Inscription à notre newsletter




POZ n°18 Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Vivant   
Mardi, 31 Octobre 2006 14:13

 

 

 

 

 

 

 


SOMMAIRE


 


ÉDITORIAL



« La nuit promet d'être belle
Car voici qu'au fond du ciel
Apparaît la Lune rousse.
Saisi d'une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses. »

Jacques Higelin le vampire sort ce soir voir ses amies les gargouilles et les gorgones, émues et fières comme il se doit. Il paraît même que Lucifer fera une courte apparition...

Hé oui, cette nuit c'est Halloween, fête devenue peu à peu un événement mondial incontournable, que même l'Église catholique a fini par récupérer attendu que sur tous ces gens qui font la fête en parlant des morts et des esprits, il y en a bien quelques uns qui s'interrogent sur le sens de la mort et tout le bazar et que c'est toujours ça de pris.

Le sens de la mort, en voilà une question qui agite le monde depuis qu'il est monde et capable de s'agiter. Il y en a même qui essayent de changer le sens de la mort, du sens « vie vers mort » au sens « mort vers vie ». Malheureusement aucun défunt n'est encore revenu visiter l'éditorialiste en mal de sensationnel que je suis pour lui causer de sa seconde existence dans le monde des esprits.

Serait-il revenu, le défunt, que je ne l'aurais pas laissé repartir comme ça. Je lui aurais demandé une interview exclusive pour la Newsletter, tu penses bien, ami lecteur, je recule devant rien pour toi. Je lui aurais demandé de me détailler sa composition chimique, son état physique, sa structure biologique (euh, en fait thanatologique plutôt), ses relations sociales, bref, comment c'est son monde.

Et puis tant qu'on y est, s'il a des croyances sursurnaturelles et s'il y a des esprits-zététiciens qui étudient le para-paranormal, font des expériences de para-parapsychologie. S'ils pensent qu'il y a une mort après la mort, en quoi elle consiste. S'ils ont des religions, des dieux et des controverses entre spiri-spiritualistes et spiri-matérialistes. S'ils connaissent le petit salé aux lentilles.

Ou au contraire si le monde des vivants est pour eux le monde occulte à découvrir, s'ils ne sont pas hantés parfois par des vivants habillés en costume-cravate et traînant derrière eux un attaché-case en hurlant des bilans comptables à la Lune, si, pour invoquer ces vivants, ils font des séances de réalisme où ils se mettent autour d'un guéridon à trois pieds en espérant que des vivants frappent trois coups. S'ils font des NLE (Near life experiences, en français expérience de vie imminente) et des IBE (In body experiences, expériences de rentrée dans le corps).

Bon, qu'est-ce qu'il fabrique, l'esprit ? Je suis pourtant dans l'annuaire. En plus ces temps-ci le digicode est en panne, il devrait pouvoir rentrer sans problèmes.

Ah tiens, on sonne. Angoisse. Serait-ce mon esprit ? On re-sonne... Deux secondes, je reviens.

[...]

Bon, c'était le facteur m'apportant un chéquier en recommandé. J'aurais dû m'en douter : le facteur sonne toujours deux fois. Me voilà revenu au monde des contingences matérielles, conformément au célèbre proverbe morvandiau « Quand tu attends avec impatience la venue d'un esprit, ne prends pas la sonnerie du facteur pour le bruit des chaînes de son boulet ».

Sur ce, je termine cet éditorial follement spirituel en vous souhaitant une bonne lecture à tous, amis de ce monde et de l'autre.

 

Stanislas Antczak

 

 


Table Ronde :
« Science et Religion sont-elles compatibles ? »


 

Dans le cadre de la Fête de la Science, la bibliothèque municipale Kateb Yacine de Grenoble a organisé le 14 octobre dernier une table ronde intitulée « Science et Religion sont-elles compatibles ? ».

Dans une salle comble - certaines personnes étaient assise par terre - trois conférenciers étaient attablés pour discuter de ce sujet délicat. Sophie Roux, maître de conférence en philosophie et histoire des sciences, François Heidsieck, professeur émérite de philosophie, et Jacques Perriaux, professeur honoraire de géologie-paléontologie, devenu prêtre.

Cette conférence a duré près de quatre heures. Sophie Roux y parla longuement du procès de Galilée (un régal), après que François Heidsieck eut bien défini les champs distincts de la science et de la religion. Jusque là, c'est factuel, raisonnable et raisonné. C'est donc avec le plus grand intérêt que nous attendions l'avis éclairé du troisième intervenant, le plus concerné par le sujet, étant scientifique et homme de foi, une croix à la boutonnière.

Or Jacques Perriaux nous déroula un prêche d'une heure, bien rodé, dans lequel il développa les principales thèses de l'Intelligent Design (ou Dessein Intelligent). C'est avec un certain talent de vulgarisateur scientifique, et à grand renfort de mots en -iques (physique, statistique, quantique...) et de transparents compliqués (tableaux, arbres phylogénétiques...) que le prêtre nous démontra l'improbabilité (chiffrée à 10-200) de l'apparition de la vie sur terre dans toute la perfection qu'on lui connaît. Perfection qui ne peut donc être que l'oeuvre d'un Grand Architecte.

Le discours est subtil. Jacques Perriaux affiche un tableau des constantes universelles et révèle toute l'intentionnalité de ces valeurs en montrant que la vie n'eût pas été possible si ces valeurs avaient été différentes. Un magnifique raisonnement panglossien. On nous réaffirme aussi la supériorité de l'Homme sur l'animal (« on n'a jamais vu un singe écrire une symphonie ») avant de nous parler du big bang, toujours en termes scientifiques et sans dire trop de bêtises (il sera repris par le public sur quelques points), la question implicite étant « mais qui a appuyé sur le bouton ? ». Une seule réponse possible, qu'il donna en image :


Dessin de PIEM


CQFD. Sa conclusion : science et religion ne sont pas incompatibles puisque les résultats de la science attestent de l'existence de Dieu. Les scientifiques qui se refusent encore à l'admettre n'ont pas de réponse au pourquoi ? de l'univers et finalement « restent dans l'obscurantisme ». (à ne pas confondre avec l'obscurité).

Ma grand-mère aurait adoré. On a l'impression d'avoir tout compris après ça ! La rumeur dans la salle est insondable. Difficile de dire comment cette démonstration a touché le public. Les deux autres conférenciers ont réagi plutôt mollement, nous confiant par la suite avoir été pris au dépourvu par les propos de Jacques Perriaux et avoir manqué d'arguments pour le contredire. Heureusement, des gens du public ont pu intervenir assez efficacement pour recadrer le débat et surtout pointer la faiblesse des preuves avancées et les erreurs des raisonnements développés. Jacques Perriaux n'a répondu à aucune question, éludant sans habileté toutes les objections, pour mieux poursuivre sa présentation sur le temps imparti à la discussion. Il s'est éclipsé rapidement à la fin de la conférence.

