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POZ n°15 Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Vivant   
Vendredi, 30 Juin 2006 14:13

 


SOMMAIRE


 


ÉDITORIAL


 

Comme chaque année, les médias ont sauté sur le bac de philo comme la vérole sur le bas-clergé. Pourquoi une telle popularité du bac de philo ? Est-ce dû au fait que cette épreuve est la première épreuve écrite d'une longue série ? Est-ce dû au fait que les intitulés des sujets sont simples à transmettre et exprimés en langage courant ? Probablement tout ça. En tous cas ça laisse l'impression un peu désagréable au zététicien-éditorialiste de cette célèbre Newsletter, qui se trouve enseigner les sciences physiques dans le civil, qu'une fois encore les médias cherchent la facilité. Il est certes plus flatteur pour le public de le laisser croire qu'il pourrait lui-même s'attaquer aux épreuves de philosophie, juste parce que les énoncés lui sont intelligibles, que de lui infliger la lecture d'un sujet de mathématiques de Terminale S, pourtant très instructif, avec un exercice de statistiques ; c'est super important, les statistiques, pour l'étude du paranormal ; mais je m'égare, et pas seulement d'Austerlitz. Après tout, la philosophie est l'une des rares matières où l'on peut poser les mêmes questions au niveau lycée qu'à l'agrégation... Reste que les attentes ne sont pas les mêmes, mais ça, c'est une autre paire de manches.

En tous cas ces sujets fournissent matière à éditorial. L'éditorialiste se précipite lui aussi sur les sujets et constate qu'un zététicien se pose les mêmes questions qu'un élève de Terminale. « Cela a-t-il un sens de vouloir échapper au temps ? », se demande un littéraire. Naïvement, le zététicien-éditorialiste répond « Ben non, pardi. », se dit que ça fait peu pour une dissertation de bac, puis se souvient des soirées de sa jeunesse étudiante passées à l'interprétation en relativité restreinte ou générale des allées et venues dans le temps des personnages de « L'Armée des douze singes », le film de Terry Gilliam. S'il ne voit toujours pas que répondre d'intelligent à la question, il se rend compte au moins qu'échapper au temps est une question cruciale pour qui fait de la science-fiction.

« Faut-il préférer le bonheur à la vérité ? » est une question que se pose souvent le zététicien, à l'instar des candidats de la fillière économique et sociale. Lorsque dire la vérité, argumenter sur la base scientifique, se révèlent aller dangereusement à l'encontre des croyances de l'interlocuteur au point de créer une dissonance cognitive dommageable à sa santé mentale, le zététicien prend souvent le parti de ménager l'interlocuteur et, en ce sens, préfère le bonheur à la vérité. Même s'il lui en coûte... parce qu'il est intimement convaincu qu'à la question « une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ? » (autre sujet de la même série), il répondrait oui pour la culture scientifique, puisque la science est construite pour être universelle, justement.

Ce faisant, il répondrait probablement oui aussi à la question posée en section scientifique, « Peut-on juger objectivement la valeur d'une culture ? », mais serait aussitôt pris d'un malaise : que signifient exactement les mots « valeur » et « culture »...? Le zététicien-éditorialiste serait indubitablement plus inspiré par l'autre sujet de section scientifique (ultra bateau, paraît-il, merdalors) : « L'expérience peut-elle démontrer quelque chose ? ». La réponse est incontestablement oui : l'expérience démontre au moins son propre résultat, si elle est bien menée. De là à démontrer la théorie pour laquelle elle a été construite, il y a un pas important à franchir... En tous cas l'absence d'expérience est souvent tragiquement rédhibitoire pour la démonstration. Et la question « Quelle expérience pourrais-je faire pour démontrer mon assertion » est la plupart du temps capitale, en particulier dans le domaine du paranormal. Tant de personnes, qui n'envisagent pas de se la poser, se rendraient compte que leur théorie ne tient pas debout s'ils se la posaient honnêtement et à fond.

