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POZ n°17 Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Vivant   
Dimanche, 01 Octobre 2006 14:13

 

 

 

 

 

 

 


SOMMAIRE


 

 


ÉDITORIAL


 

« L'astrologie n'est pas de la divination, mais un instrument précieux pour la connaissance de soi. La projection sur l'avenir, rendue possible par la ronde des planètes qui viennent réactiver celles de la naissance, n'est qu'un corollaire de cette science de la personnalité. »

C'est beau, non ? En tous cas il y a plein de mots qui font bien dans le décor. Mais faisons une expérience, ami lecteur : relis ces deux phrases attentivement et demande-toi honnêtement si tu avais compris dès la première fois le détail de la deuxième phrase. Allez, hop.

« L'astrologie n'est pas de la divination, mais un instrument précieux pour la connaissance de soi. La projection sur l'avenir, rendue possible par la ronde des planètes qui viennent réactiver celles de la naissance, n'est qu'un corollaire de cette science de la personnalité. »

Personnellement limité par des capacités intellectuelles médiocres, un alcoolisme ordinaire et une fatigue hors du commun, l'éditorialiste ici présent (moi, quoi), a mis un certain temps pour comprendre cette phrase se trouvant sur la page d'accueil d'Élizabeth Teissier. La ronde des planètes qui viennent réactiver celles de la naissance a tourné dans mon for tout ce qu'il y a d'intérieur. Pourtant, à la première lecture, au premier survol plutôt, ces deux phrases n'avaient rien de bien méchant, elles rendaient plutôt bien. Mais je me suis rendu compte, ami lecteur, que je n'en avais en fait rien retiré. Si toi, oui, ben tant mieux pour tes capacités intellectuelles, ton alcoolisme et ta forme, mais moi, bof.

Tu me diras : « Mais qu'allais-tu faire sur le site d'Élizabeth Teissier, aussi ? ». Et je te répondrai d'une part que je fais ce que je veux, d'autre part que j'allais chercher confirmation de la rumeur qu'Élizabeth Teissier prendrait sa retraite. En fait il n'en est rien, elle annonce juste qu'elle arrête de publier chaque année son livre d'horoscopes. Mais elle précise bien qu'elle n'arrête pas d'écrire pour autant. Tu peux donc essuyer tes sueurs froides, ami lecteur.

Non-événement donc, qui m'aura permis de constater une fois de plus que dans tous les domaines, le jargon est un bon instrument d'abêtissement des foules.

Pierre Deleporte, venu parler à Grenoble des « Limites de la science » sur l'invitation de l'Observatoire zététique (voir le compte-rendu dans une ancienne newsletter), nous le disait : « Si vous ne comprenez pas ce que je dis c'est de ma faute, mais si vous ne le dites pas, c'est de votre faute. »

La clarté est toujours une vertu, ami lecteur, et si le livre que tu tiens t'est incompréhensible, ferme-le pour ne pas te rendre complice de l'imposture intellectuelle de l'auteur. Et toc.

Et là tu commences à te dire « Où veut-il en venir ? Il délaye, là, en fait il n'a pas d'idées d'édito... », donc je me rends coupable de noyage de poisson, donc je te force à t'associer à mon imposture, donc c'est pas bien, je me tais et je te laisse lire la suite.

 

Stanislas Antczak

 


FÊTE DE LA SCIENCE


 

Cette année, la Fête de la Science aura lieu du 6 au 15 octobre 2006. À cette occasion, les laboratoires des Universités et du CNRS ouvrent leurs portes au public, dans toute la France.

 

À Grenoble, de nombreuses animations sont prévues, en centre-ville, sur le campus et sur le polygone scientifique. Le programme des manifestations est téléchargeable en format pdf sur le site du CCSTI (Centre de culture scientifique, technique et industriel).

Vous y découvrirez que les zététiciens tiendront un stand Place aux Sciences les 6, 7 et 8 octobre, au milieu d'autres acteurs de la recherche locale, d'entreprises, et d'associations culturelles oeuvrant dans le domaine des sciences et des techniques. Nous vous proposerons des animations ludiques, accessibles à tous qui favorisent une découverte de la zététique par l'expérimentation. Venez nous voir !

 

À Lyon et dans tout le département du Rhône se tiendront de nombreuses manifestations. Sur le site du CCSTI du Rhône se trouvent tous les programmes (grand public, public scolaire ou étudiant).

