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POZ n°59 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Dimanche, 13 Juin 2010 13:13

SOMMAIRE


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ÉDITO


 

« Cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n'aurait pas de manche. [...] Ce monstre est celui que les marins appellent poulpe. »
Victor Hugo, Les travailleurs de la mer.

À l'heure où tu liras ces lignes, l'équipe victorieuse de la coupe du monde de football 2010 sera connue. Elle ne l'est pas à l'heure où je les écris, aussi est-il encore possible de se livrer à des pronostics.

Je te précise tout de suite, ami lecteur, que je me fiche éperdument du foot. Je m'en bats l'œil avec la patte d'un cloporte, je m'en court-bouillonne la trompe d'Eustache, je m'en tamponne le coquillard.  Ceci est vrai, plus généralement, de tout sport télévisuel et de toute compétition sportive. Un jour, ayant à remplir une fiche standard pour un projet professionnel, je devais dire si mon projet s'inscrivait dans telle ou telle catégorie plus ou moins pipeau, parmi lesquelles figuraient « les valeurs sportives ». Je me suis demandé à ce moment-là quelles étaient lesdites valeurs, ai hésité entre le nationalisme exacerbé, l'exaltation de la force brutale et l'écrasement du plus faible, le machisme viril avec des poils, etc. N'ai pas trouvé de préférence et ai passé mon chemin.

Bref, ceci pour dire que ça ne m'intéresse pas. D'un point de vue sportif ou culturel, s'entend. Parce qu'il peut y avoir des à-côtés amusants, voire zététiquement pertinents. L'irrationnalisme des joueurs et des entraîneurs, ainsi que des supporteurs, est source inépuisable d'étonnement pour le zététicien.

Cette coupe du monde de foot me paraît frapper très fort, puisque la vedette des prédictions semble être Paul le poulpe. Un vrai poulpe, dans un vrai aquarium en Allemagne. À l'aide de ses tentacules, il prédit les résultats des matches en choisissant la boîte représentant le drapeau du pays en question. Il semble que ledit poulpe ne se soit pas trompé jusqu'à ce jour. Et déjà, ici et là sur Internet, l'idée fait tache d'huile avec l'apparition de Régis le lapin ou Robert le chat, qui font également des prédictions.

Je te l'avoue, ami lecteur, j'ai beaucoup de mal à ne pas trouver cela totalement atterrant. Oui, je comprends bien que c'est un amusement, seulement un amusement, pour l'écrasante majorité des gens. Je me doute bien que peu de monde est convaincu du réel pouvoir de prédiction d'un poulpe pour un résultat sportif. C'est un peu comme les horoscopes dans les journaux : la quasi-totalité des gens qui les lisent ne pensent pas réellement que les astres disent qu'aujourd'hui, ils vont rencontrer l'âme sœur.

Seulement un amusement, donc ? Déjà, moi, je ne trouve pas ça amusant, mais ça me regarde. Et puis qui vole un œuf vole un bœuf, les petits ruisseaux font les grandes rivières, et à force de patauger dans le marigot de l'irrationnel, même celui qui a des bottes peut s'enliser. Et toc.

Bon, je peux me tromper du tout au tout, hein. Quitte à me tromper, j'aimerais autant que Paul le poulpe ait réellement un pouvoir de prédiction. Ça, ce serait intéressant. Bon, ce ne serait pas bien la peine de jouer le match, et on ferait pas mal d'économies de télévision, mais ce serait quand même rudement pratique. Imagine un peu, si Paul était capable de tout savoir à l'avance (et autre chose que des futilités comme des résultats sportifs). Il pourrait me dire si je rencontrerai des bouchons sur la route des vacances, si je peux rouler à fond la caisse sans risquer les radars mobiles, si le rosé doux de la cave de Saint-Sardos sera disponible en cubis de cinq litres, quel nombre de bouteilles de pastis il faut prévoir pour le séjour. Enfin des choses utiles et importantes, quoi.

On pourrait l'utiliser comme auxiliaire pour les traders, comme aide à la décision (tant qu'à nager dans l'irrationnel, autant aller jusqu'au bout). Le problème est que Paul le poulpe ne se déplace pas très vite, ce qui n'est guère compatible avec les exigences d'efficacité du monde de la finance. Il aurait peut-être plus sa place dans la diplomatie, milieu plus calme et feutré. Et puis ça aurait de la gueule, les sommets internationaux avec les chefs d'États accompagnés de leur mascotte divinatoire. Merkel avec Paul le poulpe, Sarkozy avec Régis le lapin, Obama avec Gaston le mérou, Berlusconi avec Sylvette l'autruche et Hu Jintao avec Clodomir l'acarien. Il faudrait toutefois veiller à éviter les incidents diplomatiques créés par cette armada divinatoire, par exemple ne pas mettre Michèle la gazelle à côté de Jean-Sigismond le lion, ou Berthe la vache à côté de Gudrun la salade. Mais combien de temps de pourparlers gagnerait-on, si lesdits animaux en donnaient le résultat immédiatement !

En attendant ce progrès, mon animal inspiré personnel, Annabelle la moustique, m'informe que l'été sera bon. C'est tout ce que je te souhaite.

Stanislas Antczak
Éditorialiste piqué

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Les pseudosciences en URSS et dans la Russie d'aujourd'hui

Le Lundi 7 juin 2010, la réunion mensuelle de l'Observatoire zététique a été entièrement consacrée aux pseudosciences en URSS et dans la Russie d'aujourd'hui. À l'initiative de cette soirée, Patrick Masson avait invité Yann Kindo et Sofya Lushchekina, à parler de l'affaire Lyssenko et des pyramides russes. Exceptionnellement, cette réunion publique s'est tenue dans la salle Jean Jaurès de Fontaine.

De gauche à droite : introduction de la soirée par Patrick Masson ; Yann Kindo et le lyssenkisme ;
Sofya Luchtchekina et les pyramides russes.

