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POZ n°65 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Dimanche, 13 Février 2011 13:13

SOMMAIRE


Version pdf - 3,3 Mo

  • Édito
  • Les nouvelles de l’OZ
    L'Assemblée générale de l'OZ
    Nouveauté sur le site de l'OZ : nos ardoises pédagogiques sur fond blanc
    L'OZ invitée sur France Inter
  • Actualités
    Monument aux morts extraterrestres
    Étude scientifique de la précognition
    Vague de morts massives d'animaux : un Cluedo environnemental
  • Culture et zététique :
    L'histoire rêvée de Rennes-le-château
  • Agenda
  • Divertissement :
    Un principe zététique en BD : la charge de la preuve


 

ÉDITO


 

 

« C'est dans l'urgence et dans l'isolement que les États-Unis devraient clarifier leurs motifs, leurs buts et leurs moyens, ce qui peut leur paraître rationnel, mais serait certainement jugé déraisonnable par une grande partie des composantes de la société internationale. »
Serge Sur, Rationnel ou raisonnable ? Le projet d'une intervention militaire prochaine contre l'Iraq (2003).

 

Certains magazines ont fait leur spécialité des photos de stars sans fard, manière de montrer qu'au quotidien elles peuvent, elles aussi, avoir une mine de papier mâché et un regard de premier prix de comice agricole. De même, ton bulletin zététique préféré ne te cache rien et te montrera une à une les stars de la zététique au naturel : Florent Martin sans sa perruque en kevlar, Richard Monvoisin avec du gras au bide, Jean-Louis Racca en slip, Géraldine Fabre... ah tiens non, pas Géraldine Fabre, elle est toujours digne, elle.

Je commence par moi. Il faut dire qu'en ce lendemain de repas bien arrosé, il ne fait pas le fier, ton chevalier blanc de l'éditorial zététique, ton premier prix de Vertu rationaliste, ton du Guesclin de l'Esprit critique. Non, ce matin, il a une barre à mines qui lui traverse le cerveau, des fourmis dans les extrémités et la langue aussi chargée que s'il avait léché tout du long la RN6 entre Lyon et Grenoble.

Du coup, l'esprit critique, la zététique, tout ça, il s'en bat l'oeil avec la patte d'un cloporte. Et c'est avec la plus pure mauvaise foi qu'il accuse Ardbeg, Caol Ila, Bunnahabain, Bowmore et Port Ellen, ses compagnons de jeu de la veille, de l'avoir empoisonné à son insu, les traîtres. Qu'il cherche à identifier lequel d'entre eux est responsable de cette gueule de bois carabinée. Que ne pouvant choisir, il se dit que finalement c'est peut-être le thé qu'il a pris pour son quatre heures qui l'a mis dans cet état, va savoir, la théine c'est piégeux. Totalement irrationnel, donc.

Et dans cet état d'irrationnalité, il se dit qu'il est déraisonnable de faire tant d'excès. Franchement déraisonnable, d'ailleurs il ne recommencera plus jamais. Bon, sage décision. Quelques grammes de paracétamol plus tard, il se dit que finalement, il n'est pas mauvais, quelquefois, d'évacuer par quelque folie la pression de cette vie moderne et citadine ; qu'un mal de crâne est finalement peu cher payé pour une thérapie de groupe aussi efficace ; que l'éthylisme convivial occasionnel est une alternative sérieuse à la médication outrancière.  Bref, qu'il est rationnel d'être excessif.

Donc il peut parfois être rationnel d'être déraisonnable. Merde alors. Alerte, on a un problème. Parce que s'il peut être rationnel d'être déraisonnable, qu'est-ce qui empêcherait qu'il soit raisonnable d'être irrationnel ? Imagine un instant, ami lecteur, qu'un concile zététique conclue dans ce sens, le chaos que ça engendrerait ? Une révolution dans le pays, dans le monde entier ! Au nom de la raison, les gouvernements légitimeraient à tout va l'irrationnel. On verrait des associations de parapsychologues déclarées d'intérêt public, des astrologues avec pignon sur rue, des voyantes invitées dans les médias, des pseudo-médications remboursées par la Sécurité sociale, des pays entiers soumis aux religions, bref, ce serait la défaite de la pensée et le règne de l'obscurantisme.

Gardons la tête froide, une telle chienlit n'est pas près d'arriver : l'être humain est par nature trop raisonnable pour cela. Je décrète donc, réuni en concile avec moi-même, qu'il est déraisonnable d'être irrationnel. Et toc. Résumons : il peut être rationnel d'être déraisonnable, mais il est déraisonnable d'être irrationnel.

De fil en aiguille et de Charybde en Scylla, d'autres questions se posent. Par exemple, est-il rationnel d'être raisonnable ? Je crois que oui. Il aurait été rationnel, hier soir, d'être raisonnable et de manger et boire moins. Oui. Mais je ne l'ai pas fait. J'ai donc, hier soir, été déraisonnable, sans pour autant être irrationnel (voir plus haut). Donc il est rationnel d'être raisonnable, et même si on ne l'est pas c'est pas bien grave, nananinanère.

Enfin, il est évidemment raisonnable d'être rationnel. En revastant la maison après cette plantureuse soirée (la revastation est à la dévastation ce que le rechirement est au déchirement), je m'en rends bien compte : je cherche à être rationnel en regroupant les verres : je ne trimbale pas un seul verre à la fois, mais je ne me charge pas trop les mains histoire de ne rien casser. Parce que dans mon état, ce serait franchement pas raisonnable d'avoir en plus à ramasser des petits bouts de verre par terre.

Ouf. Je crois qu'on a tout bien vu. Il peut être rationnel d'être déraisonnable, il est déraisonnable d'être irrationnel, il est rationnel d'être raisonnable et il est raisonnable d'être rationnel. Et si, avec tout ça, je ne t'ai pas transmis mon mal de crâne, c'est que tu avais déjà mal au crâne suite à ta cuite de la veille, vilain lecteur.