L'Observatoire zététique vous donne rendez-vous au Village des sciences sur le Campus de la Doua, à l'Espace Double-Mixte. Les scolaires seront accueillis les jeudi 12 octobre (après-midi) et vendredi 13 octobre toute la journée ; le samedi 14 octobre et le dimanche 15 octobre (après-midi) sont destinés à tous les publics. Nous vous proposerons des expériences variées, de la discussion soutenue et plein de choses à apprendre.

 

Rendez-vous place Victor Hugo à Grenoble les 6, 7 et 8 octobre et Espace Double Mixte à Villeurbanne du 12 au 15 octobre prochains. L'entrée est libre et gratuite.




Colloque « Sciences, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes »


 

Le GEMPII, Groupe d'étude des mouvements de pensée en vue de la prévention de l'individu, organise le 21 octobre 2006 un colloque national sur le thème « Sciences, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes ». En partenariat avec la commission « Santé, éthique, idéologies » de l'Espace Éthique méditerranéen, le CEREM (Centre d'études et de recherches en Éthique médicale), l'association Aprogène (promotion de la génomique), avec le soutien du Conseil général des Bouches du Rhône et de l'Espace Éthique Méditerranéen, le GEMPPI souhaite au cours de cette journée faire le point sur certaines pseudo-médecines.

« Il devient de plus en plus difficile pour nos contemporains de distinguer le discours spiritualiste des sectes et des thérapeutes holistiques, du discours scientifique et médical. En effet, le discours spirituel s'est paré depuis quelques années d'un vocabulaire scientifique, psychologique ou médical provoquant la confusion dans les esprits. Les conséquences sont parfois graves : rejet de la médecine classique, problèmes psychologiques induits par une forme d'autoritarisme de thérapeutes sectaires, etc. »

À cette occasion, Richard Monvoisin et Géraldine Fabre, membres de l'Observatoire zététique, ont été invités à venir parler respectivement des Fleurs de Bach et de la psychogénéalogie. D'autres thèmes comme le coaching, la notion d'« énergie », les intrusions spiritualistes, l'astrologie seront abordés par les autres conférenciers.

Pour participer à cette rencontre, il suffit de s'inscrire (dans la limite des places disponibles) auprès de l'organisateur, auquel vous pouvez également demander le détail du programme :

GEMPPI, BP 30095, 13192 Marseille cedex 20.
Tél./Fax : 04 91 08 72 22 ; 06 76 01 94 95
Mail : gemppi@wanadoo.fr

Rendez-vous le samedi 21 octobre 2006 à partir de 9h30 à l'Espace Éthique méditerranéen, Hôpital adultes de La Timone, 264 rue St Pierre, 13005 Marseille (Métro : La Timone, ligne directe à partir de la Gare de Marseille St Charles)

 


EN LIBRAIRIE



Soigner par l'invisible : enquête sur les guérisseurs d'aujourd'hui
Olivier Schmitz
Éditions Imago.

Olivier Schmitz a consacré sa thèse de doctorat en anthropologie à l'étude des techniques de soins dites « alternatives » dispensées par les guérisseurs, radiesthésistes, géobiologues, magnétiseurs, passeurs de feux ou désenvoûteurs, qui malgré les progrès et les succès incessants de la médecine, continuent à prospérer dans nos villes comme dans nos campagnes. Pour étudier les pratiques de ces rebouteux modernes, il a choisi une démarche qualitative basée sur des entretiens avec différents guérisseurs et des observations directes durant leurs consultations. Ce sont les conclusions de ce long travail d'enquête qu'il a publiées en début d'année. À partir de ces informations, il s'est attaché à répondre à différentes questions, cherchant notamment à savoir dans quel but et dans quel contexte un malade vient consulter un guérisseur.

« Parallèles », « magico-religieuses », « alternatives », « traditionnelles », il est difficile de regrouper toutes les pseudomédecines sous un seul qualificatif tant elles diffèrent les unes des autres dans leurs principes, leurs moyens et leurs buts. De plus, on observe aujourd'hui le développement de pratiques syncrétiques associant des éléments traditionnels (prières, concepts ancestraux), des éléments plus modernes (substances chimiques, appareils scientifiques) et également des notions empruntées d'autres thérapeutiques. Olivier Schmitz parle donc plus volontiers de guérisseurs syncrétiques néo-traditionnels. Malgré tout, leurs pratiques ont en commun de faire appel à des « forces », « ondes », « énergies », « vibrations ». Puisant sans justification leur vocabulaire dans celui de la physique, elles génèrent donc un discours pseudoscientifique sur l'invisible tout en véhiculant une vision holiste de la santé.

