POZ n°53 Imprimer
Vendredi, 13 Novembre 2009 13:13

SOMMAIRE




ÉDITO


 

« Demain sera un autre jour
Demain, demain, toujours demain
»
The Fabulous Trobadors, « Demain, demain », chanson de procrastination

 

T'est-il déjà arrivé, ami lecteur, d'être coincé du cou ? Je ne parle pas du petit torticolis qui gêne juste quand on veut regarder par là (ou par là, c'est selon). Pas de la douleur minime qui contraint à faire un peu attention à l'altièreté de son port de tête. Non, du vrai coincement de cou, celui qui fait croire que la colonne vertébrale s'est brusquement soudée à partir du milieu du dos jusqu'au crâne. Celui qui transforme tout le haut du corps en un bloc ridiculement figé et contraint à se déplacer comme un robot en carton digne de Chapeau melon et bottes de cuir ou une statue de commandeur dans une représentation de Dom Juan à petit budget. Moi ça ne m'était jamais arrivé.

Certains collègues étaient coutumiers du fait et je me gaussais dans mon for intérieur, comme quoi ces petites natures ne savaient pas quoi inventer pour ne pas venir bosser. Me félicitais de ma santé de fer blanc, qui me permettait qu'il pleuve ou vente d'être fidèle au poste. Aujourd'hui, je dois faire Prussienne respectable, je veux dire Allemande honorable : ça peut arriver à tout le monde ; la preuve, ça m'est arrivé à moi. La vérité vient de changer de face. Ça m'a pris progressivement, d'abord comme une petite gêne dans l'épaule, puis ça s'est propagé à tout le haut du corps.

Fidèle à ma technique de soin (voir mon éditorial d'avril dernier), j'attendis et vis, comme disent les Anglais. Sans rien faire. Je constatai impuissant la montée du mal. Je cherchai même des causes à celui-ci, avec force sophismes post hoc, ergo propter hoc, accusant, comme le premier social-traître venu, les grèves des transports en commun qui m'avaient forcé à plus marcher en tenant mon cartable à la main, donc en déséquilibrant mon buste voire, qui sait, en déstabilisant mes chakras, c'est que c'est fragile ces petites bêtes-là.

Arriva un lundi où le blocage total du haut du corps était consommé. Ayant constaté que je pouvais quand même me traîner hors du lit en geignant de douleur, je m'habillai tant bien que mal n'importe comment (mais personne n'y vit de différence avec l'accoutumée) et m'en fus, grimaçant, travailler. Sept heures de cours plus tard, toujours pas assoupli, je rentrais, accablé, quand l'évidence m'assaillit : je devais aller voir un ostéopathe ! Oui, tu as bien lu, ami lecteur. Moi, le zététicien immaculé, j'ai envisagé de vendre mon âme au diable, de pactiser avec l'ennemi, de compromettre mon honneur, bref, de faire comme tout quidam normal en pareil cas : aller voir un ostéopathe.

J'avais auparavant éliminé le généraliste traditionnel, notoirement incompétent en matière de « maladies fonctionnelles » (comme on dit), et le kiné, que dans mon esprit on ne peut consulter qu'avec un blanc-seing en douze exemplaires signé par le doyen de la Faculté de médecine de Tombouctou. M'étant dit qu'après tout, si la vox populi plébiscitait les ostéopathes, c'était bien qu'il y avait « quelque chose ». Tous ces rationalistes bornés pourront bien dire ce qu'ils veulent, ça doit au moins soulager ; si ça fait pas de bien, au moins ça ne fait pas de mal, etc.

Tu le vois, je me suis sorti à moi-même tous les arguments moisis que j'essaye d'entraîner mes étudiants en zététique à identifier. Je suis tombé bien bas. Puis m'est apparu un écueil majeur : où aller ? La voix du peuple dit aussi qu'il y a « les bons et les mauvais ». Ne connaissant ni les uns ni les autres, j'étais bien marri. Il aurait fallu faire fonctionner le bouche à oreille, mais ç'aurait été prendre le risque de me découvrir. Or, il me fallait la garantie de l'anonymat le plus complet : imagine que ça vienne à se savoir, ma carrière de zététicien serait foutue. L'opprobre rejaillirait sur l'Observatoire zététique tout entier ; toi, ami lecteur, qui nous suis depuis tant de temps, tu nous aurais reniés pour fuir vers des cieux plus zététiques. J'étais dans l'impasse.

Et ce fut tant mieux, vu que le temps que je passai à tergiverser (ce qui, dans mon état, était douloureux) servit à l'atténuation naturelle du mal. Je l'ai échappée belle. Quel enseignement tiré-je de cette péripétie de ma faible existence ? Que la Nature est bien faite : non seulement elle me guérit toujours, mais en plus elle m'envoie toujours à temps des histoires à te raconter, ami lecteur, pour introduire le bulletin mensuel que tu t'apprêtes à lire. Cette sacrée bon sang de Nature, c'est décidément pas une gougnafière.

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste souple

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Bien-être et dérives sectaires

Le 21 octobre 2009, à la bibliothèque de l'association Antigone, Franck Villard et Richard Monvoisin ont animé un débat sur le thème « Bien-être, manipulation mentale et dérives aliénantes ».

À partir d'extraits de reportages et de documentaires, Richard et Franck ont soulevé avec le public plusieurs questions scientifiques mais également éthiques concernant le développement de ces techniques étiquetées « bien-être ». Des bains de pieds « détoxifiants » aux massages par les couleurs, les argumentaires de vente se parent souvent d'un vernis (pseudo-)scientifique derrière lequel il est bien difficile de démêler le vrai du faux. Les débats qui en ont découlé ont tourné longuement autour de ce que l'on appelle le « sophisme du pragmatisme ». En effet, la demande des clients de ces pratiques de soin dites « alternatives » est souvent essentiellement d'ordre psychologique  : ne trouvent-ils donc pas finalement ce qu'ils cherchent ? Est-ce suffisant pour en légitimer l'usage ? En deux heures, ces questions n'ont évidemment pas pu être tranchées...

La prochaine conférence du cycle « Les 7 Z, sept présentations zététiques : venez dynamiter les idées reçues » aura lieu le 18 novembre 2009. Nicolas Gaillard critiquera les théories sur l'autisme développées par Bruno Bettelheim, figure tutélaire de la psychologie du XXe siècle (voir l'agenda).


L'OZ et les médias

Force est de constater que nous sommes de plus en plus sollicités par les médias pour répondre à des interviews ou participer à des émissions de télé. Le site de l'OZ et notamment sa revue de presse s'enrichissent donc progressivement de nouvelles entrées médiatiques.

Dans le magazine Réponses à tout ! du mois de novembre, vous trouverez ainsi une courte interview de notre vice-président Nicolas Vivant, qui illustre le positionnement sceptique face aux « étranges coincidences » (article au format pdf - 752 Ko).

Nous avons également mis en ligne la vidéo de l'émission de Direct8 à laquelle notre secrétaire Florent Martin, a participé le 14 octobre 2009. « La grande soirée du paranormal » était alors consacrée à la réincarnation.

Le vendredi 13 novembre 2009, à 11h30, Florent Martin est encore sur Direct8, invité cette fois dans l'émission d'Évelyne Thomas « Y'a une solution à tout », aux côtés de la célèbre voyante Maud Kristen et de Douchka, sur le thème du Destin.

À suivre donc...


Nouveaux articles en ligne sur le site de l'OZ

Après une période d'inactivité, nos auteurs et relecteurs se sont remis à produire de très bons dossiers récemment mis en ligne sur le site de l'OZ.

Le premier, intitulé « Photographie de fantôme : comment enquêter ? » est signé par Nicolas Vivant. Décortiquant un cas réel d'enquête sur une photo de fantôme, il propose, pour ce genre d'investigation toujours complexe, une méthodologie complète en douze étapes dans lesquelles il rappelle les réflexes à avoir pour ne pas conclure trop rapidement...

Le second « La zététique appliquée à l’ufologie », écrit par Éric Déguillaume revient sur la méthodologie d'enquête zététique dans les cas d'observation d'ovnis. La démarche pratique générale est précédée d'un rappel épistémologique pointant les particularités de l'ufologie, qu'Éric range clairement dans le domaine des pseudo-sciences tout en reconnaissant qu'elle « s’avère être un bon sujet de « pédagogie par l’exemple » pour le zététicien, qui y trouvera un support de vulgarisation de la démarche scientifique ».

Le troisième s'intitule « Faux souvenirs et personnalité multiple » et a été écrit par notre experte dans le domaine, Brigitte Axelrad. Ce dossier analyse le phénomène de personnalité multiple et les cas observés, finalement proches des dérives des thérapies de ma mémoire retrouvée. Il sera en ligne dans les prochains jours.

 

Suivez la fête de la science en direct

La 18e édition de la fête de la science a débuté à Grenoble le 12 novembre 2009. L'OZ encadre un groupe de doctorants-moniteurs du CIES (Centre d'initiation à l'enseignement supérieur) pour l'animation d'un stand consacré à la zététique sur le village de sciences du 12 au 15 novembre à l'ancien musée de peinture place de verdun et le 17 novembre lors de « Campus insolite » sur le domaine universitaire de Saint-Martin-d'Hères. De nombreuses expériences et animations y sont présentées dans le but de susciter la curiosité et développer l'esprit critique : catalepsie sans hypnose, la lune a-t-elle une influence sur les naissances ? Découvrez votre véritable signe du zodiaque, effet Barnum, et trois parcours de problèmes « Exercez-votre esprit critique ».

L'événement peut être suivi en léger différé sur le site de l'OZ où toutes les photos seront ajoutées chaque jour et les résultats des différentes expériences cumulés.

Nous continuerons notre marathon de zététique au parc Technolac du Bourget-du-lac toute la journée du 18 novembre et du 19 au 22 novembre à l'Espace double mixte sur le campus de la Doua à Lyon.

 

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Un coup de pied au culte scientologue !