Sur ce vibrant plaidoyer pour la culture et la démarche scientifiques, le zététicien-éditorialiste quitte son rôle nostalgique de l'époque où il subissait les épreuves au lieu de les infliger, et vous laisse à la lecture estivale de cette Newsletter chamarrée (et pas seulement d'équinoxe).

 

Stanislas Antczak


LEÇON DE CHOZ
Prendre un scénario pour une théorie : distorsion sur les pyramides bosniennes


 

Un complexe s'est crée vis-à-vis de l'information chez ceux que l'on appelle les profanes de la science. Admettre d'être ignare sur un sujet scientifique passe encore ; mais dépendre de l'expert, et de ses éventuels dévoiements, pour se faire une opinion est vécu comme une allégeance. Alors le citoyen honnête choisit de se tourner vers le média et l'éternelle figure du vulgarisateur, « troisième homme » plein de bonhomie servant d'interprète du savoir savant. Quasi-impossible d'ailleurs d'émettre une critique sur ces icônes, dévouées, faisant oeuvre de salut public. Impossible de dire du mal d'un bienfaiteur comme Hubert Reeves, par exemple. Or, si l'exégèse de certaines notions est nécessaire, elle peut se révéler fort subjective et il arrive que les vulgarisateurs nourrissent des intérêts très éloignés des idéaux de connaissance.

Le cas des pyramides bosniennes est à ce titre un cas d'école et il n'est pas besoin d'une formation particulière en archéologie pour s'en rendre compte.

Un archéologue amateur, Semir Osmanagic, look Indiana Jones, annonce durant l'été 2005 qu'il soupçonne des pyramides enfouies sous les collines Visocica au nord de Sarajevo. D'une manière assez peu claire, il les date de 12000 ans. Puis il décèle une similitude frappante avec des pyramides du Mexique, ce qui vaudra aux collines de Visoko les surnoms de pyramides du Soleil, de la Lune et du Dragon. Ensuite, Osmanagic les annonce reliées entre elles par des tunnels secrets qui leur serviraient également d'entrée. Pas de preuve, hélas, mais un scénario trépidant : ce seraient les premières pyramides d'Europe, bien plus vieilles que leurs cousines égyptiennes, et qui témoigneraient d'une civilisation avancée dès la fin du paléolithique. Mieux encore, selon deux géologues dépêchés sur place, ces montagnes ne pourraient avoir été créées de la main de l'Humain. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour une « complotite » atlante ou mieux, extraterrestre, dans la plus pure lignée des livres délirants de Van Däniken, Vallée ou Charroux. Et sur ce point Osmanagic n'est pas un débutant : dans son livre The World of Maya[1] il avance que « les Mayas devraient être considérés comme les horlogers du cosmos dont la mission est d'ajuster la fréquence terrestre et de l'accorder avec les vibrations de notre soleil... Leurs ancêtres, les civilisations de l'Atlantide et de Lemuria, ont érigé les premiers temples sur les points d'énergie de la planète. Leur fonction plus importante était de servir de passage à d'autres mondes et dimensions ». Nous étions prévenus.

Or, à regarder de plus près, Osmanagic n'est pas archéologue. Ni géologue, ni spécialiste des pyramides. Il est entrepreneur, basé à Houston. Son truc : l'archéo-fiction. Sa méthode : tirer sur le fil du mystère. Tout d'abord, présumer les pyramides, à partir d'une présomption de refroidissement des collines plus rapide qu'aux alentours qu'il corrèle de façon très bucolique au caractère creux de ces massifs. L'annoncer partout, sans aucun bémol. Dire que ce sont les seules en Europe (ce qui est faux: voir la pyramide de Couhard à Autun, celle de Caïus Cestius à Rome, celle de Falicon...). Faire une analogie avec d'autres pyramides. Ensuite un bon titre, « la pyramide du Soleil ». Ajoutons à cela une rhétorique se cantonnant à parler de la pyramide au présent, véritable pensée magique consistant à croire que répéter plusieurs fois une chose douteuse la rend vraie. Reste à mettre dans sa poche le directeur du Musée, M. Hodovic, qui ne rêvait que de voir sa montagne visitée, utiliser la venue de géologues à bon escient et hop ! voilà le marécage journalistique créant un incroyable miasme médiatique, aussi nauséabond que gazeux.