Là où le zététicien s'interroge sur la réalité des phénomènes allégués dans ces discours et, parce qu'ils sont parfois testables, cherche à les mettre en évidence par des expériences scientifiques, Olivier Schmitz, en tant qu'ethnologue, ne s'est pas intéressé à cette question. Il rappelle que : « Il n'est pas nécessaire de se prononcer sur la réalité des dons-pouvoirs de guérison pour les étudier dans leur réalité socioculturelle. [...] Si la réalité de ces pouvoirs est une chose, son utilisation en est une autre. » (p 101). Le recours à ces techniques de soins se trouve donc légitimé par leur efficacité (le soulagement indéniable des patients) et la bonne foi des guérisseurs, sans que la véracité de leur discours, l'existence de ces « forces invisibles » ne soient vérifiées.

Dans ce livre, Olivier Schmitz nous livre des informations intéressantes sur l'usage des médecines « parallèles » et une analyse assez fine de la situation. En décrivant les différentes disciplines, Il relève notamment quelques caractéristiques communes qui pourraient, peut-être plus vraisemblablement, expliquer leur efficacité : l'écoute attentive du thérapeute, le dialogue avec le malade, la déresponsabilisation ou déculpabilisation du patient (le mal a une cause externe due à son environnement, à un envoûtement, etc.), l'apport d'une réponse sur le sens de la maladie (Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?) même si elle est le plus souvent invérifiable et irréfutable...

 

Poussés par l'envie d'approfondir le sujet, nous avons pris contact avec Olivier Schmitz qui a très gentiment accepté de répondre à nos questions.

 

Observatoire zététique - La neutralité et l'objectivité, même si elles semblent a priori illusoires avec leurs sujets d'études (l'Homme), sont-elles malgré tout des critères vers lequel les ethnologues tendent ou auxquels ils ont renoncé ?

Olivier Schmitz - Je fais partie des ethnologues qui pensent qu'il est illusoire de prétendre à une quelconque « neutralité » lorsque l'on étudie ses concitoyens en les observant, en leur posant des questions ou en leur demandant d'expliquer ce qu'ils font, d'exprimer leurs « croyances », etc. La qualité d'un travail ethnographique tient précisément dans la capacité du chercheur à nouer des relations étroites avec ses interlocuteurs sur le terrain et à trouver sa place dans le champ social étudié. C'est la raison pour laquelle, après un bout de temps, j'ai cessé de répéter à mes informateurs que mon objectif était de restituer leurs pratiques dans un travail scientifique afin d'obtenir un grade académique. Dans le domaine de l'ethnographie des thérapies, la place d'observateur neutre n'existe pas, et le chercheur a le choix de s'y engager personnellement, d'occuper l'une ou l'autre place que lui assignent ses informateurs, s'il veut recueillir autre chose qu'un discours « fait sur mesure » explicitement construit pour le curieux qui, de toute façon, n'y comprendrait rien... Pour moi, occuper la position de « novice », d'élève, m'a permis de trouver une position idéale pour observer ce qui se passe au cours d'une consultation chez un guérisseur, au cours d'un désenvoûtement, etc. Dans d'autre situations, j'ai peut-être été quelque peu « instrumentalisé » par mes informateurs qui me présentaient à leurs patients/clients comme une sorte de collaborateur « scientifique », un garant de leur sérieux en somme, mais c'était, me semble-t-il, de bonne guerre, d'autant plus que cela me permettait à nouveau de trouver ma place dans ce domaine, et mon travail a également profité de ce type de situation, sans que cela ait nui à qui que ce soit, bien au contraire... Il me semble également important, lorsqu'on pratique une ethnographie participante, de trouver une « monnaie d'échange » à offrir à ses interlocuteurs afin de rompre l'asymétrie d'une relation chercheur-informateur dans laquelle le premier serait finalement le seul à gagner en « données » ce que l'autre perdrait en révélations, en temps passé à répondre aux questions, etc.