Le verdict du procès parisien de l’Église de Scientologie est tombé le 27 octobre dernier [1]. Les deux principales structures françaises de l’organisation, l'Association spirituelle de l'Église de Scientologie et la SARL Scientologie Espace Librairie (SEL), sont condamnées respectivement à 400 000 et 200 000 euros d'amende pour « escroquerie en bande organisée ». En outre, quatre des responsables scientologues se voient infliger des amendes de 5000 à 30000 euros et des peines de prison avec sursis de dix mois à deux ans pour « escroquerie en bande organisée et complicité d'exercice illégal de la pharmacie ». Deux autres sont condamnés à 1000 euros et 2000 euros d’amende pour « exercice illégal de la pharmacie » [2].

Le 15 juin 2009, le parquet avait requis la dissolution des deux associations. Mais une providentielle modification de la loi avait rendu cette dissolution impossible [3]. Restait la possibilité de prononcer « l’interdiction d’exercer», mais les juges ont considéré que cela risquait « d'engendrer la continuation de l'activité en dehors de toute structure légale ». L’argument est quelque peu étonnant. En effet, le Tribunal permet à la Scientologie de poursuivre ses activités, alors même qu’il la désigne comme un groupe formé dans un but d’escroquerie, un groupe dont les méthodes sont par nature frauduleuses. Une contradiction que n’a pas manqué de relever Maître Patrick Maisonneuve, l’avocat de la Scientologie qui ironisait : « On ne peut pas dire d’un côté : "je condamne la Scientologie pour escroquerie en bande organisée", et de l’autre : "je ne vous interdis pas parce que si je vous interdisais, l’escroquerie pourrait se poursuivre de manière inorganisée" ».

Pour autant, ce jugement est un coup sévère porté à l’organisation. Un « jugement historique » selon Maître Olivier Pesenti, l’un des avocat des parties civiles. Pour la première fois, en effet, c’est la Scientologie en tant que personne morale qui est condamnée pour escroquerie. C’est le fonctionnement même de l’association qui est mis en cause. Le Tribunal dénonce des « pratiques fallacieuses » destinées à « accrocher » les adeptes, fustigeant les tests de personnalités (principal outil de recrutement de la Scientologie) « dépourvus de valeur scientifique et analysés dans la seule perspective de vendre des services ou divers produits ». Le jugement pointe le caractère pseudo-scientifique des différentes pratiques scientologues (tests de personnalité, électromètre, cure de purification), ainsi que l’« aura scientifique » dont cherche à s’entourer la Scientologie : « Attendu que l'ensemble de ces présentations alternant l'argument scientifique ou religieux suivant l'interlocuteur auquel il s'adresse, alimentent une certaine confusion sur le caractère globalement scientifique de la méthode scientologue créant sur des personnes en recherche d'elles-mêmes, en état de faiblesse psychologique un impact inévitable, renforçant leur certitude de résoudre leurs problèmes mis à jour par le résultat du premier test. »

Arguant de la nécessité de « mettre en garde d'éventuelles victimes par le biais d'une très large publicité », le Tribunal a ordonné la publication du jugement dans cinq quotidiens nationaux et deux journaux étrangers.

L’avocat de la Scientologie a immédiatement annoncé son intention de faire appel de ce jugement.

Prochain épisode dans un an environ.

 

Franck Villard

 

Notes :

[1] Jugement complet sur le site Prevensectes.
[2] Voir l’analyse de Xavier Martin-Dupont sur Prevensectes.
[3] Voir notre précédent article « Justice : la Scientologie échappe à la dissolution », POZ n°52, 13 octobre 2009.


La déconversion de Michel Onfray

Quiconque a lu, même distraitement, un peu de littérature critique sur la psychanalyse, que ces critiques proviennent d’historiens, de psychologues, d’épistémologues ou autres, ne peut qu’être frappé par la persistance du crédit dont elle continue à bénéficier, dans le monde culturel francophone tout particulièrement. À tel point que Richard Monvoisin a désormais l’embarras du choix pour édifier son herbier mensuel. Dans ce contexte, j’ai particulièrement apprécié la « révision totale » que Michel Onfray, philosophe bien connu, vient d’effectuer à propos de la psychanalyse, ainsi qu'il s'en explique dans trois articles récents.

On le sait : la zététique n’est pas un sport de combat. Et la notion de victoire n’a sans doute guère de sens dans le domaine des idées. Mais il n’est pas interdit de ressentir aujourd’hui comme une forme de soutien intellectuel et psychologique et de se réjouir de cet événement, moins pour ce qu’il apporte de nouveau sur le fond, car tout ce qui est dit dans les trois articles concernés sur Freud et sa doctrine était déjà connu de qui voulait bien le connaître, que par quelques leçons « périphériques » que l’on peut en tirer.

Leçon 1 : on enseigne parfois à l’Université des champs de connaissances aux bases mal établies, ce qui n’est pas gênant… sauf lorsqu’il est implicite pour les étudiants que lesdites bases sont bien établies.

Leçon 2 :  ces champs de connaissances aux pieds d’argile sont ensuite resservis aux élèves dans l'enseignement secondaire, lorsque ces étudiants sont devenus enseignants. Comme Michel Onfray a l’humilité et la franchise de le reconnaître lorsqu’il écrit : « Professeur de philosophie pendant vingt ans dans un lycée, j’ai enseigné consciencieusement ce corpus (acquis dans l’institution universitaire) (…) ». Ces champs font partie des programmes et les enseignants n’ont pas toujours le temps ou l’envie d’en vérifier le contenu.

Leçon 3 : quoi que l’on puisse penser de certaines positions du prolixe philosophe, on peut lui reconnaître ici la qualité d’une démarche que tout zététicien est en droit d’apprécier : il semble, c’est du moins ce qu’il affirme, que ce soit en s’enquérant « de la documentation des anti-freudiens et des adversaires de la psychanalyse afin de prendre connaissance de leur dossier » qu’il a effectué sa « révision totale », tant il a trouvé leurs arguments convaincants.

Leçon 4 : « il faut lire la littérature critique sur la psychanalyse, en évitant la propagande qui interdit qu'on la lise sous prétexte qu'elle serait antisémite, droitiste, réactionnaire... Il y a des faits, et ils sont consternants. » C’est Michel Onfray qui le dit dans l’un des trois articles. Je crois qu’il frappe juste lorsqu’il évoque cette « propagande » : on se souvient de l’attitude d’Elisabeth Roudinesco lors de la parution du Livre Noir de la Psychanalyse *. Gageons qu’avec la spectaculaire volte-face du médiatique philosophe, il sera plus difficile d’empêcher de savoir.

 

Jean-Louis Racca

 

PS : à propos de psychanalyse et de ce que l’on pourrait appeler ses mythes fondateurs, je viens de mettre sur Youtube un extrait de l’émission « Nonobstant » du 24 novembre 2008 sur France Inter. Boris Cyrulnik y est interrogé par l’animateur, Yves Calvi. Cyrulnik, qui se dit pourtant psychanalyste, estime probablement que pour exercer ce métier, on n’a pas nécessairement besoin de colporter des mythes. Si vous avez une minute et trente-six secondes devant vous, écoutez l’extrait, vous y verrez un nouveau pan de la légende psychanalytique s’effondrer, en léger différé.

*Dans une interview, Laurent Joffrin, alors rédacteur en chef du Nouvel Observateur en était interloqué : « Elisabeth Roudinesco a d'abord refusé de débattre avec un quelconque auteur du « Livre noir ». Elle nous a ensuite encouragés à passer sous silence purement et simplement l'ouvrage et à remplacer les extraits prévus par un long entretien avec elle. Le livre, disait-elle en substance, est politiquement louche, à la limite de l'antisémitisme. Accusation aussi grave que ridicule quand on connaît les auteurs du livre. ».

 

« Profits macabres »

Les médecins de France ont reçu depuis peu un courrier contenant une lettre émanant de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme France (CCDH), association loi 1901, portant un sceau qui ressemble à celui d’un organisme officiel, accompagnée d’une fiche de l’Agence du Médicament et d’un DVD intitulé « Documentaire Profits macabres, l’histoire cachée des prescriptions de psychotropes ». Ce courrier prend ainsi l’allure d’un document officiel, nous allons le voir de façon plus précise. Le logo rappelle ceux du Tribunal Pénal International et de l’OMS (voir ci-dessous). Comme eux, il est bleu et blanc, rond comme un sceau officiel. Il représente une main enchaînée au fléau d’une balance.

 

 

La lettre signée par Frédéric Grossmann, Président, commence par : « Docteur, vous trouverez ci-joint un DVD contenant des informations qu’un délégué médical ne vous donnera sans doute jamais. Les faits seront peut-être difficiles à croire mais il serait fatal de les ignorer. Comme vous le savez, la France détient le record européen de consommation de psychotropes et une majorité de ces médicaments sont prescrits par les généralistes. Les études récentes confirment que les antidépresseurs induisent les suicides. » Il est dit ensuite que le Professeur Even, ancien Doyen de la Faculté de médecine de l’Hôpital Necker, « reconnaît lui-même avoir été « d’une naïveté absolue sur la vraie nature de l’industrie pharmaceutique » et précise qu'« en France cela se passe comme aux États-Unis ». La lettre met ainsi le médecin en présence de deux figures d’autorité française, dont l’une « ancien doyen de l’hôpital Necker » reconnaît avoir été trompée. A fortiori le médecin pourra reconnaître l’avoir été lui aussi.