Interlude au milieu des débats, un étudiant qui venait d'arriver a tenu à faire part de son expérience personnelle : un miracle. Sortant de sa chemise un énorme crucifix, il a déclaré : « J'aimerais bien que la Science m'explique ça ! » et il est sorti de la salle... sans attendre de réponse.

En discutant ensuite avec la bibliothécaire, nous avons appris que cette table-ronde avait été organisée à l'initiative de Jacques Perriaux, qui est un de ses amis personnels...

Nous avons été surpris qu'une telle intrusion spiritualiste puisse avoir lieu dans une bibliothèque municipale, lors de la fête de la science, sous la houlette du CCSTI (Centre de culture scientifique, technique et industrielle) ! Une glorieuse tribune qui donne une légitimité aux théories pseudoscientifiques de l'Intelligent Design.

Les deux premiers conférenciers auront au moins montré que science et religion ne sont pas incompatibles et peuvent cohabiter sans problèmes pour peu qu'elles restent dans leur champ d'action respectif. On peut espérer que ce même sujet soit traité d'une manière plus éclairée lors d'une prochaine conférence.

L'année dernière, l'OZ avait alerté les organisateurs de l'année de la physique au sujet d'une de leurs tables rondes sur le thème « Science et Vérité » ne comportant que des représentants de l'Université Interdisciplinaire de Paris, une association qui soutient également ces théories. La manifestation avait finalement été annulée.

 

Florent Martin et Géraldine Fabre

 


FÊTE DE LA SCIENCE 2006


 

Comme annoncé le mois dernier dans la Newsletter, l'Observatoire zététique a participé à la Fête de la science à Grenoble et à Lyon.

 

À Grenoble du 6 au 8 octobre 2006

Nous étions quelques uns à avoir pris place au sein du stand zététique lors de la fête de la science à Grenoble du 6 au 8 octobre 2006, place Victor Hugo. Le but : présenter et promouvoir la zététique. Quelques posters, des petites expériences amusantes et une séance de mystification/démystification autour d'un vrai faux télépathe ont égayé les trois journées. Des gens de tous âges et de toutes « croyances » ont répondu présents : toujours curieux, souvent intéressés, parfois interpellés, rarement choqués. De riches discussions nous ont conduits vers des sujets aussi divers et variés que les pareidolies, l'astrologie, l'homéopathie, les OVNI et comment la zététique se propose d'appréhender ces phénomènes.

Les enfants, enthousiastes, ont pu tester leurs dons de médium face au hasard cruel d'une pièce de monnaie : ils ont toujours fait aussi bien que le hasard, et vice-versa. Les adultes ont pu expérimenter un vrai faux télépathe. Après les avoir bernés, en trichant de manière éhontée profitant d'une expérience pseudoscientifique, nous leur avons proposé de monter un protocole expérimental rigoureux : pas facile. Les petits et les grands ont eu l'occasion de tester leur conception du hasard à l'aide d'un petit jeu informatique. Ils ont ainsi pu se rendre compte que nous sommes de très mauvais générateurs de hasard... Choisissez un chiffre au hasard entre 0 et 9 : 30% d'entre nous prendront le 7 !

Reste une question posée par un petit garçon de 6 ans à laquelle je n'ai pas su répondre : « C'est quoi la science ? ». À méditer peut-être.

 

À Lyon du 12 au 15 octobre 2006

On a retrouvé l'Observatoire zététique à Lyon pendant quatre jours, au Village des sciences départemental, sur la campus de la Doua.

Les deux premiers jours étaient pour les scolaires, le week-end pour le grand public. Il y a été question de démarche scientifique : le public était invité à améliorer une expérience de radiesthésie, conduit ainsi à aborder les notions de double aveugle, de randomisation, de reproductibilité, de tri des théories et d'analyse statistique. On abordait ainsi quelques règles fondamentales pour l'étude du paranormal, mais aussi le principe de la démarche scientifique telle qu'on devrait la pratiquer face à l'inconnu : constater, puis chercher plusieurs théories explicatives, qu'il faut ensuite mettre en concurrence dans des tests expérimentaux rigoureux.

S'il est difficile de mesurer l'impact de ce genre de manifestations, nous savons tout de même qu'à Lyon, 350 personnes ont participé aux expériences proposées ; aucune n'a manifesté de désaccord avec notre discours, ce qui indique peut-être que nous avons été plus clairs dans notre positionnement qu'aux précédentes éditions de la Fête de la science, où nous avions eu à dissiper des malentendus : personne ne nous a reproché de « désanchanter le cosmos » ou de vouloir « casser les croyances ». Signe peut-être que nous avons su montrer que ce qui nous intéresse, c'est de chercher à comprendre, et que nous avons dessiné quelques pistes pour savoir comment faire...

La quasi-totalité des posters présentés sur le stand lyonnais est en ligne sur le site de l'OZ.

Merci d'être venus, d'avoir vus, et d'avoir été curieux ! À l'année prochaine !

 

Alexis Aubry et Stanislas Antczak

 

 


COLLOQUE DU GEMPPI : IMPRESSIONS


 

Dans la dernière lettre de l'Observatoire zététique était annoncé le colloque « Sciences, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes » dans lequel Didier Pachoud nous invita, Géraldine Fabre et moi, à venir causer. C'était samedi 21 octobre, à Marseille, et c'était organisé par le GEMPPI (Groupe d'étude des mouvements de pensée en vue de la prévention de l'individu).

Chanceux que nous étions. Non seulement les éminences zététiques que sont Jean-Louis Racca et Florent Martin nous accompagnèrent, mais nous eûmes en outre le plaisir de mettre enfin des visages et des barbes (le cas échéant) sur des plumes connues de la liste Zététiciens. Ainsi en fut-il de l'incommensurable Élie Nicolas, et de l'inénarrable Françoise Mariotti, à qui je dois un charmant « Ah ? Mais je croyais que vous aviez cinquante ans et que vous fumiez la pipe !? ». Nous avons également retrouvé les copains de l'Association de Défense de la Famille et de l'Individu (ADFI) Savoie-Isère, avec qui nous commençons à collaborer.

 

Le colloque en lui-même ? Je suis un peu partagé.

Ça a commencé plutôt bien : il faisait beau, relativement chaud et ma vieille copine Guillemette était là et me faisait fumer des clopes pour me détendre (à défaut de joints à la banane).

Et puis bizarrement, ça s'est délité, par petits morceaux. Des conférenciers assis, assez pontifiants, assez « vieille France ». Quelques argumentaires boursouflés d'autorité - le champion toutes catégories aura été sans conteste le professeur Roland Gori, qui étala sa morgue sur une si grosse tartine qu'elle en boucha le port de Marseille. Il s'épargna la peine d'expliquer sa pensée puisque, dit-il, il l'a « déjà détaillée dans plusieurs livres », qu'il vendait d'ailleurs à la sortie. Je n'en ai pas acheté. Il en tombera bien un du camion, un jour.