En introduction, Patrick a souligné l'apparente contradiction entre le matérialisme dialectique prôné à l’époque soviétique et le succès du paranormal en URSS. De fait, la culture russe puise ses racines dans un vieux fond de chamanisme (revenu à la mode), auquel se sont ajoutés les différents courants mystiques de l’orthodoxie, puis l’influence de la théosophie développée par la Russe Elena Blavatsky à la fin du XIXème siècle. La doctrine théosophique professant une création des civilisations par des êtres cosmiques, ce n’est pas un hasard si la « théorie des anciens astronautes » (affirmation selon laquelle la Terre aurait été visitée jadis par des extraterrestres, divinisés ensuite par les humains) eut tant de succès en URSS d'autant plus que l’idée d’attribuer la paternité des religions à des extraterrestres cadrait assez bien avec l’athéisme soviétique.

L’évolution de la dialectique marxiste explique aussi cet engouement des autorités soviétiques pour les idées pseudoscientifiques. Marx, Engels ou Lénine ne remettent pas vraiment en cause la méthode scientifique, mais l’avènement du totalitarisme stalinien va changer la donne. Staline, dont les opinions ont force de loi, est à l’origine de la « théorie des deux sciences » : à la science « bourgeoise », qu'il juge trop idéaliste, il oppose une science « prolétaire », dont le pragmatisme assurerait la supériorité. Ce système de pensée ne survivra pas à sa mort en 1953, puis à l’éviction de Khrouchtchev en 1964.

Le Lyssenkisme, une pseudoscience opportuniste ?

Préparant une thèse de doctorat sur le sujet, Yann Kindo, professeur d’histoire, décortiqua ensuite la manifestation la plus connue de la science stalinienne : le lyssenkisme. Cette théorie soutenue par Trofim Lyssenko prônant la transmission des caractères acquis, fut appliquée  en agronomie et ravagea l'agriculture soviétique. L'apparente facilité avec laquelle elle perdura contre l'évidence en URSS, amène à se poser cette question : Le lyssenkisme est-il un produit « naturel » du marxisme soviétique, ou bien juste une pseudoscience opportuniste ?

Après avoir replacé les faits dans leur contexte historique et social, Yann est revenu sur la controverse qui accompagna l’affaire Lyssenko dans les milieux scientifiques et intellectuels mondiaux et en particulier français. La réaction générale de la communauté scientifique internationale fut un rejet des théories biologiques de Lyssenko, qui étaient contredites par les  premières avancées de la génétique. Mais Lyssenko réussit à imposer son point de vue en URSS, en attaquant la génétique sur des bases purement idéologiques. Staline puis Khrouchtchev continuèrent à le soutenir et à le protéger jusqu'en 1964.

L’ascension de Lyssenko s’inscrit dans un contexte favorable. À l'époque des grandes famines de 1932-33, Lyssenko offre une solution providentielle et quasi immédiate pour obtenir des variétés de blé plus résistantes et plus productives, là où les autres agronomes ne peuvent proposer que plusieurs années, voire décennies, de patientes sélections génétiques. Lyssenko put ainsi obtenir l’attention des dirigeants soviétiques, pendant que ses détracteurs, biologistes et généticiens déjà en place, étaient graduellement éliminés par les purges staliniennes (Vavilov mourra en prison en 1943). En 1948, en pleine Guerre froide, le contexte est tout aussi favorable. Dans une atmosphère de compétition avec les Etats-Unis, y compris en matière de production agricole, est élaborée la « doctrine Jdanov » qui prône la séparation complète des deux blocs Est-Ouest, y compris en matière de science. C’est donc en toute logique que le lyssenkisme sera mis en avant pour contrer la génétique « bourgeoise » traditionnelle.

Yann Kindo souscrit donc au point de vue de David Joravsky : bien plus qu’un idéologue, Lyssenko est un opportuniste qui publie dans des revues « grand public », joue de ses accointances et de son influence, se livre à un véritable « lobbying »… Dans un contexte de crise agricole ayant généré une situation d’urgence, il est celui qui a le mieux compris le fonctionnement du système totalitaire stalinien. Dans une société en perpétuelle transformation, une pseudoscience opportuniste a réussi à prendre le pouvoir, et seule la stabilisation de la société soviétique sous l’ère Brejnev réussira à l’en chasser.

Des pyramides russes à la Pierre de Dashka

Sofya Luchtchekina, chimiste à l’Université Lomonosov de Moscou fit ensuite en anglais un exposé sur deux allégations pseudoscientifiques étudiées et démystifiées par des chercheurs de son université.

La première concerne Alexander Golod qui depuis 1990 construit, en Russie d'étranges pyramides. Le plus connu de ces édifices est celui de la banlieue de Moscou, une pyramide effilée de 40 mètres de hauteur construite en fibre de verre, que Sofya et Patrick ont pu visiter.

Selon Golod, ces pyramides auraient pour effet d'« harmoniser», grâce à leurs proportions basées sur le fameux « nombre d’or », tout ce qui est stocké à l’intérieur, et même ce qui se trouve alentours. Cette « harmonisation » s’accompagnerait d’une large variété d’effets, comme le fait que l’eau stockée à l'intérieur des pyramides resterait liquide à -40°C (allégation réfutée par les photos prises par Sofya et Patrick lors de leur visite, montrant des bouteilles d’eau bien gelée…). Bien que Golod se défende de tirer profit de ses pyramides, il existe tout un lucratif marché de produits dérivés.

Sofya parla ensuite de la « pierre de Dashka ». Cet objet, découvert en 1999 par Alexander Chouvirov à proximité d’Oufa (dans l’Oural), serait selon son découvreur ce que l’on nomme un « out of place artifact » (en abrégé OOPArt), un objet trop avancé technologiquement par rapport à la couche géologique dans laquelle il a été retrouvé. Selon Chouvirov, il s’agirait d’une carte en relief des monts Oural, sillonnée de « canaux », fabriquée avec trois couches successives de matériaux étranges et incassables, et gravée de hiéroglyphes indéchiffrables. Elle aurait 120 millions d’années, et d’aucuns attribuent sa paternité à des extraterrestres…

La réalité est beaucoup moins impressionnante. Examinée par une commission de scientifiques russes, la pierre s'est révélée... cassable et constituée de roche très ordinaires (calcaire dolomitique). Quant aux canaux, tout laisse penser qu'ils sont de simples fissures érodées d'origine naturelle.