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste de chandeleur (si tu ne l'as pas comprise en février 2009 et 2010, celle-là, je te donne une troisième chance)

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

L'Assemblée générale de l'OZ

L’assemblée générale de l’OZ a eu lieu le 10 janvier 2011 dans notre nouvelle salle de réunion à Fontaine. Nous étions une petite quinzaine de membres mais 26 présents ou représentés par procuration. Le quorum était donc largement atteint pour permettre le vote des bilans et l’élection du nouveau Conseil d’administration.

Après le bilan financier (très positif) présenté par notre trésorier Franck Villard, Florent Martin, vice-président de l’OZ a détaillé un bilan d’activités encore chargé cette année, bien que les plus visibles de nos actions (participation à la fête de la science, publication de la newsletter, conférences, etc.) restent très dépendantes de quelques membres particulièrement actifs. Malgré une baisse significative des publications sur le site de l’OZ, le nombre de visiteurs est en augmentation constante et a connu plusieurs pics après nos différentes interventions médiatiques.

Fabrice Neyret, Président sortant, a ensuite présenté son bilan moral. Il a mis en exergue que l'OZ était, sur bien des aspects, à un tournant  important de son histoire et insisté sur le fait que notre association deviendrait ce que nous aimerions en faire. Toutes les initiatives sont donc les bienvenues et les projets sont déjà nombreux.

Cette réunion annuelle est aussi l’occasion de discuter du fonctionnement de notre association : organisation des réunions, mode d’adhésion,  procédure de publication, etc. Le nombre de membres chambériens ayant sensiblement augmenté après l’adhésion de Virginie Bagneux et de Christophe Michel,  l'idée de faire nos réunions à Grenoble, Lyon et Chambéry a été suggérée. La prochaine réunion de l’OZ aura ainsi lieu le lundi 7 mars à Chambéry. Notre mode d’adhésion a également été remis en débat : ne serait-il pas trop exigeant, trop élitiste ? Il appartiendra au nouveau CA d’y réfléchir et de proposer éventuellement une modification des statuts en conséquence.

Fraîchement élu, ce nouveau CA est présidé par Jean-Louis Racca et composé de Florent Martin (vice-président), Virginie Bagneux (secrétaire), Brigitte Axelrad (secrétaire-adjointe), Franck Villard (trésorier), Anaïs Goffre (trésorière-adjointe), Frédéric Bachelier et Fabrice Neyret (administrateurs).

En janvier 2011, l’OZ a fêté ses 7 ans. Les bougies placées sur les galettes ont été soufflées par les anciens présidents présents lors de cette assemblée : Fabrice Neyret, Éric Déguillaume, Nicolas Vivant et Géraldine Fabre.

 

De gauche à droite : la salle de réunion ; Fabrice Neyret « aboubant » le nouveau président Jean-Louis Racca ;
le nouveau CA de l'OZ; les anciens présidents de l'OZ soufflant les bougies.


Nos ardoises pédagogiques sur fond blanc

Comme nous l’a fait remarquer l’un de nos lecteurs, la version proposée en ligne de nos ardoises « exercez votre esprit critique ! »  était très coûteuse à imprimer. En couleur sur fond noir, elles ont dû épuiser bien des cartouches d’encre. Nous avons donc réalisé une version couleur sur fond blanc plus adaptée à l’impression et l’usage personnels.

Ce matériel pédagogique est disponible sur notre site www.zetetique.fr dans la rubrique « Enseignement ». Nous l’utilisons principalement lors de la Fête de la science. La collection qui comprend 15 ardoises abordant des thèmes très variés, devraient s’enrichir progressivement de nouveaux problèmes tirés du quotidien mettant en évidence qu’une bonne analyse critique n’est pas aussi évidente qu’il y paraît.

 

L'OZ invitée sur France Inter

Le jeudi 3 février 2011, Florent Martin et Fabrice Neyret, membres de l'OZ, étaient les invités de « La tête au carré » animée par Mathieu Vidart sur France Inter, pour une émission consacrée à la zététique. Après l’habituelle présentation de la zététique et des activités de l’Observatoire zététique, Florent et Fabrice ont répondu aux questions des auditeurs, concernant le bracelet Power Balance, les apparitions de dames blanches et les guérisons de brûlures attribuées aux barreurs de feu. Ces sujets leur ont permis de parler des principes zététiques, véritables outils d’auto-défense intellectuelle, et de méthodologie scientifique en précisant les différences entre une expérience scientifique et une expérience personnelle.

L’audience importante de cette émission (1 million d’auditeurs) a eu un impact immédiat sur notre site web. La fréquentation journalière a été multiplié par dix et le nombre d’abonnements à notre newsletter comme les inscriptions à notre forum ont considérablement augmenté (bienvenue à ces nouveaux lecteurs !). Beaucoup d’auditeurs nous ont également écrit (à contact@zetetique.fr) pour nous faire part de leurs commentaires, de leur soutien ou nous poser des questions, nous soumettre des phénomènes mystérieux à élucider, nous proposer des expérimentations. Il va falloir assurer maintenant !

L’émission est téléchargeable sur notre site web dans les rubriques « Multimédia » et « Scepticisme et zététique » (mp3 - 30 Mo).

 

 


ACTUALITÉS


 

Monument aux morts extraterrestres

Le 2 décembre dernier, le journal ukrainien Berdichiv Dilovyy Berditchev Affaires ») a annoncé qu’un groupe d’ufologues avait décidé d’ériger un « monument aux morts extraterrestres ». Leur porte-parole Alexander Nalisman a affirmé qu’ils n’avaient encore ni financement ni plans pour le mémorial, mais qu’ils s’inquiétaient du fait que selon eux, de nombreux contacts avec des extraterrestres s’étaient terminées en catastrophe, fatales à nos « visiteurs », et qu’il n’y avait aucun monument sur Terre pour honorer leur mémoire – à l’exception de la ville de Roswell, au Nouveau-Mexique (Etats-Unis) dont l’économie est à présent centrée sur le crash d’ovni censé s’y être produit en 1947, ainsi que sur la sous-culture et la mythologie ufologiques.