Heureusement, il y eut des conférences rafraîchissantes : Géraldine a été aussi limpide que l'élixir « Eau de Roche », et Philippe Zarka aussi précis qu'un scalpel de médecin légiste.

Et puis quelques petits couacs : le Dr Grunwald, d'abord, qui classe l'acupuncture (et la psychanalyse, j'y reviendrai) dans les sciences reconnues ; le tant attendu Antonio Fischetti qui n'avait vraisemblablement pas préparé sa conférence et s'est contenté de narrer des anecdotes sur ses incursions dans les mouvements sectaires pour le Hors-Série de Charlie Hebdo « sectes »[1] - j'ai particulièrement tiqué sur de simplistes « en Afrique, ils font ceci, en Afrique ils font cela », opérant ce réductionnisme quasi-colonial faisant passer tout un continent pour un petit village figé du Moyen-Âge[2]. Un peu décevant pour un journaliste de cette classe.

Ensuite, trois choses qui m'ont passablement choqué.

 

La bien-pensance : ne pas confondre décès à la péninsule et moralisme

Jacky Cordonnier, historien, spécialiste des sectes, modérateur de la journée, botta en touche d'une manière assez saugrenue les questions soulevées par un membre du Cercle zététique-Languedoc Roussillon : sur la distinction secte-religion d'abord, puis sur les risques thérapeutiques qu'engendre le refus catholique du préservatif comme contraceptif. Si le refus de ce type de question n'est pas propre à J. Cordonnier, c'est tout de même épatant d'assister à cela dans un colloque de ce niveau. Il semble plus facile de critiquer le refus des transfusions sanguines par les Témoins de Jéhovah que de mettre en balance certaines encycliques catholiques mortifères.[3]

J'ai cherché un bon moment à me rappeler d'où je connaissais J. Cordonnier. J'ai trouvé depuis : c'est l'un des auteurs que les médias affectionnent quand il s'agit de donner une caution universitaire aux amalgames rapides et pratiques (et faux) entre suicides/meurtres/profanations et musique rock/black métal/satanisme[4]. En cherchant un peu, j'apprends qu'il a écrit page 119 de son livre « Dérives religieuses »[5] plein de petits trucs de cet acabit, notamment celui-ci qui m'a fait rire :

« Certains groupes utilisent systématiquement des messages subliminaux qui appellent au suicide, au meurtre, au viol comme Led Zeppelin (dans son morceau Stairway To Heaven) Eagles, Alice Cooper (du nom d'une sorcière du XIXe), et bien sûr ACDC (signifiant Ante Christ Death to Christ, Antéchrist, Mort au Christ). »

Bigre. Moi qui utilise le pseudo-message codé de Stairway to Heaven[6] en cours de zététique pour illustrer les pareidolies auditives, serais-je moi-même un vil communiant avec Belzébuth ?

Si l'expertise de Monsieur Cordonnier a été mise en cause plusieurs fois dans le milieu gothique[7], elle a aussi fait l'objet de l'analyse très critique d'Alexis Mombelet et de Nicolas Walzer, du CEAQ de la Sorbonne[8]. J'espère qu'il ne saura jamais que le 3e conférencier du colloque qui était debout pendant une plombe à moins d'un mètre de lui est fan d'Iron Maiden, qu'il écoute Korn et trouve les propos de Marilyn Manson intelligents. Mais je me tais, je sens déjà ma queue fourchue pousser.

 

Le légalisme : ne pas confondre l'antichambre de la justice et l'étable de la loi

Énormément de références à la loi, aux cadres légaux, etc., donnant à ces lois un caractère presque transcendantal. Marrant, je retrouve dans ce type de propos les décontextualisations propres aux vulgarisations : de même qu'on adore les grecs syracusiens jaillissant nus de baignoires en braillant Eurêka et qu'on passe sous silence les longues et fastidieuses genèses émaillées d'erreurs qui président aux élaborations de lois et théories physiques, on a un peu tendance à oublier que les lois juridiques sont des créations humaines, imparfaites et qu'elles sont censées être évolutives. De fait, déclarer que la loi est la loi au moment de l'appliquer passe encore. Mais se voir rappeler plusieurs fois qu'il faut penser les problèmes « dans le cadre de la loi » me donne l'impression qu'il est des petites futaies intellectuelles bien rassurantes, comme de ces petites haies de laurier bien touffues qui délimitent le petit lopin et permettent de se couper du bruit alentour. J'ai pourtant l'impression que la question de la loi se résout simplement : si une loi est inique, elle doit changer. Le malaise vient quand on s'aperçoit que notre système politique ne permet pas une expression populaire là-dessus - mais c'est un autre problème.

 

La psychanalyse latente

Ce fut le plus surprenant. Ça a démarré très tôt, avec le Dr Grunwald. Françoise (Mariotti) a bien tenté quelque chose, mais la réaction de la salle fut timorée. Ça s'est terminé en festival, avec la prestation de MM. P. Le Coz et surtout R. Gori, dont le développement pompeux n'eut d'égal que sa grâce à entortiller ses réponses à des questions plutôt simples, notamment celle fort concise de Jean-Louis. Passons également sur son aisance à balayer d'un revers l'exposé de Géraldine, ceci du haut de sa chaire et en dehors des temps de débat. Roland Gori a d'ailleurs eu cette phrase que j'espère avoir bien retranscrite sur mon carnet : quelque chose du genre « La science est la terre d'accueil de ceux que la démarche du rationalisme exagéré a chassé ». Peut être aurait-il valu de lui rappeler que le titre du colloque était « Sciences, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes ». Va comprendre, Charles.

Que voulez-vous : tant que les « penseurs » au pouvoir dans les rédactions resteront humides de freudisme, tant que les contenus d'enseignement en faculté de psychologie imposeront d'emblée ce monticule théorique glaiseux et peu scientifique qu'est la psychanalyse, il ne faudra guère s'étonner.

 

Sinon ? Jolie réalisation de Denis Pachoud et de son équipe.

Anecdote : une dame m'a demandé quels étaient mes titres. J'ai tenté de lui dire que ce n'est pas aux titres qu'on doit juger les argumentaires, et que par ailleurs ce travail pharmacologique sur les élixirs de Bach aurait pu être réalisé par un simple citoyen. C'était d'autant plus amusant de dire cela que sur la fiche du colloque, je suis annoncé comme en docteur en sciences, ceci avant obtention de mon doctorat.

Je rejoins ainsi d'un pas mal assuré les Bogdanoff bros. dans la sarabande des futurs anciens faux docteurs.