 

OZ - Étant donnée votre implication personnelle, comment les guérisseurs dont vous avez étudié les pratiques pendant plusieurs mois ont-ils réagi à la publication de vos observations et conclusions ?

OS - Jusqu'à présent, je n'ai eu connaissance d'aucune « réaction » de la part de mes interlocuteurs à la publication de mon travail, je ne sais pas si l'un d'entre eux a lu mon livre. Je n'ai pas pris le soin de les informer de la sortie de mon livre, étant donné tout d'abord que je n'ai maintenu aucun contact, aucune relation suivie avec mes informateurs. Ce n'est pas que je n'accorde pas d'importance à leur regard en retour sur mon travail mais je pense que mon livre ne s'adresse pas à eux, je ne sais pas ce qu'ils pourraient y trouver... Probablement qu'évidences et rationalisations inutiles...

 

OZ - Pour décrire la pratique des différents guérisseurs que vous avez suivis, vous faites un usage abondant des guillemets dans votre livre. Est-ce pour exprimer une sorte de scepticisme sur la réalité physique des « forces », « ondes », « vibrations », « énergies » évoquées ?

OS - Non, je ne pense pas, à moins que ce soit non-conscient de ma part, mais en tout cas j'espère que ce n'est pas cette impression qui transparaît à travers mes descriptions... Je n'ai aucune raison de douter de la réalité des ondes, des vibrations ou des énergies, puisque j'en fais tous les jours l'expérience en utilisant mon téléphone portable, en allumant mon poste de radio, etc.[1] J'utilise les guillemets pour restituer la dimension « indigène » du discours de mes informateurs utilisant ces notions qui sont toutefois toujours imprécises, mal définies... C'est pourquoi je préfère l'expression « d'invisible » qui les englobe toutes sans aucune connotation langagière...

 

OZ - La plupart des patients sont convaincus de la réalité des pouvoirs des guérisseurs après avoir constaté sur eux l'efficacité de leur pratique. Que pensez-vous de cette conclusion tirée de leur expérience personnelle ?

OS - C'est une question très complexe, à laquelle je ne prétends pas pouvoir répondre de manière tout à fait convaincante, mais je peux vous donner mon avis sur la question. J'aurais tendance à vous dire que l'on peut croire à la réalité des pouvoirs des guérisseurs à différents niveaux. Il ne faut pas perdre de vue que les guérisseurs, qu'ils soient traditionnels ou non, qui pratiquent un art de guérir plus ou moins semblable à celui des guérisseurs wallons, existent dans toutes les sociétés humaines connues, ce qui montre, à mon sens, qu'ils jouent un rôle indispensable dans le champ thérapeutique de chaque société, rôle qui s'ajuste aujourd'hui à la place occupée par le médecin dans ce même champ. Dans nos sociétés, que l'on aborde le « problème des guérisseurs » dans des émissions télévisées traitant du paranormal, par exemple, trahit l'effet de domination exercé par les relais de la pensée médicale rationaliste que sont la biomédecine, la psychiatrie, la justice, etc. sur la nature des croyances auxquelles il est bon d'adhérer dans nos sociétés. À ce sujet, peu de personnes avoueraient en public consulter régulièrement ou occasionnellement l'un ou l'autre guérisseur, encore moins avouer croire en la réalité de leurs pouvoirs de guérison. Dans l'intimité de la maladie ou de la relation ethnographique, il en va tout autrement. Il me semble ainsi nécessaire de travailler à restaurer la dignité de ceux qui, souvent pour de bonnes raisons, ont recours à des guérisseurs, devins et autres désenvoûteuses.