Car pour l'instant, aucune preuve n'est disponible : les tunnels sont seulement présumés, les blocs seraient naturels et les pyramides peu probables. Les premiers rapports présentent les fouilles d'Indiana Semir comme des scandales archéologiques, et une pétition contre ses agissements a même été lancée[2]. Mais que la pyramide existe ou non, au fond, qu'importe. L'inquiétant est que sur un pseudo-fait (l'existence supposée mais non prouvée d'un monument), les journaux sont capables de traire le scoop, quitte à rejeter d'un revers de main les appels à prudence des spécialistes, mais tout en plaçant le nombre nécessaire de conditionnels pour se couvrir en cas de bourrasque. Le beurre et l'argent du beurre, pour un prix semble-t-il raisonnable aux médias, mais coûteux pour le lecteur lambda : une information non fiable, une approche non critique, une tribune pour un délire et une sape des systèmes de validation des théories. Ce n'est pas tout. Le scoop s'en est allé flatter les portefeuilles - argent public et dons affluent, un marché de la pyramide s'est déjà créée, depuis l'Hôtel Pyramida Sunca jusqu'aux pralines du même nom - mais aussi, malheureusement, la croupe brune du nationalisme. On voit désormais fleurir les T-shirts « Proud to be bosnian » et certains Bosniaques émettre des arguments de droit du sol, de peuple ancestral et de patriotisme nostalgique, quand ils ne tombent pas dans la théorie atlante chère à Osmanagic. De pyramides bosniennes (de Bosnie), on en vient à parler de pyramides bosniaques (du peuple bosniaque). Après les lames de rasoir, il s'avère que les pyramides aiguisent très bien le chauvinisme.

Dans le livre La fabrication de l'information, Aubenas et Benasayag expliquaient comment, pour parler d'un « petit pays inintéressant » comme le Costa Rica, il faut que le journaliste transforme le pays « en quelque chose qui puisse s'emboîter dans un des modèles du monde de la presse. Il peut ainsi être transformé en "fait" : une récolte record a eu lieu au Costa Rica. Ou alors en menace : « es cartels de la drogue arrivent au Costa Rica ». Un débat reste également un bon moyen : « faut-il supprimer le Costa Rica ? »(...) la seule façon d'aborder l'Algérie resterait les massacres, comme penser le Honduras aujourd'hui ce serait penser le cyclone. »[3]

La vulgarisation scientifique ne déroge pas au phénomène. C'est finalement peu surprenant : nous oublions vite que la vulgarisation est une entreprise majoritairement commerciale, formatée pour des journaux privés dont l'objectif est la transformation de la connaissance en un produit vendable et compétitif. Le petit bout de connaissance considéré est trituré, aussi bien par la subjectivité de la personne chargée de le mettre en forme que par la demande présumée du lecteur-acheteur potentiel. Éternel cercle vicieux, où à force de vendre un certain type de production, les gens en viennent à le réclamer. Ah, Monsieur veut-il un peu de fantasmagorique ? je dois avoir ça en stock. Le scénario se transforme en théorie, et en guise de lanterne, les médias éclairent le public non spécialiste avec une bien triste vessie. Le Sciences Avenir, une fois acheté, traînera sur le petit meuble en rotin dans le salon, comme le signe un peu ridicule d'un accessit culturel bien médiocre.

Alors méfiance : aussi soyeuses qu'elles soient, les barbes des Reeves, Coppens et autres vulgarisateurs peuvent cacher des chardons, et le chapeau de cow boy d'Osmanagic est bien vermoulu.

 

Richard Monvoisin et Marie Hoffmann

 

Notes :

[1] Osmanagich Sam, « The World of Maya », Gorgias Press, 2005
[2] http://peticija.white.prohosting.com/
[3] Florence Aubenas, Miguel Benasayag, « La fabrication de l'information : les journalistes et l'idéologie de la communication », La Découverte, 1999, p. 40-52.



ÉCHOS DE LA LISTE
Les zététiciens, des zozos ou des gogos ?


