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POZ n°20 Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Vendredi, 02 Février 2007 14:13

 


SOMMAIRE


 




ÉDITO


 

Ce vendredi 2 février, la chaîne de télévision TF1 diffuse un nouveau numéro de son émission Les 30 histoires les plus mystérieuses, concept déjà éprouvé en mai dernier lors d’un opus où figuraient quelques bribes éparses d’une interview de notre ami de l’OZ Nicolas Vivant, au sujet du dernier des trente sujets abordés. Gageons que tous ceux qui, zététiciens, sceptiques, rationalistes – si toutefois la production a pensé à demander leur avis – lui succèderont au soir de ce vendredi, feront aussi bien pour apporter aux téléspectateurs un petit contrepoids d’esprit critique au milieu du divertissement.

Car c’est bien de divertissement, voire même de variété dont il s’agit. On ne retrouverait même pas dans ce programme les oripeaux de l’émission de débats ou de reportages dont de précédentes émissions aux thèmes similaires – Mystères, L’odyssée de l’étrange ou bien Normal, paranormal ? – déjà purs produits commerciaux, avaient cherché à se revêtir à une époque où la télé-réalité était encore un genre et non la télé toute entière. Ici, le show est parfaitement revendiqué et assumé, comme en témoigne le choix du duo Rousseau - Legros pour l’animation.

La place de l’esprit critique et du doute raisonnable dans tout cela ? Même sans avoir vu le programme, on peut sans trop de risques supposer qu’elle sera faible. Audience et méthode zététique font rarement bon ménage en prime time. En témoigne la présentation faite sur le site de TF1, pour le moins exagérée, de l’observation d’OVNI du commandant Duboc, supposée « correspond(re) à des données radar » alors que cette corrélation est au mieux « capillotractée », au pire juste inexistante. Pour rebondir sur l’actualité, au moins nous reste-t-il l’espoir que l’ouverture des archives ufologiques du CNES, annoncée comme imminente, permettra enfin aux amoureux de l’objectivité d’avoir accès à des sources de première main, que ce soit sur l’affaire Duboc ou sur d’autres.

En attendant, ceux qui n’espèreront pas trouver sur les ondes hertziennes de quoi étancher leur soif d’analyse critique pourront se consoler avec ce vingtième numéro de la Newsletter de l’Observatoire Zététique. Ils auront la joie de constater que l’activité zététique intéresse aussi bien le site Hoaxbusters que la Radio Suisse Romande ou encore Google News. Comme quoi… si la zététique n'attire guère l’intérêt des promoteurs de spectacles, elle a au moins le mérite de susciter l’intérêt de ceux qui sont à la recherche d’informations étayées. Rien que pour cette raison, cela vaut le coup de continuer dans cette voie.

 

Éric Déguillaume
Nouveau président de l'OZ

 


LES NOUVELLES DE L’OZ


 

Assemblée Générale de l’Observatoire Zététique

L’assemblée Générale de l’Observatoire zététique a eu lieu le 8 janvier 2007 au bar-restaurant le Terra Nova, repaire habituel de nos rendez-vous. Elle a permis à la trentaine de membres réunis de faire le bilan de cette troisième année d’existence de l’OZ avant de procéder au renouvellement de son conseil d’administration.

Au cours de cette année, les activités de l’OZ se sont multipliées et diversifiées : réunions internes, conférences publiques, formations universitaires, participations à des congrès, publications, investigations de phénomènes paranormaux, interviews, développement de partenariats, etc. Ces activités ont bien sûr toujours pour objectif de diffuser l’information sceptique, promouvoir la démarche zététique et développer l’esprit critique.

Après un bilan d’activités chargé, cette soirée associative a été l’occasion d’une réflexion sur nos objectifs pour 2007. Il ressort de ces discussions que cette nouvelle année devrait être axée sur le travail collaboratif : les enquêtes de terrain (investigations et expérimentations) et la formation interne de nos 42 membres.

L’élection du nouveau Conseil d’Administration a clos la réunion. Notre nouveau président est Eric Déguillaume. Il sera accompagné dans sa tâche par : Jean-Louis Racca (vice-président), Ardéchir Pakfar (secrétaire), Nicolas Touzard (trésorier), Florent Martin (trésorier-adjoint), Pierre Aldebert (administrateur), Eric Bévillard (adminstrateur) et Géraldine Fabre (adminstratrice).

 

L’OZ sur Hoaxbuster

Pierre Aldebert, tout frais administrateur de l’OZ, est aussi chimiste et médiateur du CNRS. Du fond de son laboratoire, il étudie depuis plusieurs mois l’impressionnante réaction coca-mentos, dont les vidéos ne cessent de circuler sur Internet. Il avait déjà publié sur notre liste les premières conclusions de ses expérimentations (voir notre newsletter n°16). Cet article est aujourd’hui référencé sur le site Hoaxbuster. Le phénomène a en effet donné naissance à une légende urbaine se propageant par mail sous diverses forme : des personnes seraient décédées après avoir avalé un mentos et bu du coca.

Mais rassurez-vous : même si les effets induits par l’absorption de ces deux produits sont plutôt désagréables, ils ne peuvent causer la mort. Le dégazage brutal du coca lors de l’introduction de mentos dans la bouteille peut être reproduit avec d’autres boissons gazeuses, allégée ou non, l’aspartam n’ayant aucune influence. Pierre a évidemment réalisé tous ces tests et a ainsi pu mettre en évidence que la hauteur vertigineuse du geyser de coca est avant tout liée à la pression du gaz carbonique (6 bars).

 

Interview sur Radio Suisse Romande

Le 16 janvier 2007, Henri Broch était l’invité de l’émission Mordicus, animée par Madeleine Caboche et Sarah Dirren, diffusée sur la Radio Suisse Romande. Son thème était : « Les phénomènes surnaturels sont-ils explicables par la science ? ».

Lors de cet entretien, Henri Broch a souligné les liens entre le laboratoire zététique de Nice et l’OZ : « On a des liens très forts puisqu'on se connaît tous et on travaille ensemble. L'Observatoire Zététique est une association qui s'est créée à l'initiative de physiciens sur Grenoble en liaison avec Nice. Richard Monvoisin, par exemple, qui est un des fondateurs de l'Observatoire Zététique à Grenoble est un doctorant en zététique en co-tutelle entre Grenoble et Nice. Donc il y a un travail constant qui se fait en collaboration. ».