Éric Déguillaume et Géraldine Fabre

 

 

Ultimate Z 2010, la cinquième Université d'été de l'OZ

Il est certaines traditions qu'il fait bon respecter. Ainsi, celle de l'Université d'été de l'Observatoire zététique, Ultimate Z, dont la cinquième édition eut lieu du 18 au 20 juin 2010 à Pont-de-Barret, dans la Drôme. Certes, du 18 au 20 juin ce n'était pas l'été. Il aurait donc fallu nommer ce rassemblement université de printemps. Les conditions météorologiques, quant à elles, auraient plutôt conduit à parler d'université d'automne. Les sujets traités étant divers, on peut conclure qu'il s'agit d'une université des quatre saisons, ce qui n'est finalement pas plus mal. L'ultimate Z5 fut l'occasion d'un regroupement de personnes variées, issues de différentes associations. Françoise Mariotti, du Cercle zététique Languedoc-Roussillon, (CZLR) Denis Caroti, de l'association Marseille zététique (AMZ), Éric Lowen et Marie-Christine Hauet de l'association Aldéran de Toulouse, Roger Gonnet webmestre du site Antisectes (et membre de l'OZ), Christophe Michel et Virginie Bagneux du CROZet de Savoie, voisinaient ainsi avec les membres de l'Observatoire zététique. L'Université d'été de l'OZ donna à chacun l'occasion de présenter ses activités zététiques.

 

De gauche à droite : le gite de Pont-de-Barret ; séance de discussion ; petit déjeuner avant le début des hostilités ; Roger Gonnet tentant d'embrigader Virginie Bagneux avec une technique de manipulation de la scientologie.


Le séjour fut particulièrement dense cette année, avec un ordre du jour presque tenu (le retard le plus grand pris sur l'horaire prévu n'excéda jamais 1h30, c'est Byzance !) et des débats en veux-tu en voilà, parfois houleux mais toujours courtois et enrichissants. Le programme était chargé, comme on va en juger.

Après une présentation introductive de la zététique et de l'OZ par Florent Martin, la soirée de vendredi s'ouvrit par un roboratif plat de CROZet préparé par Christophe, puis par la malédiction d'Uluru présentée par Nicolas Gaillard (OZ), qui a tellement travaillé son exposé que son ordinateur a lui-même subi la malédiction et qu'il n'a rien pu nous en montrer. Nous fûmes réveillés le samedi matin par la bête du Gévaudan, venue avec Éric Déguillaume (OZ) nous glacer d'effroi. Pour nous rassurer, Jean-Louis Racca (OZ) fit œuvre prophylactique en nous présentant quelques problèmes soulevés par les méta-analyses en parapsychologie.

Un repas venteux plus tard, nous étions à point pour répondre expérimentalement à l'énigme de Florent : « Touillez votre café, puis tapotez avec la cuiller au fond de la tasse. Écoutez. Pourquoi le bruit devient-il plus aigu ? ». Pour nous libérer des mauvaises ondes électromagnétiques qui nous volent notre énergie, Denis nous a ensuite présenté un joli objet-arnaque qu'il a pisté jusqu'en Ukraine. Puis Éric Lowen a posé la question du statut scientifique pour la zététique.

Le froid nous a alors contraint de poursuivre les exposés à l'intérieur. Mais là, Adi Pakfar (OZ) nous fit froid dans le dos avec son tour d'horizon des cadavres « incorruptibles » présentés comme miraculeusement conservés. C'est pas joli joli. Édouard Schoene (OZ) nous parla ensuite de l'obsolescence programmée des appareils électriques (info ou intox ?), puis Frédéric Bachelier (OZ) fit la revue de presse de l'affaire Onfray-Roudinesco.

 

De gauche à droite : le président de l'OZ sonnant le rappel des troupes ; exposé de Denis Caroti ; 
Queztions pour un Zampion animé par Stanislas Antczak ; la traditionnelle photo de groupe.

 

La soirée fut d'abord consacrée au traditionnel concours de mauvaise foi, organisé par Stanislas Antczak (OZ), occasion renouvelée d'exercer notre esprit critique en connaissant les arguments moisis observés çà et là dans les discours de toutes sortes. Le vainqueur, Nicolas Gaillard (OZ), a gagné en soutenant qu'« une mère sait si son enfant ment grâce à son intuition féminine », face à Édouard qui, lui, soutenait qu'« une mère sait si on enfant ment grâce à son instinct maternel ».  Ensuite, le débat « Quelle est notre légitimité à déconstruire une croyance » fit rage tard dans la nuit. Fatigue et boisson aidant, on entendit alors des affirmations étranges, comme le fait que les gendarmes aient dispersé les adeptes du Mandarom à l'aide de biscuits Pepito, ou que les Pim's orange rendaient aveugle.

Le dimanche matin, Roger (OZ, Antisectes) nous présenta une technique redoutable d'aliénation mentale utilisée par la Scientologie. Françoise  (CZLR) prit alors sa truelle pour présenter l'architecture de la pensée sociale, puis la matinée fut conclue par notre Président Bien-Aimé Fabrice Neyret (OZ), faisant un tour d'horizon de la manipulation par l'image.

Le séjour se termina avec le célèbre zeu Queztions pour un Zampion, préparé et animé par Zulien Leperz, autrement dit Ztanizlaz Antczak. Denis Caroti, comme l'année dernière, arriva deuxième, derrière Éric Déguillaume. Bravo à eux deux. Rangement, ménage, et la petite troupe s'égailla pour regagner son triste quotidien, en se donnant rendez-vous à l'année prochaine.