Les ufologues ukrainiens enregistrent scrupuleusement les rapports d’observation d’ovnis à travers le pays. Le site des « Archives nationales ufologiques ukrainiennes » répertoriait 984 cas fin 2010. Ces données sont affichées sur une carte et la description du cas, ainsi que les références aux témoins, sont disponibles. Malheureusement, ce site Internet n’existe qu’en version russe.



Carte des observations d’ovnis rapportées en 2010 en Ukraine. (Cliquez sur l'image pour la voir en grand).

On trouve de nombreuses allégations à propos de crashes d’ovnis dans les écrits du colonel Marina Popovitch – ancienne pilote d’essai des forces aériennes soviétiques, membre du « Comité pan-soviétique sur les phénomènes paranormaux aériens », activiste du parti communiste russe et auteur de plusieurs livres sur les ovnis. Elle défend également une théorie selon laquelle la bataille de Koursk (juillet-août 1943, durant la Seconde guerre mondiale) fut livrée sous le contrôle des extraterrestres. Elle affirme notamment que les forces aériennes soviétiques, ainsi que le KGB, détenaient des débris de cinq ovnis accidentés, et que leurs analyses ont démontré qu’ils n’avaient pas été construits sur Terre. Selon elle, les cinq crashes seraient les suivants : Toungouska (30 juin 1908, le par ailleurs fameux « évènement de la Toungouska »), Novossibirsk (18 mai 1982), Tallinn (un ovni retrouvé dans le sol dans les années 1960, baptisé « objet M »), Vladikavkaz (à l’époque soviétique Ordjonikidze, 6 mars 1983) et enfin Dalnegorsk (29 janvier 1986). En fait, elle est loin d’être la seule et sur les sites Internet ufologiques russes, les histoires de crashes d’ovnis se comptent par dizaines, citant en référence différents officiers retraités de l’armée ou du KGB.

Un journaliste du magazine ukrainien Interesnaïa Gazeta (« Le journal intéressant », n°12, 1997) affirme pour sa part que les forces armées ukrainiennes effectuent un travail de recherche et développement en vue d’acquérir des technologies extraterrestres. Selon le même journal, l’armée de l’air ukrainienne aurait équipé ses avions de chasse d’une arme laser. On raconte que semblables lasers auraient été utilisés par les pilotes américains pendant la guerre du Vietnam, afin de brûler la rétine des servants de la défense anti-aérienne nord-vietnamienne - une information tellement secrète qu’elle n’est connue de personne, hormis d’ufologues... Ces armes auraient aidé les pilotes ukrainiens à abattre plusieurs soucoupes volantes depuis 1993. Leurs restes auraient été étudiés près de Kherson, ce qui aurait permis la fabrication d’une réplique qui devait être dévoilée en 1998… En dehors de l’intérêt inamical des militaires et des services secrets, les Terriens ne semblent guère se soucier du destin des extraterrestres morts sur Terre. Les ufologues de Berditchev ont donc décidé d’y remédier.

Berditchev était autrefois un important centre économique et culturel. Son rôle dans la région peut être résumé par un de ses surnoms : la Jérusalem de Volhynie. Aux XVIIIe et XIXe siècles, Berditchev était un des principaux foyers ukrainiens des Lumières et du hassidisme – un courant du judaïsme. Durant la Seconde guerre mondiale, la ville perdit la moitié de sa population, et les conditions sociales et culturelles s’y dégradèrent considérablement. Aujourd’hui, peu de circuits touristiques passent par Berditchev. Cette histoire a attiré d’un seul coup l’attention des médias internationaux. Une telle publicité inattendue encouragea les habitants de la cité. Le 5 décembre, le Berditchev Affaires publia un éditorial, à la fois enthousiaste et sceptique : « En dépit du caractère absurde et comique de l’idée, la réaction du monde entier montre qu’elle a intéressé des millions de personnes, et qu’un tel mémorial pourrait devenir une nouvelle attraction, au même titre que les monuments architecturaux ou les personnages historiques ». Le journal a donc pris en charge la collecte de fonds et le traitement de toutes les questions relatives à la construction du monument.

 

Article en anglais de Sonya Luschekina traduit par Éric Déguillaume

 

Étude « scientifique » de la précognition

Feeling the future, voici le titre d’un article qui vient d’être accepté par une prestigieuse revue scientifique de psychologie (Journal of Personality and Social Psychology). Dans cet article, le très reconnu chercheur Daryl Bem, teste l’existence de la précognition, perception extrasensorielle d’informations futures, à travers 9 études.

Ces expériences reposent sur un principe particulier, une reprise des expériences classiques de psychologie, mais au lieu de mesurer les réponses des participants après avoir changé la situation, le chercheur les mesure avant. Le principe étant que si nous sommes capables de précognition, ce qui se passera dans le futur influencera nos réponses dans le présent. Par exemple dans la première expérience, deux rideaux sont représentés sur un écran d’ordinateur. Derrière l’un d’eux et de façon aléatoire sera caché sur certains essais une image érotique. Les résultats indiquent que les participants sélectionnent l’emplacement des futures images érotiques dans 53,1 % des cas : taux de détection significativement au dessus du hasard. Cette recherche ayant eu un certain impact dans les médias aux États-Unis, les réactions à cet article ne se sont pas faite attendre. On relèvera notamment les critiques et réflexions méthodologiques et statistiques dans différents blogs, par exemple www.talyarkoni.org/blog/.

Si ces artefacts méthodologiques étaient avérés, les résultats de ces recherches sembleraient moins extraordinaires. À ce jour le débat reste cependant ouvert à tous les niveaux : artefact méthodologique ou réel phénomène ? Quelle que soit la réponse, cette étude motive la communauté scientifique à s’intéresser à cette question.

Anthony Lantian

 

Vagues de morts massives d’animaux : un Cluedo environnemental

Cet article est une traduction réalisée par Frédéric Bachelier de l’article de James Gorman, avec la collaboration de Leslie Kaufman, publié sur www.nytimes.com le 08/01/2011. Des notes ont été insérées par le traduction, afin d'apporter quelques explications supplémentaires.