Au cours de l’émission, Sarah Dirren a également interviewé par téléphone Nicolas Vivant, membre de l’OZ. Celui-ci a rappelé la base de la démarche zététique : « Face à tout phénomène dont on ignore la nature, nous refusons de nous positionner en terme de croyance. Nous ne disons jamais « nous n’y croyons pas » ou « nous y croyons ». […] On part du principe que le fait que l’on y croit ou que l’on n’y croit pas n’a pas à entrer en compte dans l’expérience qu’on met en place. ». En effet, comme il le précise très clairement, pour nous, « le positionnement en terme de croyance est un frein au savoir, un frein à l’étude sérieuse de ces phénomènes. »

L'émission, expurgée des nouvelles et des publicités, dure un peu plus d’une heure. Elle est disponible sur zetetique.info.

 


 

Brèves

 

L’OZ : une nouvelle référence sceptique

Le journal de l’OZ, blog tenu essentiellement par Nicolas Vivant et accessible à l’adresse : zetetique.info, sera prochainement référencé dans Google Actualités. Après le site de l’AFIS (Association Française pour l’Information Scientifique), ce sera donc la deuxième source sceptique intégrée à ce moteur de recherche de news.

 

Collaboration avec l’ADFI

Le 27 janvier, Pierre Aldebert, Sandra Giupponi et Richard Monvoisin se sont rendus à Chambéry pour participer à la réunion régionale Inter-ADFI (Associations de défense de la famille et de l’individu). Richard y a présenté son exposé « Introduction à la critique des pseudo-médecines : étude du cas des Fleurs de Bach ». Les collaborations OZ-ADFI devraient prendre prochainement la forme d’autres interventions publiques, soulignant la complémentarité de nos champs d’action.

 


ACTUALITÉS


 

Archives du GEIPAN en ligne

À sa création en 1977, au sein du CNES (Centre National d'Etudes Spatiales), le GEPAN (Groupe d'Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) avait pour mission d’étudier les phénomènes OVNI par la collecte et l’analyse de témoignages d’observations. En 2005, ses objectifs ont été redéfinis lui ajoutant une mission d’information sur ses méthodes de travail et les résultats de ses enquêtes. Le GEPAN devint alors GEIPAN, Groupe d'Etudes et d’Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés.

Aujourd’hui, le CNES a annoncé la mise en ligne des archives du GEIPAN, qui comportent entre autres les 3000 procès-verbaux enregistrés auprès des gendarmeries françaises. Malgré les enquêtes réalisées, environ 15 % des témoignages restent inexpliqués… ce qui ne veut pas dire inexplicables… et ne prouve pas l’existence des extraterrestres ! Les canulars semblent cependant assez rares. Selon Jacques Patenet, actuel responsable du GEIPAN : « Le témoin d'un tel phénomène est souvent sincère même s'il se trompe dans l'évaluation de ce qu'il a vu ».

Ce n’est pas l’avis de Jean-Jacques Vélasco, ex-directeur du GEPAN, qui dans son livre intitulé OVNIS l'évidence, n’hésitait pas à affirmer : « Oui, les ovnis existent. Oui, ils sont d'origine extraterrestre. », alimentant ainsi tous les fantasmes et toutes les paranoïas.

Cette démarche de transparence est donc aussi de la part du CNES une manière de dissiper les rumeurs de dissimulation d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, auxquelles il est confronté depuis la création du GEPAN.

Les archives du GEIPAN, témoignages anonymisés et informations diverses concernant les 1600 incidents répertoriés au cours des trois dernières décennies, devraient être mises en ligne sur le site du CNES aux mois de février ou mars prochain. Mais « Il ne faut pas s'attendre à des scoops », prévient Jacques Patenet, les cas les plus étranges ayant déjà fait l’objet de publication.

 

Rapport de la MIVILUDES

Le quatrième rapport de la MIVILUDES, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, a été rendu public le 24 janvier 2007. Il est téléchargeable au format pdf.

Dans ce rapport, la Miviludes pointe les dérives sectaires qui se développent dans le domaine de la formation professionnelle : « La quête de la performance, du bien-être, le déni de la maladie et l’angoisse que font naître ces défis pour l’individu, créent […] sur le marché de la formation, une offre croissante et diversifiée de divers concepts et méthodes empruntant aux domaines de la santé et de la psychologie ainsi qu’à celui des sciences de l’éducation et de la communication. […] leur application dévoyée et exclusive au sein de l’entreprise mais aussi de plus en plus fréquemment dans un cadre individuel, s’éloigne des finalités assignées à la formation continue pour aboutir à des pratiques générant des dérives sectaires. » (p. 59-60)

Le marché des formations professionnelles, étroitement liées au développement personnel, est en pleine expansion et représenterait près de 23 milliards d'euros par an. Les dérives sont inquiétantes, les témoignages ne manquent hélas pas. « Le détournement des objectifs de la formation professionnelle […] peut conduire, […], à des actes ou des pratiques illicites au regard du code de la santé en particulier et à des sanctions pénales d’autant que le risque de porter atteinte à l’intégrité physique et psychique de la personne est réel. » (p. 61)

Sans établir une liste exhaustive des thérapies potentiellement déviantes, le rapport mentionne également le risque de dérives sectaires dans le domaine des psychothérapies comme l’analyse transactionnelle (p. 145), le rebirth (p. 68) ou la kinésiologie (p. 260).

Dans ce rapport sont également rappelées les dix caractéristiques d’identification du risque ou de la dérive sectaire (p. 71). Vigilance et méfiance sont nécessaires lorsqu’un ou plusieurs de ces critères sont réunis :

  • la déstabilisation mentale ;
  • le caractère exorbitant des exigences financières ;
  • la rupture avec l’environnement d’origine ;
  • l’existence d’atteintes à l’intégrité physique ;
  • l’embrigadement des enfants ;
  • le discours anti-social ;
  • les troubles à l’ordre public ;
  • l’importance des démêlés judiciaires ;
  • les tentatives d’infiltration des organisations.

La Miviludes estime que les mouvements sectaires sont de plus en plus difficiles à identifier car ils se dissimulent aujourd’hui sous les apparences respectables « de soins, de formation, d’assistance, de compétences spécifiques, voire, de spiritualité, bref, de tout ce qui peut paraître sympathique et honorable. » (p. 289).