 

Richard Monvoisin


Notes :

[1] « Charlie saute sur les sectes », Charlie Hebdo Hors-Série.

[2] Je dois ce constat à un article de Gaston Kelman sur Franz Fanon dans le quinzomadaire panafricain satirique Le Gri-gri International. Kelman le développe de façon très opportune dans « Je suis noir et je n'aime pas le manioc », 10/18, 2004.

[3] Alfonso Lopez Trujillo, président du conseil familial pontifical du Vatican, a par exemple affirmé le 9 octobre 2003 sur la chaîne BBC que l'usage du préservatif ne protégeait pas dans tous les cas d'une infection : il en a profité pour proposer que les gouvernements invitent les populations à ne plus les utiliser. Voir ici.

[4] Il a été cité récemment dans « Le satanisme capte une jeunesse rebelle », le Figaro Magazine, 18 mars 2006. Extrait : « Jacques Cordonnier (...) estime que les enfants sont à peine âgés d'une dizaine d'années lorsqu'ils se laissent séduire par cette doctrine. Et à peine des adolescents lorsque, pour certains d'entre eux, ils expriment ouvertement leur adhésion au satanisme par des actes violents ou criminels (...) Un exemple, un seul. En 2005, deux gamines de 14 ans se jettent du dix-septième étage d'une tour d'Ivry-sur-Seine. Un suicide soigneusement mis en scène par les jeunes filles : elles ont convié leurs camarades de classe à assister à leur défenestration... On sait aujourd'hui qu'elles étaient adoratrices de Satan. Quelques jours avant de passer à l'acte, Julie écrivait dans son journal intime sur internet (un blog) : « Il y a une blessure qui saigne toujours... » Des mots accompagnés d'une série de photos sadomasochistes de jeune fille enchaînée et muselée : la négation de la vie, l'apologie du mal. » Le Figaro, 17 mars 2006. Je trouve qu'il y a chez l'auteur, Claudie Baran, un brin de Bernardo Gui.

[5] « Les Dérives Religieuses. Astrologie, Occultisme, Spiritisme, Nouvel-Âge, Halloween, Sorcellerie, Satanisme », Éditions Chronique Sociale, 2003.

[6] Il serait miraculeux que ce ne soit pas un pseudo-message. Non seulement le groupe, mais également la maison de disques ont fait des démentis. Prendre une bande inversée pour un message de l'au-delà est un biais cognitif courant chez les gens pratiquant la Transcommunication instrumentale (TCI) pour communiquer avec leurs défunts. Pour s'en convaincre, lire cette étude « Audio Reversal in Popular Culture », ainsi que ces nombreux exemples donnés ici par Jeff Millner.

[7] Voir par exemple La horde Noire, « Marc-Olivier Fogiel ne peut décidemment pas plaire aux métalleux », sur leur site

[8] A. Mombelet et N. Walzer, « Commentaire sur Jacky Cordonnier, Le satanisme », in « Dérives religieuses », Lyon, Éditions Chroniques Sociales, 2003, p. 105-126, 5 janvier 2006. Disponible ici, sur le site du GREMES (Groupe de recherche et d'étude sur la musique et la socialité dirigé par M. Maffesoli - comme quoi...).

 


EN LIBRAIRIE



Petit cours d'autodéfense intellectuelle
Normand Baillargeon
Lux Éditeur

Il y a un peu plus d'un an est sorti, aux éditions Lux, un ouvrage qui pourrait bien devenir une référence dans la littérature sceptique francophone. Normand Baillargeon, professeur en sciences de l'éducation à Montréal, membre des sceptiques du Québec, a rassemblé les bases de la pensée critique dans un livre très accessible.

Passant en revue nos principaux biais de perception, nos erreurs de raisonnement et les pièges rhétoriques, ce livre nous incite à plus de vigilance au quotidien, dans notre rapport aux médias comme face à toutes les croyances qui circulent dans nos sociétés et au développement inquiétant des pseudo-sciences et pseudo-médecines. Mais cet ouvrage ne se contente pas de pointer tous nos défauts, il nous donne également quelques outils indispensables pour développer et exercer notre esprit critique comme, le kit de Poutine (voir ci-dessous) et le modèle ENQUETE.

Ponctué d'anecdotes et illustré de dessins humoristiques, ce guide pratique est véritablement un manuel pédagogique d'autodéfense intellectuelle. Il a reçu en 2005 le prix Sceptique.

 

Pour prolonger le plaisir de la lecture, nous avons pris contact avec Normand Baillargeon qui a accepté de répondre à nos questions.

 

Observatoire zététique - Qu'est ce qui a motivé l'écriture de ce livre ? Quel était votre but ?

Normand Baillargeon - Ce livre est le point de rencontre de trois séries de préoccupations et d'intérêts qui me sont chers. L'éducation, d'abord : j'enseigne la philosophie de l'éducation à l'université ; le politique, ensuite : je n'ai jamais caché que je suis un anarchiste, et suis connu comme tel au Québec, mais d'un anarchisme rationaliste, qui est celui qui va, disons, de P. Kropotkine à N. Chomsky ; la pensée critique, enfin : je suis un rationaliste et un amoureux des sciences.

Sur ces trois plans, mes idéaux restent, sans aucun repentir, ceux du Siècle des Lumières. Je crois donc que l'éducation devrait viser à garantir l'autonomie rationnelle des êtres dont elle s'occupe ; qu'un espace public de libre délibération devrait exister et rendre possible l'exercice de cette citoyenneté active et critique sans laquelle la démocratie reste un concept largement vide ; que l'autogestion économique et la démocratie participative sont des idéaux raisonnables ; que les sciences sont un modèle sur le plan épistémologique et restent une irremplaçable école de rationalité.

Or, je suis passablement inquiet de ce qui se déroule en ce moment sur tous ces plans dans nos sociétés. L'éducation me semble tendre de plus en plus à être instrumentalisée, transformée en outil d'adaptation fonctionnelle à l'économie et vidée de sa substance, notamment par des travaux de prétendues sciences de l'éducation qui me désolent bien souvent. Par ailleurs, la concentration des médias et le travail, méconnu mais gigantesque, des firmes de relations publiques (pour en rester à ces deux institutions) dévoient la circulation de l'information et sa libre discussion en propagandisme et préparent l'avènement d'une « démocratie de spectateurs ». Finalement, s'il y a toujours eu des formes d'irrationalisme et d'antirationalisme dans le grand public et chez les intellectuels, depuis quelques décennies ces phénomènes sont apparus dans les milieux académiques (sous le nom de postmodernisme, de programme fort en sociologie des sciences et ainsi de suite) où ils ont été vantés et où ils ont eu une audience considérable.