Quand 5000 oiseaux noirs aux ailes rouges tombèrent morts dans la nuit de la Saint Sylvestre dans l’Arkansas, et 500 de plus en Louisiane, beaucoup de gens cherchèrent immédiatement un coupable. Il y eut des spéculations à propos de tests militaires et de pesticides, et beaucoup se demandèrent si les morts d’oiseaux et autres incidents, incluant les morts massives de poissons, étaient liés [1]. Même les explications très plausibles n’ont pas balayé le soupçon selon lequel quelque chose de sinistre doit être en œuvre. Pourquoi ? Parce que nous sommes humains. Nos cerveaux ont évolué de sorte qu’ils recherchent des liens et des causalités. En fait, quelques chercheurs soutiennent que cette tournure d’esprit, qui a évolué comme un mécanisme de survie, a fini par nous prédisposer, les humains, à croire en une déité, parce que quand nous ne pouvons pas trouver une cause naturelle à un ensemble d’événements qui semblent liés, nous avançons une cause surnaturelle. Certainement cela nous prédispose à rechercher un coupable intéressant pour ces morts massives d’oiseaux.

Un des chercheurs qui théorise sur le sujet (comment nous avons évolué de la sorte) est Michael Shermer, fondateur de la publication « Skeptic » et  éditorialiste du magazine « American Scientific », qui utilise un scénario banal pour expliquer pourquoi nous croyons en des choses qui peuvent ne pas être là : des hominidés dans la savane entendent un bruissement dans les hautes herbes. Celui qui pense « C’est un lion ! » et s’échappe rapidement, survit et propage ses gènes [2], propageant ainsi une sorte d’alarmisme protecteur à sa descendance. Un autre pourrait penser « Il y a toujours toutes sortes de bruissements dans les hautes herbes, c’est probablement le vent », et continuer sa toilette. S’il se trompe, l’inconvénient c’est qu’il se fait manger par le lion. Par conséquent, pas de descendance et pas de propagation des gènes [3] de l’insouciance, « don’t worry be happy ».

Bien sûr, les humains ont les deux modes de pensée, peut-être parce que les bruissements sont généralement causés par le vent, et les hominidés trop alarmistes s’inquiétaient et se sauvaient pour un rien, ce qui les désavantageaient pour s’accoupler, car ils étaient trop fatigués et trop anxieux. Ainsi il y a de la place pour le vent et le lion dans nos cerveaux humains. Cependant, il est clair que la théorie du lion prévaut, parce que la théorie du vent est si insatisfaisante. Les explications banales et probablement correctes pour des événements comme la chute d’oiseaux du ciel nous laissent émotionnellement sur notre faim et nous attendons quelque chose de plus.

Qui est le coupable ?

Melanie Driscoll, biologiste et responsable de la conservation des oiseaux pour le Golfe du Mexique et le fleuve Mississippi  pour la National Audubon Society, dit que les tests préliminaires n’ont montré aucun signe de maladie virale ou bactérienne, ni de présence de toxines ou de poisons, mais qu’il y a des explications raisonnables.« Dans l’Arkansas, nous avons des témoignages selon lesquels des feux d’artifices ont été allumés dans une ville à proximité d’un point de rassemblement connu d’oiseaux migrateurs, » dit-elle, « les oiseaux se sont brusquement envolés tous ensemble dans la même direction, à une altitude plus basse qu’à l’ordinaire. Nous savons qu’ils ne voient pas bien dans le noir et nous savons qu’ils ont été vus heurter des habitations, des voitures et des poteaux. L’autopsie des oiseaux morts montre des signes de traumas dûs à des chocs contondants à la tête et à la poitrine. » En ce qui concerne les centaines d’oiseaux noirs aux ailes rouges [4] retrouvés morts dans la paroisse de Pointe Coupée, en Louisiane, à q elques centaines de kilomètres de Beebe dans l’Arkansas, ils ont été trouvés le long de routes rurales sous des lignes électriques, qui sont fines et difficiles à voir dans la nuit. La théorie est que ces oiseaux ont également été effrayés par les feux d’artifice de fin d’année et se sont heurtés à ces lignes électriques.

Il est intéressant de garder à l’esprit combien il y a d’oiseaux quand on réfléchit à ces soi-disant morts massives. « Cinq milliards d’oiseaux meurent chaque année aux Etats-Unis, » dit Mme Driscoll, « alors statistiquement quelques-uns doivent mourir au même moment. [5] » La population des oiseaux noirs aux ailes rouges dépasse les 200 millions d’individus, dit-elle, et ils volent en groupes de plusieurs centaines de milliers jusqu’à deux millions. « Alors 5000 ça peut sembler beaucoup, mais en fait c’est tout à fait relatif. » Tout ceci semble plausible et pourtant cela nous laisse perplexe, attendant quelque chose de plus. Nous entendons les chiffres. Nous reconnaissons la rationalité des explications de Mme Driscoll et cependant, quelques-uns d’entre nous se disent « Des oiseaux qui tombent du ciel ? Il doit y avoir quelque chose d’autre à l’œuvre. »

Moi, je parie sur les zombies. Est-ce que quelqu’un a vérifié si un de ces oiseaux morts ne serait pas revenu à la vie ? Cela peut sembler idiot, mais imaginez le risque si nous manquions les premiers signes d’une épidémie de zombies ! Les humains deviendraient de la nourriture vivante pour les zombies à bec. Ce n’est pas une perspective réjouissante. Ce n’est pas une possibilité à ignorer, si vous avez une tournure d’esprit à croire au lion.

Bien sûr, ce n’est probablement que le vent.

 

Notes :

[1] Seul le premier événement, concernant 5000 oiseaux morts, peut être qualifié de relativement rare ; en effet les autres événements « similaires » recensés dans la presse ne concernent « que » quelques centaines, voire quelques dizaines d’oiseaux, événements beaucoup plus fréquents comme l'attestent les ornithologues interrogés par la presse.

[2] Il n’est pas évident que la prudence, voire l’inquiétude, l’anxiété (autant d’origines possibles à ce comportement de fuite) soient codées dans les gènes ; la propagation de ce comportement peut tout aussi bien être une transmission culturelle de la prudence.

[3] Voir note n°2.