 

Prix des sceptiques du Québec

Chaque année, depuis 1989, les Sceptiques du Québec - une association canadienne dont l’objectif est de promouvoir la pensée critique et la rigueur scientifique dans le cadre de l'étude d'allégations de nature pseudoscientifique, religieuse, ésotérique ou paranormale – décerne, après le vote de ses membres, un Prix Sceptique et un Prix Fosse Sceptique. Attribués à une personne ou un organisme, le premier récompense l’esprit critique, le second une crédulité exceptionnelle. Le palmarès des années précédentes est consultable sur le site de l’association.

Cette année, le Prix Sceptique a été attribué au journaliste Luc Chartrand, pour son travail d’enquête sur certaines dérives des médecines douces, présenté dans les émissions La Facture et Zone Libre. Le prix Fosse sceptique a été décerné au Collège Vanier pour ses cours sur le paranormal, intégrés dans son programme de formation continue.

Signalons également que les Sceptiques du Québec organisent chaque année un concours de prédictions (date limite de participation : 31 octobre). La lauréate pour 2006 est Sylvie Manseau, du groupe des sceptiques. Sa prédiction formulée le 18 août 2006, selon elle, grâce à une bonne imagination, était « Les scientifiques découvriront quelque chose de surprenant au sujet des glaciers de l'Arctique ». Elle s’est révélée exacte fin décembre, lorsque l’on apprit qu’une plate-forme de glace de 66 km2 s'était détachée de l'île d'Ellesmere, dans l'arctique Canadien. Le tableau des prédictions pour 2006 est consultable ici : il comporte les 90 prédictions des « sceptiques » et les 42 prédictions de « devins ».

 

 


 

En bref



Certification des sites web médicaux

La Haute Autorité de Santé française entreprend une campagne de certification des sites médicaux « de qualité » pour permettre aux internautes de faire le tri entre toutes les informations disponibles sur le net.

 

Légion d’honneur

Mathieu Cossu, webmaster de www.prevensectes.com et bénévole de l'UNADFI (Union nationale des associations de défense de la famille et de l’individu) a reçu le 19 janvier 2007, la distinction de Chevalier de la Légion d’Honneur, des mains du Préfet Jean-Michel Roulet, président de la MIVILUDES.

 

 


 

Le bazar du bizarre



La grotte aux cristaux géants

Dans les cavités confinées d’une grotte à Naica, au Mexique, des géologues viennent de découvrir de gigantesques cristaux de gypse translucides. L’humidité importante de la mine (90%) et sa température élevée (60°C) pourraient être à l’origine de ces dépôts de sulfate de calcium hydraté et donc de la croissance démesurée de ces cristaux de gypse qui atteignent les 10 m…Toutes les photos sont là.

 

Chassez le (sur)naturel…

Uri Geller, le magicien psychokinète des années 1970, se cherche un successeur en Israël, par l’intermédiaire d’un show télévisé. Près d'un million de téléspectateurs regardent chaque semaine les candidats s'affronter dans des exercices de psychokinésie ou de télépathie. Si les tours et astuces ne leur ont pas échappé, la société israélienne des magiciens s’inquiète de l’impact que peut avoir ce divertissement sur le public. « La Société des magiciens […] espère que le public a compris[…] que les actions réalisées dans l'émission n'étaient pas le résultat de pouvoirs surnaturels ». Uri quant à lui laisse planer le doute… pour faire parler de lui.

 

Diagnostic au pendule

En 2005, accusée d’exercer illégalement la médecine, Mme Ouellet, une guérisseuse et homéopathe québécoise, avait expliqué devant le tribunal, qu'elle plaçait un pendule au-dessus de la signature manuscrite de ses patients pour identifier leurs problèmes de santé tels que la syphilis, la lèpre, le cancer du cerveau et du sein. Condamnée à verser 48 000 dollars d’amende, elle vient d’alourdir sa peine à 2 ans et demi de prison pour avoir refusé de payer. C'est tragique d'en arriver là. N'y aurait-il pas d'autres moyens...?

 

L’origine extraterrestre du diamant noir

Les diamants noirs ou carbonados, seraient des cristaux d’origine extraterrestre. C’est ce que pensent Ozsef Garai et le Stephen Haggerty de l'université internationale de Floride, convaincus qu’ils ne se sont pas formés sous les fortes pressions de la croûte terrestre mais dans un milieu interstellaire riche en hydrogène. Ces diamants seraient donc arrivés sur terre sous forme d’astéroïdes de gros diamètre. (Astrophysical Journal Letters , 20 décembre 2006).

 

Gigantisme

Dans un livre bien documenté Le Mystère de la Race des Géants à la lumière du Créationnisme, le créationniste Laurent Glauzy prétend démontrer l’existence passée d’une race de géants, souvent évoquée dans la Bible et qui serait à l’origine des mégalithes comme Stonehenge. Il développe cette théorie ahurissante dans une interview surréaliste, mêlant science et religion. Brrrrr !

 

Un bus contre la chute des cheveux

Un fabricant de jouets vient de mettre en vente au Japon le modèle réduit d’un autobus circulant dans les années 80 dans la petite ville Mashike, sur l’île de Hokkaïdo. Mashike pouvant signifier « cheveux qui poussent », le jouet semble avoir beaucoup de succès auprès des hommes souffrant de calvitie, au point que le fabricant vient de modifier son immatriculation en « JE-2323 » qui se prononcerait en japonais comme « cheveux broussailleux ».

 

 


LA LEÇON DE CHOZ DE PROFESSEUR Z :
Peut-on aiguiser le rasoir d’Occam sous une pyramide ?


 

- Pour l'année prochaine, pensez-vous devenir président de l’Observatoire Zététique ?
- J'y pense et pas seulement le matin, en me servant de mon rasoir d’Occam.

Éric Déguillaume, président de l’OZ 2007

 

Un vrai zététicien énervé se reconnaît facilement : soit il vous fait un zété-kick retourné, soit il vous dit : « Je vais te trancher la gorge avec le Rasoir d’Occam ».

Ce rasoir, qui ne coupe que les fils de raisonnement biaisés, est en fait un principe de raisonnement dit « de parcimonie », ou « d’économie », antérieur au Franciscain Guillaume d’Occam mais énoncé par lui au 14ème siècle.

Ça dit en substance : Pluralitas non est ponenda sine necessitate.

En moins nébuleux, Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem.

En moderne : Les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire.