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Le « packing » confirmé par le Haut Conseil de la Santé Publique !

Après le programme de recherche visant à démontrer l’efficacité du packing [1] lancé en décembre 2008 par l’équipe du professeur Delion, responsable d’un service de psychiatrie infanto-juvénile à Lille, M’Hammed Sajidi, président de Vaincre l’autisme – Léa pour Samy, a déposé, fin mars 2009, auprès du Ministère de la Santé et des Sports une demande de moratoire sur cette pratique [2]. Le Ministère a chargé la commission spécialisée Sécurité des patients du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) d’évaluer les risques éventuels liés à cette technique, qui est encore utilisée en France dans le traitement de certains troubles graves du comportement, notamment chez les enfants autistes.

En mars 2010, après avoir procédé à une série d’auditions [3], le HCSP a rendu public son avis sur son site Internet. La commission ne se prononce pas sur la pertinence et les aspects éthiques de cette pratique mais plutôt sur les modes de son utilisation. Sa conclusion ne porte que sur « la nature et les niveaux d’exposition aux risques physiques et psychologiques connus à ce jour » et « les conditions de sécurité de la réalisation des enveloppements humides », non sur leurs indications, ni sur les aspects éthiques, tels que celui de la maltraitance. Elle estime que le packing est une « pratique rare, généralement réservée à des cas gravissimes, le plus souvent en dernier recours », notamment en cas d’agressivité contre soi et contre les autres et d’agitation extrême.

Le packing, ne présentant pas de « risques notables identifiés à ce jour » [4], pourra continuer à être utilisé en tant que traitement de l’autisme dans des conditions de sécurité satisfaisantes et par des professionnels spécifiquement formés [5]. Cependant, il est clairement dit dans le rapport du HCSP « que le premier risque psychologique est la crise d’angoisse ou l’attaque de panique au moment de la séance. Certains enfants peuvent ressentir, surtout en début de traitement, des angoisses dites “d’étouffement”, véritablement claustrophobiques. L’observation du tonus, du regard, du comportement, la prise de pouls, doit permettre de les déceler. » Sachant qu’un enfant autiste est particulièrement sensible à l’environnement extérieur, comment est-il possible de sous-estimer les risques psychologiques du packing au point de dire qu’il n’y a pas de risques notables identifiés à ce jour ? Consterné, M’Hammed Sajidi souligne : « Les enfants atteints d’autisme sont hospitalisés pour recevoir un traitement contre l’autisme. […]. Les autorités sanitaires ont le devoir de n’appliquer comme traitement que ce qui a été avéré scientifiquement ».

Et c’est justement là où le bât blesse. Le rapport du HCSP le dit froidement lui-même : le packing est un « traitement dont la connaissance ne repose jusqu’à présent que sur des constatations empiriques » [6]. En effet, cette technique n’a jamais été scientifiquement évaluée. Elle est fondée uniquement sur les convictions de ses utilisateurs, pédopsychiatres-psychanalystes. Selon le professeur Delion, « il a été très souvent vérifié que le traitement neuroleptique pouvait être notablement diminué pendant et au décours des séances de packing ». « Très souvent vérifié » de façon empirique par les utilisateurs de cette technique, mais jamais par des études scientifiques.

Dans une lettre adressée le 20 avril 2010 à Roselyne Bachelot, ministre de la santé, l’association de parents Léa pour Samy écrit que, non seulement ses demandes n’ont pas été prises en compte mais que, « pire encore, elles ont été détournées pour aboutir à une validation administrative via l’avis du HSCP », afin de « se plier aux pressions du corporatisme médical, notamment du corps psychiatrique d’obédience psychanalytique. » L’association Léa pour Samy maintient son moratoire et s’apprête à mener des actions sur le terrain.

Je termine cet article par la citation des propos de Bernard Golse, pédopsychiatre-psychanalyste, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker-Enfants-Malades à Paris, dans un article de Libération du 27 avril 2010, intitulé Et si l’État se mêlait de ses affaires. Il répondait à une déclaration, dans Le Monde du 2 avril, de Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille, qui exprimait sa volonté d’encourager les « méthodes comportementalistes » dans le traitement de l’autisme, à la veille de la journée mondiale de sensibilisation à cette maladie : « Que nos gouvernants prennent donc garde de ne pas emboîter inconsidérément le pas à un nouveau fanatisme avide de réduire l’autisme à sa seule part organique au sein d’une pensée nosologique molle, seulement à même de faire le miel d’officines comportementales, parfois plus ou moins douteuses. »

Ce qui est toutefois encourageant, c’est que nombre de lecteurs, parents d’enfants autistes mais aussi citoyens concernés, ont utilisé la possibilité que leur offrait le journal pour exprimer leur avis. C’est ainsi que l’un d’entre eux a écrit : « L’une des rares fois où, en France, « l’État », comme vous dites, s’est mêlé de prendre position sur un problème scientifique, ce fut lorsque le ministre de la Santé Douste-Blazy céda à la pression de supporters de la psychanalyse en retirant du site internet de son ministère le rapport de l’INSERM sur l’évaluation des psychothérapies (commandé par ses propres services à la demande d’associations de patients !), rapport très défavorable à la psychanalyse. Vous ne pouvez pas ignorer, M. le Professeur, qu’il en fit l’annonce lors d’un "forum psy" lacanien tenu le 5 février 2005 à la Mutualité ; son allocution commençait par : « Cher Jacques-Alain Miller, cher Bernard-Henri Levy, chère Catherine Clément » : trois personnes qui n’ont jamais vu un patient de leur vie (c’est pourquoi je parle de supporters de la psychanalyse, plutôt que de psychanalystes). Où étiez-vous ce jour-là, M. Golse ? Si ça se trouve, vous étiez parmi les 1200 fans qui formaient le public. Et vous avez participé à la standing ovation que celui-ci fit au ministre parce qu’il jetait à la poubelle le travail scientifique le plus conséquent sur l’efficacité des psychothérapies au prétexte qu’il était défavorable à la psychanalyse. Attitude qui continue d’entraver dans notre pays le mouvement normal d’acquisition de nouvelles connaissances savantes ou vulgarisées. Et vous venez aujourd’hui pleurnicher parce qu’enfin, « l’État » va peut-être prendre ses responsabilités ? Qui peut encore vous prendre au sérieux ? » Un autre parent, s’adressant à Bernard Golse, a exprimé avec force sa conviction :« […] dites-vous bien que nous ne baisserons pas la pression auprès du gouvernement pour que la France, dans le domaine de l’autisme, ne reste pas enfermée dans le linge glacé dans lequel vous essayez de la maintenir. »