Pour revenir à votre question, il me semble que la seule explication possible au fait que, la plupart (et non tous !) des patients qui consultent des guérisseurs sortent de chez eux convaincus de la réalité de leurs pouvoirs, c'est qu'ils y ont trouvé leur compte... Soit parce que la maladie ou le « problème » de santé qui les a poussés à s'en remettre aux soins d'un guérisseur s'est effectivement résorbé, leur expérience venant ainsi confirmer et soutenir la croyance (collective) largement répandue et partagée en la réalité des pouvoirs des guérisseurs qui se rencontre dans toutes les régions du monde. La croyance en l'existence de certains « pouvoirs magiques » (thérapeutiques, de sorcellerie ou autres) inégalement répandus dans la population existe effectivement dans toutes les sociétés, elle fait partie, sous des formes localement aménagées, de chaque culture locale et les individus la partagent « de naissance », mais de manière diffuse. C'est une croyance que l'on n'a aucune raison de contester sans raisons, idéologiques ou autres. Soit parce que le guérisseur a permis de débloquer ce qui faisait obstacle à la guérison de son patient, ce qui l'empêchait de dépasser la maladie au sens propre du terme. Ce n'est pas que le guérisseur soit doté de pouvoirs thérapeutiques qui lui permettraient d'obtenir l'équivalent d'une guérison entendue au sens biomédical du terme, mais il est relativement doué pour déplacer le symptôme, pour modifier la perception de la maladie qu'a son patient. On peut dire à cet égard qu'il ne soigne pas forcément son état de santé mais la perception de celui-ci, en mobilisant toute une batterie de procédés symboliques et rhétoriques qui modifient la perception qu'a le patient de son état.

 

OZ - Vous écrivez (p. 134) : « Le charlatan, c'est effectivement celui qui demande de l'argent quand les résultats ne sont pas là. Mais ce n'est pas que cela. C'est également celui qui s'attribue des facultés thérapeutiques sans que celles-ci fassent l'objet d'une reconnaissance sociale. » La reconnaissance sociale a-t-elle pour vous plus de valeur que la preuve scientifique ?

OS - Tout dépend de la définition et du statut que l'on donne à la science et à ses « preuves », mais si vous entendez par « preuve scientifique » une faculté de soigner que l'on pourrait soumettre à l'examen d'une procédure expérimentale, je ne peux que vous répondre par l'affirmative car je ne vois pas comment l'on pourrait soumettre une telle faculté à l'examen de la science. Le même problème se poserait, me semble-t-il, pour le médecin : il y a des médecins qui guérissent plus que d'autres, parce qu'ils sont dotés d'un plus grand pouvoir de guérir que d'autres. À mon sens, oui, ce qui fait la différence entre le thérapeute qui guérit et celui qui ne guérit pas, c'est la reconnaissance sociale, soutenue par les témoignages de ceux qui « y sont passés ».

 

OZ - Vous terminez votre livre par cette phrase : « On cherche ainsi à valider avec le langage de la science des pratiques qui fonctionnent probablement selon une autre logique. Les tentatives de comparaison des efficacités respectives sont donc quelque peu biaisées dès le départ. » À quelle autre logique faites-vous allusion ? Quelle autre méthode devrait être utilisée pour valider ces pratiques ?

OS - Les aspects psychologiques de la pratique des guérisseurs ne suffisent à tout expliquer... Il reste une grande part de mystère et d'incompris à prendre en compte dans l'évaluation des résultats thérapeutiques qu'ils obtiennent, ce serait à nouveau vouloir réduire le processus extrêmement complexe qu'est la guérison (processus à la fois social, psychologique et biologique) aux faibles modèles explicatifs que nous propose la culture scientifique biomédicale et rationaliste (en ce y compris le modèle du placebo qui n'est qu'une explication faussement non-rationnelle).

 

[1] L'assimilation n'est due qu'à un emprunt de vocabulaire. Les ondes évoquées par les magnétiseurs ou radiesthésistes ne sont pas électromagnétiques contrairement à celles de nos téléphones portables ou postes de radio. Elles n'ont de plus jamais pu être mises en évidence lors d'expérimentation scientifique.

 


ACTUALITÉS


 

L'évolution et la création

Du 1er au 3 septembre dernier, le pape Benoît XVI a réuni à Castelgandolfo ses anciens élèves en théologie et en philosophie lors d'un séminaire privé sur le thème de « la Création et l'évolution ». Ce colloque, qui s'est tenu à huis clos, aurait servi à clarifier la position, parfois contradictoire, du Vatican vis-à-vis de la théorie de Darwin.

En effet, en 1996, Jean-Paul II avait déclaré que la théorie de l'évolution était « plus qu'une hypothèse ». Le directeur de l'Observatoire du Vatican, le père George Coyne, soutenait alors que : « Dieu n'est pas un designer et la vie est le fruit de milliards de tentatives ».