Or, cela me semble déplorable intellectuellement, mais aussi suicidaire sur le plan des combats, notamment politiques et économiques, que nous devons mener. Pour le dire en un mot, lorsque nous confrontons les institutions dominantes, c'est le plus souvent à mains nues, si je peux dire et la seule arme dont nous disposons est celle du savoir, des faits et de la raison : or voilà que des intellectuels voulaient faire croire qu'il serait sage d'y renoncer ! Ma réaction à tout cela, que j'ai lancé ici un peu en vrac, a été d'écrire ce « Petit cours... », comme une sorte de compendium et d'effort pédagogique de vulgarisation de la pensée critique. J'ai fait le livre le plus complet et le plus accessible possible, en fait, je voulais écrire celui que j'aurais aimé qu'on me donne à lire à 20 ans.

 

OZ - Pourquoi avoir choisi ce titre ?

NB - C'est une référence à Noam Chomsky, qui a déjà dit que notre système d'éducation (il pensait aux États-Unis, mais on peut penser que la remarque se généralise) était un système d'imposition de l'ignorance et que si nous avions un véritable système d'éducation, on y donnerait des cours d'autodéfense intellectuelle. Cette idée de « judo mental », si je peux dire, m'a séduit. Il me semblait aussi que les gens sont en général fort conscients de s'en faire beaucoup conter et qu'une invitation à la résistance formulée de la sorte pouvait être attirante.

[« Si nous avions un vrai système d'éducation, on y donnerait des cours d'autodéfense intellectuelle. », Noam Chomsky ]

 

OZ - Quelles sont les erreurs de jugement que nous commettons le plus facilement ?

NB - C'est une question empirique et il faudrait donc aller voir. Cependant, si on devait entreprendre une étude de ce genre, je soumettrais pour ma part les candidats suivants, comme étant des erreurs à la fois répandues et lourdes de conséquences.

La tendance à ne considérer que ce qui confirme nos hypothèses préférées et à résoudre ainsi nos dissonances cognitives ; notre difficulté à évaluer les probabilités et partant les coïncidences et le hasard ; la confusion entre corrélation et causalité ; le fait d'accorder à nos perceptions et à notre mémoire un crédit qu'elles ne méritent pas toujours ; le fait de nous fier beaucoup trop à des anecdotes plutôt qu'à des données fiables décrivant plus complètement et plus objectivement une question ou une problème donnés ; enfin, et ceci surtout face aux médias, le fait de ne pas rester constamment vigilant devant l'information qui nous est présentée et de ne pas chercher à nous renseigner à des sources variées et crédibles.

 

OZ - Les scientifiques sont ils à l'abri de ces erreurs d'interprétation ?

NB - Non, bien sûr, du moins pas en tant que personnes. Mais la science (je veux dire ici : les sciences empiriques et expérimentales) s'institutionnalise comme effort pour rester systématiquement critique, du moins face aux objets, principes, méthodes et conclusions d'un secteur scientifique concerné. Elle a sur ces plans un taux de succès que nous pouvons lui envier. Ceci dit, lorsque les scientifiques sortent de la science ou s'en remettent pour faire de la science à nos outils quotidiens de réflexion, ils sont sujets à l'erreur comme tout le monde. Je raconte dans le livre à ce sujet l'intéressante et instructive histoire des Rayons N, qui le montre bien.

 

OZ - Comment pouvons nous rester vigilants et éviter d'être influencés et manipulés ?

NB - Je pense sincèrement que c'est d'abord en pratiquant. On devient critique en agissant comme un penseur critique, en décidant de l'être et en le faisant. Je pense aussi que cela ne se fait pas seul et qu'il faut travailler avec d'autres, apprendre d'eux comme ils apprennent de nous. De plus, ce travail suppose que l'on s'informe des sujets à propos desquels on veut être critique. Une des marques caractéristiques des personnes capables de pensée critique est d'être informé.

 

OZ - L'enseignement de la pensée critique ne devrait-il pas être intégré à l'école ? Est-il accessible à tous ?

NB - En 1962, est paru un article désormais célèbre de R. H. Ennis intitulé : « A concept of critical thinking » (Harvard Educational Review, 32, 1962, pp. 81-111). Il marque en éducation le début d'un mouvement appelé critical thinking, lequel est aujourd'hui très important aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon. Ce mouvement est né de préoccupations qui nous sont familières et qu'on pourrait formuler en un mot : les étudiantes et étudiants font peu preuve de pensée critique malgré des études parfois longues. Or, ce mouvement a toujours été traversé par de nombreux débats sur la question de savoir comment s'y prendre pour former des penseurs critiques. Pour certains, il convient de donner des cours de pensée critique ; pour d'autres, d'incorporer des éléments de pensée critique aux divers champs disciplinaires. Le danger de la première option est un certain formalisme un peu vide qui néglige le fait que la pensée critique est toujours pensée critique de quelque chose. Le danger de la deuxième est qu'un enseignement disciplinaire fasse de la pensée critique un parent pauvre. Le premier argument me paraît très fort. Il me semble en effet indéniable que les disciplines elles-mêmes (je veux dire ici : les formes de savoir humain, avec leurs concepts propres et leurs modes de validations particuliers) fournissent une part cruciale des outils du penseur critique. Par exemple, penser de manière critique n'est pas la même chose en morale qu'en physique et il faut être initié aux diverses formes de savoirs et à leurs concepts et contenus pour développer sa pensée critique dans chacun d'eux. Au total j'en suis venu à penser qu'on devrait très tôt accompagner l'enseignement des disciplines d'un enseignement de la pensée critique dans chacune d'elles, qui n'est rien d'autre, en un sens, que la forme même qu'y prend la juste et bonne pensée. Ensuite, plus tard, on pourrait consacrer un enseignement plus général à la pensée critique, qui viendrait consolider tout cela : à mon avis, ce devrait être en classe de philosophie, qui reste pour moi sur ce plan la discipline-phare. Ce que j'ai en tête et que je n'ai fait qu'esquisser ici, est exigeant et demanderait beaucoup des maîtres : mais ça me semble possible.

 

OZ - Qu'est ce que le « kit de détection de Poutine » ?

NB - Ah ! Il faut être Québécois pour comprendre cela. Je cite dans le livre un ensemble de trucs de pensée critique proposés par le regretté Carl Sagan sous le titre « Baloney detection kit ». Le baloney est une sorte d'assez mauvaise mortadelle américaine et le mot sert aussi, en anglais américain, à exprimer une réaction à une proposition qu'on voudrait nous faire avaler mais qu'on refuse de croire. « Baloney! », veut donc dire quelque chose comme : « Foutaises ! ». Sagan nous proposait donc un kit de détection de foutaises. Je cherchais donc une métaphore culinaire qui dirait la même chose. Or, au Québec, nous utilisons justement poutine dans le même double sens. Une poutine, c'est un mets québécois aussi médiocre que le baloney (des frites, de la sauce à viande chaude et du fromage) et on emploie aussi ce mot pour dire : foutaises.