Conclusion extraite de l’avis rendu par le HCSP [7] :
« En conclusion, compte tenu de l’absence de risques notables identifiés à ce jour, le Haut Conseil de la santé publique considère que la réalisation du packing ne présente pas de risques qui justifieraient son interdiction. Cependant, l’existence de risques psychiques n’est pas exclue et doit être prise en compte dans l’analyse bénéfice-risque de cette méthode de prise en charge, au même titre que toutes les autres méthodes de prise en charge, médicamenteuse ou non, de l’autisme. Le Haut Conseil de la santé publique signale que ces recommandations doivent être intégrées dans une démarche rationnelle et scientifique visant à statuer sur la place de cette pratique dans la prise en charge complexe des enfants autistes.
De plus, le Haut Conseil de la santé publique préconise :
une poursuite des travaux de recherche de nature neurophysiologique et clinique pour mettre en évidence les effets bénéfiques éventuels et la balance bénéfices-risques de ce traitement dont la connaissance ne repose jusqu’à présent que sur des constatations empiriques. À ce titre, la mise en œuvre du projet de recherche financé par le PHRC* et dirigé par le Dr Goeb est utile et attendue ;
une traçabilité locale des événements indésirables associés à la pratique du packing afin de permettre de dénombrer et de documenter ces événements dans le futur. »
*PHRC : Programme Hospitalier de Recherches Cliniques.

Brigitte Axelrad

Notes :
[1] Explication de cette technique : voir l'article Le « packing », la camisole glacée des enfants autistes (POZ n°50 - août 2009).
[2] Sur le site de Léa pour Samy, le moratoire contre le packing : Stop à la camisole glacée.
[3] Science Direct : « Les enveloppements humides initialement froids (packings) sont efficaces dans les troubles graves du comportement chez les enfants et adolescents autistes ». J.-L. Goeb, P. Delion…
[4] L'atteinte psychologique  sur le patient de cette méthode n'est donc pas identifiée comme risque !
[5] mais que cela signifie-t-il concrètement ?
[6] On sait que les impressions et les désirs peuvent tromper même les experts, en l'absence d'une expérimentation en double aveugle.
[7] Sur le site du HCSP, l’avis et le rapport :
Avis relatif aux risques associés à la pratique du packing pour les patients mineurs atteints de troubles envahissants du développement sévères
Risques associés à la pratique du packing pour les patients mineurs atteints de troubles envahissants du développement sévères. Rapport de synthèse d’experts.

Article paru initialement sur le site de l'Association pour l'information scientifique (AFIS)


 

En Bref

Décès de Martin Gardner

Le journaliste, mathématicien et écrivain américain Martin Gardner est décédé le 22 mai 2010 à l'âge de 95 ans. Surtout connu du grand public pour ses articles de vulgarisation en mathématiques, Martin Gardner fut aussi un précurseur du mouvement sceptique contemporain, notamment grâce à son livre Fads and fallacies in the name of Science publié en 1952. Il dénonçait alors certaines croyances pseudoscientifiques comme la dianétique de l'Église de scientologie, les accumulateurs d'orgone de Wilhelm Reich, l'astronomie catastrophiste d'Immanuel Velikovsky ou l'Atlantide d’Edgar Cayce. En 1976, il s'associait à Carl Sagan, Isaac Asimov, Philip Klass, Paul Kurtz, Ray Hyman, James Randi et Sidney Hook pour fonder le CSICOP, Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal. Devenu le CSI, Committee for Skeptical Inquiry, cette organisation continue à promouvoir l'analyse scientifique des allégations paranormales, notamment à travers la publication de son magazine le Skeptical Inquirer dont Martin Gardner fut un contributeur très actif.

 


 

Le Bazar du bizarre


Les soucoupes volantes toujours interdites à Châteauneuf-du-pape

En 1954, alors que les observations d'OVNI se multipliaient dans le monde, le maire de Châteauneuf-du-Pape prenait la décision d'interdire « le survol, l'atterrissage et le décollage d'aéronefs, dits soucoupes volantes ou cigares volants, de quelques nationalité que ce soit » sur le territoire de sa commune. Approuvé alors par le préfet du Vaucluse, cet arrêté menaçait les contrevenants d'une mise en fourrière immédiate et chargeait le garde-champêtre et le garde particulier de son application. Toujours en vigueur aujourd'hui, cet arrêté n'a cependant jamais été utilisé. Une preuve qu'il est aussi dissuasif que les panneaux anti-girafe ou les talismans contre les enlèvements extra-terrestres. Aujourd'hui, le maire estime qu'une telle décision ne serait plus approuvée par le préfet. Ah ? Et, qu'est ce qui a changé en 50 ans ? (Source : www.ufologie.net)

 

Esprit, es-tu ivre ?