Et en compréhensible : Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

 

En gros, ce que dit ce rasoir, c’est que lorsqu’il y a plusieurs hypothèses en compétition, il vaut mieux prendre les moins « coûteuses » cognitivement. Je vous donne le meilleur exemple que je connaisse, proféré par le sage Stanislas Baba Antczak : je mets un chat et une souris dans une boîte, je ferme, je secoue, et j’ouvre : il ne reste plus que le chat.

Hypothèse 1 : des extraterrestres de la planète Mû ont voulu désintégrer la souris, mais elle s’est transformée en chat. Le chat, de frayeur, est passé dans une autre dimension par effet Tunnel.

Hypothèse 2 : le chat a mangé la souris (sans dire bon appétit, ce qui est mal).

Vous m’accorderez que l’hypothèse 2 est beaucoup moins coûteuse intellectuellement que la N°1. Elle ne postule rien d’autre que la prédation de la souris par le chat, qui est au moins aussi connue que Johnny Hallyday, tandis que la première postule une planète Mû, des extraterrestres qui viennent, qui savent désintégrer un chat ce qui n’est pas donné à tout le monde, une souris qui se transforme en chat, une autre dimension, un chat qui sait y aller et un effet tunnel pour objet macroscopique. Ca fait beaucoup. Dans le doute, on choisira la 2.

Ce n’est pas autre chose que ce que Henri Broch s’est échiné à faire comprendre avec la facette zététique : la parcimonie est de règle, qui mène d’ailleurs assez rapidement à cette autre facette non moins puissante : l’altérnative est féconde, qui consiste, devant un phénomène "hors-normes", "surnaturel", à se poser la question : Existe-t-il une autre explication possible, une explication "naturelle" qui - dans les mêmes conditions - donnerait un résultat identique, avec toutes les caractéristiques de ce phénomène "surnaturel" ? L'hypothèse naturelle, moins coûteuse, est alors préférée et l'hypothèse surnaturelle, coûteuse parce que trimballant en elle des entités non connues, devient superflue.

C’est exactement cela qui fait dire à Henri Broch que les caractéristiques du linge de Turin, ou celles de la liquéfaction du liquide de St Janvier à Naples n’outrepassent pas une explication « naturelle », au sens de physico-chimique.

C’est exactement ce qui fait dire à James Randi que les réalisations d’Uri Geller n’ont pas besoin de chercher leur explication dans un quelconque don « paranormal », puisqu’elles ne dépassent pas les capacités d’un prestidigitateur.

C’est exactement ce qui fait dire à Nicolas Gaillard que rien ne permet de penser que les sphères du Costa Rica soient d’origine extraterrestre, puisque Don Mundo, artisan Costaricain, refait exactement les mêmes.

C’est exactement ce qui donne son piment au travail de Wally Wallington, charpentier à la retraite et « champion du moindre effort », qui parvient à reproduire son propre Stonehenge par d’ingénieux systèmes de leviers, sans aucun fluide mystique pour l’aider.

J’aime beaucoup la métaphore des mots croisés de l’épistémologue Susan Haack. Elle suggère que la science fonctionne à la manière d’un mot croisé, avec la connaissance disponible pour arrière-plan et les observations expérimentales pour indices. Surtout elle précise que « la validité d’une entrée dépend non seulement de la force des indices, mais aussi de toutes les autres entrées déjà écrites qui font intersection avec elle »*. En clair, si tu débarques un matin avec une hypothèse qui bouscule toute la grille de mots croisés que les savant se cassent le coccyx à remplir depuis des siècles, elle a intérêt à être solidement étayée par des preuves (et on retombe sur la facette « Une prétention extra-ordinaire nécessite une preuve plus qu’ordinaire »). Si tel n’est pas le cas, le rasoir d’Occam, qui ne s’émousse jamais et qui a une triple lame, t’encourage à te retenir d’écrire ton mot dans la grille, bref, à être sceptique. Alors, comme le temps son vol, petit scarabée, l’espace d’un instant suspends ton jugement.

 

Richard Monvoisin

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


Livres

Histoire des philosophies matérialistes
Pascal Charbonnat
Editions Syllepse
620 pages - 31 euros

Les éditions Syllepse sortiront en mars prochain, dans leur collection Matériologiques, Histoire des philosophies matérialistes de Pascal Charbonnat.

« Le matérialisme est l’un des courants philosophiques qui a suscité le plus de controverses. Cet ouvrage se propose donc de montrer clairement le contenu réel de ses concepts, d’en fournir une définition nouvelle et de le relier à ses racines historiques et sociales. Dans chaque période, il est au cœur d’enjeux idéologiques de premier plan, parce qu’il est à l’intersection des progrès de la connaissance et des préoccupations métaphysiques. »



En librairie : Les pseudo-médecines – Jean Brissonnet

Il vous faudra peut être insister un peu auprès de votre libraire si vous souhaitez obtenir ce livre de Jean Brissonnet. Les pseudo-médecines : un serment d’hypocrites est en effet édité par book-e-book.com, dans la collection Zététique, et n’est donc pas toujours disponible en librairie. Il constitue cependant un ouvrage de référence lorsque l’on s’intéresse aux pseudo-médecines.

Jean Brissonnet est physicien appliqué et créateur du site www.pseudo-medecines.org. Il est aussi membre du Conseil d'Administration de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) et du comité de rédaction de la revue « Science et pseudo-sciences ».

Dans ce livre, paru en 2003, Jean Brissonnet décortique de façon méthodique ces diverses pratiques pseudo-médicales qui vont de l’homéopathie et l’ostéopathie à la psychanalyse ou l’acupuncture. Il consacre un chapitre à chacune de ces pseudo-médecines et montre, dans un langage clair, qu’elles ne reposent malheureusement sur aucune base théorique scientifique, l’évaluation rigoureuse de leur efficacité ne les ayant de plus jamais haussées au-dessus d’un placebo…

Mais Jean Brissonnet ne se limite pas à l’analyse scientifique des fondements de ces « médecines ». Il évoque également le contexte relativiste, les arguments économiques, comme le remboursement de l’homéopathie en France, et les décisions politiques qui ont favorisé et favorisent encore le développement des « pseudo-médecines ». Il appelle à une prise de conscience des risques que ces médecines qui n’ont rien de « douces », nous font tous encourir (refus de soin ou de vaccinations, etc.) avec leur « diabolisation » de la médecine scientifique. Les « médecines alternatives » ne sont en réalité ni des médecines, ni des alternatives…

 

Citations

« Dans les pseudo-médecines, la complexité de la pratique masque l’ascientificité de la méthode. » (p. 25).