Mais le 19 août dernier, le père George Coyne a été remplacé par le cardinal Christoph Schünborn, archevêque de Vienne. Favorable aux théories de l'Intelligent Design et invité à Castelgandolfo, celui-ci s'était exprimé au sujet de la compatibilité de la création et de l'évolution, en 2005 dans le New York Times, déclarant l'évolutionnisme incompatible avec la croyance en Dieu. Sur radio Vatican, il ajoutait dernièrement que « toute vérité est chez elle dans l'Église, dans la foi, parce que la foi et la vérité, la réalité ne peuvent pas être en opposition ». On se souvient également que Benoît XVI, dès le début de son pontificat, s'était lui-même déjà positionné, en avançant dans son homélie : « Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l'évolution. Chacun de nous est le fruit d'une pensée de Dieu. » Le créationnisme et l'Intelligent Design feraient-il un retour en force chez les catholiques ?

 

Dieu et vous

Une récente enquête menée par l'institut d'études des religions de l'Université Baylor à Waco (Texas) auprès de 1721 Américains démontrerait que leurs représentations de Dieu révèlent leurs opinions politiques. Croire en un Dieu bienveillant, autoritaire, distant ou plutôt critique serait corrélé à certaines préoccupations environnementales, à une position favorable pour le mariage homosexuel, au refus de l'avortement ou à l'encouragement de la guerre en Irak. « Si je connais l'image que vous avez de Dieu, je peux dire des tas de choses sur vous. C'est au coeur de votre vision du monde », résume Paul Froese, professeur assistant de sociologie. Dans cette étude, seuls 10,8% des personnes interrogées se disaient sans religion, et 5,2% athées. En 2004, 47% des français déclaraient être agnostiques ou athées.

 

Raël et les crop circles

Cet été, dans la région de Waterloo en Belgique, étaient apparus plusieurs agroglyphes de grande taille (voir notre dernière newsletter). Entre curiosité et fascination, les touristes avaient alors afflué pour admirer et visiter ces crop circles. Si les auteurs, terrestres ou extraterrestres, de ces tags agricoles ne sont toujours pas connus, le président de l'Intercommunale Bataille de Waterloo 1815, Yves Vander Cruysen, sur la base d'une enquête réalisée par le commissaire Jean-Michel Duchenne, suspecte la secte raëlienne de les utiliser pour le recrutement de nouveaux membres. En effet, d'après le commissaire, l'apparition de crop circles est toujours suivie d'une conférence de Raël sur le sujet. La coïncidence lui semble suffisamment inquiétante pour la souligner, bien qu'il ne puisse encore prouver l'implication des membres de la secte dans la réalisation des agroglyphes. Ainsi cet été, des invitations à une réunion devant se tenir le 22 septembre avaient été distribuées à la population brainoise. Les coordonnées de la secte apparaissant clairement, Yves Vander Cruysen a préféré interdire la conférence : « Je ne souhaite pas que, derrière la conférence, la secte essaie surtout de recruter de nouveaux membres ». La mise en garde a été relayée par le JT belge.

 

Le visage de Mars

Lorsque la sonde Viking Orbiter nous livra en 1976 les premières photos de la planète Mars, les reliefs de la plaine de Cydonia créèrent la surprise et alimentèrent de vifs débats. En effet, cette plaine se caractérise par de larges vallées parsemées de monticules résiduels, isolés. Eclairée sous certains angles par le soleil, cette morphologie peut donner, du fait des ombres portées, l'impression que certains massifs sont en réalité des structures artificielles. Le 31 juillet 1976, un communiqué la NASA faisait mention d'une formation « ressemblant à une tête humaine », qui fut appelée plus tard le « visage de Mars ».

Même si pour les scientifiques l'illusion optique était évidente, quelques passionnés identifièrent dans la plaine de Cydonia les restes d'une ville, qu'ils interprétèrent comme la preuve de l'existence d'une intelligence extraterrestre sur la Planète Rouge (qui n'est d'ailleurs pas si rouge). Cette théorie fut le sujet de nombreux livres - entre pseudo-science et science-fiction - et inspira le - très mauvais - film de Brian de Palma Mission to Mars.

En 1998, la caméra haute résolution de Mars Global Surveyor leva toute ambiguïté sur l'existence de ce visage, mais les nouveaux clichés ne parvinrent pas à convaincre les plus fervents défenseurs de la théorie de l'existence d'une vie intelligente sur Mars.