[4] En fait, en Louisiane, contrairement à ce qui est dit ici, il y avait diverses espèces d’oiseaux, sans prédominance statistique particulière, ce qui enlève un point commun allégué avec le phénomène de l’Arkansas.

[5] D’autant que dans le cas de nuées d’étourneaux ou de carouges, il est accrédité que leur comportement est très grégaire et volent de manière complètement simultanée et auto-organisée, comme d’autres espèces animales (notamment les poissons se déplaçant en bancs). « Si un faucon attaque un vol d’étourneaux, le premier oiseau qui tourne rapidement pour éviter le prédateur est imité instantanément. » explique Jean-Philippe Paul, ornithologue à la Ligue de Protection des Oiseaux de Franche-Comté. Quelque soit la cause de la perturbation qui « provoque une mauvaise réaction d’un individu (ou un étourdissement qui le fait chuter), il est alors aussitôt suivi par le groupe qui s’écraserait en masse avec lui », conclue-t-il dans son interview au Pays Dolois, n°124 de février 2011.

 


 

Indiscrétions

 

Un livret sur les idées reçues sur le cerveau

La semaine du cerveau aura lieu à Grenoble du 14 au 19 mars 2011. La programmation aborde de nombreuses problématiques, de la communication interpersonnelle à l’autisme. Durant ces soirées, un groupe de moniteurs du CIES de Grenoble distribuera gratuitement un livret décortiquant dix idées reçues sur le cerveau. Réalisé dans le cadre de leur atelier pédagogique, ce livret illustre bien la démarche zététique de vérification de l’information. Le programme de la semaine du cerveau est disponible à l’adresse semaineducerveau.fr/grenoble.

 

Lettre d’info du Cortex

Le Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique et sciences (CorteX) a publié sa première newsletter début février. Celle-ci présente les dernières ressources pédagogiques mises en ligne  sur leur site et annonce les événements à venir. Pour le moment, il n’existe pas de formulaire électronique pour s’abonner mais vous pouvez demander à être tenu au courant en écrivant à contact@cortecs.org. Surveillez le site cortecs.org.



Une soirée avec Gérard Majax

Le vendredi 11 février 2011, Gérard Majax était à Gap pour un show-conférence intitulée « De l’illusion à la parapsychologie ». Magicien et expert en trucages, Gérard Majax étudie depuis 20 ans les phénomènes inexpliqués aux côtés de scientifiques comme Henri Broch. Quatre membres de l’OZ sont allés assister à son spectacle et ont pu dîner avec lui et son assistant. On attend le compte-rendu dans la prochaine newsletter.

 

Révélation sur la Dame blanche de Mauroux

Après la publication en septembre 2008 du compte-rendu de notre enquête sur la Dame Blanche de Mauroux, nous avions parlé d’un ultime coup de théâtre que nous n’avons jamais révélé. Cette aventure épique a été évoquée lors de l’émission « La tête au carré » et quelques auditeurs ont réclamé le fin mot de l’histoire. Le dossier complet est ressorti des tiroirs et devrait cette fois être publié rapidement !

 

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

En librairie

L'histoire rêvée de Rennes-le-Château

Éclairages sur un récit collectif contemporain
David Rossoni
Books on demand
286 pages - 29,90 euros

Déjà co-auteur en 2007 d’un ouvrage consacré à l’ufologie officielle française, Les OVNI du CNES, David Rossoni signe cette fois une synthèse sceptique sur « l’énigme » de Rennes-le-Château. Si l’affaire est trop vaste pour être résumée de manière exhaustive en moins de 300 pages, l’esprit de synthèse de David Rossoni, déjà à l’œuvre dans son précédent livre, fait ici merveille. Tout n’est pas nécessairement abordé en détail, mais rien n’est omis et surtout, l’auteur cherche à comprendre comment et pourquoi l’affaire de Rennes-le-Château a été à ce point mythifiée. Le résultat constitue à n’en point douter un ouvrage de référence : l’auteur ne prétend pas, en effet, amener d’éléments ou de faits nouveaux, mais simplement dresser un état des lieux compréhensif de la question. L’esprit rationnel y sera à son aise, et pourra l’employer pour s’y retrouver dans le fatras de conjectures de toutes sortes, émises depuis plus d’un demi-siècle, autour de Rennes-le-Château.

L’histoire rêvée de Rennes-le-Château s’articule en deux parties. La première met en opposition histoire et pseudo-histoire, afin de mieux saisir les origines du mythe et de sa construction. Lui-même archiviste issu des bancs de la faculté d’histoire, David Rossoni commence par un rappel intéressant sur la méthodologie de l’histoire en tant que discipline scientifique, et notamment sur l’importance de la démarche critique dans l’établissement des faits, puis leur interprétation. Il précise au passage à quel point les sources orales doivent être manipulées avec précaution et pourquoi. De même, il est rappelé à quel point les sciences de l’homme, et parmi elles l’histoire, sont exposées aux biais issus du relativisme cognitif, véritable « maladie professionnelle » de l’historien (p. 31).

Dans un deuxième temps, ce sont les démarches « alternatives », souvent issues de ce relativisme, qui sont évoquées. Les citations mises en exergue – un procédé habituel de D. Rossoni – frappent le lecteur. Celle du « renniste » Guy Mathelié-Guinlet résume mieux qu’aucune autre la démarche des mythographes de Rennes-le-Château et, par extension, des auteurs pseudo-scientifiques : « Au diable la vérité historique, ne vaut-il pas mieux rêver ? » (p. 35). D. Rossoni déplore toutefois non sans raison que les historiens « mainstream » ne prennent pas la peine de démystifier en elles-mêmes les assertions pseudo-historiques, même s’il reconnaît plus loin le caractère fastidieux de cette tâche et sa portée limitée.

Par la suite, l’auteur replace – très « historiquement » – la genèse de l’affaire dans son contexte, rappelant qu’elle coïncide avec l’époque du Matin des Magiciens (ouvrage de Jacques Bergier et Louis Pauwels paru en 1960) et l’âge d’or de la revue Planète et du réalisme fantastique. L’heure est alors aux chercheurs de trésors, aux théories alternatives, civilisations oubliées et autres mystères historiques.

