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POZ n°21 Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Mardi, 13 Mars 2007 14:13





SOMMAIRE


 

 


ÉDITO


 

Oyez, oyez. À compter de dorénavant et pas plus tard que tout de suite,la Newsletter de l'Observatoire zététique paraîtra le 13 du mois. Qu'on se le dise et prenne toutes les dispositions nécessaires pour se préparer à sa venue (passer l'aspirateur, nettoyer le frigo, se donner un coup de peigne et pocher le haddock dans du lait).

Pourquoi le treize, te demandes-tu, lecteur soucieux, chafouin et n'aimant pas le haddock ?

Parce que, répond l'éditorialiste, qui entend d'ici sourdre de ta pensarde de lecteur d'aigres réflexions comme quoi c'était mieux avant et si même l'OZ se met à être superstitieux, on n'est pas près d'entrer dans l'ère du Verseau. Parce que, reprend l'éditorialiste, nullement incommodé par lesdites aigres réflexions, mais plus par ses propres digressions remettant sans cesse à plus tard une explication pourtant capitale pour ton confort mental. Parce que c'est comme ça et puis c'est tout.

Voulant, en ces temps pré-électoraux, participer gratuitement au concert de promesses, les vaillants rédacteurs se sont mis en quête de clarté et décidèrent que la parution de la Newsletter de l'OZ aurait lieu à date fixe. Mais voilà : quelle date choisir ?

Immédiatement ils pensèrent au treize du mois. Ben oui, le treize, chargé de superstitions, de mystère, voilà une date toute trouvée. Mais cette idée fut immédiatement rejetée par les plus hautes instances décisionnelles de l'OZ, à savoir la Commission pour un regard objectif sur les textes et tortues expressives, d'une part, et le Comité de lancequinage interne tellement oiseux, d'autre part. Pour d'obscures raisons, comme quoi ça risquerait de provoquer de la part du lecteur d'aigres réflexions sur l'OZ et ses superstitions, tout ça.

Ils se mirent donc en quête d'une autre date. Mais quel nombre ne vérifie aucune propriété intéressante ou notable pouvant immédiatement servir à créer une adoration mystique, une superstition nouvelle ou une secte incontrôlée ? On se souvient de la tristement célèbre secte des adorateurs du Cochon Jaune, qui vénéraient le nombre 17. Il fallait à tout prix éviter cela.

Les meilleurs mathématiciens de l'OZ se sont penchés sur le problème et convinrent, après calculs, qu'il fallait choisir le nombre 2493765218009, qui était le nombre présentant, à leurs yeux, le moins de propriétés susceptibles de donner lieu à des dérives. Ils pensaient avoir trouvé, mais plein de bon sens, Notre Président Éric Déguillaume (Son Nom soit en tête de gondole) s'en mêla. « Que le grand Cric me croque, cria Éric, il y a un hic ! »

En effet, dans la plupart des mois de l'année, il n'y a pas de deux-mille-quatre-cent-quatre-vingt-treize milliards sept-cent-soixante-cinq millions deux-cent-dix-huit- mille-neuvième jour. Cela ne pouvait convenir.

En y regardant de plus près, il constata que ce nombre comporte treize chiffres et, qui plus est, est divisible par treize (et aussi par 191828093693, concédons-le). De guerre lasse, on en revint donc au treize.

Donc ois, ois, ami lecteur, dorénavant la Newsletter de l'Observatoire zététique paraîtra le treize de chaque mois. Bonne lecture à toi.

 

Stanislas Antczak,
éditorialiste par intérim

 


LES NOUVELLES DE L’OZ


 

Nouveaux dossiers en ligne

Enfin ! Le dossier complet de Richard Monvoisin consacré aux Elixirs floraux de Bach est en ligne ! Il est téléchargeable ici. L’article résumé publié dans les Annales pharmaceutiques Françaises est également disponible.

Richard Monvoisin double la mise ce mois-ci avec un nouveau dossier : De l’art de mâcher son linceul : enquête sur le vampire masticateur. Cette enquête zététique est consacrée à une hantise européenne de la fin de la Renaissance : entendre des bruits de mâchonnement s’élever d’une tombe, comme si la personne fraîchement inhumée dévorait quelque chose. Brrrr ! Pour tout savoir, rendez-vous sur le site de l'OZ.

 

Conférences en vidéo

Les enregistrements vidéo de plusieurs conférences organisées ou animées par l’Observatoire Zététique sont maintenant disponibles sur notre site. Vous pouvez donc voir ou télécharger :

  • le café Sciences et Citoyens « Peut-on étudier scientifiquement le surnaturel ? La démarche zététique » à Voiron (38) le 6 octobre 2005
  • le débat « zététique, vous avez dit zététique ? » lors des journées de la culture scientifique et technique de Fontaine (38) le 15 mai 2006 (compte-rendu dans notre NL015)
  • la conférence « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la zététique sans oser le demander » à Annecy (74) le 15 novembre 2006 (compte-rendu dans notre NL019)

Ainsi que :

  • la conférence de Pierre Deleporte « Les limites de la science » à Grenoble (38) le 31 mai 2006 (compte-rendu dans notre NL015)

Ont également été ajoutées dans notre revue de presse :

  • l’interview de Nicolas Vivant dans l’émission « Mordicus » sur la radio suisse romande
  • la chronique « Sciences et environnement » de Caroline David sur RCF74, consacrée à la zététique.

 

La Newsletter en pdf

En plus de la version html de notre newsletter que vous recevez par mail, vous pourrez à présent télécharger sur notre site une version pdf, imprimable. Le n°21 de la POZ est accessible ici. Progressivement, l’ensemble de nos newsletters devrait être disponible au même format, ce qui vous donnera l’occasion de les redécouvrir.