Il y a quelques semaines, la sonde Mars Express de l'ESA a recueilli de nouvelles images de la région de Cydonia. Ces photos spectaculaires, d'une résolution impressionnante, montrent que même sans son « visage », sans croire à l'existence des martiens, la planète Mars a vraiment encore de quoi nous faire rêver...

 

Expérience mystique

Existe-t-il vraiment un « Point Dieu » dans le cerveau ? C'est l'hypothèse qu'avaient émise dans les années 90 des chercheurs de l'Université de Californie à San Diego sur la base d'observations réalisées sur des patients épileptiques souffrant de lésions du lobe temporal et qui affirmaient avoir vécu des expériences spirituelles ou mystiques.

Une récente étude du neuropsychologue, Mario Beauregard, chercheur au Centre de recherche en neuropsychologie expérimentale et cognition de l'Université de Montréal, semble au contraire montrer que l'expérience mystique mobilise tout le cerveau : « Il n'y a pas de point de Dieu unique dans le cerveau : ça n'existe pas. Ce genre d'expérience est plutôt associé à un réseau complexe au niveau cérébral qui englobe plusieurs régions normalement associées à diverses fonctions comme les émotions, la conscience de soi ou la représentation du corps dans l'espace. »

Pour arriver à cette conclusion, son équipe a mesuré l'activité du cerveau de quinze carmélites lorsqu'elles se remémoraient un état d'extase mystique. Ils mirent alors en évidence que, outre le lobe temporal, le système limbique, le cortex préfrontal médian, le cortex pariétal et le cortex visuel s'animaient, en correspondance avec les impressions subjectives décrites par les religieuses : état de paix, de félicité, sentiment d'amour inconditionnel, sentiment d'incorporation dans un Tout, etc.

Cette étude est la première partie d'une recherche financée à hauteur de 100.000 dollars par la Fondation Templeton qui en 2005 offrit 10 bourses à des projets visant à établir les rapports entre science et religion.

 

 

 


LE BAZAR DU BIZARRE


 

Jésus au pub

Une organisation œcuménique britannique vient de lancer une surprenante campagne publicitaire pour inciter les jeunes à se rendre à l'église. Ses affiches représentent sous forme de pareidolie, le visage de Jésus dans la mousse d'une bière sous le slogan « où le trouveras-tu ? » (« Where will you find him ? »).

 

Hitler et Staline possédés

Dans un article du Daily Miror, le père Gabriele Amorth, exorciste du diocèse de Rome et président de l'Association Internationale des Exorcistes, révèle que le pape Pie XII aurait tenté durant la seconde guerre mondiale d'exorciser à distance Hitler, sans y parvenir. Il se dit même « convaincu que les nazis étaient tous possédés. Il n'y a qu'à penser à ce que Hitler - et Staline - ont fait. Ils étaient certainement possédés par le Démon. » (« I am convinced that the Nazis were all possessed. All you have to do is think about what Hitler - and Stalin did. Almost certainly they were possessed by the Devil. »)

 

Raël débouté

Le 21 Juin dernier, Raël, qui avait attaqué en justice le chroniqueur Denis Gratton pour diffamation, perdait son procès et la face devant le juge Maurice Laramée. En rendant son verdict, le juge déclarait : « Le tribunal, quant aux rencontres des Elohim (extra-terrestres) avec Raël, n'accorde aucune crédibilité à ce dernier. Le gros bon sens le commande. Il ne s'agit pas d'une question de religion. Il s'agit d'une question de fait. Son récit tient à des hallucinations et à des fantasmes, à moins qu'en toute connaissance de cause il ne mente au tribunal.[...] cette Cour est d'avis que, au nom d'une certaine lucidité, Raël lui a menti sans gêne lorsqu'il a témoigné de ses aventures. »

Mais comme le rapporte le site de la secte qui parle d'une « erreur de jugement », Raël n'en restera pas là et portera l'affaire en appel devant la Cour Supérieure du Canada.

 

L'opale maléfique

L'opale a fait son grand retour dans les vitrines de la place Vendôme. Cette pierre précieuse aux reflets changeants traînait pourtant la réputation d'être maléfique depuis la parution, en 1829 du roman de Walter Scott, Anne de Geierstein. Les lapidaires auraient entretenu la légende, afin d'éviter de travailler cette pierre relativement fragile.