« Plus le travail d’investigation est mal fait, plus l’étude a de chance d’être favorable à l’homéopathie. » (p. 52).

« Dans l’état actuel des connaissance, [l’acupuncture] est aussi efficace que l’homéopathie, la psychanalyse, les fleurs de Bach et les queues de lézards bouillies, c’est-à-dire aussi efficace que tout placebo, pur, impur, psychologique, rituel ou folklorique. » (p. 85).

« Aux scientifiques qui s’étonnent qu’on puisse utiliser comme modélisation de la vie psychique un échafaudage aux bases infalsifiables et à l’efficacité nulle, les freudiens répondent que leur dogme n’est pas accessible aux outils de la science et du rationalisme. » (p. 112)

« Si les pseudo-médecines ne sont que des placebos, un placebo n’est pas forcément une pseudo-médecine. » (p. 207)

« La priorité des choix doit aller vers une médecine humaine, attentive au patient et surtout basée exclusivement sur des faits prouvés. » (p. 218).

 

Nous avons voulu poursuivre la lecture de cet ouvrage passionnant par une interview de Jean Brissonnet. Nous le remercions encore d’avoir si gentiment répondu à toutes nos questions.

 

Interview

OZ - Comment définissez vous la (ou une) pseudo-médecine ?

JB - Définir une pseudo-médecine est assez délicat. Pour définir clairement une pseudo-médecine il faudrait d'abord savoir ce qu'on entend par médecine, ce qu'est exactement la médecine. La médecine est-elle une science, une technique ou une pratique. Certains disent même un art. En fait la médecine est tout cela à la fois, selon l'époque à laquelle on se situe et selon le cadre dans lequel on se place.

Dans le passé, la médecine n'était qu'une pratique dans la mesure où on ne disposait que d'une palette extrêmement limitée de traitements, le plus souvent sans grande efficacité. Chaque praticien pouvait donc inventer sa propre pratique, et sa personnalité, son intuition, son acharnement, sa volonté de guérir, faisait la différence. Le médecin qui face à une pathologie dûment répertoriée effectue une prescription en s'appuyant sur le résultat d'études contrôlées, de protocoles évalués, peut être considéré comme un technicien. Il utilise en fait les résultats de la science médicale. Cette science médicale, c'est celle que pratiquent les chercheurs qui participent à la mise au point des traitements, à leur expérimentation, à leur évaluation.

Aujourd'hui, l’écart est grand entre le médecin généraliste de terrain et le chercheur qui travaille au laboratoire ou le praticien qui expérimente en service hospitalier. Dans son livre Nous sommes tous des patients, Martin Winckler écrit : « En France, on a toujours pas compris que 95% des gens présentent des symptômes qui ne correspondent pas à une maladie répertoriée mais à des choses bénignes, ou à des angoisses, à des terreurs ». Pour ces cas, que l’on regroupe sous le nom discret de maladies « fonctionnelles », les médecins, selon leurs options personnelles et selon leur éthique vont choisir des réponses, des pratiques, très différentes. Pour beaucoup, malheureusement, ce sera la délivrance rapide d'une ordonnance le plus souvent superflue. D'autres choisiront de prendre le temps d'expliquer à leur patient ce qui lui arrive, de le comprendre, d’entendre parfois ce qui se cache au-delà de la plainte, de lui montrer qu'il ne présente aucune pathologie justifiable d'un traitement médical et d'accompagner son explication d'une simple prescription symptomatique (antipyrétique, antalgique, complément alimentaire...). Certains enfin, pour gagner du temps, verseront dans la pseudo-médecine et prescriront granules ou huiles essentielles.

 

OZ - Quelles sont selon vous les caractéristiques communes à toutes les pseudo-médecines ?

JB - La caractéristique commune à toutes les pseudo-médecines, c'est de n'avoir jamais fait la preuve de leur efficacité et d’être pourtant pratiquées par d’authentiques médecins. En effet, pour qu'il y ait médecine il faut, à mes yeux, qu'il y ait médecin.

Le sorcier berrichon qui « panse » pour les brûlures, où le pasteur qui prétend guérir par la prière ne pratique pas la médecine. C’est un guérisseur. Personne ne fait la confusion.

La médecine, du moins telle qu'elle devrait être, est celle qui s'appuie sur les preuves. La notion de médecine basée sur les preuves ou médecine factuelle – en anglais « evidence based medicine » (EBM) – est une notion qui a pris naissance au Canada dans les années 80, c’est un processus systématique de recherche, d'évaluation, et d'utilisation des résultats de la recherche pour prendre des décisions cliniques.

 

OZ - Pourquoi et comment avez-vous été amené à vous intéresser aux pseudo-médecines ?

JB - J'ai été amené à m'intéresser aux pseudo-médecines de manière un peu accidentelle.

Il y a une quinzaine d'années, je me suis brutalement retrouvé entouré d'amis ou de connaissances (psychiatres, homéopathes, psychologues, psychanalystes, éducateurs, travailleurs sociaux…), dont la caractéristique commune était une croyance totale dans les différentes pseudo-médecines. Certains en avaient même fait leur pratique. Non seulement mon scepticisme vis-à-vis de ce genre de choses faisait tache parmi eux, mais je devais régulièrement faire face à des agressions verbales, plus ou moins voilées, contre les scientifiques, forcément bornés. Je fus donc amené à compléter mon information afin de pouvoir justifier ma position.

À la même époque, j'avais participé, à l’initiative de Laurent Puech à la création du Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon. Dans ce cadre nous avions décidé de créer des dossiers critiques sur différents thèmes irrationnels. Certains se chargèrent du sarcophage d’Arles sur Tech, des raëlliens ou de l’astrologie. J’étais tout désigné pour m’occuper des pseudo-médecines, dont j’avais dû creuser l’argumentaire. Ainsi naquit mon premier texte sur l’homéopathie. D’autres dossiers suivirent publiés successivement par Enquêtes Z, Sciences et pseudosciences, et sur Internet, jusqu’au jour où Henri Broch me suggéra de faire un livre.

 

OZ - A qui s’adresse votre livre ?