La brochure qui accompagne le DVD comporte quinze pages. Sur la dernière de couverture, on lit une citation du Dr Thomas Szasz, professeur honoraire en psychiatrie : « La psychiatrie est probablement la force la plus destructive qui ait affecté la société les soixante dernières années ». À l’intérieur, l’exposé de l’argumentation est pédagogique. Le plan est clair. Sur chaque page est développé un argument suivi d’un encadré comportant l’exposé du « fait » qui le justifie, avec la caution de chiffres. Le plan suivi annonce celui du DVD :

  1. Introduction
  2. Les prescriptions abusives de psychotropes
  3. L’invention de nouvelles maladies
  4. Les fausses expérimentations
  5. L’alliance des dealers
  6. La création d’une clientèle
  7. Des effets pas si secondaires
  8. Les faits

Deux pages indiquent ensuite : « Ce que vous pouvez faire en huit points. » Le dernier point incite à la démarche préparée par tout ce qui précède : « Visitez cchr.org pour obtenir davantage d’informations et passer à l’action. ». Ce n’est qu’en avant-dernière page de la brochure que l’on découvre que le CCDH est une association loi 1901, créée en France en 1976, homologue du CCHR (Citizens Commission on Human Rights), créé en 1969 par l’Église de Scientologie et le Dr Thomas Szasz, professeur honoraire en psychiatrie au centre médical de l’université d’État de New York à Syracuse. L’objectif du CCDH est d’« enquêter sur les violations des droits de l’homme perpétrées par les psychiatres et les dénoncer. »

Les deux dernières pages de la brochure sont consacrées au Musée de la CCDH « Psychiatry : An industry of Death » (La psychiatrie : une industrie de la mort, la vérité sur ses abus). Elles invitent à visiter le musée réel à Los Angeles ou le musée virtuel sur Internet : site Web, cchr.org

La fiche est intitulée : « République Française » « Déclaration d’effet indésirable susceptible d’être dû à un médicament ou produit mentionné à l’art. R.5044-1 ». C’est la fiche habituelle que doit remplir le médecin. Dans la brochure, on lui demande d’y reporter les plaintes et les effets secondaires des psychotropes et de la renvoyer à l’Agence nationale de contrôle des médicaments, l’AFSSAPS pour la France. Le point 3 ajoute : « Si vous connaissez un psychiatre ou un psychologue qui est coupable d’abus psychiatriques, d’agressions sexuelles, de négligences professionnelles, d’activités frauduleuses ou de tout autre crime, rapportez-le à la police et au groupe de la CCDH le plus proche. »

Le DVD est un documentaire organisé selon le plan de la brochure. Il donne la parole à 175 témoins : des gens anonymes dans la rue ; des « experts » de la santé mentale avec leur nom, leur fonction et leur lieu d’exercice, dans leur cabinet, leur laboratoire, en blouse blanche pour certains : psychiatres, psychologues, médecins généralistes, etc., qui tous dénoncent la psychiatrie ; des mères, des sœurs, des frères... de suicidés « à cause » des psychotropes ; des chimistes qui travaillent dans les laboratoires de fabrication de psychotropes ; des chercheurs qui disent que les études, les essais, etc., sont faussés ; des enfants qui lisent les notices des médicaments mettant ainsi en évidence le contraste entre leur innocence et la complexité des mots qui désignent les effets secondaires ; des hommes de lois qui dénoncent la mauvaise information donnée aux patients, etc. C’est le procédé utilisé par la « pub testimoniale » hautement efficace.

Dans le DVD, la psychiatrie est qualifiée de pseudo-science. Le CCDH propose de remplacer les psychotropes par d’autres « moyens » qui ne sont pas précisés. Il est fait allusion sans plus à des « médecines alternatives ».

Un médecin compétent mais pressé peut souscrire aux arguments présentés sous l’aspect d’une démarche citoyenne et d’une défense des droits de l’Homme, sans se rendre compte qu’elle est animée par une association créée par l’Église de Scientologie.

L’objectif annoncé de cette campagne est de lutter contre l’abus des psychotropes, contre le pouvoir des psychiatres et des firmes de l’industrie pharmaceutique, contre le règne de l’argent et d’obtenir l’adhésion des médecins. La question est de savoir s’il s’agit d’obtenir seulement l’adhésion des médecins à cette campagne ou plus largement aux thèses de l’Église de Scientologie.

 

Brigitte Axelrad

 


Enquête :
Devenez parents, devenez savants


 

Voilà un an, je suis devenu techniquement Papa… pour Halloween… en bon zététicien. Peu d’événements dans une vie offrent autant de rencontres qui permettent d’aiguiser son sens critique. Passons sur l’irrationalité des arguments que subit de la part de la société une femme sous prétexte qu’elle ne s’est pas reproduite.

 

1re phase : la roulette de la conception

Tout d’abord pour choisir le sexe de son enfant, de nombreux sites pour future maman (il n’y a pas de site pour futur papa) assènent la méthode scientifique du docteur Shettles qui assure un résultat entre 75 à 90% au lieu du 50/50 habituel (en France 105 à 106 garçons pour cent filles). Ce cher Shettles a transformé sa théorie en best seller mondial. Mais une étude anglaise démontra qu’il n’y a aucune corrélation entre la date du rapport sexuel et l’ovulation et le sexe du bébé. Ouf ! Car prendre sa température anale, se faire une douche vaginale au bicarbonate de soude ou au vinaigre d’alcool et penser à la distance éjaculation-ovule… Finalement l’esprit critique permet de forniquer l’esprit léger et de s’en remettre au hasard de la génétique.

 

2e phase : le PMU du sexe

Dès l’annonce de la présence d’un fœtus dans la matrice, la valse des pronostics commence : fille ? garçon ?… (Rappelons au passage que les dernières statistiques américaines donnent 1 enfant sur 1200 qui à la naissance poserait problème pour le classer avec certitude dans un des deux sexes officiels). Voici des perles que j’ai rencontrées, dont je ne donne pas le résultat :

Le plus courant : selon la forme du ventre. Y aura toujours une tante Simone qui vous dira : moi je l’ai porté pointu alors que ta maman t’a porté bas.
Selon la Lune au moment de la conception.
Selon la façon dont tombe une cuillère en bois.
Selon l’emplacement de l’auréole capillaire au sommet du crâne de l’enfant précédent
Selon le résultat de l’addition de votre âge lors de la conception et le chiffre du mois de la conception

Et dans le tas, une méthode scientifique : selon la vitesse des battements du cœur, car un fœtus femelle aura un battement cardiaque plus rapide qu’un fœtus mâle. Donc parfois au moment de la première échographie, certains tentent un pronostic. Or même si cette méthode s’avère juste, elle ne l’est que pour la moyenne des battements sur toute une journée et ne peut en aucun cas s’appliquer au moment de l’échographie où le fœtus peut être en activité ou dormir.

 

3e phase : préparation psy à l’accouchement

On propose souvent aux couples attendant un enfant des cours d’haptonomie, comme étant des cours pour créer un lien avec l’enfant et de préparer à l’accouchement. Haptonomie, dénommée aussi science de l’affectivité par son créateur Frans Veldmann, réveille en moi mon voyant : « attention moisi » pour les raisons suivantes :

vouloir mettre le mot science alors qu’elle n’en est pas une ;
c’est une marque déposée par le CIRDH (Centre international de recherche et de développement de l'haptonomie) qui est le seul à délivrer un diplôme d’haptonomie ;
mettre l’accent durant la formation sur le développement personnel afin que le toucher affectif devienne une seconde nature ;
beaucoup de stéréotypes sur la place du père, du couple, du sentiment de sécurité du bébé.

Mais je ne nie pas que ce soit l’occasion pour certains couples de s’accorder un moment de rencontre sensoriel.


4e phase : l’expulsion du logis

Un coup d’œil sur le calendrier lunaire pour estimer LA date… Si, si, médecins et sages-femmes nous l’ont dit... Pourtant, il suffit de regarder les registres des naissances pour voir qu'il n'y a pas de pic les soirs de pleine lune. Une amie a beaucoup vomi lors de la fin de sa grossesse. À son accouchement, la sage-femme lui a expliqué que c’était normal car sa progéniture a beaucoup de cheveux. Un épi qui chatouillait sa glotte ?


5e phase : un allaitement de chien

À la maternité, les sages femmes nous ont régulièrement proposé de l’homéopathie pour favoriser la montée de lait. Malgré plusieurs de nos refus, elles nous ont déposé du LAC CANINUM (lait de chienne), qui marche également contre la congestion des seins ou pour stopper la montée de lait… Bref, dans tous les cas finalement.

 

6e phase : bébé grandit, la bêtise aussi

Pique et pic : la vaccination, un chapitre en soi. J’ai rencontré plusieurs fois dans mon parcours de santé qu’impose le suivi de la grossesse, des prospectus de la Ligue pour la liberté de vaccination, avec des argumentaires qui ont de quoi retourner des parents qui n'ont pas les outils pour faire un tri. Des soirées de recherches plus tard, j’en conclus : beaucoup de vent qui fait tourner le moulin de la crédulité.

 

Collier d’ambre : la pharmacie la plus proche de chez vous vendra forcément des colliers d’ambre censés calmer les douleurs du bébé lors de la percée des dents. Regardez un peu tous ces nourrissons qui se baladent avec ce bijou, que l’on trouve pour 10€. J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune étude prouvant cette propriété.

 

Les pseudo-médecines : j’ai compris une chose que bien des pseudos médecins ont compris avant moi : les parents veulent assez souvent le meilleur pour leur enfant, ce qui est une porte ouverte aux pseudo-médecines qui s’y engouffrent allégrement.



Voilà un échantillon des rencontres que j’ai pu avoir en un an. J’aurais pu également parler de l’importance pour les personnes du signe du zodiaque de l’enfant, des méthodes de calcul pour connaitre sa taille adulte, de la stéréotypie par rapport au sexe et j’en passe… Un vrai chemin de croix.

Je me dis que ça doit être pareil à l’autre extrémité de la vie, mais ça je vous en parlerai dans 68 ans.