L’ACTUALITÉ DU « PARANORMAL »


 

Décès

Le psychiatre Ian Stevenson est décédé le 8 février 2007 à l’âge de 88 ans. Directeur de la Division of Personality Studies du département de psychiatrie de l'Université de Virginie à Charlottesville il réalisa, durant quarante années, un important travail d’enquête à travers le monde recueillant les témoignages d’enfants semblant avoir des souvenirs de vies antérieures (voir notre dossier sur l’impression de déjà-vu). Il synthétisa dans plusieurs publications le résultat de ses recherches (20 cas suggérant le phénomène de réincarnation, Sand, 1985, Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures, Sand, 1995. Réincarnation et biologie, Dervy, 2002). Malgré ses observations, Ian Stevenson semble être resté prudent, n’a jamais véritablement conclu à l’existence de la réincarnation et ne parlait que de preuves « suggestives ».

Le physicien français Olivier Costa de Beauregard, directeur de recherche émérite au CNRS, est mort le 5 février 2007, à l'âge de 95 ans. Ses travaux sur la théorie de la relativité et la mécanique quantique l’avaient conduit à s’intéresser aux relations entre l’esprit et la matière. Ses théories donnaient un cadre « scientifique » à certains phénomènes parapsychologiques comme la précognition, la psychokinèse ou la télépathie mais elles étaient vivement critiquées par la communauté des physiciens. Olivier Costa de Beauregard était également membre du conseil scientifique de l’UIP (Université Interdisciplinaire de Paris), prônant la réconciliation entre sciences et religion (voir notre NL009) et membre d’honneur de l’IMI (Institut Métaphysique International).

Le sociologue et philosophe Jean Baudrillard est décédé le 6 mars 2007 à l’âge de 77 ans. Professeur à l’université Paris-X, puis directeur scientifique de l’institut de recherche et d'information socio-économique de l'université Paris-IX, il est surtout connu pour sa critique des médias et de la société de consommation, à travers ses réflexions sur les problèmes de la réalité, de l’apparence et de l’illusion. Sokal et Bricmont ont dénoncé dans Impostures intellectuelles, ses dérives postmodernistes et ses utilisations de termes scientifiques « sans égard pour leur signification et placés dans un contexte où ils ne sont manifestement pas pertinents ».

Antoinette Fabre est décédée le 24 février 2007 à l’âge de 76 ans. C’était ma grand-mère. Elle n’était ni parapsychologue ni philosophe. Je ne vous raconterai pas tous les signes que j’ai vus et dont ont été témoins mes proches depuis son décès. Je comprends juste qu’il est réconfortant dans ces moments de croire que tout cela a un sens et d’oublier un peu qu’il est plus vraisemblable que ce soit nous qui le créons.

G.F.

Soirée hypnose à l’ESC : « Vous n’entendez que ma voix ! »

Lundi 12 février, 19h30 dans la salle de conférence de l’École Supérieure de Commerce de Grenoble (ESC), un homme en costume gris, ressemblant davantage à un VRP qu’à un PDG, tient en haleine deux cents étudiants. Il s’appelle Alban de Jong, se dit hypnologue plutôt qu’hypnotiseur et comme chaque année depuis 1989, il a été invité par le Bureau des Élèves de l’ESC pour une soirée un peu spéciale. Nous étions trois membres de l’Observatoire Zététique, Richard, Florent et moi, à assister à cette soirée, invités par une élève de 2ème année. Nous n’avons pas été déçus…

Dans une longue introduction, l’hypnologue a commencé par expliquer à son public, captivé, ce qu’est véritablement l’hypnose : « un état de conscience modifié permettant la connexion de neurones non reliés habituellement ». C’est en effet bien connu « nous n’utilisons que 10% de notre cerveau » (voir au sujet de cette légende urbaine l'article du site tatoufaux) mais avec l’hypnose, Alban de Jong nous promet de monter à 12 voir 15% et de multiplier ainsi nos capacités de concentration.

Selon lui, l’hypnose n’est pas un pouvoir mais un savoir, qui s’acquiert par la pratique. Il précise que seuls ceux qui acceptent d’être hypnotisés pourront l’être et que sous hypnose, ils resteront malgré tout conscients de leurs actes et ne feront que ce qu’ils accepteront de faire. Alban de Jong insiste aussi sur les vertus de l’hypnose thérapeutique qui remplacerait l’anesthésie lors d’opérations chirurgicales et permettrait de se débarrasser de mauvaises habitudes comme le tabagisme. Il précise que tout le monde est hypnotisable mais que les plus réceptifs sont généralement les personnes intelligentes, ouvertes d’esprit, plutôt jeunes, dotées d’une grande sensibilité artistique. Parfait ! L’assemblée en est pleine…

 

Et le spectacle commence...

Test de sélection. Toute la salle se lève, tend les bras en avant, paumes jointes et écoute, attentivement le décompte : « Un ! Vos bras se raidissent, vos muscles se tétanisent. Deux ! Vos mains se collent, vos doigts se serrent de plus en plus… ». A cinq, certains affirment ne plus pouvoir séparer leurs mains. Ils sont alors invités à monter sur scène. Ils ont accepté le contrat, ils sont prêts à jouer le jeu.

Dès que l’hypnologue place sa main sur leur front, ils tombent endormis sur le sol. De sa voix envoûtante, Alban de Jong leur demande de s’imaginer sur la plage. Les yeux fermés, certains se passent alors une crème solaire invisible, d’autres font du surf, d’autres encore nagent sur la moquette. Comme lors d’une séance de relaxation, l’hypnologue leur décrit ce qu’ils doivent voir… et aussi ce qu’ils doivent faire.

Après la plage, l’hypnotiseur, sans interrompre son flux de paroles, invite les étudiants en discothèque. Dans leur sommeil hypnotique, ils acceptent de danser un slow, de faire du houla hoop et de se rouler par terre. La tension augmente crescendo. Bras de fer, catalepsie entre deux tables. Maintenant, les « hypnotisés » doivent se transformer en singe, chien, poule... Des cris d’animaux s’élèvent et des rires éclatent. « C’est incroyable ! Il leur fait faire ce qu’il veut ! » s’exclame l’élève derrière moi. Entre stupeur et terreur, le public ébahi regarde alors les étudiants mimer le comportement de lapins auxquels on distribue de vraies carottes à grignoter. Les lapins se transforment ensuite en amoureux transis choisissant dans le public leur partenaire. C’est ainsi que je me suis retrouvée sur scène, ballottée comme un nounours par le jeune homme qui me voyait quelques secondes plus tôt comme la huitième merveille du monde. Il me bouscule, me décoiffe. Je le regarde en grimaçant et parvient à le déstabiliser. Il rit une seconde puis reprend son regard hagard d’hypnotisé.