JB - Ce livre s'adresse en premier lieu à tous ceux qui sont soumis à l'activisme des croyants. Il est destiné à leur fournir des arguments qui s'appuient sur de sérieuses références et il passe en revue tous les thèmes qui sont généralement évoqués pour développer ce type de croyance. C'est d'ailleurs pourquoi les chapitres qui traitent de chacune des pseudo-médecines répertoriées peuvent être lus, ou donnés à lire, séparément. Il m'arrive fréquemment de recevoir des courriels de lecteurs qui se félicitent de disposer ainsi d'un outil qui leur permet de résister aux pressions auxquelles ils sont soumis de la part de leur environnement. Pour certains lecteurs, cet ouvrage a servi de révélateur et a déclenché chez eux une approche sceptique plus générale sur l'ensemble des problèmes qui relèvent de l'irrationnel. Il est même arrivé que certains nous rejoignent dans ce combat.

 

OZ - Comment expliquez vous, malgré l’information sceptique qui existe sur ces pratiques, qu’elles perdurent ?

JB - La raison pour laquelle ces pratiques perdurent dans le système médical, c’est tout simplement parce que les médecins disposent d'une liberté totale dans leur pratique. L’argument d’autorité aidant, leur attitude tient lieu de validation.

Il est parfaitement normal qu'un praticien soit libre de ses prescriptions, mais à condition que celles-ci fassent partie de l’arsenal thérapeutique qui lui a été enseigné lors du cursus normal des études médicales. Il est totalement scandaleux qu'un patient qui franchit la porte d'un médecin après avoir lu sur sa plaque qu’il se recommande de telle ou telle université se voie proposer de la réflexologie plantaire ou de l’auriculothérapie. Admettrait-on qu'un astrophysicien pratique l'astrologie dans le cadre de son travail ? Il serait souhaitable que ne soient considérés comme médecins – avec les droits de prise en charge afférents par la collectivité – que les praticiens qui utilisent des méthodes thérapeutiques ayant fait leurs preuves et admises par l'Académie de médecine. Si un étudiant en médecine, à la fin de ses études, souhaite se consacrer à l'homéopathie ou à l’acupuncture, libre à lui, qu'il le fasse hors du cadre médical officiel.

Si certains médecins et certains patients restent convaincus de l'efficacité des pseudo-médecines c'est parce que nous sommes dans un domaine où il manque un outil de mesure simple et incontestable. Il n'existe pas de chimie « parallèle », ni d’électronique « douce ». Tout simplement parce que le résultat d'une réaction chimique est immédiatement testable et qu’on sait de suite si un appareil électronique remplit sa fonction. Dans le domaine médical les choses sont beaucoup plus complexes et on se heurte systématiquement à l'objection « ça marche ». D'un côté la science médicale a mis au point, afin de tester l'efficacité des traitements, des essais en double aveugle assortis d'une méthodologie lourde et précise et qui sont les seuls à pouvoir dire si vraiment « ça marche », d'un autre côté certains médecins, continuent à s'appuyer sur leur expérience, acquise sur un faible nombre de cas cliniques, pour généraliser. Comme l'écrivent Scabanek et Mc Cormick dans Idée folles, idées fausses en médecine : « les expériences personnelles ne peuvent jamais remplacer l'appréciation critique, de solides données et des expérimentations adaptées. »

 

OZ - Votre livre est paru en 2003. Quel chapitre aimeriez vous ajouter dans une prochaine édition ?

JB - Au cours des débats auxquels j'ai été amené à participer depuis la parution de mon livre, je me suis aperçu que le fait d'apporter au public des éléments objectifs était fort peu efficace. Il m'a semblé que l'important était de réfléchir aux raisons profondes pour lesquelles les pseudo-médecines ont de plus en plus de succès, alors que, dans le même temps, la science et la médecine font de remarquables progrès.

La réponse, parfois évoquée par certains, selon laquelle ces médecins seraient des charlatans et les patients des naïfs ne me semble pas recevable. Il existe incontestablement des praticiens qui choisissent les pseudo-médecines pour des raisons de clientélisme, de confort ou d’honoraires, mais l'expérience m’a montré que nombre de médecins le font de manière tout à fait sincère. Ils sont réellement persuadés de l'efficacité de leur pratique. De la même manière les patients qui y croient sont totalement certains du bien-fondé de leur choix. Au point de se livrer fréquemment au prosélytisme. Il m'est donc apparu indispensable d'exposer les mythes, les erreurs de raisonnement et les motifs psychologiques qui font obstacle à la rationalité.

Ce chapitre est déjà en grande partie écrit. Il vient d'être publié sous le titre « pseudo-médecines : pourquoi pareil succès » dans la revue Science et pseudo-sciences de décembre 2006.

 

Propos recueillis par Géraldine Fabre

 



Chroniques zétético-musicales

J'adore farfouiller l'histoire de la musique et de ses sources d’inspirations, surtout lorsqu’elles relèvent des croyances. Aujourd’hui, je vais vous parler des incroyables The Who, de l’extraordinaire Sinead O’Connor et de feu Terence Trent D’Arby.

 

The Who

« The exodus is here
The happy ones are near
Let's get together
Before we get much older »
The Who, Baba O’Riley

The Who, groupe mythique des années 60-70, grande inspiration des punks par son coté destroy, c’est aussi le groupe qui a crée l'opéra Rock déjanté Tommy. J’en parle parce que leur gratteux toujours actif Pete Townshend, qui avait la sale manie de mettre le feu à ses guitares, était fan d’un gourou qui s’appelait Meher Baba. Il a même enregistré à la gloire du Yoga trois albums, I Am, Happy Birthday et With Love et Tommy est d'ailleurs dédié à Meher Baba. Quant à la chanson Baba O'Riley c'est une sorte d'hommage à l'avatar. Voir la version live ici .

 

L’avatar Meher Baba

Bon, Meher Baba, il ne vomit pas des oeufs d'or comme Satya Saï Baba, c’est vrai. Mais faut dire qu'il n'a pas ouvert la bouche entre 1925 et 1969, à sa mort. Il utilisait un alphabet pour communiquer. Il vantait l'abstinence sur les drogues, ce qui n'a semblé convaincre ni Townshend, ni les autres membres du groupe, dont le célèbre Keith Moon, mort d'overdose en 1978. Remarquez, Keith Moon avait la fâcheuse manie de détruire sa batterie : même qu'un jour, il l'a détruite avec des explosifs, juste à côté de Townshend, qui, dit la légende, en serait resté dur de la feuille. Est-ce pour ça que le message de Baba est resté lettre morte ? Bref, on s'en fout. Au passage, la plus profonde pensée de Meher Baba fut : « Don't Worry Be happy », ce qui n'est pas le kilimandjaro de la sagesse, mais permit à Bobby McFerrin, dont je suis grand fan, de faire une chanson mythique en remuant ses orteils.