 

Éric Bevillard

 


BILLET :
Art du doute et théorie du complot



Récemment, les théories du complot au sujet des attentats du 11 septembre 2001 ont de nouveau occupé le devant de la scène médiatique avec la diffusion, mercredi 28 octobre, d’un débat sur ce thème dans le cadre de l’émission L’objet du scandale sur France2. Autant le dire tout net : je n’ai pas regardé cette émission, ne supportant plus ni la rhétorique des partisans de la théorie du complot, que j’ai déjà assez souvent éprouvée sur divers forums Internet, ni le discours trop souvent exempt d’arguments factuels qu’on retrouve chez certains chroniqueurs télévisuels bien-pensants. J’aimerais plutôt revenir ici sur l’emploi que font les premiers de la notion de doute.

Le doute est en effet fréquemment invoqué par les tenants du complot, en premier lieu pour légitimer leur démarche. « Le doute est salvateur », ai-je encore lu récemment sous la plume de l’un d’entre eux, alors qu’il essayait de me convaincre que je devais au minimum douter de la « version officielle ». J’ignore si le doute est « salvateur » ; je sais en revanche qu’il est sain, mais uniquement lorsqu’il est raisonnable, et non systématique. Douter, oui, mais pas n’importe comment, ni à n’importe quel prix. C’est un art et cela s’apprend ; c’est d’ailleurs à cela que sert la zététique. Car même le doute peut être instrumentalisé.

Cela, les tenants du complot l’ont bien compris. Non contents d’en appeler au doute pour fonder leur démarche, ils l’emploient également comme outil de conversion. En effet, malgré la masse énorme d’allégations accumulée par eux depuis plus de huit ans maintenant, aucune preuve concrète et circonstanciée d’un quelconque complot n’a émergé. Incapables de nous convaincre positivement, les « complotistes » essaient à présent de le faire de façon quelque peu insidieuse, en nous obligeant à douter.

Ainsi, celui qui défend la version officielle (auquel est souvent assimilé, parfois à dessein, celui qui se montre simplement sceptique vis-à-vis de la théorie du complot) devrait douter devant la masse des faits allégués. Mais nombre de ces allégations sont bien connues pour avoir été réfutées – voir notamment sur www.bastison.net, un des rarissimes sites en français mettant à disposition, sous une approche critique et sceptique, une documentation vérifiable sur le sujet – soit parce qu’elles sont erronées, soit parce qu’elles proviennent d’un biais d’interprétation, soit parce qu’elles relèvent de la pure rhétorique.

En toute logique, le partisan du complot, confronté à ces réfutations, devrait appliquer à lui-même ce doute qu’il oppose si souvent à ses contradicteurs, et remettre en question son opinion, les faits censés la fonder, la fiabilité de ses sources ou la compétence des auteurs qu’il cite. Mais en pratique, il ne le fait jamais. Le plus souvent, il se contente de remplacer les allégations réfutées par d’autres, sans jamais tenir compte des réfutations précédentes dans sa réflexion. Un peu comme si, face à l’adversité, il cherchait à tout prix à soutenir malgré tout une opinion aux allures de croyance.

C’est ce que j’appelle la « saturation » : une fallacieuse méthode rhétorique qui consiste à présenter au contradicteur plus d’allégations qu’il ne pourra en vérifier, faute de temps ou de moyens pour ce faire. Ne pouvant toutes les réfuter, il serait ainsi forcé, selon la logique des « pro-complot », à « douter » de la « version officielle » alors même qu’il n’a pas eu la possibilité de vérifier les affirmations qui devraient fonder ce doute – lequel devient une sorte de « doute à crédit », un peu comme on paierait d’avance pour un colis dont on ignore le contenu. De même que dans ce dernier cas, on serait légitimement fondé à se demander si on n’est pas confronté à une escroquerie commerciale, il y a lieu de faire de même au sujet de la rhétorique du complot, dans ce cas précis véritable « escroquerie » intellectuelle.

En effet, puisque les éléments vérifiés ont été réfutés, et que les autres, pour diverses raisons, ne peuvent être approfondis, il n’y a pas de raison de supposer que les seconds seront plus pertinents que les premiers. L’argument du philosophe écossais David Hume contre les miracles joue ici à plein. L’occasion de rappeler, en outre, que quantité de preuves n’est pas qualité de preuves, et que dans le cas du 11 septembre 2001, la qualité fait clairement défaut aux preuves censées étayer la thèse du complot occulte, quelle que soit leur quantité.

En pareil cas, on le voit, ce serait plutôt aux partisans des théories du complot de douter… ce qu’ils ne font pas. Pourquoi s’estimeraient-ils donc en droit d’attendre de ceux qu’ils cherchent à convaincre un doute dont ils se revendiquent, mais qu’ils n’appliquent pas lorsque cela irait à l’encontre de l’opinion qu’ils défendent ? Il y a là une forme de « bi-standard » – deux poids, deux mesures – qui, de mon point de vue, montre bien que les partisans du complot sont moins désireux de rechercher la vérité que d’imposer leur vérité.

 

Éric Déguillaume

 


LEÇON DE CHOZ :
Le ver est dans la pomme


 

Je me demande souvent comment et pourquoi le créationnisme [1] et son avatar scientifique l'intelligent design [2] – suscitent tant d'intérêt dans les écoles ou dans les facs. Je crois que j'ai trouvé une des réponses à mes questions. Par où commencer...

Quelques années se sont écoulées depuis mon lycée. Et puis pour x raisons je dois passer un second bac. Me revoilà donc plongée dans des livres de terminale, mais cette fois-ci avec un brin d'expérience et d'esprit critique en plus. Je me retrouve donc à étudier un livre d'écologie pour bac pro, et là je sens quelque chose qui cloche. Et puis, je vais de temps en temps en cours écouter une vraie prof, et ses propos posent les mêmes problèmes que mon livre (qui n'est pourtant pas d'elle).

Exemple : j'apprends aujourd'hui la pollinisation par les insectes, et je lis : «  La majorité des fleurs ont trouvé, grâce aux insectes, un système efficace pour disséminer le pollen et assurer ainsi leur reproduction » et on continue avec « Pétales colorés, parfum, morphologie de la fleur ne sont là que pour attirer le pollinisateur en quête de nectar. » En gros, j'apprends ici que les végétaux sont dotés d'une volonté, que visiblement, ils ont essayé plein de stratégies afin de se reproduire, pour finalement trouver la meilleure : la pollinisation par les insectes. La théorie de l'évolution n'a visiblement pas sa place dans cette illustration.

Et pourtant, elle est la seule expliquant l'état actuel des espèces, comme le résultat d'une évolution qui s'est faite sur des centaines de milliers d'années suivant une « sélection naturelle » [3] : c'est-à-dire que seules les espèces qui avaient à un moment donné certaines caractéristiques propices à la survie dans leur milieu ont survécu. Dans le cas présent des fleurs, ce sont donc celles qui - par exemple - avaient des pétales propices à l'atterrissage des insectes pollinisateurs qui ont survécu. Les autres n'ont pas pu se reproduire. C'est tout.

 

On a souvent tendance à dire que « la nature est bien faite, regarde, on est bien foutus, on sent le chaud avant de se brûler ». Le raisonnement est inversé. C'est tout simplement que ceux qui n'étaient pas dotés de sensibilité à la chaleur ne sont plus là pour nous en parler... Certains appellent ce biais idéologique le finalisme [4], en clair, l'idée que le processus est dirigé soit par la main d'un dieu, soit par une volonté à long terme propre aux espèces. C'est un mécanisme aussi larvé que pernicieux, puisqu'il imprègne même le discours et le vocabulaire de certains de nos enseignants. On pourrait également parler de « créationnisme ordinaire », si on fait le parallèle avec le racisme ordinaire – vous savez, ces phrases du type « l'africain a le rythme dans la peau » : dans ce cas, nous utilisons des phrases qui nous paraissent anodines et pleines de bon sens, mais qui en réalité, permettent au créationnisme pour l'un et au racisme pour l'autre, de s'installer doucement et en toute légitimité.

 

Vous m'opposerez peut-être que ces idées ne sont là que pour rendre les explications des mécanismes de l'évolution compréhensibles par tous. Aussi, je vous répondrai que par volonté de vulgarisation et/ou de séduction, et à force de vouloir nous simplifier l'apprentissage, on nous enseigne des choses fausses. Le résultat ? Un triple effet kiss cool : des notions erronées, une fausse simplicité (car la théorie de l'évolution n'est pas bien plus compliquée), et des brèches pour les discours religieux qui revendiquent les mêmes métaphores. Finalement on permet de faire entrer à l'école des théories qui n'en sont pas parce qu'on a - volontairement ou pas - préféré scénariser la connaissance.

Les idées passent, discrètement, facilement, car rien n'est choquant, et puis ça part de bonnes intentions, nous dit-on. Oui. L'enfer en est pavé, il paraît.

 

Anaïs Goffre

 

PS : je vous passe les titres de paragraphes comme « stratégie pour gagner » ou « guerre chimique » (on parle ici de végétaux) qui paraissent tirés de unes de presse.


Notes :

[1] Le créationnisme est une doctrine fondée sur la croyance selon laquelle la Terre, et par extension l'Univers, a été créée par Dieu, selon des modalités conformes à une lecture littérale de la Bible ou d'autres textes sacrés.
[2] L'Intelligent Design est une croyance selon laquelle certaines observations de l'Univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par une cause intelligente que par des processus aléatoires tels que la sélection naturelle.
[3] La notion de sélection naturelle peut elle-même poser problème, d'ailleurs. Elle contient l'idée que la Nature sélectionnerait par une volonté propre.
[4] Pour approfondir sur ce biais de raisonnement, un très bon article a été écrit par Jean-Marc Temmos « Comprenez vous bien la sélection naturelle ? » (POZ n°45, mars 2009).

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

Chronique zétético-musicale n°12 : Fatboy slim et Johnny Halliday

En 1963 naquit à Brighton le petit Quentin Leo Cook. À force de mix mêlant hip hop, dance et big-beat, le petit garçon devint « gros » et Fatboy slim devint l'incontournable DJ de la scène british, dans le sillage des Chemical Brothers. En 1999, dans l'album You've Come a Long Way, Baby, il prend un coup de sang : il prélève la rythmique de la chanson Ashes, The Rain & I du vieux groupe de motards des années 60 James Gang, il y ajoute un sample de la voix d'Angela Bassett tirée du film Strange days déclarant « right here, right now » et atteint avec le tout le 2e rang des charts anglais.