Apothéose de la soirée, les bébés gazouillant deviennent autant de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy qu’Alban de Jong envoie faire du prosélytisme dans la salle. Ils serrent des mains en répétant « Votez pour moi ». Avant de les réveiller, l’hypnotiseur leur commande de plonger une dernière fois dans un sommeil hypnotique dès qu’ils sortiront de la salle.

Le réveil a lieu sous un tonnerre d’applaudissements. Le spectacle a duré deux heures. Tous repartent, visiblement très impressionnés par ce qu’ils ont fait et vu. Dehors, les étudiants réveillés semblent engourdis. Stars d’un soir, ils font part de leur expérience à leurs amis qui les assaillent de questions. « Je ne me souviens de rien », murmure l’un. « Qu’est-ce que j’ai fait ? » demande l’autre. « Je me sentais vraiment bien, détendue », raconte une troisième. Puis, quelques mètres après la porte, les hypnotisés s’écroulent sur le sol, au milieu de la foule, risquant de se faire piétiner. Alban de Jong passe alors les « réveiller » à l’aide d’une « décharge d’énergie » qu’il leur applique au milieu du dos ou du ventre.

 

À la sortie, Richard, Florent et moi sommes plus effarés qu’impressionnés. C’était la première fois que j’assistais à ce genre de spectacle et j’y ai vu un très bel exemple de ce que Joule et Beauvois appellent la soumission librement consentie. Les sujets sont triés, choisis parmi les plus suggestibles et ceux qui acceptent de se prêter au jeu. Sur scène, les étudiants ont le prétexte desinhibiteur de l’hypnose pour faire n’importe quoi. Pris peu à peu dans une véritable spirale d’engagement, ils consentent les yeux fermés à faire des choses de plus en plus ridicules pour amuser leurs camarades. Peu s’échappent et ceux qui restent, stars d’un soir, n’ont par la suite aucun intérêt à révéler le canular. Alban de Jong officie principalement dans les grandes écoles, devant des publics d’étudiants particulièrement friands de ce genre de soirée.

Le problème est l’ambiguïté qui subsiste après cet événement et les rumeurs propagées par les étudiants eux-mêmes. Contrairement à ce que l’hypnologue laisse penser, l’hypnose thérapeutique n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle. L’hypnose thérapeutique n’a jamais remplacé l’anesthésie générale lors d’une opération chirurgicale et l’hypnose de spectacle n’est pas un état de conscience modifié. L’hypnose de spectacle n’est basée que sur des techniques de manipulation conscientes incroyablement efficaces dans le contexte où elles sont utilisées. Mais même si cette forme d’hypnose ne présente rien d’extraordinaire, elle prouve tout de même qu’il n’y a pas de limite au ridicule pour peu que l’on ait une bonne excuse...

Géraldine Fabre

 

Du bon usage des chiffres

Les chiffres donnant l'apparence de l'objectivité et de la précision, et étant par ailleurs très faciles à produire et à commenter à l'infini, les médias adorent. En période électorale, on n'échappe donc pas à la sondagite, et à son éternel usage sans précaution.

Le 20 février dernier, scoop, un sondage donnait enfin le candidat S. devançant le candidat S. (l'autre), avec 26% d'intentions de vote contre 25. Nombre de commentateurs se sont alors lancés avec délectation dans l'interprétation divinatoire de l'oracle. On parla de frémissement, de renversement de tendance, de signes faibles mais qui...

Regardons d'un peu plus près en quoi consiste l'information source: il s'agissait d'un sondage portant sur le standard médiatique classique d'approximativement 1000 personnes (l'« approximativement 1000 » descendant ici à 876).

D'après les rudiments des statistiques (auxquels on peut s'exercer grâce au bel outil en ligne de l'OZ Prozstat) on apprend que pour un test sur 1000 échantillons, si l'on vise un risque de se tromper de moins de 5% (i.e. une fois sur 20 sondages), alors la marge des réponses est de plus ou moins 3,2%. C'est à dire que la façon complète de présenter le résultat du sondage aurait été: « S. fait un score entre 22 et 28% tandis que S. fait un score entre 23 et 29%, avec 95% de chances que ces fourchettes soient justes ».

À partir de là, que penser de la validité des analyses journalistiques qui suivirent ?

Fabrice Neyret


Références :

  • Sylviane Gasquet-More, "Plus vite que son nombre", au Seuil.
  • FAQ Ipsos
  • Wikipedia : Sondage



Acupuncture

Début février, Gilles de Robien notre ministre de l’Éducation et de la Recherche était en voyage à Pékin dans le but de resserrer les liens entre la France et la Chine. Ce rapprochement devrait passer par une reconnaissance mutuelle des diplômes dès la prochaine rentrée universitaire, la facilitation des échanges étudiants, le développement de coopérations scientifiques et industrielles entre les deux pays, et de l’apprentissage du chinois en France mais aussi la création d’un diplôme universitaire d’acupuncture accessible aux docteurs en médecine. L’acupuncture est déjà enseignée dans les universités françaises, à Paris V et Paris XIII notamment. Mais Gilles de Robien a déclaré : « Pour donner un cadre plus solide et mieux reconnu à la pratique de l’acupuncture, j’ai donc décidé que nous devions aller plus loin, et passer d’un simple diplôme inter-universitaire à un vrai diplôme national. […] le moment était donc venu de donner à la médecine traditionnelle chinoise des bases universitaires plus solides […] La Chine a beaucoup à nous apprendre. L’approche intellectuelle, propre à la médecine chinoise donne aussi l'occasion à nos facultés de médecine d'explorer de nouveaux modes de pensée et de nouvelles pratiques thérapeutiques ».