 

Le dernier Aum

Le 20 mars 1995, des adeptes de la secte Aum répandaient du gaz sarin dans le métro de Tokyo faisant 12 morts et 5500 blessés. Pour cet attentat, le gourou de la secte, Shoko Asahara, fut jugé et condamné à mort. Il fit appel de la décision mais après la cour d'appel de Tokyo, c'est la Cour suprême japonaise, la plus haute instance de justice japonaise, qui a confirmé la sentence le condamnant à la peine capitale, la mort par pendaison.

 

 


ÉCHOS DE LA LISTE


 

Il est toujours beaucoup question d'ufologie sur notre liste mais c'est encore la controverse de la réalité des premiers pas de l'Homme sur la Lune qui a alimenté les échanges les plus passionnés. Les photos (du drapeau, du LEM, de la poussière, des reflets, etc.), les films et autres documents ont tous été disséqués et commentés en long en large et en travers, bien que les éléments « étranges » ayant inspiré la théorie du « Moonfake » aient été depuis longtemps expliqués.

Dans un tout autre domaine, la dépêche du 5 septembre concernant la télépathie téléphonique a généré d'intéressantes conversations entre les membres de notre liste. Au début du mois, Rupert Sheldrake déclarait avoir mené des expériences mettant en évidence la capacité de certains sujets à pressentir l'identité de leur correspondant téléphonique. Il aurait apporté la preuve de la réalité de ce phénomène, qu'il qualifie de « télépathie téléphonique », en réalisant des tests avec 63 personnes. Selon lui, les résultats sont très significatifs et « les chances pour que ce soit un effet du hasard sont de une sur 1000 milliards. » Le protocole expérimental présente cependant de nombreuses faiblesses permettant de mettre en doute ses conclusions... En 2004, Sheldrake avait déjà publié des résultats partiels dans le Journal of the Society for Psychical Research (vol. 68, p. 168-172). L'article intitulé A filmed experiment on telephone telepathy with the Nolan Sisters, disponible en pdf ici, a été relu par Florent Tournus, membre de l'OZ, qui nous a livré les conclusions de son analyse. La critique complète est accessible sur le site de l'OZ, !

« En conclusion [...], l'expérience qui est rapportée ici ne saurait en aucun cas être considérée comme un argument en faveur d'une hypothèse de communication télépathique. [...] il est permis de rejeter cet article comme élément en faveur de la communication télépathique. Il est permis également d'émettre des doutes sur la qualité du travail de Sheldrake, dont les publications jouissent d'une écoute attentive dans le monde de la parapsychologie. Enfin, il est permis de s'interroger sur la rigueur de la revue qui a publié cet article sans relever des erreurs manifestes. »

 

Vous pouvez vous inscrire à la liste de l'OZ à partir de ce lien : fr.groups.yahoo.com/group/zeteticiens/

 

 


ÉNIGME


 

Beaucoup d'entre vous nous ont envoyé d'intéressantes hypothèses pour expliquer le miracle du cure-dent que nous vous proposions dans notre précédente newsletter (Photo n°1 et Photo n°2). Pour certains, le cure-dent se serait planté dans une anfractuosité du carrelage, pour d'autres il serait tombé sur le fil d'une toile d'araignée.

C'est cette deuxième explication qui nous semble la plus vraisemblable étant donnée la proximité du mur. Mais nous n'avons pas de certitude car M. A., auteur des photos, n'a pas vérifié cette hypothèse au moment où il a ramassé le cure-dent.

 

Ce mois-ci, nous vous proposons de résoudre le problème de la mouche dans le bocal. Un bocal fermé contenant une mouche est placé sur le plateau d'une balance très sensible. La mouche est posée sur la paroi du bocal. La balance est équilibrée par des poids correspondant à la masse totale du bocal.

Que va-t-il se passer lorsque la mouche va quitter sa position et se mettre à voler dans le bocal ?

Nous précisons qu'il s'agit d'une expérience fictive et que malgré la fermeture hermétique du bocal, la mouche ne meurt pas d'asphyxie. Aucun mal n'est donc fait à la mouche.

 

N'hésitez pas à nous envoyer toutes vos propositions à cette adresse. L'explication sera donnée dans la prochaine newsletter.

Si vous avez d'autres mystères à élucider, envoyez vos documents à l'Observatoire zététique.

 

 



Cette Newsletter a été préparée par Géraldine Fabre et Stanislas Antczak.

 

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Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:19