 

Au mois d'avril, deux articles critiquant la zététique ont été postés sur la liste publique de l'Observatoire zététique. Le premier, écrit par Sylvain Poirier, a pour titre : La zététique, une honte pour la science. Le second intitulé plus moqueusement Zététique ou zozotique ? est l'oeuvre de M. G. Cébron.

Notre plus vif membre, Richard Monvoisin, qui dégaine son mail plus vite que son ombre, a immédiatement pris contact avec les auteurs par l'intermédiaire de leurs sites web, pour leur faire part de sa réaction et essayer d'ouvrir le dialogue. La liste publique étant en copie, les échanges de Richard avec M. Cébron sont disponibles dans nos archives.

Agressifs et méprisants, ces deux articles sont assez révélateurs de l'image négative encore trop souvent associée aux zététiciens. À la lecture des critiques de M. Cébron et M. Poirier, on constate en effet que les zététiciens sont toujours perçus comme les plus bornés des scientifiques, feignant de s'intéresser au paranormal afin de nier son existence, malgré l'évidence puisque les sourciers trouvent de l'eau, les voyants (les bons) prédisent l'avenir et que Raël dit avoir eu des contacts avec des extraterrestres (les Élohims).

« Les zozotistes passent leur temps à essayer de prouver que la sourcellerie n'existe pas ! Et si leur domaine d'investigation se limitait à la radiesthésie, ça pourrait encore aller, mais tout y passe : l'acupuncture, l'homéopathie, la psychothérapie, l'ostéopathie,? Il vaut mieux ne pas être malade ! ». (G. Cébron)

Mais que reproche exactement M. Cébron aux zététiciens ? Avant tout de « piéger » des radiesthésistes en leur faisant passer des tests en laboratoire, dans le but de démontrer que la radiesthésie n'existe pas, leur objectif étant à n'en pas douter de détruire toutes les croyances.

Cette critique révèle une méconnaissance de la zététique, ses principes et ses outils. Aucun zététicien n'a piégé de radiesthésiste, magnétiseur ou médium car l'objectif de la zététique n'est évidemment pas de démontrer que leurs « dons » n'existent pas. Aucune expérience ne peut démontrer l'inexistence d'un phénomène (évidence logique rappelée dans un principe zététique).

Les expériences réalisées par les radiesthésistes avec des zététiciens ont pour but de tester l'hypothèse de l'existence d'un « signal sourcier » dans la détection d'eau avec un pendule. De telles expériences, visant à mettre en évidence le phénomène « paranormal » ne peuvent être réalisées qu'avec la collaboration des radiesthésistes, médiums, magnétiseurs, etc. qui sont nécessairement associés à l'élaboration des protocoles de tests, définis en fonction de leurs propres observations : « je détecte de l'eau stagnante ou en mouvement, avec mon pendule », « je sens la douleur d'une personne par imposition des mains », « je vois ce qui va arriver aux personnes que je croise »...

Cependant, il est vrai que dans l'expérience de Munich par exemple, les radiesthésistes ont opéré dans un entrepôt spécialement aménagé, où ils devaient détecter une masse d'eau circulant dans un tuyau en plastique. Ils évoluaient donc dans des conditions inhabituelles, hors du cadre naturel.

L'expérience a été un échec dans le sens où les sourciers n'ont pas mieux détecté l'eau avec leur pendule que s'ils avaient indiqué des positions au hasard ? Mais que peut en conclure un zététicien ? Certainement pas que le signal sourcier n'existe pas (puisque, je radote, il est impossible de démontrer l'inexistence d'un phénomène). Il en conclut donc simplement que lorsque l'eau circule dans un milieu artificiel et que les sourciers sont isolés de toute information environnementale (géologie, végétation, géographie, météo, etc.), ils (ceux qui ont participé à l'expérience) ne sont pas capables d'avoir une performance supérieure au hasard dans la détection d'eau. Pour le zététicien, après cette expérience, l'existence du signal sourcier n'était donc toujours pas démontrée scientifiquement.