Selon M. de Robien, le projet de création de ce diplôme national en acupuncture a été approuvé par le ministère de la santé, et a reçu également le soutien de la conférence des doyens des facultés de médecine.

Pourtant, l’acupuncture a déjà fait l’objet de nombreuses évaluations scientifiques. Certaines sont citées par Jean Brissonnet dans son livre Les pseudo-médecines (éditions book-e-book). Sa conclusion : « À la question : L'acupuncture est-elle efficace ? La réponse est "oui". Elle est aussi efficace que l'homéopathie, la psychanalyse, les fleurs de Bach et les queues de lézards bouillies, c'est à dire aussi efficace que tout placebo, pur, impur, psychologique, rituel ou folklorique. » (p. 85).

Jean Brissonnet rappelle aussi dans cet ouvrage que l’acupuncture avait été interdite en Chine en 1822 par l’Empereur, comme obstacle au progrès de la médecine. Elle n’avait été réhabilitée qu’au lendemain de la révolution communiste pour pallier le manque de médecins. La propagande assurait alors que ces remèdes étaient bien plus efficaces que les « remèdes impérialistes décadents ».

 

Offensive créationniste

Début février, plusieurs centaines d’établissements scolaires, lycées, bibliothèques, universités, ont reçus, directement adressés à leurs dirigeants, l'Atlas de la création, un ouvrage luxueux dans lequel l’auteur, Harun Yahya, de son vrai nom Adnan Oktar, condamne violemment la théorie de l’évolution. Sur plus de 700 pages, les arguments en faveur du créationnisme sont largement développés et illustrés par de nombreuses photographies de fossiles d'animaux comparées à celles de leurs descendants actuels pour mettre en évidence leurs ressemblances et en déduire perfidement que « les êtres vivants n'ont pas subi d'évolution, mais furent bien créés ».

Diffusé en masse, ce livre, édité et imprimé en Turquie, vise à démontrer « l’imposture des évolutionnistes, leurs affirmations trompeuses et les liens occultes existant entre le darwinisme et les sanglantes idéologies telles que le fascisme et le communisme ». Selon l'auteur, les théories de Charles Darwin seraient même « la réelle source du terrorisme ». On peut lire par exemple, sous la photo des tours jumelles du World Trade Center embrasées : « ceux qui perpétuent la terreur dans le monde sont en réalité des darwinistes. Le darwinisme est la seule philosophie qui valorise et encourage le conflit. ». Bref, sous l’apparence d’un livre de vulgarisation pédagogique, l’Atlas de Harun Yahy cite abondamment le Coran, conclut que « la création est un fait », prouve « l'existence de l'âme » et prophétise « la fin du matérialisme ».

La réaction du ministère de l'Éducation a été prompte : il a demandé que l’ouvrage ne soit pas diffusé aux élèves et étudiants sous prétexte que son contenu « ne correspond pas aux programmes ». Le syndicat national des enseignements de second degré a de son côté publié un communiqué de presse au titre explicite : « L’Atlas de la création n’a pas sa place dans notre école ! ». Mais lorsque j’entends les étudiants du master communication scientifique de ma promo affirmer que la théorie de l’évolution est en réalité une théorie scientifique au même titre donc aussi valable que le créationnisme, je me demande s’il ne serait pas préférable d’ouvrir le débat en classe et expliquer à tous ces élèves ce qui différencie véritablement le darwinisme des créationnismes. Le dossier de Guillaume Lecointre « Évolution et créationnismes » est à ce sujet particulièrement éclairant.

 

La foi et la folie

Le prêtre orthodoxe du monastère roumain de Tanacu, Daniel Petru Corogeanu, a été condamné à 14 ans de prison pour le décès le 16 juin 2006 de sœur Maricia Irina Cornici lors d’un exorcisme. Les quatre religieuses qui avaient participé au rituel ont également été condamnées à des peines allant de 5 à 8 ans. Les cinq religieux avaient été exclus de l'ordre monastique peu après les faits.

Maricia Irina Cornici n’avait que 23 ans et était soignée pour schizophrénie, croyant entendre le diable lui parler, lorsque pour la délivrer, le jeune prêtre de 29 ans a tenté sur elle un exorcisme. Enchaînée à une croix, attachée pendant plusieurs jours, privée d’eau et de nourriture, Maricia Irina Cornici était finalement morte de déshydratation, d'épuisement et d'étouffement. Selon le réquisitoire, « les inculpés ont reconnu les faits durant l'enquête mais affirmé avoir été motivés par le souhait de délivrer la victime des mauvais esprits qui la possédaient ». Ils l’avaient également intentionnellement privée de son traitement médical. « Elle était malade et possédée. Nous avons célébré des messes pour la désenvoûter. Donc, d'un point de vue religieux, ce que nous avons fait est très correct » avait déclaré le prêtre lors de son interrogatoire. Dans une lettre au patriarche orthodoxe Teoctist, Daniel Corogeanu avait affirmé avoir « décidé d'accueillir Irina Cornici au monastère de Tanacu (est) et de l'aider selon les seuls canons de l'Eglise, par pitié pour sa souffrance ».

Le décès de Maricia Irina Cornici a vivement ému la population roumaine et incité l'Église orthodoxe, à annoncer la mise en place de tests psychologiques pour les personnes désirant entrer dans les ordres. L’Église orthodoxe, qui semble avoir bénéficié d’un regain de religiosité ces dernières années a régulièrement recours à l’exorcisme. Les méthodes de Daniel Corogeanu ont pourtant été jugées excessives : le moine n’ayant pas terminé ses études religieuses avait tout de même été ordonné prêtre en raison du manque d'hommes d'Église pour officier dans les couvents et monastères récemment ouverts.

 


 

Le bazar du bizarre

 

L’armée belge superstitieuse

Le dernier avion acquis par l’armée belge, destiné à remplacer un C-130 détruit récemment, ne sera pas baptisé CH-13 mais CH-14. L’armée s’autorise donc pour la première fois une exception à la règle d’immatriculation, écartant le nombre 13. Les militaires belges deviendraient-ils superstitieux ?