Si la chanson (right here, right now , donc) est entrainante et a été utilisée commercialement à maintes reprises (films, jeux vidéos, Superbowl...), son intérêt ne réside pas dans les paroles qui se résument à « Right here, right now » - ce qui, comme dirait notre éditorialiste Stan, ne fait pas bésef sur le plan poétique - mais dans son clip.

Ce vidéoclip met en scène l'évolution des espèces avec le temps qui défile à rebours et la transformation enchaînée des espèces, du monocellulaire au poiscaille, du crocodile au singe, en passant par le yéti (je vous jure) pour aboutir à la fin à ce que l'imagerie populaire nous présente comme un gros états-unien élevé aux hamburgers. C'est une lecture archaïque de l'évolution qu'on appelle le transformisme, et qui est périmée depuis Lamarck, défunt en 1829. Cela n'empêche pourtant pas son utilisation intempestive, par exemple dans le générique de la série « Il était une fois l'Homme » sur laquelle je tripais quand j'étais petit. Ou encore dans l'évolution revisitée par les Simpsons. Pourtant, son utilisation, comme celle d'un arbre des espèces, est aussi périmée que les viandes remballées au rayon boucherie de chez Intermarché... Non... Plus ! Cela n'empêche pas de la retrouver, sous différentes formes, dans nos discours. Lorsqu'on dit que « l'humain descend du singe » par exemple – les faits scientifiques corrigent : « l'humain et le singe ont un ancêtre commun ». On déniche même cette antiquité conceptuelle dans les contenus d'enseignement actuels, comme le démontre Anaïs Goffre ci-avant.

Une erreur vieille de 150 ans, encore présentée par certains enseignants peu regardants, qui vante une forme d'Intelligent Design et dont on fait des clips célèbres, c'est pas tous les jours.

Au fait, Fatboy Slim n'existe plus. Il a essayé Slimboy Fast (véridique), mais a finalement préféré le nom de Brighton Port Authority depuis deux ou trois ans (peut-être depuis qu'il y a eu deux morts lors de son concert sur la plage de Brighton en 2002).

 

Johnny
Les liens entre les Halliday et la zététique sont doubles. Tout d'abord, Florent Martin, l'un de nos illustres administrateurs, est le sosie caché de David Halliday, le fiston. La légende dit qu'il aurait seulement perdu en finale dans le concours de sosie de David H. 1994 à Cussey sur l'Ognon.

 

Bonneteau de l'automne : qui est David Hallyday, qui est Florent Martin ?

 

Ensuite, Johnny le père a chanté une base épistémologique importante de notre démarche. Si si. Je m'en suis rendu compte grâce à Éric Déguillaume, notre ufologue et ancien président. Dans son excellent article « La zététique appliquée à l’ufologie », il parle de la question de l'induction et de la charge de la preuve et aborde l'exemple des corbeaux blanc. Or, que découvre-je ? Que Johnny, lui aussi, en cause, et les chante même, ces braves corbeaux blancs.

Comme un corbeau blanc
L'amour, l'amour est rare
Comme un corbeau blanc
L'amour, l'amour m'est cher

Mieux encore, le fan's club Johnny Hallyday Côte d'Opale, créé à Boulogne-sur-mer en novembre 2002, utilise le corbeau blanc sur son drapeau. Bon, le corbeau n'est pas blanc, et puis ce n'est pas un corbeau, mais quand même, c'est un beau clin d'oeil.

Cela aura-t-il un impact sur l'épistémologie moderne, je ne sais. Mais sur nos petits coeurs boursouflés, j'en suis certain.

 

Richard Monvoisin



 

En librairie

Le mal par le mal

Éric Nataf
Odile Jacob

« Le mal par le mal » appartient au genre du polar médical. En l'occurrence, du domaine de l'homéopathie. Qui plus est, écrit par un « médecin, radiologue, échographiste », c'est marqué dessus. Il n'en fallait pas plus pour que le zététicien se jette dessus avidement.

Il s'agit d'une enquête traquant un tueur en série qui met en scène ses meurtres en fonction du « profil homéopathique » de ses victimes. Si la victime est silicea, donc censée avoir une odeur corporelle forte et de mauvaises dents, le meurtrier lui arrache les dents et dispose autour du cadavre des aérosols de désodorisant. Ce n'est qu'un exemple des moins sordides. Le policier chargé de l'enquête se trouve très vite impliqué personnellement dans l'affaire, qui fait référence à son enfance et à la mort de ses parents. Ses pas le conduisent dans le milieu homéopathique (aux laboratoires Biron !) et le profil homéopathique des victimes prend une place centrale ; il envisage même de traquer le tueur en établissant son portrait-robot à l'aide du profil homéopathique.

Passons sur l'écriture approximative et la construction maladroite. Après tout, si l'on en juge par le succès des polars de Maxime Chattam, très mal écrits et construits, il semble que ce ne soit pas un critère décisif pour l'engouement du public.

Passons également sur la blancheur des coutures de l'intrigue, aux rebondissements puérils et éculés, dont on ne voudrait même pas pour un épisode de « Fantômas » ou de « Mission impossible » (version série télé) où, au moins, les méchants avaient la classe.

Passons enfin sur le plaidoyer homéopathique et la croyance en cette notion de « profil homéopathique » qui explique tout, englobe tout. Qu'un membre du corps médical puisse croire sérieusement à ce genre de balivernes au point d'écrire « Je ne vois pas Nitricum dans le profil d'un tueur » ou « Lachesis mutus est un profil à latéralité gauche », ça me dépasse. Et me renvoie, moi, prof du secondaire, à mon incapacité à inculquer à mes élèves, même les meilleurs, un tant soit peu d'esprit critique.

Ce qui m'a le plus agacé dans ce roman, ce sont les nombreuses erreurs, petites ou grandes, qui le parsèment. Erreurs parfois surprenantes, dont voici un florilège.

« Fantômas : Jean Marais jouant à la fois le rôle d'un commissaire et celui de l'assassin » (p. 223) alors que dans les films d'André Hunebelle, Jean Marais joue le rôle du journaliste Fandor et celui de Fantômas ; c'est Louis de Funès qui incarne le commissaire Juve.

« Les équations du second degré avaient deux solutions. Deux fois le même nombre, seul le signe changeait. » (p. 265) où il est bel et bien question d'une équation du type ax2+bx+c=0, qui peut donc n'avoir aucune solution réelle, ou une seule, ou deux, mais deux solutions qui ne sont pas nécessairement opposées et peuvent être de même signe. C'est au programme de seconde, tout de même.

« Les médicaments homéopathiques n'étant pas en vente libre, ... » (p. 152), ce qui est faux comme chacun le sait. À moins que l'auteur ne considère pas comme des médicaments homéopathiques l'ensemble des tubes de granules vendus par les pharmaciens à qui leur donne de l'argent...

« Certains homéopathes travaillent encore à de plus fortes dilutions [...] Ces très hautes dilutions, signalées par la lettre K, ... » (p. 148) alors que les dilutions korsakoviennes ne sont pas nécessairement de plus hautes dilutions que les centésimales hahnemaniennes. Officiellement, il n'y a pas de correspondance entre l'échelle des CH et l'échelle des K (en tout cas quand j'ai demandé chez Boiron c'est ce qu'on m'a répondu). Officieusement, on peut lire ici ou là que 200 K correspondent à 11 CH, par exemple.

Ce n'est qu'un extrait de la liste de notes que j'ai prises pendant ma lecture. Ce n'est peut-être pas grand-chose. Après tout, ce n'est qu'un roman, pas un texte d'information. Mais ça décrédibilise l'ensemble, je trouve. Un peu comme quand on entend un journaliste faire une erreur dans un domaine où l'on est compétent : cela jette le doute sur l'ensemble des autres affirmations, pour lesquelles on n'est pas compétent, et que sans ça on aurait crues.

Jusqu'au titre du roman, repris plusieurs fois dans le livre comme un leitmotiv expliquant tout, des principes homéopathiques à la psychologie du tueur. L'homéopathie, ce serait « soigner le mal par le mal » ? Je n'ai jamais bien compris cette affirmation. Même en admettant que l'homéopathie soigne quoi que ce soit, je ne vois pas en quoi le mal est soigné par quelque chose de mal. Quand on tape sur le pied de quelqu'un qui a mal aux dents pour qu'il pense à autre chose, oui, on soigne le mal par le mal. Mais bon, bref, ceci n'est qu'affaire de basse rhétorique.

Et puis ce n'est pas tout, j'ai gardé ma préférée pour la fin. C'est un dialogue entre une homéopathe et le policier.

« 5 CH est une faible dilution.

- Je ne me rends pas compte : vos granules sont dilués à combien ?

- Approximativement à 1/500. » (p. 146)

Mon sang de zététicien-prof de chimie ne fit qu'un tour à la lecture de ce passage. 5 CH, ce n'est pas du tout une dilution par 500 ! 1 CH est une dilution par cent, c'est-à-dire qu'on met une goutte de solution-mère pour 99 gouttes de solvant. Et 2 CH, c'est la même chose, fait deux fois. Donc deux dilutions par cent, soit une dilution par dix mille. Donc 5 CH, c'est cinq dilutions par cent, soit une dilution par dix milliards, pas par cinq cents. C'est quand même la base de l'homéopathie ; même sans être médecin on peut comprendre ça.

Mais le bouquet final est à suivre. La réplique suivante est un summum. On reprend.

« 5 CH est une faible dilution.

- Je ne me rends pas compte : vos granules sont dilués à combien ?

- Approximativement à 1/500.