 

Sinead O'Connor

« There is no other Troy
For me to burn »
Sinéad O'Connor, Just like U said it would B

D'aucuns dont moi la considèrent comme l’une des chanteuses majeures des 50 dernières années. Pour s’en convaincre, il suffit d'aller regarder cette vidéo de la chanson Troy de 1988 au Pinkpop festival, et celle-ci, du classique irlandais The Foggy Dew, accompagnée par les immenses Chieftains.

En 1992, pour des raisons encore discutées, elle était venue chanter la chanson War, de Bob Marley, en y glissant une diatribe contre l’abus sexuel des enfants. C'était dans le Saturday Night Live, le 3 octobre. A la fin, d’une manière presque irréelle, la chanteuse à la tête rasée prend la photo du pape Jean-Paul II et la déchire en jetant à la caméra : « Fight the real ennemy », ce qui reste pour moi l’incarnation du culot. Je me rappelle les gorges chaudes dans les médias, j'avais vu ça par hasard, j'avais quinze ans et j'étais devenu fan.

Récemment j'ai vu la séquence où, trois ou quatre mois plus tard, elle vient chanter en hommage à Dylan au Madison Square Garden. S’ensuit un brouhaha incroyable, et le Madison se met à la huer. C'est impressionnant. Je vous encourage à voir comment elle gère et fait taire l'immense salle ici.

Bref, en 1997 elle part s’excuser auprès du pape pour son geste. Puis, on le voit dans ses albums, elle vire mystique. Le virage n’a semble-t-il pas l’air fini car je viens de découvrir qu’elle est désormais ordonnée prêtre de la One Holy Catholic Apostolic and Palmarian Church, aux ordres de Manuel Alonso Corral dit Pierre II, antipape de Benoît XVI. Pierre II qui a pris soin de préciser qu’il n’était pas Petrus Romanus, le dernier pape annoncé par la prophétie de St Malachie. O’Connor en a été quitte pour se faire excommunier par Rome.

 

Terence Trent d’Arby

« Dolphin, Come visit with me anytime
I will follow your love forever
'cause I see the flame
when I look into your eyes »
Sananda Maitreya, Dolphins

Un soir, il y a peu, juste avant de me coucher, je fus pris de panique : cornegidouille, qu'est donc devenu Terence Trent D'Arby ? - chanteur de If you let me stay, wishing Well, Delicate, etc, avec cette voix proche de celle de Sam Cooke en plus feutrée, et hélas sa musique qui me laisse souvent perplexe.

Je farfouille un peu et hop, je vois qu'il a changé son nom en... Sananda Maitreya !!!!

Pour les habitués des frasques de Gilbert Bourdin alias Messie Cosmoplanétaire alias Meitreya (Mandarom), ça en bouche un coin, et pas le moindre. Sauf que Bourdin était le Hamsa Manarah - Meitreya de synthèse, excusez du peu ! Il avait fait un Bouddha Meitreya de 22m de haut à Castellane, vous vous rappelez peut être, qui a été ensuite déboulonné avec fracas en 2001.

Sananda Maitreya, c’est parfois le nom qu’on donne à Jésus, et c'est aussi le nom du Ashtar Command, avatar de Jésus dans la Fraternité Blanche Universelle. Ca tripe sévère New Age, Extraterrestres, théosophie (les fameux Maîtres Supérieurs de Mme Blavatsky et son Colonel Olcott) et c’est recensé dans divers rapports parlementaires contre les dérives sectaires.

Alors pourquoi a-t-il changé de nom, Terence ? J'ai un peu regardé, il répond ici :

Question : Que signifie votre nouveau nom Sananda Maitreya ?

Réponse : Je ne le sais pas, comme je ne sais pas d'ailleurs ce que veut dire Terence Trent d'Arby. L'essentiel pour moi c'est que cela sonne indien. Je me ressens dans une âme asiatique avec un corps d'Occidental .

Fichtre ! Maitreya signifiant en sanskrit "compassion", il ne faut pas en manquer pour Sananda.

 

Richard Monvoisin

 


 

Théâtre

 

Le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois vient d’être adapté au théâtre. Cette pièce, mise en scène par Gérald Garutti, et interprétée entre autres par Jean-Claude Dreyfus, sera au programme du Vingtième Théâtre (Paris XXème) du 24 mars au 12 mai 2007.

« Bien sûr, vous êtes totalement libres. Nous sommes en démocratie. Vraiment ? Votre patron vous manipule. Vous manipulez vos collaborateurs. Mes commerçants me manipulent. Je manipule mes amis. Nos dirigeants nous manipulent. Nous manipulons nos enfants. Bref, la manipulation se conjugue à l'omniprésent. Avec d'hilarants complices, un maestro très singulier vous dévoile ici les dessous de son art. Un spectacle qui mêle comédie truculente et démontage critique, sketchs malins et satire politique. »

Vingtième Théâtre
7 rue des Plâtrières
75020 Paris
Du mercredi au samedi à 20h
Le dimanche à 15h
Réservations



 

Traduction

 

Communisme ou communauratisme ?

Mario Bunge est un épistémologue de réputation internationale. Né en Argentine en 1919, il a été l'un des piliers de l' Association des Sceptiques du Québec. Auteur de très nombreux livres et articles, il collabore à la revue du CSICOP the Skeptical Inquirer . C'est dans le n° de juillet-août 2006 de cette dernière que j'ai lu son article « Philosophy behind Pseudoscience ».

La thèse développée était la suivante : « Tout champ d’activité intellectuelle, qu'il soit valide ou mal fondé, a une philosophie qui lui est sous-jacente. La science et les pseudosciences, par exemple, impliquent des idées philosophiques très différentes. L'évaluation de la philosophie fondamentale d'un tel champ aide à avoir du discernement à son sujet et permet de juger sa valeur. »

Nos amis de l'AFIS en ont proposé une très utile traduction dans le n° 275 de leur revue « Science et pseudosciences », p.36. Si je suis d'accord sur la quasi totalité de la traduction, j'ai cependant été surpris par la façon dont a été traduite l'expression « epistemic communism», rendue par « communautarisme épistémique »...

Rappelons le contexte : citant Robert K. Merton, Bunge précise que la méthode scientifique ne peut être employée dans un vide moral puisqu’elle nécessite des fondamentaux éthiques qui sont l’universalisme, le désintéressement, le scepticisme organisé et un quatrième trait qu’il nomme « epistemic communism ».