 

Le bizarre est heureusement probable

Des événements très improbables peuvent en effet se produire… même deux fois ! Le pilote d’avion américain, Raymond Snouffer a ainsi eu la chance de gagner deux fois de suite à la loterie « Northstar Cash ». Le samedi 10 février, il a remporté 25 000 dollars avec les numéros : 11-14-23-26-3. Puis une semaine plus tard, jouant la combinaison 11-3-7-19-28, il gagna à nouveau le jackpot de 25 000 dollars.

 

Salade de fruits

Un peu gonflée l’« étude » du sexologue Piero Lorenzoni. Pour lui, la forme des seins d’une femme déterminerait sa personnalité. Il a donc défini une topologie des seins les assimilant à des fruits : melons, citrons, ananas, pamplemousses, oranges, cerises ou poires, chacun associés à différents traits de caractère

 

La femme-oiseau

Dans la province du Kasaï Oriental, en République Démocratique du Congo, un cultivateur de Tshilenge a abattu un oiseau qui en tombant se serait ensuite métamorphosé en cadavre de vieille femme. Le jeune homme s’est immédiatement présenté auprès du chef du village le plus proche, incapable de juger l’affaire.

 

ET contre le réchauffement climatique

Par l’intermédiaire du quotidien Ottawa Citizen, Paul Hellyer, ancien ministre canadien de la Défense dans les années 60, a demandé aux gouvernements mondiaux de rendre publique la technologie extra-terrestre obtenue notamment grâce au crash de l’OVNI de Roswell en 1947. Selon lui, ces révélations permettraient de résoudre le problème du changement climatique, en apportant notamment des alternatives aux énergies fossiles. « Il faut persuader les gouvernements de dire ce qu'ils savent. Certains d'entre nous pensent qu'ils en savent beaucoup, et cela pourrait suffire à sauver notre planète. »

Le Jardin du prophète en vente…

La vaste propriété de la secte raëlienne, à Maricourt (Estrie-Canada), appelé Le Jardin du Prophète est à vendre pour 2,95 millions de dollars. En 1995, Raël y avait ouvert l'UFOland, un centre d'interprétation des OVNI, fermé en 2003 par manque de visiteurs.

 

… et le prophète interdit de séjour en Suisse

Le canton suisse du Valais vient de rejeter la demande d’autorisation de séjour de Raël. Il ne pourra donc pas s’établir à Miège comme il l’avait prévu mais il a décidé de porter l’affaire en justice, devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Les autorités valaisannes estiment quant à elles qu'il est de leur responsabilité « de ne pas favoriser la propagation de messages contraires à l'ordre public suisse et à la protection de la morale ».

 

Le corbeau était un radiesthésiste

En janvier dernier, un homme relançait l’enquête sur la disparition de Marie-France Godard. Par lettre anonyme, il révélait la position du corps de l'épouse du docteur disparue en 1999. Alors que les gendarmes découvraient effectivement des ossements humains à l’endroit indiqué, le corbeau se présentait à la gendarmerie de Tilly-sur-Seulles. Il s’agissait d’un radiesthésiste originaire de la Manche. D’après le maire de Tilly-sur-Seulles, celui-ci « a travaillé avec un pendule sur une photo de Marie-France Godard et une carte routière, ce qui l'a conduit à Tilly-sur-Seulles puis à Lingèvres et enfin au cimetière […]. Il a indiqué qu'il avait voulu aider la justice à avancer grâce à son don pour la radiesthésie où il a expliqué qu'il ne se trompait jamais ».

Après analyses ADN, les ossements ne sont pas ceux de Marie-France Godard.




ENQUÊTES


 

Voyance et affaire Julien

Nicolas Vivant vient de mettre en ligne un nouvel article sur zetetique.info, intitulé Bourg-les-Valence : Voyance et affaire Julien. Il revient sur les prédictions d’une voyante publiées dans le Journal de demain. Cette voyante a-t-elle réussi à localiser avant qu’on ne le retrouve le corps du petit Julien disparu depuis 29 janvier dernier ? Une enquête zététique rondement menée.

 

Le président gambien prétend soigner le SIDA et l'asthme

Lu dans Le Monde du 8 février dernier : « Le président gambien prétend détenir des dons de guérisseur notamment en ce qui concerne le virus du SIDA et l'asthme. Il a affirmé qu'il pouvait guérir les séro-positifs en trois jours à base d'herbes et grâce à ses pouvoirs mystiques. "Je peux soigner l'asthme et le sida. Après trois jours de traitement, si vous refaites le test du VIH vous verrez que lui ou elle sera séro-négative à nouveau", avait déclaré le président Jammeh en lançant le mois dernier une campagne d'information sur le sujet. »

Effrayant. D'autant plus que la quasi totalité du site web de la présidence est dédiée à des exploits de guérisseur. On y lit par exemple (18 janvier 2007) : « Alors que les scientifiques et médecins du monde entier continuent de rechercher un remède contre le SIDA qu'ils n'ont pas été capable de trouver ces 20 dernières années, le président gambien Yahya Jammeh a révélé hier mercredi qu'il avait un remède pour l'épidémie du SIDA et pour l'asthme ».

Le 12 février, on fait même référence à une « étude scientifique » qui prouverait que cette capacité de guérison est réelle :

« 27 personnes séropositives ont été enregistrées pour être soignées par le Président de la République, Dr Yahya Jammeh, après le traitement couronné de succès de 9 personnes infectées en un peu moins de trois semaines. Le traitement commencera cette semaine et sera administré en trois séries de 9 patients par série. Un communiqué de presse du Ministère de la Santé et de l'Aide Sociale demande aux patients enregistrés de se présenter au Ministère, au « Quadrilatère » de Banjul, le mardi 13 février à 9 heures. Les lecteurs se souviendront que l'état clinique des neuf premières personnes séropositives s'est considérablement amélioré, selon les résultats de leurs charges virales.