Une des analyses les plus intéressantes de l’ouvrage est celle qui porte sur la façon dont l’être humain exerce sa rationalité. Citant largement Wiktor Stoczkowski (Des hommes, des dieux et des extraterrestres, 1999), David Rossoni explique ainsi que la rationalité « performante », celle de la démarche scientifique, demeure essentiellement marginale et « contre-nature » par rapport à la rationalité « circonscrite », intuitive mais souvent trompeuse, que nous utilisons tous les jours sans même nous en rendre compte.

Après avoir rappelé que ce n’est pas le sujet mais la méthode qui fait la pseudo-histoire, l’auteur introduit ensuite (p. 51) un modèle rendant compte de la genèse des grandes théories pseudo-scientifiques, en trois étapes :

1.     La création d’un postulat initial, généralement à partir de raisonnements biaisés, d’erreurs d’interprétations, etc. ;

2.     La prolifération d’inférences et de spéculations basées sur ce postulat ;

3.     Le débat au sein d’un groupe social constitué autour du thème concerné, où sont discutées les différentes théories ainsi échafaudées mais jamais le postulat de départ, devenu axiome intouchable.

Ce concept d’axiome, mis en avant par David Rossoni, est fondamental pour comprendre le fonctionnement des pseudo-sciences en général. On peut y ajouter que le zététicien est généralement très bien toléré par le pseudo-scientifique, tant que l’expression de son scepticisme se limite à une suspension de jugement par défaut d’information. Dès lors que le zététicien mieux renseigné fera part de ses doutes et sera fondé, par l’examen des faits, à remettre en cause l’axiome fondateur du thème pseudo-scientifique considéré, il suscitera la réprobation, parfois virulente, des « tenants » de celui-ci. Au fond, l’important pour le « tenant » est moins d’élucider le mystère que de l’entretenir, car il ne peut y avoir qu’une seule vérité factuelle et celle-ci sera nécessairement plus « pauvre » que celle qu’il aura imaginée. L’auteur ne manque d’ailleurs pas de le rappeler.

Il rappelle également quelques-uns de ces axiomes, parmi les plus récurrents en pseudo-histoire : mythe de « l’âge d’or », du providentialisme historique (l’humanité aurait un destin, un but, un commencement et une fin) et surtout la théorie du complot. On ne peut que regretter que le manque de place ait conduit l’auteur à ne pas développer davantage (un des principaux défauts de l’ouvrage, induit, avec les coquilles que l’on trouve ça et là, par les contraintes de l’autoédition) des idées que l’on pressent d’autant plus intéressantes qu’elles sont alimentées par les recherches et découvertes récentes de la psychologie, notamment cognitive.

David Rossoni explique enfin le rôle central du témoignage, dont il a déjà exposé la fiabilité incertaine, dans la démarche pseudo-scientifique. Le caractère malléable et suggestible de la mémoire humaine est nié par les pseudo-historiens, et le rappeler relève parfois à leurs yeux du crime de lèse-majesté.

L’auteur entre par la suite dans le vif du sujet, en appliquant les principes énoncés précédemment à l’œuvre d’un des principaux géniteurs du mythe de Rennes-le-Château, Gérard de Sède. Ce dernier commence d’abord par exploiter le filon ouvert quelques années plus tôt par un des « pères fondateurs » de la pseudo-histoire française et « chasseur de trésor » autoproclamé, Robert Charroux. De Sède jette ainsi son dévolu sur le trésor des Templiers, qu’il situe d’abord à Gisors (Les Templiers sont parmi nous, 1962) avant de le déplacer en pays cathare (Le trésor cathare, 1966). David Rossoni dissèque en détail ses multiples raisonnements fallacieux et spéculations gratuites, basés sur des inférences alambiquées et des faits inventés ou déformés.

« Guidé », avec ou sans sa complicité, par les faux documents dont l’abreuvent deux autres grands mythographes de Rennes-le-Château, Pierre Plantard et Philippe de Chérisey, Gérard de Sède se fixe finalement sur la personne de Béranger Saunière, curé de Rennes-le-Château entre 1885 et 1909 (L’or de Rennes, 1967). L’exégèse se poursuivra malgré la brouille entre les trois hommes, de Sède étendant le mythe à Stenay et le mâtinant de sang extraterrestre (La race fabuleuse, 1973). Il règlera enfin ses comptes avec ses comparses dans un dernier opus (Rennes-le-Château : le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses, 1988), où il dénoncera leurs canulars sans pour autant renier ses propres écrits, pourtant basés sur ceux-ci… Dans tous les cas, David Rossoni fait bien ressortir, par l’analyse des argumentaires successifs de l’écrivain, que le plus mystifié de tous dans cette histoire est en premier lieu le public.

La fin de la première partie vient amorcer la deuxième. L’auteur y expose les faits dans toute leur banalité : l’abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château, s’est enrichi non grâce à un quelconque trésor matériel ou spirituel (axiome de base de la mythographie renniste), mais par le biais d’un trafic de messes, manipulation qui consiste à se faire payer plus d’intentions de messes que l’on ne peut matériellement en célébrer. Sous le prétexte de faire réparer l’église, puis d’ouvrir une maison de retraite pour les prêtres du diocèse, Saunière accumulera des dizaines de milliers de francs – somme très éloignée des milliards qu’on lui prête, mais alors largement suffisante pour mener grand train et se faire bâtir un domaine : la fameuse « villa Béthania » assortie de l’emblématique « tour Magdala ». Ce n’est que bien après la mort du curé, en 1917, que racontars et rumeurs, amplifiés par des circonstances favorables, ne se mueront en légende.

La seconde partie de l’ouvrage en constitue sans aucun doute le travail le plus difficile. On aurait tort en effet de sous-estimer la difficulté que l’auteur a sans doute éprouvé à construire cette chronologie commentée, où sont regroupés à la fois les faits, les principaux ouvrages sur Rennes-le-Château (et leurs références), et les explications qu’en donne David Rossoni. Synthétiser en 130 pages plus d’un siècle et demi d’affaire n’a certainement pas été simple. On peut regretter que certains passages, concision oblige, ne soient pas plus développés, mais dans l’ensemble le pari est réussi et l’on se référera volontiers à cette partie pour savoir qui a écrit quoi, quand et comment, sur Rennes-le-Château.