Je précise qu’il ne s’agit pas ici de prendre telle ou telle position politique vis-à-vis du communisme : ce serait contraire aux buts de notre association. Il s’agit simplement de traduire ce que l’auteur a dit et voulu dire.

Mais quelle que soit l'image que l'on ait aujourd'hui « du » communisme, il me semble que la traduction par « communisme épistémique » aurait été bien plus juste et, de surcroît, fidèle a ce qu'avait écrit Bunge (à l'été 2006, rappelons-le, pas en 1950), d'autant qu'il précise, immédiatement après, ce que cela signifie pour lui : un partage des méthodes et des résultats ; Bunge emploie clairement l’expression communisme dans son sens étymologique de mise en commun (qu’il serait bien prétentieux de ma part de qualifier de « naïf »…) et c’est la seule chose qui aurait du compter.

Inversement, l'expression « communautarisme épistémique » me semble vouloir dire exactement le contraire de ce que voulait dire Bunge. Il y a en effet dans le mot « communautarisme » les idées suivantes (entre autres) :

  • non acceptation de la laïcité
  • valeurs de référence traditionnelles, construites sur un passé mythique ou idéalisé et s’accompagnant d’une fermeture aux idées nouvelles
  • impossibilité de se détacher de son histoire et de sa culture
  • autoréférence
  • argument d'autorité

Pas exactement les idées philosophiques dont Bunge voulait montrer qu’elles sous-tendaient la démarche scientifique !

 

Jean-Louis Racca

 


AGENDA


 

Conférences

Dans le cadre d’une journée de sensibilisation au phénomène sectaire, organisée par le cercle laïque pour la prévention du sectarisme (CLPS), à Caluire, le samedi 3 février, Richard Monvoisin donnera une conférence intitulée : « Quelques techniques pseudoscientifiques et pseudomédicales utilisées pour attirer le chaland » L’entrée est gratuite mais la réservation est conseillée en appelant au 03 84 97 57 12.

 

Quelques techniques pseudoscientifiques et pseudomédicales utilisées pour attirer le chaland
Samedi 3 février 2007 - de 10 h à 17 h
L'URFOL
36, boulevard du Général de Gaulle 69 000 Caluire
Site du CLPS : www.actu-sectarisme.com



L’antenne lyonnaise de l’Union rationaliste organise le lundi 5 février une conférence publique présentée par Frédéric Lequèvre « L’astrologie : art, science ou imposture ». Elle se tiendra de 18h à 20h, salle des mariages de la mairie du 3ème arrondissement de Lyon. A l’issue de sa conférence Frédéric Lequèvre dédicacera son ouvrage.

« Au début du XVIIe siècle Képler, auteur des lois qui permirent à Newton de fonder l’astronomie moderne, gagnait sa vie comme astrologue. C’est à partir de Newton que l’astronomie dégage du magma des assertions astrologiques, celles qui relèvent de la science de celles qui relèvent de l’affabulation ou de la croyance. Ainsi l’astronomie plonge-t-elle ses racines dans les plus anciennes recherches scientifiques de l’humanité et est-elle après les mathématiques la plus ancienne science tandis que l’astrologie est une des plus anciennes croyances. »

 

L’astrologie : art, science ou imposture
Lundi 5 février 2007 de 18h à 20h
Salle des mariages Mairie du 3e arrondissement
215 rue Duguesclin 69003 LYON
Métro B Place Guichard
Tramway T1 Mairie du 3ème
Entrée : 5 euros
Contacts : dazord.pierre[@]wanadoo.fr



Les 9 et 10 février, aura lieu le colloque annuel de l’Union Rationaliste. Ces deux journées de conférences et de discussion sur let thème : « Débats scientifiques et choix de la société » se dérouleront au collège de France. L’entrée est gratuite mais les places limitées, l’inscription est donc conseillée.

« La science et la technologie sont en débat dans la société. Le colloque vise à dégager les conditions de débats rationnels et constructifs entre scientifiques, politiques, acteurs économiques et simples citoyens. Il vise à mieux définir le rôle attendu des communautés scientifiques dans le débat démocratique. Le colloque fera le point sur l’expérience de quelques débats emblématiques et sur les méthodes explorées pour synthétiser connaissances et incertitudes scientifiques, questions et propositions issues de la société. Il analysera dans cette optique le rôle des scientifiques et le rôle des média vis à vis de l’opinion. Les exposés seront suivis de discussions. Le colloque est ouvert à tous dans la limite des places disponibles. »

 

Débats scientifiques et choix de la société
Vendredi 9 et samedi 10 février
Amphithéâtre Halbwachs
Collège de France
11 Place Marcelin Berthelot 75005 Paris
Renseignements, inscription et programme : www.union-rationaliste.org



Le jeudi 22 mars Jacques Van Rillaer, invité de l’Observatoire Zététique, nous parlera des « Bénéfices et préjudices de la psychanalyse ». Cette conférence aura lieu à l’amphithéâtre Boucherle sur le Campus de Médecine-Pharmacie à partir de 20h. L’entrée est libre et gratuite.

Bénéfices et préjudices de la psychanalyse
Jeudi 22 mars 2007 à partir de 20h
Amphithéâtre Boucherle
Faculté de Médecine-Pharmacie
Domaine de la Merci
3800 La tronche
Tram B, Arrêt Michallon

 


ERRATUM


 

Dans la newsletter prédécente, j'avais parlé de Jon-Erick Beckjord en précisant « membre de la Mensa (association de gens très intelligents qui ont la bêtise de croire que leur QI le prouve). » Si l'utilisation abusive du statut de membre de la Mensa existe, et si le caractère pseudoscientifique de l'emploi de la notion de QI est souvent manifeste, j'aurais évidemment dû en bon zététicien nuancer , n'ayant pas le privilège de connaître tous les gens de l'association en question. Il faudrait donc en toute rigueur écrire - et lire désormais - « membre de la Mensa (association de gens très intelligents dont certains ont la bêtise de croire que leur QI le prouve). » Honte sur moi et sur ma descendance pour un amalgame aussi grossier - et merci à la personne modeste et géniale qui m'a pointé la chose. Qu'une gloire posthume lui soit rendue.

Richard Monvoisin

 


 

Cette lettre a été préparée par Véronique Blum, Eric Déguillaume, Géraldine Fabre, Florent Martin, Richard Monvoisin et Jean-Louis Racca.

 

Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:20