Ces tests ont été réalisés par le respectable Professeur Soulaymane Mboup, Chef du Laboratoire Bactériologie-Virologie du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) A. Le Dentec de Dakar au Sénégal. Les tests de laboratoire étaient supervisés par le Professeur Coumba Toure Kane, Chef de l'Unité de Biologie Cellulaire du CHU.

Les conclusions pour les patients HIV2 sont les suivants :
Adama Manneh - virus VIH indétectable
Fatou Fadera - virus VIH indétectable
Fatou Kaw - virus VIH indétectable
Dado Jawo - charge virale faible
Pour les patients HIV1, les résultats de laboratoire indiquent :
Jonkong Jajure - Charge virale élevée
Jainaba Sey - Charge virale moyenne
Lamin Ceesay - Charge virale très élevée
Ousma Sowe - Charge virale inférieure au taux détectable

Ces tests, conduits par une institution respectable comme l'Université Cheikh Anta Diop, Faculté de Médecine et de Pharmacie, sont des preuves suffisantes que le traitement à base d'herbes et la thérapie administrée par le Président Jammeh ont donné des résultats au-delà de tout doute raisonnable, qu'ils sont efficaces et peuvent guérir le SIDA.

Ces tests de laboratoire montrent que, chez les patients HIV2, le virus n'était plus détectable. C'est une preuve scientifique que ce que revendique le Président Jammeh est vrai est cela est confirmé par par le test scientifique le plus rigoureux, à savoir un laboratoire d'une école de médecine. »

Contacté par l'Observatoire Zététique, le Professeur Souleymane Mboup nous a fait la réponse suivante :

« En réalité, un technicien de laboratoire en la personne de Abdoulie Batchilly s'est présenté à notre laboratoire pour soi disant être formé sur les techniques de charge virale, du fait qu'ils devaient démarrer leur programme de prise en charge de patients VIH+ par les antirétroviraux et leur difficulté à réaliser les tests de charge virale. En effet, selon ses dires, l'équipement était acheté depuis longtemps mais ils n'arrivaient pas à le faire fonctionner. Je lui avais posé la question de savoir pourquoi ils ne s'étaient pas adressés au MRC et il avait répondu que cette institution était à part et qu'il y avait urgence et c'est son Ministre qui lui avait demandé de s'adresser à nous. J'ai alors demandé au professeur Coumba TOURE KANE de le former à toutes les techniques de charge virale disponibles au sein du laboratoire.

Il a demandé si on pouvait aussi tester des échantillons anonymes de patients qu'il avait avec lui et j'avais donné mon accord. Jamais, il ne nous a été précisé l'origine des patients ni que ces patients prenaient une quelconque thérapeutique, à plus forte raison une decoction traditionnelle, ou étaient mêlés des près ou de loin à la thérapeutique que vous mentionniez en Gambie, ce qui est malhonnête.

Nous avons mis tout en oeuvre pour le former et passer les echantillons qui ont été retéstés pour le VIH et à notre grande surprise, certains étaient VIH négatifs pour des patients qui devraient être mis sous traitement ARV, toujours selon notre entendement.

Ces tests ne peuvent en aucun cas constituer une preuve quelconque car il aurait au moins fallu avoir les échantillons avant traitement et ceux après traitement. Un essai thérapeutique répond à des règles qui sont internationalement définies pour prouver l'efficacité d'une thérapeutique.

J'étais moi-même en Gambie il y a une dizaine de jours et j'avais été avisé de cette information et c'est inélégant de nous citer et de nous mêler a cette histoire sans nous informer et sans notre consentement et surtout de montrer les résultats non codés de patients avec la signature du Dr KANE et notre institution.

Merci de restituer la vérité des faits
Professeur Souleymane MBOUP
Laboratoire de Bacteriologie Virologie
Universite Cheikh Anta DIOP
CHU Le Dantec,
BP 7325, Dakar, SENEGAL
»

Voilà qui rétablit effectivement la vérité des faits. Nos remerciements au professeur Mboup, dont la réponse a été aussi rapide que précise.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : alors que l'OMS exprime son inquiétude depuis le Sénégal, on apprend que le président Jammeh a décidé d'expulser de Gambie la représentante locale de la PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) à cause du scepticisme dont elle a fait preuve dans un récent reportage de Skynews TV.

Visiblement excédé, le Daily Observer, organe de presse acquis à la cause du gouvernement, accuse les professeurs sénégalais de malhonnêteté professionnelle et affirme que c'est la jalousie qui les pousse à démentir les résultats des tests effectués dans leur laboratoire.

Joint le 23 février par e-mail, Mbay Sarr, rédacteur-en-chef de The Gambia Journal, journal en ligne basé aux États-Unis et opposé au gouvernement gambien déclare à zététique.info : « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire cesser cette folie autour du President Jammeh. »

Rappelons que le président exige des patients qu'il traite l'arrêt du traitement par anti-rétroviraux.

À noter, le travail de synthèse du site survivreausida.net sur les pratiques désastreuses de certains pays africains dans le cadre de la lutte conte le SIDA.

 

Nicolas Vivant

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE




En librairie

Retours sur l'affaire Sokal
Sous la direction de Sophie Roux
Éditions L'harmattan
Coll. Histoire des Sciences humaines – Etudes
192 pages - 17,5 euros

En 1996, Alan Sokal soumettait à la revue Social Text, un article intitulé « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique » dans lequel il prétendait démontrer, principalement au moyen de citations, la subjectivité du « réel ». Sa publication n’était en réalité qu’« une satire du discours mensonger de la gauche, des références laudatives, des citations grandioses et d'un non-sens pur, structurée autour des citations les plus stupides possibles d'universitaires spécialistes de sciences sociales se rapportant aux mathématiques et à la physique ». Elle fut pourtant acceptée et parut dans un numéro spécial consacré à la « guerre des sciences » (opposant alors sciences exactes et sciences humaines) comme une réponse aux scientifiques dénonçant les points de vue postmodernes se développant dans les milieux philosophiques. Cet article remettait en cause l’objectivité de la Science faisant de ses résultats une vérité toujours relative à un groupe social et culturel. Pour illustrer cette idée, Sokal écrivait : « Le Pi d'Euclide et le G de Newton, qu'on croyait jadis constant et universels, sont maintenant perçus dans leur inéluctable historicité. »

Le raisonnement de Sokal était bâti sur une série de citations hors contexte mais toutes authentiques de Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Félix Guattari, Luce Irigaray, Jacques Lacan, Bruno Latour, Jean-François Lyotard, Michel Serres et Paul Virilio dont il voulait pointer les abus lorsque ceux-ci utilisent une terminologie scientifique sans se soucier du véritable sens des termes et/ou lorsqu’ils importent des notions de sciences exactes en sciences humaines sans donner la moindre justification empirique ou conceptuelle de cette démarche.