On ne peut qu’être frappé, à la lecture de cette chronologie commentée, par la dichotomie entre le Saunière de la légende – modeste curé de campagne découvreur d’un fabuleux trésor faisant trembler la papauté elle-même – et sa prosaïque réalité, celle d’un prélat avide et réactionnaire, à la vocation sans doute plus intéressée et politique que sincèrement religieuse, et dont le comportement au quotidien confine parfois à la mesquinerie.

Les archives personnelles du curé montrent en effet sans ambages que c’est en utilisant les connexions de son frère Alfred, lui aussi ecclésiastique et militant royaliste, que Béranger Saunière a organisé son trafic de messes. Utilisant comme prête-nom sa servante – et selon toute vraisemblance, sa maîtresse – Marie Dénarnaud pour en faire fructifier le produit, Saunière sera découvert par sa hiérarchie et suspendu. Il tentera alors de minimiser l’importance de son escroquerie – une attitude qui induira en erreur nombre d’exégètes de l’affaire – mais restera néanmoins sur la sellette jusqu’à sa mort.

Vient alors la mythification. Marie Dénarnaud meurt à son tour en 1953, après avoir vendu le domaine en viager à un homme d’affaires perpignanais, Noël Corbu, qui le transforme en hôtel. Dans le but d’y attirer des clients, l’hôtelier se mue alors en conteur, diffusant activement une version légendaire des événements, de plus en plus élaborée au fil du temps. Cette période déterminante montre à la perfection comment se construit le mythe par « accrétion-inflation ». De menus détails, imaginaires ou non, s’amplifient au gré de chaque nouvelle version après s’être agglutinés au récit initial.

Ainsi, les sommes dépensées par l’abbé Saunière deviennent des francs-or, puis prennent quelques zéros, et l’on passe de 200.000 à plus de 5.000 milliards de francs en quelques années. Ici, c’est une banale photographie publicitaire montrant la cantatrice Emma Calvé qui devient la preuve d’une liaison entre elle et Saunière ; là, une enveloppe portant le cachet d’une banque austro-hongroise, à laquelle Saunière commandait des billets de loteries (alors interdites en France) dans l’espoir d’augmenter ses revenus, débouche sur la certitude de la venue à Rennes-le-Château d’un aristocrate austro-hongrois, lequel devient finalement l’archiduc Jean-Salvator de Habsbourg, cousin de l’empereur François-Joseph… Évidemment, la création et exploitation de fausses preuves par le trio Sède-Plantard-Chérisey ne fait qu’amplifier le processus.

Ainsi, toute une mythographie tentaculaire se développe sur l’axiome fondé par Noël Corbu. De numéraire, le trésor devient spirituel, tant par effet de mode que par l’absence totale de résultats des fouilles entreprises – finalement interdites en 1965 par la municipalité de Rennes-le-Château. Les rennistes cherchent à présent dans ce coin déshérité du département de l’Aude la dernière demeure de Jésus-Christ… et de sa descendance. L’influence des anglo-saxons se fait ici patente dans le sillage de L’énigme sacrée (Lincoln, Leigh et Baigent, 1982), dont s’inspirera Dan Brown pour son célèbre Da Vinci Code (2003). Le thème d’une Église catholique complotant pour dissimuler à ses fidèles un hypothétique « vrai christianisme » originel ne pouvait qu’avoir du succès au sein d’une culture anglo-saxonne imprégnée de protestantisme, le « complot papiste » étant un thème récurrent de l’histoire anglaise.

Évidemment, David Rossoni se fait aussi l’écho des rares contrepoints à tendance sceptique au milieu de toute cette littérature : René Descadeillas (Mythologie du trésor de Rennes, 1974), Jean-Jacques Bedu (Rennes-le-Château, autopsie d’un mythe, 1990) ou Laurent Buchholtzer (Rennes-le-Château, une affaire paradoxale, 2008). Il se montre toutefois objectif et sans complaisance, soulignant aussi les faiblesses argumentatives de ces auteurs ou leur incapacité, par souci de préserver le « mystère », à tirer de leur constat les conclusions les plus logiques. L’ensemble est présenté dans un style clair et concis, et la mise en exergue des mots-clés facilite la compréhension de cette chronologie.

L’auteur conclut son ouvrage en faisant le constat un rien désabusé qu’un tel travail de démystification, même s’il est indispensable, constitue une somme d’efforts considérable pour un résultat somme toute modeste, compte tenu du faible public qu’il touche. Face à l’attrait du sensationnel, du rêve et des hypothèses hardies, la réalité paraît en effet bien fade pour le « grand public » - ce qu’on pourra difficilement nier. Toutefois, D. Rossoni constate également que le mythe de Rennes-le-Château est aujourd’hui proche de la « mort clinique » (p. 281), ne se renouvelant plus, et ne suscitant plus auprès du public qu’un intérêt passager – typique, ajoutera-t-on, du « consumérisme intellectuel » des années 2000 et de la « génération Internet ».

Il nous paraît toutefois prématuré d’enterrer la légende de Béranger Saunière et de son prétendu trésor. Comme le phénomène OVNI, l’affaire de Rennes-le-Château risque bien de continuer à « vivoter », notamment sur Internet. À l’instar des « webufologues », on peut se demander si l’œuvre de « webrennistes » à venir n’entraînera pas une résurgence, même si celle-ci, comme nombre de rapports d’observation d’ovnis à l’heure actuelle, ne quittera probablement pas la rubrique « insolite » des moteurs de recherche.

Il n’en reste pas moins que L’histoire rêvée de Rennes-le-Château, dans lequel on retrouve toute la rigueur méthodologique et l’esprit synthétique de David Rossoni, est un ouvrage de référence, à recommander à tous ceux qui voudraient comprendre, sous un angle sceptique et factuel, la légende de Rennes-le-Château dans son ensemble.