Observer qu'un radiesthésiste trouve de l'eau ne suffit malheureusement pas pour affirmer l'existence du signal « sourcier » (comme constater la réalisation d'un voeu ne suffit pas à prouver la protection d'un ange-gardien ou observer que Néo, mon chien, se poste à la fenêtre le midi peu avant le retour de mon père, ne permet pas de dire qu'il a senti à distance le moment où celui-ci quittait son travail, n'est-ce pas maman ?).

Comment déduire un lien de cause à effet, la présence d'eau induisant un mouvement du pendule, alors que dans ce phénomène (et les autres), de nombreux facteurs peuvent intervenir (l'environnement, les micromouvements de la main?) ? Pour expliquer la réussite des sourciers, l'hypothèse : « le sourcier trouve de l'eau à partir d'indices environnementaux » est tout aussi valable - et plus vraisemblable - que celle « le sourcier détecte l'eau grâce aux mouvements de son pendule ». Et pour savoir comment véritablement le sourcier trouve de l'eau, il faut donc tester ces hypothèses en réalisant une expérience permettant de séparer les variables du problème, ce qui a été tenté dans l'expérience de Munich.

Luttant contre les croyances, notre démarche est selon M. Cébron un frein à la connaissance. Il me semble que c'est exactement le contraire. Dans les domaines du paranormal, les opinions sont généralement tranchées : on « croit » ou on « ne croit pas » à l'existence des fantômes, aux vertus thérapeutiques des lampes de sel, à l'influence de la Lune sur les naissances, par conviction personnelle mais la plupart du temps sans justification rationnelle. En cela, la « croyance » élimine le doute, dispense l'individu d'une réflexion plus poussée et peut donc devenir un obstacle à la connaissance. Aiguisant notre esprit critique, la démarche zététique, basée sur la vérification des informations et l'expérimentation scientifique, nous pousse au contraire à rechercher pour « savoir » plutôt que « croire ». Un zététicien est prêt à accepter l'existence du signal sourcier, des méridiens d'acupuncture ou du monstre du Loch Ness mais sur la base de preuves plus solides que des témoignages ou des observations diversement interprétables. Et c'est précisément sur ce point que Sylvain Poirier n'est pas d'accord.

« [...] nombreux sont ceux qui sont soit directement témoins de la réalité du paranormal, soit qui connaissent des gens dignes de confiance qui le sont. [...] Ils [les zététiciens, NDLA] s'attaquent à ce dont beaucoup de gens sont témoins, à quoi leurs déniements [dénigrements ? NDLA] ne changeront rien. » (S. Poirier). M. Poirier considère que le témoignage d'une personne de confiance est suffisant pour ne plus douter de l'existence d'un phénomène extraordinaire. Pourtant, l'erreur et le mensonge existent dans notre monde plus sûrement que les fantômes ou la mémoire de l'eau. Comme le préconise le philosophe David Hume dans Enquête sur l'entendement humain, il est donc plus vraisemblable, en entendant un ami nous raconter comment il a vu devant ses yeux Uri Geller tordre une petite cuillère sans la toucher, de penser qu'il se trompe, qu'il a été trompé ou qu'il cherche à nous tromper avant de croire à la psychokinèse.

De plus, pareidolies, illusions auditives, souvenirs reconstruits, fausses coïncidences... nous prouvent au quotidien que l'interprétation de nos perceptions sensorielles n'est pas toujours juste, que notre mémoire n'est pas si fiable et que nos sens peuvent donc nous induire en erreur. C'est pour toutes ces raisons qu'un zététicien considère qu'un témoignage n'est pas une preuve.

Pour Sylvain Poirier, les zététiciens se trompent de toute façon de cible en s'« attaquant » à l'astrologie ou la radiesthésie, plutôt qu'à la plus dangereuse des pseudoscience à ses yeux : la psychiatrie. Pour étayer sa critique, M Poirier témoigne de son passage dans un établissement psychiatrique où il a été visiblement maltraité. Dénonçant « les diagnostics de schizophrénie à tort et à travers, l'absence de transparence, les mensonges sur l'interprétation des effets secondaires, l'intelligence originale et l'indépendance d'esprit considérés comme pathologique, l'incapacité de s'excuser, le mépris du patient, l'abus de pouvoir », son témoignage met en évidence la barbarie des traitements psychiatriques qu'il a subis et l'inhumanité des psychiatres auxquels il a été confronté mais n'apporte aucun argument pour soutenir la pseudoscientificité de cette médecine.