Le 23 mai dernier, une caméra de surveillance dans un pub de Gloucester, The New Inn, a filmé le glissement d'une pinte de bière sur une table puis sa chute sur le sol. Comme rien ne semble avoir provoqué les mouvements du verre, certains voient dans ce phénomène inexpliqué une preuve que le pub est hanté. Pourtant, inexpliqué ne veut pas dire inexplicable... La Gloucester Active Paranormal Society (GAPS) a donc été appelé pour enquêter. Déployant tous leurs appareils « scientifiques » (thermomètre, magnétophone, caméra, etc.), ils vont tout mesurer et tout enregistrer... et frémir dès qu'une aiguille bougera. Mais comment être sûr que cela sera dû à la présence d'un fantôme ? La chasse aux fantômes n'est décidément pas aisée... (relisez la nôtre : Enquête sur la Dame blanche de Mauroux). Excepté la capture de l'un d'entre eux, quelle preuve vraiment convaincante peut-on rapporter ? (Source : BBC news)

 

La maison du diable est en vente

Si vous avez toujours rêvé de vivre dans une maison hantée, sachez que la plus célèbre d'entre elles est à vendre : la maison du diable d'Amityville (pour 1,5 millions de dollars tout de même !). Située dans l'État de New York, cette maison érigée en 1928 dans un pur style colonial est devenue célèbre après la nuit du 14 novembre 1974 durant laquelle Ronald DeFeo assassina six membres de sa famille pendant leur sommeil. L'année suivante, la famille Lutz s'y installe mais ils n'y habiteront que 28 jours, terrorisés par d'étranges voix, des visions et autres phénomènes paranormaux. Ces phénomènes vont intriguer l'écrivain Jay Anson, qui publie en 1977, The Amityville horror, a true story. Le livre fera l'objet d'une adaptation cinématographique : Amityville, La Maison du diable. Pourtant, quand on enquête un peu sur ces phénomènes étranges, on se rend compte que les informations propagées sont fausses ou déformées, comme l'expliquait en mai 2006, Nicolas Vivant dans le seul reportage un peu sceptique de l'émission Les 30 histoires les plus mystérieuses. (Source : qc.news.yahoo.com)

 

Un trèfle à quatre feuilles collé dans le dos

Le 13 juin 2010, Raymond Curry a eu un grave accident de la route à Cramlington, dans le nord-est de l'Angleterre. Sa voiture a percuté une clôture et il a été transpercé par un morceau de bois qui heureusement n'a touché aucun organe vital. Les chirurgiens qui l'opérèrent parvinrent à extraire le pieu et à sauver le jeune homme. Pourquoi la presse internationale a-t-elle relayé ce fait divers ? Parce que les médecins découvrirent un trèfle à quatre feuilles collé dans le dos de Raymond... Et les journaux de titrer « Saved by four-leaf clover » ou en français « Sauvé de la mort grâce à un trèfle à 4 feuilles ? » avec ou sans point d'interrogation... (Source : www.dailymail.co.uk)

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

En librairie

Roswell, rencontre du premier mythe

Roswell, rencontre du premier mythe
Gilles Fernandez
Books on Demand
228 pages - 29,99 euros

 

Comme annoncé dans notre précédente newsletter, l’ouvrage de Gilles Fernandez Roswell, rencontre du premier mythe est à présent disponible. Son auteur, ancien chercheur en psychologie cognitive, s’est pris de curiosité pour cette célèbre affaire ufologique, dans laquelle il s’est immergé plus profondément qu’aucun autre sceptique français. Il nous livre dans son ouvrage le résultat de ses explorations, pour le moins édifiant, de l’abondante (et parfois confuse) documentation qui circule à sujet sur Internet ou en librairie.

Avant toute chose, un petit rappel chronologique s’impose. En juillet 1947, peu de temps après l’irruption des « soucoupes volantes » (le terme « ovni » n’existait pas encore) dans la presse états-unienne, un communiqué de presse de la base aérienne de Roswell, au Nouveau-Mexique, annonçait la récupération, par l’armée de l’air américaine, de l’une d’entre elles. Cette annonce allait très rapidement être démentie, et « l’affaire de Roswell », tomber dans l’oubli. C’est seulement trente ans après que la parution de The Roswell Incident de Charles Berlitz et William Moore allait la « déterrer », attribuant l’incident au crash d’un vaisseau spatial extraterrestre et à sa récupération par les militaires. Les années qui suivirent allaient apporter leur lot de « révélations » plus ou moins médiatisées, pour faire de Roswell une des affaires les plus connues de l’ufologie mondiale.

Gilles Fernandez se fait l’écho de cette chronologie dans une brève introduction. Celle-ci laisse ensuite la place à ce que l’auteur a baptisé le « sac à dos ». Il y énumère quels ont été les principes méthodologiques ayant guidé ses recherches et son analyse. Assurément le zététicien y trouvera des termes familiers, puisque la méthodologie en question reprend des principes, effets et facettes bien connus de la démarche zététique : rasoir d’Occam, charge de preuve, curseur de vraisemblance… Une liste utile pour comprendre sa démarche, mais également une saine piqûre de rappel qui rafraîchira avec pertinence la mémoire du lecteur sceptique.

On s’attarde ensuite sur la valeur du témoignage humain, principal matériau de l’affaire de Roswell et surtout de ceux qui veulent y voir une explication exotique. C’est là que la formation de Gilles Fernandez fait mouche, l’auteur rappelant sans ambages une évidence souvent niée par les ufologues : le manque de fiabilité du témoignage humain, qui, quel que soit le témoin, est sujet à l’imprécision, la déformation, la contamination, le faux souvenir… Toute analyse de témoignages risque donc d’être affectée de certains biais, que Gilles Fernandez expose pour mieux s’en prémunir.

Ce n’est toutefois pas le seul problème, en ce qui concerne l’affaire de Roswell. Le corps du texte proprement dit s’ouvre sur le témoignage de Bessie Brazel, la fille du fermier qui, le premier, signala aux autorités les débris qui parsemaient son ranch en juin/juillet 1947. On peut constater que ce récit mentionne un véritable « détail qui tue » : la présence parmi les débris d’un ruban adhésif décoré de fleurs, caractéristique d’un type bien particulier de… réflecteur radar, un objet bien terrestre. Ce témoignage, pourtant de première main, est systématiquement minimisé ou écarté par les auteurs partisans d’une origine extraterrestre des débris, qui lui préfèrent (en contradiction avec des principes exposés précédemment par G. Fernandez) des récits de seconde, voire de troisième main, pourtant beaucoup plus douteux.