- Et à cette dose infime, votre remède a encore une action sur la santé ? »

Le policier naïf semble penser qu'une dilution par 500 donne une dose infime. Vu la teneur du dialogue, je pense ne pas m'avancer beaucoup en disant que c'est aussi l'opinion de l'auteur du roman, qui manifeste ainsi son ignorance en matière de chimie. Je l'invite donc à procéder à une dilution par 500 sur ses produits ménagers préférés, puis à les boire. Un déboucheur de canalisations, par exemple. C'est de la soude à 6 mol/L, diluée 500 fois cela donne de la soude à environ 0,01 mol/L, ce qui fait quand même un pH de 12 ; son organisme devrait apprécier. Pour l'auteur qui aime les médicaments homéopathiques, censés pouvoir tout guérir, en voici un qui devrait le guérir de son incompétence homéopathico-chimique.

Lecture navrante, donc. Un mauvais roman policier, très peu crédible et très mal fichu. Mais aussi très mal documenté, ce qui est le comble. Et moi qui croyais qu'Odile Jacob était une maison d'édition sérieuse. À en croire la quatrième de couverture, Éric Nataf est « le nouveau maître du thriller médical à la française ». C'est dire l'état du genre en question !

 

Stanislas Antczak




Tout frais

Guide critique de l'évolution

Corinne Fortin, Guillaume Lecointre, Marie-Laure Le Louarn Bonnet, Gérard Guillot
Éditions Belin
576 pages - 35 euros

 

Mes yeux me disent que le Soleil tourne autour de la Terre, mais l’astronomie m’enseigne que c’est l’inverse. Et cela ne fait plus débat. Mon intuition d’être humain me dit que l’homme est le summum de l’évolution, mais les sciences de l’évolution m’enseignent que l’homme est une espèce parmi des millions d’autres. Là, le discours scientifique passe moins bien, voire pas du tout. Au-delà de cet exemple, pourquoi la théorie de l’évolution est-elle si mal comprise du public ? Pourquoi fait-elle l’objet de si nombreuses attaques ? Ces questions sont au cœur du Guide critique de l’évolution.

Ce livre ne critique pas la théorie contemporaine de l’évolution, mais la façon dont nous en parlons. Il présente le cadre scientifique, épistémologique et historique dans lequel on peut comprendre l’évolution, et donne les clés pour déjouer les pièges que notre langage et nos réflexes premiers nous tendent.

Au-delà du cadre théorique, l’évolution est documentée par d’innombrables faits, et l’ouvrage en propose les meilleurs morceaux choisis. Avec plus de deux cents reconstitutions d’animaux et de paysages, il convie son lecteur à un formidable voyage dans l’histoire de la vie et lui fournit des données récentes concernant la sélection naturelle, l’adaptation, l’apparition des espèces, etc. Là aussi, les idées reçues sont mises à mal... Le Guide critique de l’évolution est donc un ouvrage riche. Facile et agréable à lire, il deviendra vite un outil indispensable pour les enseignants en sciences et en philosophie, mais aussi pour tous les citoyens qui sont curieux de comprendre le monde vivant, de le préserver, et de savoir pourquoi l’évolution suscite, en dehors des sciences, autant de passions et de combats aujourd’hui encore.

 


BOTANIQUE ET ZÉTÉTIQUE
La psychanalyse, avec p comme poulpe et l comme lichen



Herbier n°2, octobre 2009

Le mois dernier, je lançais mon opération Herbier. Voici donc la deuxième fournée.

1er octobre : émission Reporter, sur France Inter, intitulée « Retour sur l’engagement des Maos français » (mp3 - 663 Ko). Au milieu d'un passage sur les anciens Maos comme Serge July, Marin Karmitz, etc. on trouve cette perle de l'architecte et membre du Mouvement de l'utopie concrète Roland Castro : « J'avais besoin d'un signifiant-maître. C'était Mao. Bon ben maintenant je m'en passe, ou si je fréquente des signifiants-maître, ben je vais chercher ça chez Rimbaud ; si on parle de politique je vais prendre De Gaulle et Mendès, des gens un peu plus... voyez je suis plus réformiste comme on dit, m'enfin, on avait besoin de signifiants maîtres, celui-là était pas mal. Je m'en suis sorti par un autre signifiant maître, Jacques Lacan. Y a un mot de Lacan extraordinaire qui clôt le débat, quand il dit... parce que Lacan il pensait que la subversion c'est peut-être plus intéressant que la révolution, et il a dit à une assemblée à Vincennes : « la subversion, c'est pour maintenir l'ordre ».

Compliqué, hein ? Sacré Lacan, tu t'en tires bien. Si tu étais vivant, on serait obligé d'enquêter sur le caractère sectaire de ton mouvement. On se rendrait certainement compte que le lacanisme ressemble à une baudruche pleine de vent (comme l'a montré Mikkel Borsh-Jacobsen), dont le gaz a enfumé la tête de pas mal de militants politiques des 70's.

Quant à la notion de signifiant-maître ? C'est simple, voyons. Dans le Chapitre « Ce qui rend lisible » du Cours de Jacques-Alain Miller (beau-fiston de Lacan au passage) on nous explique : « À quelle condition parle-t-on clair ? On parle clair (…) quand on livre le signifiant-maître qui ordonne son propos. Le signifiant-maître est le signifiant qui réussit à faire s’accorder le signifiant et le signifié, à les arrêter dans leur glissement contraire. C’est sa fonction de point de capiton, de rendre lisible. Sans doute est-ce ce signifiant-maître qui rend lisible que Lacan a savamment soustrait de son enseignement, ses écrits comme ses Séminaires, jusqu’à se vanter d’avoir su préserver le pouvoir d’illecture de son œuvre. »

N'oublions pas, une imposture intellectuelle, ça se fait à deux : celui qui émet le verbiage, et celui qui l'écoute sans broncher.


3 octobre : impossible de résumer le naufrage psychanalytique que fut la matinée du colloque du néanmoins efficace GEMPPI (Groupe d'étude des mouvements de pensée et de prévention du sectarisme). J'étais invité pour causer dans l'après-midi des dérives et des mésusages des termes liés à la mécanique quantique dans les médecines énergétiques. Le matin, dans l'ordre, Françoise Chalmeau, membre de la Miviludes, chargée du secteur Santé/Bien-Être, Pierre Le Coz, et last but not least Marcel Rufo.

Je ne me rappelle plus pour P. Le Coz, mais Mme Chalmeau a bien précisé que la psychanalyse « avait fait ses preuves » et a plusieurs fois employé le terme au lieu de « psychologie ». Dès que j'aurais découpé les enregistrements, je vous donnerai les extraits. Quant à Marcel Rufo, autre représentant de la psycho-pop, ce fut un festival déstructuré et arrogant de mélange psycho-psycha prêchi-prêcha. Il n'avait visiblement rien préparé, et a meublé son intervention d'anecdotes sur ses vacances avec son voilier. Quitte à me répéter : une imposture intellectuelle, ça se fait à deux (voir le compte-rendu dans notre précédente newsletter).


4 octobre : je regarde Autopsie de la rumeur, documentaire passé sur France 5 il y a peu, où j'essaye d'apercevoir l'ami Pascal Froissard. Las ! Pascal, sociologue spécialiste de la rumeur aura moins de temps de parole que Daniel Sibony, « psychanalyste » (présenté comme si psychanalyste était un titre diplômant). Environ 7 minutes de pseudo-expertise psychanalytique de la question de la rumeur, entre résidus, inconscient et fantasmes. J'étais tellement content de cet exemple de piratage du temps de cerveau par la psychanalyse que j'ai coupé en petits morceaux chaque intervention du Monsieur Sibony, et les ai collés dans un document que j'ai mis en ligne. Et dans un autre, j'ai ajouté en sous-titres les concepts psychanalytiques qui rendent le propos aussi floue qu'au travers du culot d'une bouteille de Pelforth.


4 octobre toujours : j'écoute une émission Du Grain à moudre (mp3 - 5,8 Mo) sur France Culture, et l'un des invité est Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste. Il y a tellement de choses que je vous fais un montage, avec jingle quand c'est l'extrait suivant – un peu comme dans les disques pour enfants ou une sonnette nous fait tourner la page. Monsieur Lévy-Soussan est pourtant plutôt habitué des Nouvelles Clés, de Psychologies Mag et du blog de Brigitte Lahaie sur RMC. Brice Couturier lui demande si la pédophilie n'est pas la libération sexuelle de trop, à « vous qui êtes psychiatre et psychanalyste, Pierre Lévy-Soussan ? » « (…) c'est peut être aussi dû à l'explosion d'un discours psychanalytique qui a été justement peu intégré, c'est-à-dire comme si justement ce que Freud avait pu dire sur l'enfant pervers polymorphe au niveau de la pensée collective ça ait été récupéré tel quel. Et à ce moment-là on a affaire à une digestion totalement indigeste de ces concepts qui sont pour nous des concepts de travail et récupérés par une pensée sociétale qui fait ben voilà voilà il est pervers polymorphe donc il a droit à une sexualité du coup la découverte de la sexualité infantile de Freud s'est retournée contre les enfants par justement ce discours sociétal. Donc ça c'était par rapport à votre première question en tout cas une hypothèse de travail. »

Marrant comme la responsabilité est donnée au fait que le discours psychanalytique n'a pas été bien intégré, bien compris. Je vois une autre hypothèse de travail, plus efficiente, qui proposerait de remiser le discours psychanalytique au grenier et la théorie freudienne à la cave, et de voir ce qu'il arrive vraiment sans le verbiage abscons.