Pour en finir avec cet article plus qu'avec cette controverse, je veux croire que ces attaques virulentes contre la zététique ne sont dues qu'à une méconnaissance de cette discipline et des préjugés sur ses utilisateurs (qui ne sont d'ailleurs pas tous des scientifiques). Chaque zététicien de l'Observatoire zététique aimerait être témoin d'un phénomène extraordinaire : certains cherchent des traces probantes de passages d'extraterrestres sur Terre, d'autres décortiquent les thèmes astraux, les uns étudient le décodage musical des protéines, les autres cherchent des lieux hantés, d'autres encore aimeraient tester l'antenne de Lecher, vérifier la validité du test musculaire utilisé en kinésiologie ou mettre en évidence la clairvoyance de Maud Kristen... Malheureusement, lorsque l'on parle de protocole expérimental à un radiesthésiste, à un kinésiologue, un médium, la plupart du temps, la réponse est celle que M. Cébron fit à Richard : « Je n'ai pas de temps à vous accorder [...] et je n'ai pas non plus la vocation de servir d'animal de laboratoire. » Ce à quoi Éric, membre de notre association, nous incite très justement à répondre : « Si ce que vous dites est vrai, et bien aidez [nous] à le prouver ». On n'y arrivera pas autrement.

 

Géraldine Fabre



LES NOUVELLES DE L’OBSERVATOIRE ZÉTÉTIQUE


 

Zététique, vous avez dit zététique ?

Le lundi 15 Mai, dans le cadre des Journées de la culture scientifique et technique, la mairie de Fontaine a organisé une conférence-débat sur le thème de la zététique. Animée par Carine Orcel, Richard Monvoisin, Nicolas Vivant et Fabrice Neyret, la rencontre a débuté avec un tour d'hypnose de spectacle classique consistant à placer une personne à l'horizontale entre deux tréteaux. Cet exercice avait pour but de confirmer qu'il n'est nul besoin de plonger le volontaire en catalepsie comme le laissent généralement penser les démonstrations télévisuelles. Un bon placement des tréteaux (sous les mollets et les omoplates) et une bonne cambrure optimisent l'effet de voûte du corps et permettent de supporter des lourdes charges, même sur des abdominaux peu développés.

Ensuite, les quatre conférenciers de l'Observatoire zététique ont présenté les principes de la méthodologie scientifique (randomisation, double aveugle, statistiques, comparaison des résultats avec le hasard) et ont répondu aux questions du public concernant principalement la radiesthésie, les médecines alternatives, le placebo et l'hypnose.


Citations :

  • « Les champs sur lesquels s'exerce la zététique sont des champs tellement affectivement marqués, que l'on est obligé d'utiliser des outils de méthodologie scientifique un peu différents et notamment de prendre en compte le fait que les gens adhèrent et tiennent à ces croyances pour des raisons qui ne sont pas du domaine de la science mais de l'ordre du sentiment, de l'envie croire, de la foi. » (Richard Monvoisin) ;
  • « Avant de commencer à expliquer un phénomène, il faut être bien sûr qu'on a observé quelque chose. » (Fabrice Neyret) ;
  • « La seule chose qu'on essaie de promouvoir, c'est un certain nombre d'outils qui vont permettre aux gens de distinguer le vrai du faux dans les phénomènes auxquels ils sont confrontés. » (Nicolas Vivant) ;
  • « La démarche scientifique est une démarche populaire, pas du tout élitiste et qu'on utilise de façon intuitive tous les jours. » (Nicolas Vivant) ;
  • « On a le droit de lire l'horoscope pour s'amuser mais quand un cabinet de recrutement utilise votre thème astral, pour vérifier si vous êtes la bonne personne pour un poste, il est important de savoir si ils ont raison d'utiliser ce genre de méthodes. » (Fabrice Neyret) ;
    Au sujet de la voyance :
  • « En psychologie, on sait qu'on a tendance à reconnaître comme vrai tout ce qu'on nous dit qui nous fait plaisir, qui flatte notre ego, qui correspond à un désir. » (Carine Orcel);
  • « Ce n'est pas tellement l'efficacité du voyant ou de l'astrologue qui est significative, c'est la façon dont la personne qui vient consulter interprète ce qu'il voit et ce qu'il entend de la part du voyant sur le moment et après coup. » (Carine Orcel).