Le canular révélé, ce qui devint l’Affaire Sokal suscita de nombreuses controverses dans les milieux académiques, mettant en cause la rigueur des comités de lecture des revues en sciences sociales mais aussi le développement du postmodernisme dans ces disciplines.

Dans Retours sur l’affaire Sokal, des historiens des sciences reviennent sur cette confrontation entre disciplines scientifiques et littéraires.



Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi
Jacques Bouveresse.
Ed. Agone, 286 p., 24 €.

Un livre affublé d’un tel titre et dont la quatrième de couverture indique la perplexité de l’auteur face à « ces intellectuels » qui « tout en se disant incroyants, se posent aujourd’hui en défenseurs de la religion au nom de choses comme le besoin de sacré et de transcendance, ou le fait que le lien social ne peut être, en dernière analyse, que de nature religieuse » ne pouvait qu’intéresser le modeste zététicien que je suis, puisque ce « besoin » est souvent mis en avant par nos amis « tenants-du-paranormal » [1], par exemple face à l’avancée des connaissances scientifiques qui « désenchanteraient » le monde.

D’autant que ladite quatrième de couverture poursuivait ainsi : « En ouvrant une brèche dans nos certitudes les plus fondamentales en matière de théorie de la connaissance et d’épistémologie, le postmodernisme a pris, consciemment ou non, le risque d’encourager les religions à s’y engouffrer, avec l’espoir de réussir à récupérer une partie de l’ascendant qu’elles ont exercé pendant longtemps sur le monde intellectuel lui-même et perdu ensuite largement au profit de la science moderne. »

Même si un zététicien est davantage intéressé par les « questions de faits » et les expérimentations que par les « questions de théorie », il n’ignore pas l’intérêt de ces derniéres. Voir par exemple l’article « The Philosophy behind Pseudoscience » évoqué dans la newsletter précédente (NL 20, février 2007) ou bien les deux articles du Monde « Pour une science sans a priori » (23 février 2006), signé pour l’essentiel par des membres de l’UIP et la réponse « Pour une science consciente de ses limites » (5 avril 2006), notamment signée par Richard Monvoisin, que le premier article s’était attirée (ces deux articles sont consultables respectivement ici et ).

J’ai donc ouvert le livre.

Chacun des chapitres (il y en a une vingtaine en tout) est à lui seul un essai et peut être lu indépendamment des autres, même s’il est préférable de les lire dans l’ordre.

Dans la première partie « la puissance du faux et la valeur du vrai », l’auteur retrace une certaine généalogie philosophique du post-modernisme et du relativisme qui l’accompagne souvent. Il rappelle que l’attrait du faux a été remarqué par de nombreux philosophes. On appréciera tout particulièrement, entre deux citations de l’Homme sans Qualités de Robert Musil, cette phrase : « Le problème difficile et douloureux auquel on est confronté ici est qu’il n’est pas nécessaire d’être vrai pour être reconnu comme tel et que le fait d’être vrai peut même constituer, sur ce point, un désavantage : la meilleure façon d’être accepté comme vrai n’est pas nécessairement celle qui consiste à l’être effectivement. » (p. 13)

Dans la deuxième « Faut-il défendre la religion ? », Bouveresse aborde essentiellement deux problèmes : la justification intellectualiste des religions et sa justification pragmatique (la religion envisagée du point de vue de ses causes et la religion envisagée du point de vue de ses effets, pour résumer grossièrement). Je conseillerais tout particulièrement au lecteur pressé les chapitres 2, 9, 10 et 13.

Dans le II, intitulé « Vrais et faux amis de la religion », l’auteur se demande si l’on assiste véritablement actuellement, comme on l’entend un peu partout, à « un retour du religieux » plutôt qu’à un « recours » à la religion pour donner un vernis de légitimité à certaines actions qui en manqueraient singulièrement au regard de l’humanisme moderne.

En tant que zététiciens (mais pas seulement), nous sommes souvent confrontés au thème du caractère relatif de la vérité. Dans le IX, « le pragmatisme, la religion et le christianisme « post-modernisé » », Bouveresse rappelle les objections de Russell vis-à-vis du pragmatisme, en particulier de la notion pragmatiste de la vérité (p.144) :

1) manque d’humilité envers les réalités et les forces qui dépassent l’être humain

2) tendance à valoriser abusivement l’action au détriment de la connaissance, et plus précisément de l’aspect « contemplatif » de celle-ci

3) manière de laisser le champ libre au règne de la loi du plus fort

Ces pages m’incitent à rappeler que l’on trouve des critiques du pragmatisme complémentaires de celles-ci dans l’article de Jean Bricmont « Science et religion : l’irréductible antagonisme ».