PL-S : «  (…) La différence du mort et du vivant qui est aussi pour nous des catégories essentielles œdipiennes est remise en cause, et on fait la une avec cette femme qui veut récupérer le sperme congelé de son mari  mort pour avoir... toutes ces limites qui étaient si je puis-dire remises en cause dans les années 70 pour nous c'est un vrai retour du refoulé, c'est-à-dire qu'à nouveau elles explosent sous des masques qui sont un peu complexes mais qui n'en remettent pas moins... enfin le débat sur la différence des sexes par rapport à la filiation en est aussi un exemple, c'est-à-dire est-ce que deux personnes du même sexe peuvent avoir un enfant etc. donc c'est tout ce discours qui était totalement sous-jacent à mai 68 qui pour nous revient en force actuellement. »

Un retour du refoulé ? Quel refoulé ? Un refoulé de société ? Ce qui est bien, avec la psychanalyse, c'est qu'on retombe toujours sur ses pattes. La description ne colle pas ? C'est parce que ça a mal été compris, ou parce que l'inconscient collectif refoule du goulot. Jamais parce qu'elle s'est gourrée. Proprement génial, ce système !

« C'est un peu les deux mécanismes par rapport à ces fantasmes-là. Soit on est dans l'ordre du déni, et pendant des années des années on a été dans l'ordre du déni, Festen l'a très bien montré à l'écran c'est-à-dire ça n'existe pas ce n'est pas possible pas lui, pas ce haut dignitaire et face à cette politique du déni qui a fait véritablement des ravages, on est tombés effectivement dans une vision un peu paranoïaque qui (…) paralyse aussi la pensée et empêche déjà pour nous de travailler en tant que psy c'est-à-dire le fait d'(...)amalgamer des fantasmes à des actes, ça c'est grave, c'est-à-dire une société qui n'arrive pas à différencier ce qu'il en est est de l'ordre des fantasmes et ce qu'il en est de l'ordre de la jouissance par les images avec un passage à l'acte dans la réalité ça c'est effectivement grave (…) on tombe dans une vision un peu paranoïaque qui empêche de travailler parce qu'elle met tout au même niveau, et que l'étiquette pédophile s'associe immédiatement à un signifiant, c'est-à-dire c'est quasiment une vision totalitaire du  signifiant à un acte criminel et du coup ça nous empêche de distinguer des caresses ne sont pas la même chose que des actes, des fantasmes. »

Une politique du déni ? Qu'est-ce donc ? Amalgamer des fantasmes et des actes ? Où ça ? Une vision totalitaire du  signifiant à un acte criminel ? Ouiouioui. Je ne comprends rien. Je comprends toutes les émissions sur France Culture, sauf quand il y a de la psychanalyse.

« Pour un psy, pour un psychanalyste  la question du consentement de l'enfant face à une agression sexuelle d'un mineur, on sait que ce consentement n'a pas de valeur ; on sait que psychiquement du fait de l'emprise de l'adulte, du fait qu'il n'a pas les moyens de répondre et de comprendre émotionnellement à ce qu'il lui arrive, on sait que consentement ou pas consentement, il est totalement manipulable »

Tiens tiens. Le bât blesse là : comment Lévy-Soussan peut dire que les psys « savent », alors que « savoir » n'équivaut pas à prouver, et que d'illustres psychanalystes ne tiennent pas ce discours-là, au contraire ! Accrochez-vous :
Françoise Dolto, interview pour la revue Choisir :
« Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?
F. Dolto - Il n’y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.
- Quand une fille vient vous voir et qu’elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu’elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?
F. Dolto - Elle ne l’a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l’aimait et qu’il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui.
(...)
- D’après vous, il n’y a pas de père vicieux et pervers ?
F. Dolto - Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu’il la laisse tranquille.
- Il peut insister ?
F. Dolto - Pas du tout, parce qu’il sait que l’enfant sait que c’est défendu. Et puis le père incestueux a tout de même peur que sa fille en parle. En général la fille ne dit rien, enfin pas tout de suite.
» (cité dans Le Viol du Silence de Eva Thomas, 1986).

Je ne fais même pas de commentaire.
Ce qui est bizarre c'est que Mme Campion-Vincent, elle aussi invitée, ne s'offusque pas.

Un autre : « L'imprescribilité c'est 20 ans, plus à partir de la majorité, c'est-à-dire à partir de 38 ans vous ne pouvez plus porter plainte. Nous on peut aussi l'interroger,  c'est-à-dire on sait que psychiquement il y a des maltraitances et des agressions sexuelles qui arrivent à la conscience bien plus tard et dans ces cas-là, ils ne peuvent plus rien faire juridiquement. » On sait ? Un souvenir d'agression qui revient plus de 20 ans après ? C'est très peu probable, selon Loftus et surtout l'amie Brigitte Axelrad. Pierre Lévy-Soussan immisce ici un tremplin aisé pour les faux souvenirs induits, on le remercie (sur ce sujet, lire Faux souvenirs et manipulation mentale).

Une dernière pour la route : « La filiation interroge les normes, et il ne faut pas que la pilule et les techniques de procréation fassent oublier que si ça marche, c'est parce que ça va marcher dans un complexe œdipien qui fait que l'enfant pourra se dire fils et fille de ».

En bonus, je vous mets un commentaire aussi liquoreux qu'incompréhensible de Fabrice Hadjadj, autre invité de l'émission, professeur de philo en lycée et qui édite ses livres aux éditions très catholiques du Cerf. Il a trouvé les propos de P. Lévy-Soussan « extrêmement pertinents » (sic !), il lui en faut peu. Et il veut les prolonger, comme autant de perles à enfiler sur un collier. En voilà une : « Est-ce bien une libération de la sexualité au sens où la sexualité serait libérée, ou est-ce qu'il s'agit d'une libération de la sexualité en tant qu'on voulait se libérer de la sexualité. Parce que qu'est ce qui s'est passé ? Un psychanalyste sait très bien que la sexualité ça n'est pas simplement l'acte sexuel, c'est aussi la filiation, c'est aussi la paternité, or justement on a voulu affirmer un acte sexuel déconnecté de toutes les dimensions de la sexualité. Voyez, si on ne comprend plus la filiation et la paternité, on ne comprend plus l'amour de l'enfant et on peut très bien aller vers un amour désordonné ».

Travailleurs sociaux, vous voici bien avancés.

Pour finir, la dernière intervenante, l'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu, exemplifie parfaitement la raison d'être de cet herbier : « (…) De quoi parle-t-on quand on parle de pédophilie, moi je ne sais pas, il faut demander à un psychanalyste ou à un psychiatre (...) ».  Comme si les deux étaient équivalents... Pour votre bagnole, autant demander à un magicien ou à un garagiste.


8 octobre : je regarde Le promeneur du champs de Mars, de Robert Guédiguian (2004), film tiré de la vie de François Mitterrand. Un extrait m'interpelle :

«  Le président : Vous connaissez Groddeck ?
- Non, c'est un clown ?
- Pour Freud oui, c'était un clown. Groddeck considère la maladie comme une création, une œuvre d'art, la seule dont soit capable l'individu dans son aliénation. C'est une belle idée n'est-ce pas, une œuvre d'art au prix de la vie. Bien sûr c'est très romantique. La maladie comme ultime refuge de l'individualité retrouvée
».

Oui, charmant. Mais si on fouille un peu, Groddeck porte des théories étranges, entre autres : toute pathologie est d'origine psychologique, et tout orifice doit être comblé, même les trous d'oreille et de nez, procurant une jouissance quasi-sexuelle. Groddeck, c'est la relation acné-désir. C'est aussi une forme d'eugénisme et un mauvais trip sur la pureté du sang. Extraits tirés du livre Nasamecu, la nature guérit, de Groddeck (1923) : « Et si l’on veut mieux faire encore, on déclassera jusqu’au niveau le plus bas de la société humaine tous les éléments vraiment médiocres, mauvais dès leur naissance, ou issus du mélange avec d’autres races. On les privera des devoirs et des droits du citoyen, pour en faire un nouveau prolétariat. Le moment est venu : si nous souhaitons réellement offrir à l’ouvrier allemand des conditions d’existence dignes, chose aussi nécessaire que légitime, il nous faut donner à l’ouvrier une assise faite de créatures de basse extraction sur laquelle il puisse s’appuyer. ». (Groddeck, p 101).

Encore ?

« Il est déjà bien regrettable que notre époque approuve les unions avec des étrangers. Mais le mariage avec des gens de couleur est un crime qui devrait être sanctionné au moins par la privation des droits civiques frappant les époux et leurs enfants. Quand on trahit son sang, on ne mérite pas d’être citoyen. » (ibid., p 168)

Néanmoins, je ne saurais dire si c'est un délire de R. Guédiguian ou une vraie croyance de Mitterrand.


13 octobre : France Info, brève sur le refus d'adoption pour les personnes en couple homosexuel. Un psychanalyste intervient, mais je n'ai pas réussi à retrouver son nom. Qu'importe, une horde de psychanalystes s'opposent à l'adoption d'enfants par deux homosexuel-les, au nom du « bien-fondé de la triangulation œdipienne et la nécessaire identification au parent du même sexe pour que l’enfant se construise sainement ». Cocasse, personne ne donne les critères de bien-fondation dudit triangle, de nécessité de l'identification au parent du même sexe, ni ne précise ce que signifie se construire sainement. Je crois que pour se construire sainement, au fond, mieux vaut ne pas demander leurs avis aux psychanalystes.


13 octobre toujours : je travaille sur le midi critique qui a pour thème Le Racisme ordinaire, et je regarde un des documents prévus pour demain, Racisme inconscient. Alors que l'émission est vraiment bien menée et me donne une bonne partie de ce que je cherche pour le débat, la question est posée de comment comprendre que des femmes soient attirées seulement par des noirs, et hop ! Effondrement total du niveau : c'est une « psychanalyste », Sophie Cadalen, qui est interviewée sur le plateau. Son discours est à lui tout seul un exemple de dépolitisation d'un sujet. C'est « un pas en avant, trois pas en arrière », un retour vers la préhistoire dinosaurienne du féminisme auquel on assiste là, et les féministes matérialistes doivent s'arracher les cheveux par nattes.