 

Les limites de la science

Le 31 Mai 2005, l'Observatoire zététique avait invité Pierre Deleporte, éthologiste spécialiste du comportement social des blattes, à venir parler des limites de la science. Coauteur d'« Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences » et « Les matérialismes et leurs détracteurs » (éditions Syllepse), Pierre Deleporte n'est pas philosophe mais s'est beaucoup interrogé au cours de sa carrière de chercheur sur la méthodologie scientifique, les spécificités de la science et ses sujets d'études. Dès le début de son exposé, il définit la science comme une démarche qui se veut rationaliste, matérialiste et antidogmatique et dont le but est d'expliquer le monde. Il rappelle également qu'à la base de la démarche scientifique se trouve un choix philosophique : le matérialisme. La science ne s'intéresse donc qu'à la matière. Mais qu'est ce que la matière ? Suivant les découvertes de ses multiples états, le point de vue des scientifiques n'a cessé d'évoluer : la matière fut définie par son poids puis par son énergie et ses « changements spontanés ». Avec des définitions aussi imprécises, on en vient naturellement, comme de nombreux philosophes dualistes, à opposer matière et esprit (immatériel) et donc à placer les limites de la science aux bords de nos pensées. Pourtant, pour les scientifiques aujourd'hui, nos pensées ne sont plus perçues comme une production cérébrale immatérielle mais bien comme une activité de nos cerveaux : nos cerveaux pensent, comme nos muscles se contractent. Avec cette hypothèse parfaitement matérialiste, l'esprit devient pour les neurosciences un objet d'études scientifiques. La frontière de la science, l'immatériel, est donc encore repoussée, mais cette fois probablement trop loin pour certains mouvements religieux déjà contraints d'admettre les théories cosmologiques et darwiniennes en contradiction avec les textes sacrés. Était-ce pour empêcher les scientifiques de s'engager dans ces voies de recherche que Jean-Paul II déclarait aux membres de l'Académie Pontificale des sciences le 22 octobre 1996 : « Les théories de l'évolution qui en fonction des philosophies qui les inspirent considèrent l'esprit comme émergent des forces de la matière vivante ou comme simple épiphénomène de cette matière sont incompatibles avec la vérité de l'Homme. »

Après ce passionnant exposé qui a captivé son auditoire, Pierre Deleporte a répondu aux questions du public abordant la scientificité de la théorie des cordes, les propriétés émergentes et le holisme, la logique, les mathématiques et les phénomènes paranormaux.


Morceaux choisis :

  • « Si vous ne comprenez pas ce que je dis c'est de ma faute, mais si vous ne le dites pas, c'est de votre faute. Pour une imposture intellectuelle, il faut être deux : il faut que moi, consciemment ou par maladresse, j'emploie un jargon incompréhensible et que vous, vous acceptiez de faire comme si vous aviez compris. »
  • « La science n'est pas une démocratie, on peut avoir raison tout seul. »
  • « La démarche scientifique, c'est un choix philosophique : le matérialisme. »
  • « Le théorème de Pythagore n'a pas d'existence matérielle, ce qui existe c'est la pensée du théorème de Pythagore dans l'esprit des mathématiciens. »
  • « Quelles que soient les difficultés d'appréhension scientifique et philosophique de ce qu'est la matière, par définition la science est rationaliste et matérialiste. »
  • « Les approches immatérialistes sont non scientifiques et forcément dogmatiques car l'immatériel est par définition invérifiable, en dehors de la réalité du Dogme. »




ACTUALITÉS




Attention : cette rubrique contient divers liens vers des articles et dossiers présentés par d'autres sites web. Ils sont actifs au moment où nous publions, mais ne le resterons probablement pas longtemps.