 

 


EXPOSITIONS


 

OVNI, les images d'un phénomène invisible

Du 15 octobre au 26 novembre 2006, au Photoforum Pasquart de Bienne (Suisse) une exposition présente des photographies d'OVNI d'une vingtaine d'artistes. « C'était l'occasion de se demander une fois encore si la photographie est un moyen de preuve ou un vaste mensonge », avoue Beat Gugger, l'un des commissaires de l'exposition.

« Les concepteurs de l'exposition ont même joué un tour aux médias et au public de la région : avec la complicité d'Helmut Dick, ils ont fait dessiner des cercles dans un champ à Aegerten, avant d'alerter la presse. On retrouve l'historique de cette plaisanterie au musée, photos à l'appui. »

Du 15 octobre au 26 novembre 2006, « OVNI : les images d'un phénomène invisible ».
Photoforum Pasquart, Faubourg du Lac 71-75, CH-2502 Bienne.
Infos : 032 322 44 82, courriel : photoforum@pasquart.ch, Plan d'accès.

 

Êtres fantastiques

Du 7 octobre au 31 décembre 2006, le Musée Dauphinois de Grenoble accueille une exposition intitulée « Êtres fantastiques ». Avec le Père fouettard et le Yéti, les dragons et tous ces monstres qui ont peuplé notre enfance et nos cauchemars, cette exposition transporte le visiteur du Moyen-Âge au XXIe siècle, de l'Europe à l'Asie, en passant par la Papouasie, Terre-neuve et le Japon. « De ce parcours dans l'espace et dans le temps, on essaie de comprendre comment naissent ces êtres de croyance, comment ils se construisent, quelles fonctions ils occupent... »

Musée Dauphinois, 30 rue Maurice Gignoux, 38031 Grenoble Cedex 1.
Accueil, standard : 04 76 85 19 01, réservations groupes : 04 76 85 19 26, email : musee.dauphinois@cg38.fr.
Ouverture tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 18 h.

L'entrée est gratuite pour tous. Accueil des personnes à mobilité réduite.

 


ACTUALITÉS


 

Critique du darwinisme

« La théorie de l'évolution est un mensonge, une erreur que l'on a légalisée comme une vérité courante. » a déclaré il y a quelques jours Miroslaw Orzechowski, vice ministre de l'Éducation en Pologne.

Membre du LPR (extrême droite ultracatholique), présent depuis mai dans le gouvernement polonais du conservateur Jaroslaw Kaczynski, Miroslaw Orzechowski entend bien exercer son influence sur l'éducation pour imposer l'enseignement des thèses créationnistes. Pour lui, la théorie de Darwin n'est qu'une « histoire à caractère littéraire qui pourrait servir de trame à un film de science-fiction », « une conception lâche d'un vieil homme non croyant ».

Dans ce combat, il est épaulé par le député européen LPR Maciej Giertych, docteur en biologie persuadé que les hommes de Neandertal n'ont pas disparus il y a 29.000 ans mais continuent bien à vivre sur notre planète. « Un chercheur m'a montré une photo d'un boxeur américain. Il avait tous les traits caractéristiques d'un néandertalien. Ces gens-là vivent parmi nous. ».

Pour les créationnistes, sur une Terre formée il y a à peine 6 000 ans, les hommes côtoyèrent les dinosaures. « Toutes les cultures prouvent que nous nous en souvenons. Les Écossais (se rappellent) le monstre de Loch Ness, nous le dragon de la colline de Wawel (à Cracovie). » a expliqué Maciej Giertych.

C'est effrayant... surtout lorsque l'on sait que Maciej Giertych n'est autre que le père de Roman Giertych, l'actuel ministre de l'Éducation en Pologne. Après les déclarations de son vice-ministre, celui-ci s'est contenté de répondre que « le statut de la théorie de l'évolution ne va pas changer dans les écoles polonaises. », sans pour autant condamner les propos tenus.

Le créationnisme et l'Intelligent Design, sa version (pseudo-)scientifique, commencent à se répandre en Europe (voir plus loin le compte-rendu de Florent sur la conférence Science et Religion qui s'est tenu à Grenoble dernièrement). Il est difficile de faire comprendre à nos contemporains pourquoi ce développement est inquiétant, pourquoi le créationnisme n'est pas une théorie concurrente du darwinisme, pourquoi elle n'a pas la même valeur scientifique... Dans un article paru sur le site du CNRS, Guillaume Lecointre nous livre quelques arguments et donne quelques réponses simples aux objections des créationnistes contre le darwinisme. Leurs thèses sont soutenues essentiellement par des raisonnements fallacieux et des preuves non scientifiques, usant de fraudes, de manipulation et de désinformation, mais elles peuvent au premier abord paraître très convaincantes.

 

Vendredi 13

Comme cela arrive parfois, le treizième jour du mois était un vendredi... Si ce jour là vous avez préféré rester enfermé pour éviter les catastrophes, vous souffrez certainement, comme Stephen King, de la phobie du vendredi 13 que l'on nomme paraskevidékatriaphobie. Cette phobie aurait des répercussions économiques importantes : un institut d'étude du stress et des phobies d'Asheville, en Caroline du Nord, estime qu'aux États-Unis, entre 800 et 900 millions de dollars sont perdus chaque vendredi 13, parce que certaines personnes refusent de voyager, de travailler ou d'investir ce jour-là.

L'origine de cette superstition liée au nombre 13 est vraisemblablement biblique (la cène, le dernier repas de Jésus, comportait 13 convives) mais la peur du vendredi 13 viendrait de la malédiction de Jacques de Molay, arrêté avec tous les chevaliers de l'Ordre des Templiers le vendredi 13 octobre 1307 : sur le bûcher, il aurait maudit le pape Boniface VIII et le roi Philippe le Bel sur treize générations.

Le nombre 13 a donc une symbolique très forte... mais aujourd'hui, il porte bonheur ou malheur suivant les cultures et les traditions. Certains hôtels n'ont ni de 13e étage, ni de chambre n°13, la numérotation des rangées dans les avions (des compagnies occidentales) passe de 12 à 14, on ne trouve pas de table n°13 dans les bars et les restaurants (en Occident).

Et le vendredi 13 ? Aucune statistique n'a mis en évidence d'augmentation significative des catastrophes. « Ce qui est certain, c'est que les gens modifient leur comportement un vendredi 13 ou, du moins, ils sont conscients du jour, ce qui montre bien que le vendredi 13 est un jour particulier et ne laisse personne indifférent » rapporte Chris Paulis, docteur en anthropologie à l'université de Liège. Et s'ils nous arrivent des malheurs ce jour-là, nous les mettrons sur le compte du vendredi 13...

