard Monvoisin, à EVE, 701 Avenue centrale, Domaine Universitaire de St Martin d'Hères.

à 17h00, Cours ouvert, dans le cadre du cours Zététique et autodéfense intellectuelle par Richard Monvoisin, Département des Licences Sciences et Techniques, Amphi E2, Domaine Universitaire de St Martin d'Hères.

à 20h30, Maison de quartier Romain Rolland, à Saint Martin d'hères.

 

Conférences

Dans le cadre du cycle de conférence « 1h de psy par mois », le psychiatre Jean Cottraux, auteur de Choisir une psychothérapie efficace (Odile Jacob, 2011) donne une conférence intitulée « Toutes les psychothérapies se valent-elles ? » le samedi 3 décembre à la bibliothèque Kateb Yacine de Grenoble.

Le Dr Jean Cottraux est une personnalité marquante de la vie psychiatrique française contemporaine. Après une formation psychiatrique classique et une psychanalyse personnelle, au cours des années 1970, il part au Royaume-Uni puis aux États-Unis s'initier aux psychothérapies cognitivo-comportementales. Il commence l'enseignement universitaire des thérapies comportementales et cognitives (TCC) au début des années 1980 au laboratoire de psychologie médicale de l'Hôpital Neurologique de Lyon qu'il ne quittera plus jusqu'à sa retraite et où il créera l'Unité de traitement de l'anxiété. Auteur de nombreux ouvrages sur les TCC, après des tentatives de synthèses entre différentes approches, son œuvre se démarquera de plus en plus du courant psychanalytique, notamment sur des questions telles que l'efficacité des psychothérapies et leur évaluation. Il fut Président de l'Association Française des Thérapies Comportementales (1984-1989) et de l'European Association of Behaviour and Cognitive Therapy (1990). Son travail a permis à plusieurs centaines de psychiatres et de psychologues francophones de par le monde de se former aux TCC dont il est l’un des plus éminents spécialistes au plan international. Chercheur, il a conduit de nombreuses recherches avec l'INSERM (dont une sur l'efficacité des psychothérapies) et le CNRS.

Jean Cottraux est également l'un des quatre auteurs principaux du Livre Noir de la Psychanalyse qui fut un évènement hexagonal, lors de sa sortie en 2005.

Toutes les psychothérapies se valent-t-elles ?
Samedi 3 décembre 2011 de 16h à17h30

Bibliothèque Kateb Yacine
Centre commercial Grand'place
38000 Grenoble
Entrée libre et gratuite

 

Le lundi 5 décembre à 20h, Richard Monvoisin, enseignant de zététique à l'Université de Grenoble et chercheur associé au laboratoire de zététique de l'Université de Nice-sophia Antipolis, sera à Nancy pour une conférence intitulée « Les médecines alternatives sont-elles des alternatives ? ».

La méfiance envers la médecine « classique » est de plus en plus grande : scandales, lobbying industriel et prise en charge expéditive rebutent le grand public, qui tend à privilégier les médecines alternatives qu'on dit plus douces, plus naturelles, ou complémentaires. Richard Monvoisin disséquera en douceur l'exemple de l'homéopathie et les dizaines de questions qu'elle soulève (morale, sanitaire, politique, industrielle, etc.)

Les médecines alternatives sont-elles des alternatives ?
Lundi 5 décembre 2011 à 20h

Faculté de Lettres, Amphi A027
3 Place Godefroi de Bouillon
54000 Nancy

 

 

La Bibliothèque de l'Alcazar et le CorteX ont invité le Professeur Henri Broch le mercredi 14 décembre pour une conférence intitulée « L'art du doute ».

L'art du doute, c'est ainsi que le Professeur Broch définit la zététique, discipline qu'il a largement contribué à développer et diffuser en France depuis les années 80. Cette conférence sera donc l'occasion de présenter les outils d'analyse critique de cette méthode en les illustrant d'exemples pris dans ces « mystères » que nous connaissons tous : la liquéfaction du sang de Saint-Janvier, la marche sur le feu, la torsion de cuillère par la force de la pensée, la télépathie, etc.

L'art du Doute
Mercredi 14 décembre 2011 de 17h à 19h

Bibliothèque de L'Alcazar
58 Cours Belsunce 13001 Marseille
Entrée libre et gratuite
Contact : accueil-bmvr@mairie-marseille.fr

 

Réunions de l'Observatoire Zététique

Les réunions mensuelles de l'OZ sont ouvertes à tous. Elles ont généralement lieu les premiers lundis de chaque mois, et se déroulent désormais à Grenoble, à l'étage de la brasserie La Table Ronde, 7 place Saint André (plan). On peut y dîner, mais il n'y a aucune obligation de consommer. La réunion de l'OZ se veut un moment convivial d'échanges et de discussions sur l'actualité du « paranormal ». Elle débute généralement par une présentation sceptique pour s'achever avec un temps consacré à la vie de l'association : projets en cours, prochaines conférences, etc. Alors, amateurs de paranormal, sceptiques, curieux… venez nombreux !

Prochaine réunion de l'OZ
Lundi 5 décembre 2011 à partir de 20h
7 place Saint André
38000 Grenoble
www.zetetique.fr

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’Agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 


Appel à contributions


 

Si vous souhaitez contribuer à la diffusion de l'esprit critique, à la promotion des outils d'auto-défense intellectuelle de la zététique, à la vulgarisation de la méthodologie scientifique, vous pouvez nous soumettre article, dossier, fiche de lecture, enquête, etc. N'hésitez pas à nous contacter pour nous proposer vos idées puis à soumettre vos productions à l'OZ, en écrivant à contact@zetetique.fr

 


Cette newsletter a été préparée par Brigitte Axelrad, Éric Déguillaume, Géraldine Fabre, Alexia Madelon, Florent Martin, Christophe Michel, Fabien Millioz, Richard Monvoisin, Fabrice Neyret, Nicolas Pinsault, Jean-Louis Racca, Émeric Tourniaire, Julien Tournier et Franck Villard.

 

Mise à jour le Mercredi, 22 Février 2012 01:35