Gilles Fernandez puise dans ce paradoxe la source de son questionnement sur l’affaire de Roswell, et s’attache donc dans la première partie de son ouvrage à passer au crible de sa méthodologie, les affirmations « extraordinaires » que nombre d’ufologues ont formulé ou colporté à propos de Roswell. L’auteur remet tout d’abord, de manière très pertinente, les événements dans le contexte où ils se sont déroulés. Un travail qui n’aurait rien à envier à celui d’un historien de carrière : indispensable d’un point de vue méthodologique, il est abondamment documenté et agrémenté de nombreuses références, notamment dans la presse de l’époque – dont l’influence déterminante dans la genèse du phénomène ovni transparaît en filigrane.

On réalise ainsi qu’en juillet 1947, les « soucoupes volantes » n’ont pas du tout le sous-entendu « extraterrestre » qu’on leur attribue aujourd’hui. L’expression désignait simplement des objets indéterminés qui, dans l’esprit du public, pouvaient être n’importe quoi. Dans ce contexte, n’importe quel objet d’aspect inhabituel et tombé du ciel pouvait être tenu pour une « soucoupe volante ». Ainsi, le communiqué de la base de Roswell annonçant la récupération de l’une d’entre elles devient tout de suite beaucoup plus anodin, coupant l’herbe sous le pied de ceux qui veulent y voir un aveu de la récupération d’un engin venu d’outre-espace.

L’auteur dresse ensuite un florilège des diverses erreurs, voire parfois même malversations, des auteurs favorables à une explication extraterrestre à l’affaire. Tout y passe : argument d’autorité (avec diplômes inventés à l’appui), témoins de seconde main qui font « parler les morts », tri sélectif des récits, dissimulations, argumentaire ad hoc, biais d’ignorance, contradictions internes, incohérences, faux documents… L’affaire de Roswell est un véritable terrain d’entraînement pour le zététicien qui voudrait s’entraîner à repérer les biais de raisonnement les plus divers. Gilles Fernandez l’a bien compris et nous le montre, citations à l’appui. Au terme de cette liste, l’affaire est entendue : l’extraordinaire (ici, l’extraterrestre) ne peut expliquer l’affaire de manière convaincante, pour un esprit rationnel.

On en revient alors à une cause plus prosaïque. L’occasion de réhabiliter l’explication « officielle », formulée par une commission d’enquête militaire en 1995 : les débris récupérés en 1947 appartenaient à un type bien particulier de ballons sonde, utilisés (avec notamment des réflecteurs radar, du type utilisant justement le fameux ruban adhésif à fleurs) dans le but de détecter d’éventuels essais nucléaires soviétiques, un projet baptisé Mogul. L’auteur confirme cette identification avec force documents d’époque. Tout coïncide : la taille des débris, leur apparence, le calendrier des vols, la présence de l’équipe sur place…

Face à de tels éléments, les auteurs qui soutiennent une origine extraterrestre à l’affaire s’en trouvent réduits à contester qu’il y ait eu des lâchers de ballons Mogul aux dates correspondantes. Gilles Fernandez réfute ces assertions, à l’aide du journal que tenait le responsable du programme Mogul. Il démontre enfin qu’au moins un vol coïncide en temps et en heure avec la découverte des débris. Ainsi démontrée au-delà du doute raisonnable, l’explication s’impose d’elle-même à l’enquêteur rigoureux : les débris de Mogul et ceux de Roswell ne font qu’un. Si l'on désire remettre en question cette raisonnable identité, il faut alors le démontrer.

Pourtant, le mythe perdure, et l’affaire de Roswell continue à générer des kilomètres de discussions sur Internet, chaque année apportant son lot de prétendues révélations et de publications. Et Gilles Fernandez de s’interroger sur cette survie du mythe, envers et contre les faits : à quoi tient ce véritable déni de vérité ? Dans un nouvel exercice de zététique, l’auteur passe en revue les différents procédés narratifs qui permettent aux auteurs « pro-extraterrestre » d’évacuer l’explication prosaïque, pour ne garder que l’extraordinaire – fût-ce au prix d’acrobaties intellectuelles, voire de spéculations n’ayant pour seul but que préserver la cohérence apparente de leurs théories.

Le développement s’achève par un retour aux sources. Il y est notamment question de Jesse Marcel, dont le témoignage permit aux ufologues d’exhumer l’affaire après trente ans d’une bien étrange amnésie. On constate alors à quel point ce récit tardif, ce qui est déjà surprenant en soi, a été trituré, déformé, magnifié, jusqu’après la mort de Marcel, par ceux qui l’utilisent encore aujourd’hui pour soutenir l’hypothèse extraterrestre. Photos tronquées, questions orientées, états de service « dopés », tout a été mis en œuvre pour faire de Marcel un témoin au-dessus de tout soupçon. Autant de manœuvres qui ne résistent pas à l’analyse.

Que reste-t-il de l’affaire Roswell ? C’est la question que se pose G. Fernandez au terme de son ouvrage. Pas grand-chose, répondra-t-on à la lecture de son exposé. Le prétendu « crash » est somme toute un non-événement, dont certains auteurs plus ou moins scrupuleux ont fait, consciemment ou non, une légende majeure de l’ufologie. Le mérite de Gilles Fernandez est de nous renvoyer à ce « premier mythe », en démontrant qu’il s’agit bien d’un mythe, et en nous faisant comprendre comment il est devenu ainsi, et pourquoi il perdure encore aujourd’hui.

Le livre s’achève sur une série d’annexes fournie, où se côtoient documents originaux et leur traduction, diagrammes, schémas ou encore listes de sources. On lira aussi avec intérêt l’aparté consacré au « syndrome des faux souvenirs », particulièrement utile pour comprendre comment des témoins sincères en viennent à se remémorer des événements qu’ils n’ont en réalité pas vécus. Si le propos de l’auteur est parfois pointu, il se veut pédagogique, et les nombreuses répétitions – parfois un peu agaçantes pour le lecteur chevronné – faciliteront grandement la tâche du néophyte.