 

Éric Déguillaume

 


AGENDA


 

Conférences

À l’occasion de sa création, le groupe AFIS-Ardèche (Association française pour l’information scientifique) a invité le vendredi 25 février 2011, Guillaume Lecointre à Privas (07) pour une conférence intitulée : « Comprendre l’évolution ». Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle et chercheur en systématique, Guillaume Lecointre est notamment l’auteur du Guide critique de l’évolution (Belin, 2009). Il participe depuis une vingtaine d'années à l'amélioration de l'enseignement en sciences des classifications, à tous les niveaux scolaires. Son ouvrage Classification phylogénétique du vivant (Belin, 3e édition en 2006) a contribué à faire évoluer l'enseignement de la classification et a été traduit en trois langues.

Comprendre l'évolution
Vendredi 25 février 2011 à 20h30
Amphithéâtre du Lycée Vincent d’Indy
9 Boulevard du lycée 07000 Privas
http://afis-ardeche.blogspot.com

 

Le vendredi 4 mars 2011, Franck Villard, Nicolas Gaillard et Jean-Louis Racca, membres de l’Observatoire zététique, seront à Gap pour une conférence intitulée : « La zététique… ou comment faire preuve d’esprit critique face à l’étrange ». Invités par l’Association GSA05 (Gap Sciences Animation) dans le cadre du cycle « Écho de sciences, faites le plein de sciences pour débattre ! », ils parleront de la méthodologie scientifique et des outils de la zététique. Car faire preuve d’esprit critique, faire la différence entre croyance et connaissance est un processus assez naturel... que nous ne savons pas toujours « activer » lorsqu’une affirmation « paranormale » nous prend au dépourvu.

La zététique… ou comment faire preuve d’esprit critique face à l’étrange
Vendredi 4 mars 2011 à 18h

Espace culturel Le Royal
13 rue Pasteur 05000 Gap
Entrée libre
www.gsa05.com

 

Le Cercle de zététique de Toulouse continue son cycle de conférences mensuelles « Les lundis de la pensée critique ». Il organise le lundi 7 mars 2011 une conférence de Neset Mandi intitulée « Boîte à outils de la zététique : les pièges » .

Le piège est à sens unique. Une fois tombé dedans, il est impossible sinon très difficile d'en sortir. Il en va des pièges de raisonnement comme des autres. Il est facile de s'y engluer. Or, pour commencer une enquête, il est important de bien poser le problème en évitant les pièges tendus par les autres et par soi-même. Pouvons-nous identifier ces pièges pour les flairer dès le début de l'enquête ?

Boîte à outils de la zététique : les pièges
Lundi 7 mars 2011 à 20h30

Maison de la philosophie
29 rue de la digue 31300 Toulouse
Entrée : 4 euros ; gratuit pour les adhérents
www.alderan-philo.org

 

L’idée que l’on se fait d’un mouvement sectaire est parfois erronée. Dans ce domaine, les lieux communs foisonnent, et les idées reçues  sont légion : « Une religion est une secte qui a réussi », « Les  sectes sont partout », « Les adeptes sont des personnes naïves et  vulnérables », etc. L’Observatoire zététique animera le 24 mars  prochain à Grenoble une soirée sur ce thème, dans le cadre du cycle de conférences « Venez dynamiter vos idées reçues ! » organisé par l’association Antigone. Franck Villard posera un regard critique sur  ces affirmations concernant les sectes et tentera de démêler le vrai  du faux. La présentation sera suivie d’un débat.

Venez dynamiter vos idées reçues sur les sectes
Jeudi 24 mars 2011 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
www.bibliothequeantigone.org

 

Café zététique

La fréquentation de ses réunions ayant fortement baissé en 2010, l’AMAZ, Association Monegasque d'analyse zététique souhaite relancer son activité en mettant en place son premier Café Zététique à Monaco. Ce premier rendez-vous est fixé le jeudi 10 mars 2011 à 19h00. L’objectif reste dans un cadre convivial et sympathique vulgariser la  démarche scientifique auprès du plus grand nombre afin de rendre pérenne l'autodéfense intellectuelle nécessaire à chacun.

Jeudi 10 Mars 2011 à 19h00
Un café théâtre
place des Bougainvilliers à Monaco
http://www.amaz-mc.com

 

Projection-débat

La 4e saison des Midis critiques débute le mercredi 16 février 2011. Animés par les membres du CorteX (Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique et sciences), ce rendez-vous ouvert à tous propose des séquences-débats d'analyse critique des médias sur des sujets de société. Le premier posera la question : « Le choix des médecines douces est-il judicieux ? » ; le second le 9 mars abordera  « Les psychologies de comptoir et leurs dérives » ; le suivant, le 23 mars : « Sexe & genre : comment se fabrique l'oppression féminine ? ».

Le choix des médecines douces est-il judicieux ?
Mercredi 16 février 2011 de 12h à 14h

Psycho-pop : les psychologies de comptoir et leurs dérives
Mercredi 9 mars 2011 de 12h à 14h

Sexe & genre : comment se fabrique l'oppression féminine ?
Mercredi 23 mars 2011 de 12h à 14h

Espace Vie Étudiante
701 avenue centrale Domaine universitaire 38400 Saint-Martin-d'Hères
Entrée libre et gratuite
cortecs.org

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 


DIVERTISSEMENT



Un principe zététique en BD : La charge de la preuve

Nous inaugurons ce mois-ci une nouvelle rubrique dans cette newsletter. Elle sera alimentée chaque mois par Christophe Michel. Ce nouveau membre de l'Observatoire zététique met ses talents de dessinateur à l'œuvre pour illustrer un principe zététique.

Cliquez sur les premières planches pour les voir en grand.

 

 

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Frédéric Bachelier, Éric Déguillaume, Géraldine Fabre, Anthony Lantian, Sonya Luschekina, Florent Martin, Christophe Michel, Fabien Millioz, Fabrice Neyret, Franck Villard.

Retrouvez toutes nos publications sur le site de l'observatoire zététique : www.zetetique.fr.
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Mise à jour le Vendredi, 18 Novembre 2011 10:00