14 octobre : je regarde le film Ed wood, et j'y attrape cet extrait entre Ed Wood Jr et l'effroyable Bela Lugosi :
« Les femmes préfèrent les monstres traditionnels. (…) l'horreur pure les attire et les repousse à la fois. Parce que dans leur inconscient collectif, il y a l'angoisse de l'enfantement. Le sang. Le sang, c'est l'horreur. » Et Ed Wood, alias Johnny Depp : « Je n'y avais pas pensé ».


22 octobre : je me ramène une BD de la bibliothèque municipale du Centre Ville de Grenoble. Ca s'appelle Haute Sécurité, de Gihef & Callède (éditions Repérages, Dupuis, Tome 2). Ca se passe dans un pénitencier et l'un des mâtons vient voir le docteur Cheung, la psy... qui est analyste freudienne (p. 21).

 

Je suis obligé de m'arrêter là, et je mets à la corbeille une dizaine d'autres cas. Il y en a tellement.
Je pense que les prochains herbiers, je mettrai une limite au Top10 des plus grosses perles. La compétition va être rude. Je garde pour le mois prochain entre autres un collector d'Elisabeth Roudinesco. À ne pas manquer.

Richard Monvoisin

 


AGENDA


 

Conférences

Le vendredi 13 novembre 2009, dans le cadre du cycle de conférences mensuelles « Les vendredis de la zététique », le professeur Henri Broch donnera une conférence sur le thème  des « Coïncidences exagérées ». Lors de cette soirée, Henri Broch essaiera de mettre en oeuvre une approche mathématique dans l'étude des rêves prémonitoires, perceptions extrasensorielles, biorythmes, etc. Il montrera que fiabilité, interprétations, statistiques et probabilités, logique et calculs peuvent nous éclairer sur ces phénomènes relevant de l’extra-ordinaire. La conférence s’achèvera par une séance de questions-réponses avec le public.

Les coïncidences exagérées
Vendredi 13 novembre 2009 à 18h
Médiathèque Communautaire de Valbonne
1855, route des Dolines 06560 Valbonne Sophia Antipolis
Entrée libre et gratuite
Renseignements : 04.92.19.76.00

 

 

Le 17 novembre 2009, à la bibliothèque Kateb Yacine, le Pr Joël Lunardi, biochimiste et généticien au CHU de Grenoble, donne une conférence intitulée  « La théorie darwinienne de l'évolution : une théorie qui évolue encore ». Alors que nous célébrons le 150e anniversaire de la parution de L'Origine des espèces par Charles Darwin, sa théorie de l'évolution basée sur la sélection naturelle n'a pas été remise en cause par les découvertes récentes en biologie moléculaire et en génétique. Elle est confortée par des démonstrations scientifiques rigoureuses et permet de parler de « lois » de l'évolution. Joël Lunardi expliquera pourquoi elle continue malgré tout à être un objet de débat.

La théorie darwinienne de l'évolution : une théorie qui évolue encore
samedi 21 novembre à 16h
Bibliothèque kateb Yacine
1 cour des Érables - Centre commercial Grand'Place
38130 Échirolles
Entrée libre et gratuite

Renseignements : www.bm-grenoble.fr

 


La deuxième conférence zététique du cycle « Les 7 Z : venez dynamiter les idées reçues » organisée par l'OZ et l'association Antigone aura lieu le 18 novembre 2009. Nicolas Gaillard y parlera de « Bettelheim et l'autisme : quand une fraude vire au tragique ».

Bettelheim est une figure tutélaire de la psychologie du XXe siècle. Pas une bibliothèque municipale, d'éducation spécialisée ou de fac de psychologie qui n'ait son rayon consacré à ses théories. Antigone a très récemment retiré de ses rayons les ouvrages du chercheur, venez comprendre pourquoi et découvrir l'une des plus tragiques impostures du siècle.

Bettelheim et l'autisme : quand une fraude vire au tragique
Mercredi 18 novembre 2009 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
Renseignements : www.bibliothequeantigone.org

 

 

Exposition

Dans notre société, la profusion de connaissances et surtout l’immédiateté de leur diffusion à l’échelle mondiale, favorisent la propagation de nombreuses idées reçues. Lointaine, obscure, la période préhistorique est parfois perçue « en vrac », comme tout ce qui a précédé l’Antiquité. C’est pourquoi le musée de Terra Amata propose, du 23 octobre 2009 au 28 février 2010, une exposition sur nos idées reçues concernant la Préhistoire. L’exposition démystifie dix idées reçues en présentant les recherches scientifiques qui permettent de rétablir la vérité. Le visiteur devra se rendre à l'évidence et oublier ses vieilles images : « Les dinosaures sont des animaux préhistoriques », « L’homme descend du singe », « Lucy est la première femme », « Les hommes du paléolithique devaient lutter pour survivre », ou encore « On peut allumer du feu avec deux silex » et « Les gaulois ont érigé les menhirs ».

Idées reçues... en préhistoire
Du 23 octobre 2009 au 28 février 2010
Musée de Paléontologie humaine de Terra Amata
25 boulevard Carnot 06300 Nice
Entrée gratuite
Renseignements : www.musee-terra-amata.org

 

 

Théâtre

À l’occasion du 200e anniversaire de sa naissance et du 150e anniversaire de la publication de L’Origine des Espèces,  le Palais de la Découverte programme deux représentations du spectacle éducatif et familial « Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ? », les vendredi 13 et samedi 14 novembre 2009. Cette pièce de théâtre écrite par Clara Bensoussan, retrace le parcours de Charles Darwin, de ses observations lors de son voyage sur le Beagle à ses conclusions sur la transformation des espèces. Un débat avec un paléoanthropologue, l'auteure et les comédiens complète la représentation.

Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ?
Vendredi 13 et samedi 14 novembre 2009 à 15h
Palais de la Découverte
Avenue Franklin D. Rossevelt 75008 Paris
Métro Champs-Elysées - Clémenceau - Métro Fanklin D. Roosevelt
Entrée libre sur réservations
Pour en savoir plus

 

 

Salon

Du 13 au 15 novembre 2009, la 5e édition du Salon du Livre d'Histoire des Sciences et des Techniques, organisé par la Ville d’Ivry-sur-Seine en partenariat avec l’Association Science Technologie Société, est consacrée aux « Sciences, mythes et religions ». De nombreuses conférences et rencontres avec des scientifiques sont programmées parmi lesquelles :

le 14 novembre à 16h : « Les créationnistes sont-ils issus d’une génération spontanée ? » par Jean Dubessy, Marc Silberstein auteurs de Les matérialismes et leurs détracteurs (Syllepse), et Olivier Brosseau, auteur de Les créationnismes, une menace pour la société française ? (Syllepse).
le 15 novembre à 16h30 : « Liberté de la pensée scientifique et laïcité » par Jacques Bouveresse, Guillaume Lecointre et Michel Paty.

Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, spécialiste de la théorie de l'évolution, présentera également son nouveau livre : Le guide critique de l'évolution (Belin) dont la sortie est prévue fin octobre.

Salon du Livre d'Histoire des Sciences et des Techniques « Sciences, mythes et religions »
du 13 au 15 novembre 2009
Vendredi de 12h à 20h, samedi et dimanche de 10h à 18h30.
Espace Robespierre, 2 rue Robespierre, 94200 ivry-sur-Seine.
Accès: Métro 7 : Mairie D'Ivry ; RER C : gare d'Ivry-sur-Seine
Programme complet

 

 

Fête de la Science

L'édition 2009 de la Fête de la science aura lieu en France du 16 au 22 novembre. Traditionnellement à Grenoble, elle débute un peu plus tôt par l'opération « Place aux Sciences » qui est organisée cette année du 12 au 15 novembre dans l'ancien musée de peinture de Grenoble, place de Verdun.

Durant cet événement national destiné au grand public, l'Observatoire zététique sera présent dans trois villes : à Grenoble, au Bourget-du-Lac et à Lyon. Vous pourrez donc venir sur nos différents stands, aiguiser votre esprit critique en participant à nos expériences :

du 12 au 15 novembre, lors de « Place aux Sciences », à Grenoble, dans l'ancien musée de peinture, place de Verdun.

le 17 novembre sur le campus universitaire de Saint Martin d'Hères, dans le bâtiment du Département des Licences Sciences et Techniques.

le 18 novembre au Bourget du Lac, dans le Parc Technolac.

du 19 au 22 novembre à Lyon dans l'Espace double Mixte sur le campus de la Doua.

 

 


DIVERTISSEMENT


 

L'énigme du mois

Si je dis que : « Toutes les soucoupes volantes sont des pigeons », cette phrase est logiquement équivalente à : « Tous les objets non-pigeons sont des non-soucoupes volantes ». C'est ce qu'on appelle la loi de contraposition : P=>Q est équivalent à non-Q => non-P. Jusque là, ça va.

Soit l’affirmation « Toutes les soucoupes volantes sont des pigeons » ou, ce qui est la même chose : « Si un objet est une soucoupe volante, alors cet objet est un pigeon ». L’expression « si P alors Q » est équivalente à « Si non-Q alors non-P » (selon la même loi qu'avant). Donc la phrase « Si un objet est une soucoupe volante, alors cet objet est un pigeon » est logiquement équivalente à « Si ce n’est pas un pigeon, alors ce n’est pas une soucoupe volante ».

Par conséquent, en toute logique, je devrais dire qu'à chaque fois que je vois un objet non-pigeon qui n'est pas une soucoupe, (Henri Broch par exemple, ou mon vélo) cela confirme un peu plus que « Toutes les soucoupes volantes sont des pigeons ».

Ah ahhhhhhha ahhh (rire sardonique). Où est l'erreur ? Celui ou celle qui trouve recevra une photo dédicacée de notre prof de maths Jean-Louis Racca hilare.

 

Richard Monvoisin

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Brigitte Axelrad, Éric Bévillard, Éric Déguillaume, Géraldine Fabre, Anaïs Goffre, Florent Martin, Richard Monvoisin, Jean-Louis Racca, Franck Villard.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

 

Mise à jour le Dimanche, 17 Janvier 2010 00:45