En résumé, Roswell, rencontre du premier mythe est sans aucun doute le nouvel ouvrage sceptique de référence (en français) sur Roswell. On ne saurait que trop le recommander à ceux qui voudront s’intéresser à l’affaire en exerçant leur esprit critique – et en laissant de côté le sensationnel souvent claironné par des livres à plus fort tirage (et donc moins chers, les économies d’échelle aidant…).

Éric Déguillaume

 

Une chandelle dans les ténèbres

La collection zététique Une chandelle dans les ténèbres éditée par Book-e-book s'est enrichie de quatre nouveaux titres ces derniers mois, trois ouvrages faisant une analyse critique de l'homéopathie et de l'acupuncture, de la psychanalyse, et des théories du complot, et une pièce de théâtre sur la place de l'Homme dans l'Univers.

 



De granules en aiguilles, l'homéopathie et l'acupuncture évaluées
Jean-Jacques Aulas
60 pages - 9,90 euros

Les psychanalyses : des mythologies du XXe siècle ?
Nicolas Gauvrit et Jacques Van Rillaer
75 pages - 9,90 euros

11 septembre et théories du complot ou le conspirationnisme à l’épreuve de la science
Jérôme Quirant
70 pages - 9,90 euros

Notre Terre qui êtes aux cieux
Jean-Louis Heudier et Maurice Galland
65 pages - 9,90 euros

 


 

En ligne


Il faut virer la graphologie des entretiens d'embauche

Laurent Bègue, directeur du Laboratoire Interuniversitaire de Psychologie Personnalité, Cognition, Changement Social (LIP-PC2S) de Grenoble a publié sur rue89 un article dénonçant l'usage encore courant de la graphologie dans les entretiens d'embauche malgré les nombreuses études scientifiques ayant démontré son inefficacité pour décrire la personnalité ou les aptitudes professionnelles d'un individu.

Extrait : « La graphologie est donc à mettre du côté des fausses sciences et son utilisation dans la sélection du personnel, d'ailleurs peu appréciée par les candidats, doit être tenue pour injustifiée et contraire à la loi du française sur le recrutement et les libertés individuelles votée en 1992 (loi Aubry), selon laquelle tout candidat à un emploi doit être soumis à des méthodes « pertinentes au regard de la finalité poursuivie ».»

À lire sur : eco.rue89.com

 

Psychologie, mathématiques et choses connexes

Le mathématicien Nicolas Gauvrit, docteur en sciences cognitives a ouvert son blog : Psychologie, mathématiques et choses connexes. Un site « où l'on cause sur un rythme anarchique de l'utilisation des mathématiques en psychologie, de psychologie tout court, des sciences et des pseudosciences et de l'art délicat du doute. », comme il l'écrit lui-même. Les premiers articles abordent des sujets aussi divers que la loi de Benford, le jeu de l'ultimatum, la perception de l'étalement ou encore (bien sûr) la psychanalyse.

Nicolas Gauvrit est l'auteur de plusieurs livres de vulgarisation mathématique en particulier Statistiques, méfiez-vous ! (2007, éditions Ellipses), Vous avez dit hasard ? (2009, éditions Belin - Pour la Science).

À lire sur : psymath.blogspot.com

 


AGENDA


 

Théâtre

Deux représentations de la pièce de théâtre Notre Terre qui êtes aux cieux de Jean-Louis Heudier et Maurice Galland (récemment publiée chez Book-e-book, voir notre rubrique En librairie) sont programmées cet été à Saint Michel-de l'Observatoire (Alpes de Haute-Provence) et à Èze (Alpes-Maritimes) les 21 et 24 juillet. Elles sont complétées par des observations du ciel.

Comment les terriens ont progressivement quitté le centre de l'univers pour se retrouver sur une petite planète tournant avec bien d'autres autour d'une petite étoile ? Quand les questions fondamentales bousculent les croyances les mieux établies, quand l'observation du ciel devient déterminante pour la survie de notre espèce, l'Homme, tiraillé entre certitude, scepticisme et curiosité, devient majeur et se plie à la raison... Cet Homme universel et intemporel, c'est Profero, qui nous représente et qui se plait à incarner d'autres personnages dont son éternel contradicteur : Domino, mais aussi, Fontenelle, La Fontaine, Louis XIV, Giordano Bruno, Cassini, Victor Hugo, Laplace, Einstein...

Notre Terre qui êtes aux cieux
Festival « Lectures du ciel »
Spectacle suivi d'observations du ciel
Mercredi 21 juillet à 18h
Astrorama de La Trinité
Route de la Revère
06360 Èze
Réservations : 04 93 85 85 58 / info@astrorama.net
www.astrorama.net

Spectacle précédé d'une courte conférence d'introduction, prolongé d'un repérage laser des constellations
Samedi 24 juillet 2010 à 21h30
Centre d'astronomie
Plateau du Moulin à vent
04870 Saint-Michel L'Observatoire
Réservations : 04.92.76.69.09
www.centre-astro.fr/Theatre.html

 


DIVERTISSEMENT



La photo du mois

À quoi reconnait-on un sceptique ? Aux États-Unis, quand il est membre de la Skeptics Society, on le reconnait à l'arrière de sa voiture... Ci-dessous celle de Mark. Le poisson chrétien a évolué et a désormais des pattes. La plaque d’immatriculation mentionne « Douter, c’est penser » (To doubt is to think) et « Croire, c’est avoir peur » (To believe is to fear). Le numéro d’immatriculation quant à lui proclame l’athéisme du conducteur. Le message est clair, ça c'est sûr, mais est-il efficace ?

 

Cliquez sur la photo pour la voir en grand.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Brigitte Axelrad, Éric Déguillaume, Géraldine Fabre, Florent Martin, Fabien Millioz, Richard Monvoisin et Fabrice Neyret.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

 

Mise à jour le Samedi, 20 Novembre 2010 20:01