Le chapitre X, « Postmodernisme, Pseudoscience, Vraie & Fausse Religion » rappelle quelques enjeux pratiques pouvant inciter à distinguer la vérité du mensonge. On y trouve quelques références très positives au dernier livre d’Alan Sokal « Pseudosciences et postmodernisme : adversaires ou compagnons de route ? »

Enfin dans le chapitre XIII, « Les anciens et les nouveaux dieux », Bouveresse conteste en particulier le concept de « remplacement automatique » concernant les religions (cette idée selon laquelle le déclin ou la disparition des religions « instituées » ne peut que produire leur remplacement par d’autres religions, éventuellement laïques). Citons ces quelques lignes en guise de conclusion (provisoire bien sûr) : « De toutes manières, le fait de répéter ad nauseam qu’il y a eu également des religions profanes capables de se révéler encore plus oppressives et meurtrières que les religions traditionnelles auxquelles elles essayaient de se substituer ne pourra jamais constituer un argument en faveur de la religion en général. La seule conclusion que tirait de cela un rationaliste comme Russell est que, si l’humanité veut avoir une chance de réussir à éviter le pire, il faut absolument que, sur les questions comme celles dont il s’agit, elle se montre capable d’apprendre à penser de façon véritablement non religieuse. » (pp. 197-198)

 

Jean-Louis Racca

 

[1] je n’aime guère cette expression pour désigner, sans condescendance précisons-le, des gens très divers : ceux qui pensent que leur voyant(e) avait prédit le 11 septembre, ceux qui se soignent à l’homéopathie parce qu’ils pensent que son efficacité est démontrée scientifiquement par la mémoire de l’eau, ceux qui se soignent à l’homéopathie parce que « du moment qu’ ça marche, hein ? », ceux qui exploitent la crédulité des autres, ceux dont la crédulité est exploitée par les précédents, etc. (j’abrège, sinon cet article serait le premier au monde dont une note de bas de page serait plus longue que l’article lui-même !)

Je suis preneur d’une meilleure expression, si quelqu’un en possède une.

 


 

Exposition

Du 14 mars au 26 aout 2007, le musée Jacquemart André à Paris accueille une exposition intitulée Masques de Chine, rites magiques de Nuo.

« Voyage au coeur de l'exorcisme chinois ! Grâce à une centaine de masques anciens provenant des plus belles collections privées et datant des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, le visiteur est invité à découvrir l'univers mystérieux des rites religieux chinois. La puissance énigmatique des masques exposés suscite un voyage au cœur de l'exorcisme chinois, pratiqué lors de processions, de danses, et de représentations théâtrales de la tradition plusieurs fois millénaire de Nuo. Le terme de Nuo signifie l'expulsion des démons de la maison et correspond à des cérémonies rituelles pratiquées dans toutes les provinces de Chine, depuis les temps néolithiques. La tradition de Nuo est l'un des phénomènes les plus explicatifs de l'âme chinoise, dont les occidentaux sont si curieux. Ainsi, l'exposition est l'occasion pour le public français de s'ouvrir à la magie de la culture chinoise grâce aux masques des rites de Nuo. »


Musée Jacquemart
158, bd Haussmann
75008 Paris
Tél. : 01 45 62 11 59
Fax : 01 45 62 16 36


AGENDA


 

Le jeudi 22 mars 2007, Jacques Van Rillaer, sera l’invité de l’Observatoire Zététique pour une conférence intitulée : Bénéfices et préjudices de la psychanalyse.

En voici un avant-goût avec ce résumé proposé par le conférencier :

« La psychanalyse a été développée comme méthode de traitement psychologique. Ses résultats sont apparus fort limités dès qu’il s’agit de troubles relativement graves (agoraphobie, compulsions, toxicomanies, etc.). On peut dès lors se demander quels bénéfices trouvent les personnes qui poursuivent de longues cures freudiennes. L’exposé passera en revue ces bénéfices, mais également quelques inconvénients des thérapies verbales au long cours. »

Jacques Van Rillaer est psychologue, professeur à l’Université de Louvain-la-Neuve en Belgique et aux Facultés universitaires Saint-Louis. Il a pratiqué la psychanalyse freudienne avant de s’en détourner et de s'orienter vers les thérapies comportementales et cognitives. Il est l’un des co-auteurs du « Livre noir de la psychanalyse ». Son regard d’expert critique des deux champs est suffisamment rare pour être souligné.

Cette conférence aura lieu à 20h30 dans l’amphithéâtre Boucherle de la faculté de Médecine-Pharmacie, sur le campus de la Merci, à La Tronche, près de Grenoble.

Le dossier de presse est en ligne, ainsi que le plan d'accès



Le 2 avril 2007, le cercle zététique de Toulouse accueillera l’ufologue Eric Maillot pour une conférence intitulée : La zététique en ufologie : examen d'ovnis célèbres. Cette conférence aura lieu à 20h30, à la maison de la philosophie, à Toulouse (entrée : 4 euros pour les non-adhérents).

« Nombre de témoignages d'ovnis connus semblent étayés solidement par des enquêtes privées ou des études scientifiques officielles du CNES (GEPAN, SEPRA, GEIPAN). Comment faire la part d'objectivité et de subjectivité sur ces dossiers médiatisés ? Quelle méthodologie d'étude leur est appliquée ? Est-elle respectée ou adaptée à l'objet étudié ? Existe-t-il des cas inexplicables et pour quelles raisons ? ... C'est ce que vous pourrez découvrir au travers de l'examen zététique de quelques cas classiques de l'ufologie française (RR2, RR3, cas radar et visuel). »


Maison de la philosophie
Association ALDÉRAN pour la promotion de la philosophie
29 rue de la digue 31300 Toulouse
Tel : 05.67.11.63.43
Renseignement : www.alderan-philo.org
Mail : philo@alderan-philo.org


Le 5 mai 2007, les commissions de l’EEM « Ethique et Europe » & « Santé, éthique, Idéologies », la FECRIS (Fédération Européenne des associations de défense contre les pratiques totalitaires du sectarisme) et le GEMPPI (Groupe d'Etude des Mouvements de Pensée en vue de la Prévention de l'Individu) organisent un colloque sur le théme : médecines alternatives en Europe : emprise sectaire ?

Ce colloque se tiendra à l’Espace Ethique Méditerranéen (EEM) de l’hôpital Adultes de la Timone à Marseille.


Espace Ethique Méditerranéen
Hôpital de la Timone Marseille
Tel : 04 91 08 72 22
Portable : 06 76 01 94 95
Renseignements et programe de la journée : gemppi@wanadoo.fr

 


 

Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:20