Mais la superstition est aujourd'hui détournée par les sociétés de loterie qui ont su exploiter l'aspect positif du vendredi 13, en incitant les joueurs à défier le sort et le hasard lors de super cagnottes. On observe donc une augmentation des paris au PMU, des validations de grilles de loto, des ventes de jeux de grattage et donc du chiffre d'affaire des buralistes les vendredis 13...

Le prochain : le 13 avril 2007.

Sur France Bleu Isère, les Experts Richard Monvoisin et Nicolas Vivant ont causé de paraskevidékatriaphobie...

 

« Trick or treat »

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre aura lieu la fête d'Halloween. Cette fête américano-canadienne s'implante petit à petit en France depuis quelques années ; ses citrouilles, ses sorcières, ses fantômes et ses chauves-souris envahissent nos magasins à la fin octobre. Son nom actuel est une altération de All Hallow's Eve, qui signifie littéralement « la veille de la fête des tous saints », c'est-à-dire la veille de la fête catholique de la Toussaint. À cette période de l'année où les nuits rallongent, les fantômes en profiteraient pour rendre visite aux vivants. Les enfants, eux, en profiteront pour se déguiser et aller rôder dans les rues toute la soirée en quête de bonbons.

Donc, pour distinguer les faux des vrais fantômes qui viendront sonner à votre porte, sachez qu'il existe un détecteur de fantômes USB (dont il a déjà été question dans une précédente lettre). Ce GhostRadar repérerait les ondes magnétiques anormales et les changements de température paranormaux et émettrait alors des bips sonores et des flashes de lumière rouge pour signaler la présence d'un spectre. Le vice-président de SolidAlliance, Yuichiro Sait, n'a pas voulu révéler le fonctionnement du détecteur mais a précisé que ce gadget, était bel et bien un outil de mesure... (de la naïveté des acheteurs ?)

Si vous avez envie de le tester, vous pouvez aller cette nuit visiter les châteaux et ruines hantés de France, répertoriés dans le livre du photographe Simon Marsden, France hantée, ou le musée des vampires de Jacques Sirgent à Paris.

Vous serez peut être témoins de phénomènes étranges cette nuit d'Halloween, n'hésitez pas à nous en faire part (en écrivant à l'Observatoire zététique) mais n'oubliez pas : inexpliqué ne veut pas dire inexplicable.

 

 


Le bazar du bizarre

 

Un petit « a » pour l'Homme

Alors qu'il posait le pied sur la Lune en 1969, le monde entier a entendu Neil Amstrong déclarer : « That's a small step for man, one giant leap for mankind. ». Mais quand on y réfléchit bien, cette phrase ne veut rien dire puisqu'en anglais man sans article et mankind signifient « Humanité »... On l'a pourtant interprétée comme : « C'est un petit pas pour l'homme, un bond de géant pour l'Humanité. ». Mais en analysant l'enregistrement audio, le programmeur Peter Shann Ford a retrouvé le petit article a manquant. Amstrong aurait donc bien dit : « That's a small step for a man, one giant leap for mankind. » (« C'est un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l'humanité. »)

 

H dcd ch jf dcd

Dans certains endroits de Chine, le minghun est une tradition qui consiste à marier les morts. Lorsque des parents perdent prématurément leur enfant célibataire, ils lui cherchent une compagne défunte avec laquelle l'incinérer. Ce mariage dans l'au-delà met ainsi fin à une vie de célibat culturellement considérée comme inachevée.

 

De Pi en Pi

Le japonais Akira Haraguchi a récité pendant 16h30 les 100 000 premières décimales de pi sans erreur, battant ainsi son précédent record qui était 83 431 décimales.

 

Un jour favorable

Le 10 octobre 2006, 274 couples taiwanais se sont mariés lors d'une grande cérémonie organisée au stadium de l'Université Nationale de Taiwan. Dans la numérologie chinoise, ce « double-dix », jour de la fête nationale, symbolise la perfection absolue. C'était donc un jour faste... du moins pour les traiteurs.

 

Le cerveau en jelly

Est-il possible de clouer de la gelée au mur ? Vous pensez que non ? Graeme Cole l'a démontré expérimentalement. « The old proverb, then, is justified, and the reader may say that an impossible or near-impossible task is like nailing jelly to the wall safe in the knowledge that the assertion has some scientific evidence to corroborate it. » (Le vieux proverbe est donc justifié et le lecteur pourra dire d'une tâche impossible qu'elle est comme clouer de la jelly au mur, maintenant que cette assertion a été prouvée scientifiquement.)

 

Tu n'oublieras pas le deuxième commandement

Au Gabon, un jeune pasteur pentecôtiste s'est noyé sur une plage de Libreville en voulant marcher sur l'eau, comme le fit Jésus dans la Bible. D'après le quotidien l'Union, ce serviteur de Dieu « a tout simplement sombré en présence du photographe qu'il avait pris comme témoin du miracle et de quelques fidèles auxquels il avait promis la guérison. »

 

C'est chaud

Le xala est un rituel sénégalais employé par certains marabouts pour rendre impuissante toute personne envers qui il est dirigé. Sont efficacité est-elle réelle ? Mystique ou psychologique ? Basé sur de la pure pensée magique, ce rituel est encore très utilisé... Les recettes sont dévoilées en exclusivité. Dans sa version la plus violente, le xala pourrait provoquer une « carbonisation de tout appareil génital masculin pénétrant dans l'intimité d'une femme »...

 

La chromopuncture

Alliant les rayons lumineux colorés de la chromothérapie et les aiguilles de l'acupuncture, voici la chromopuncture ! Pour son diagnostic, le chromopuncteur s'aide d'une photo Kirlian sensée révéler « le rayonnement électromagnétique des doigts et des orteils, qui correspondent aux points terminaux des méridiens de l'acupuncture classique. » Ensuite, il applique des rayons colorés sur ces points au moyen d'un stylo-lampe munie de tiges de différentes couleurs... pour la modique somme de 140 francs suisses par séance...

 

Érection atomique

L'essai nucléaire de la Corée du Nord le 9 octobre dernier aurait fait exploser les ventes de préservatifs, ainsi que les réservations dans les Love hotels, en Corée du Sud.

 

Internet, la moins chère des psychothérapies

D'après une étude menée par des chercheurs de l'Australian National University de Canberra, passer du temps sur Internet pourrait être aussi efficace que des visites régulières chez un psychothérapeute.




LES VIDÉOS DE FLO


 

Voici un tour de magie tout simple, dont l'explication est involontairement révélée à la fin de la vidéo. Regardez-la en entier avant de lire la suite : www.metacafe.com/watch/275756/magic_trick_accidentally_revealed/

Maintenant que vous savez, ne faites ni comme moi, ni comme lui : ne dites rien ! Un truc de spécialiste : léchez votre pouce juste en dessus de l'ongle, et coincez la cigarette (coté papier, pas coté filtre) contre votre index. Vous verrez, ça tient tout seul.

Deux documents troublant qui montrent soit que ces jeunes ont du talent, soit qu'ils ont vraiment beaucoup de temps libre ! Dans les deux cas, ils ont l'air bien blasé par leurs exploits :

Ils sont parmi nous  : www.youtube.com/watch?v=vdX_OBUeHb4

L'image d'un ange... : antwrp.gsfc.nasa.gov/apod/ap060822.html

et une vidéo de son apparition : video.google.fr/videoplay?docid=-4559806620027377229

Cet été, la vidéo d'un OVNI survolant New-York a été diffusée. Magnifique !

www.youtube.com/watch?v=rZb2VlDyYvk

Et puis la version complète du document a finalement été mise en ligne : www.youtube.com/watch?v=QIwPlKZXerI

 

Florent Martin

 

 


ÉNIGME


 

Dans la dernière newsletter, nous vous avions soumis ce problème : « Un bocal fermé contenant une mouche est placé sur le plateau d'une balance très sensible. La mouche est posée sur la paroi du bocal. La balance est équilibrée par des poids correspondant à la masse totale du bocal. Que va-t-il se passer lorsque la mouche va quitter sa position et se mettre à voler dans le bocal ? »

Cette énigme est tirée du livre « Oh, la Physique ! 250 casse-tête pour tester votre sens physique » de Yakov Perelman (éditions Dunod).

Voici la réponse donnée page 30 :

« Quand la question apparut dans le magazine allemand Umschau, elle devint le sujet de vives discussions auxquelles participèrent de nombreux ingénieurs. Différents raisonnements furent proposés, maintes formules furent présentées, les solutions données étant toutes différentes : ils n'aboutirent pas à une solution unique ! [Le sujet est toujours très débattu si on en croit les discussions sur les forums.]

« Il est cependant possible de résoudre ce problème sans faire appel aux équations. Lorsque la mouche quitte la paroi, il nous faut envisager deux cas :

  • soit elle vole horizontalement, à la même hauteur que son point de départ sur la paroi. Elle appuie avec ses ailes sur l'air selon une force égale à sa masse. Cette pression est transmise au fond du bocal comme si elle était toujours sur la paroi. En conséquence, la balance ne bouge pas.
  • soit elle vole en changeant d'altitude et dans ce cas la balance oscille faiblement vers le haut ou vers le bas suivant le déplacement de la mouche.

« Précisons maintenant dans quelle direction part le plateau supportant le bocal. Imaginons tout d'abord que le bocal fermé contenant la mouche se trouve quelque part dans l'espace. Que se passe-t-il quand la mouche bouge ? Nous avons ici un système isolé (mouche+bocal). Si une force intérieure quelconque déplace la mouche vers le haut, le centre de masse du système ne conserve sa position que si le bocal se déplace légèrement vers le bas. Et à l'inverse, si la mouche descend en se propulsant avec ses ailes et non en tombant, le bocal doit monter afin que le centre de masse du système (bocal+mouche) reste au même endroit.

« Revenons aux conditions réelles dont nous nous sommes éloignés. Le bocal avec la mouche se trouve, non pas dans l'espace mais sur le plateau de la balance. Il est évident que, si la mouche monte, le plateau va descendre et que la descente de la mouche provoque la montée du plateau.

« Il est indispensable d'ajouter que le vol de la mouche, vers le haut ou vers le bas, est supposé accéléré. Un mouvement uniforme, c'est-à-dire un mouvement d'inertie (la chute de la mouche) se produit sans l'aide d'une force extérieure quelconque et donc ne provoque aucun changement dans la valeur de la pression du bocal et par conséquent aucun mouvement du plateau. »

Tiens d'un coup, je me rappelle pourquoi je détestais la mécanique...

 

Ce mois-ci, un peu de logique...

En mathématiques, (A implique B) est équivalent à sa contraposée : (non-B implique non-A) et pas à (non-A implique non-B) qui serait une erreur de raisonnement (classique !).

Dans la vie quotidienne, nous utilisons également ce type de raisonnement. Prenons par exemple, les propositions :

Je suis à Grenoble (= A)

Je suis en France (= B)

Je suis à Grenoble donc je suis en France (A implique B) est équivalent à : je ne suis pas en France donc je ne suis pas à Grenoble (non-B implique non-A).

En revanche, dire je ne suis pas à Grenoble donc je ne suis pas en France serait erroné : je pourrais être à Nice (non-A n'implique pas non-B).

Prenons un autre exemple :

Il pleut (=A).

Le trottoir est mouillé (=B).

S'il pleut, alors le trottoir est mouillé (A implique B) est équivalent à : Si le trottoir n'est pas mouillé, alors il ne pleut pas. (non-B implique non-A).

 

Mais pourtant, avec :

Le maître ne gronde pas les élèves (= A).

Les élèves ne travaillent pas (= B).

On a : Si le maître ne gronde pas les élèves, alors les élèves ne travaillent pas (A implique B) qui devrait être équivalent à : si les élèves travaillent, alors le maître gronde les élèves. (non-B implique non-A). Ce qui parait absurde...

Saurez-vous trouver la faille ?

 


NOUVEAUTÉS SUR LE SITE DE L'OBSERVATOIRE ZÉTÉTIQUE


 

À l'instar du facteur dont il était question plus haut, le Richard Monvoisin frappe toujours deux fois. Enfin pour cette fois-ci et la dernière fois, il a frappé deux fois, donc j'en viens à généraliser.

Adolescents d'hier et d'aujourd'hui, méditez ce message publicitaire : « La banane est un fruit très pratique ; la banane a le goût des tropiques » et oyez Banana spliff ou la stupéfiante histoire du joint à la banane que vous conte Richard Monvoisin.

Adolescents d'aujourd'hui et d'hier, fuyez le logiciel propriétaire, adoptez les solutions alternatives et gagnez un centimètre de tour de pénis tous les six mois. C'est les marchands de sous-vêtements qui vont être contents.

Voici dégonflée par Richard Monvoisin une Baudruche médiatique : Linux et les pénis.

En fait, il frappe deux fois et demie, le Richard Monvoisin, puisqu'il s'est aussi associé au Nicolas Vivant pour une émission de radio. Ces deux Experts étaient sur France Bleu Isère, mon frère.

Mais il sait donc tout faire, ce Richard Monvoisin ? De l'écrit, de la radio, et pourquoi pas de la télé, tant que vous y êtes ? Ben y'a qu'à demander. Réalisée par Florent Martin et Géraldine Fabre, une petite vidéo de la Tour-sans-venin où ledit Richard apparaît en vedette.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Alexis Aubry, Géraldine Fabre, Florent Martin et Richard Monvoisin.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.
Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:19