 

Rapport 2005 de Miviludes

Le 26 avril 2006, la Miviludes a rendu public son rapport 2005. Cette année, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires insiste sur la nécessité d'une protection accrue des enfants, cibles toujours privilégiées, et note une orientation significative des activités des groupements sectaires vers la santé et l'action humanitaire. Profitant de l'engouement actuel pour les médecines « douces », les sectes investissent de plus en plus le marché du bien-être. On les retrouve donc derrière de nombreuses méthodes de psychothérapies et traitements alternatifs, ne bénéficiant d'aucune validation scientifique, généralement dispensés par des « médecins » autoproclamés. Le risque de ces pratiques qui, selon la Miviludes, « érige[nt] en dogme une philosophie qui nie en bloc tous les progrès de la science et de la médecine [...] depuis deux siècles » est de conduire à un « refus pur et simple des soins médicaux traditionnels ».

Des fleurs de Bach à la psychogénéalogie et la kinésiologie en passant par la communication facilitée, le reiki et la médecine du docteur Hamer, de nombreuses méthodes sont citées et analysées dans ce rapport, qui est de plus étayé de quelques témoignages de victimes et de rappels de condamnations pour homicides involontaires et exercice illégal de la médecine prononcées à l'encontre de ces « gourous » modernes.

 

Pluie extraterrestre

Au cours de l'été 2001, d'étranges pluies rouge sang s'abattaient sur la région de Kerala, en Inde. Physicien à l'université de Kottayam, Godfrey Louis vient de publier dans le New Scientist le résultat des analyses de différents prélèvements réalisés alors. Louis révèle que ces échantillons contiennent des particules ressemblant à des cellules biologiques. Pour le physicien, il ne peut s'agir de pollens ou de spores. Son étude l'amène même à rejeter toute possibilité d'une origine terrestre. Pour lui, ces cellules biologiques, dépourvues d'ADN, auraient été pulvérisées sur la région de Kerala suite à la vaporisation dans l'atmosphère d'une météorite abritant des organismes extraterrestres. Sa découverte accréditerait donc la théorie d'un ensemencement de notre planète par des microbes extraterrestres apportés par une météorite il y a 3,8 milliards d'années. Cette théorie d'une panspermie avait été proposée pour expliquer l'apparition de la vie sur Terre par le cosmologiste britannique Fred Hoyle.

Mais en contre-expertisant les échantillons, deux laboratoires britanniques y ont décelé des traces d'ADN, affaiblissant l'hypothèse extraterrestre. Reste à savoir comment ces cellules ont pu se retrouver mêlées aux pluies tombées sur la région de Kerala. Pour certains, une météorite aurait pu pulvériser en vol des animaux non-identifiées, dont les restes microscopiques, portés par les vents, seraient retombés en divers endroits, mêlés aux pluies.

 

Les OVNI boudent l'Angleterre

Le ministère britannique de la Défense vient de rendre public le rapport Condign tenu secret pendant six ans concluant qu'aucun OVNI observé au-dessus du ciel anglais depuis trente ans n'est d'origine extraterrestre. Les observations de lueurs étranges, d'objets aux trajectoires bizarres s'expliqueraient finalement par des phénomènes naturels, notamment la foudre en boule, des animaux ou des appareils volants humains. En conclusion, le rapport suggère de ne plus obliger les services de renseignement militaire à examiner tous les signalements. Certains ufologues s'insurgent contre ce rapport dont ils dénoncent la validité scientifique et le parti pris sceptique.

 

Le tsunami du 25 mai

Vous n'en avez pas entendu parler ? C'est normal, il n'a pas eu lieu... Mais en annonçant sur divers sites internet que le 25 mai 2006, un morceau de la comète 73P/Schwassmann-Wachmann 3 entrerait en collision avec la Terre dans l'Océan Atlantique et provoquerait un tsunami devant toucher le Maroc, Éric Julien a déclenché une véritable panique qui a nécessité la publication de nombreux démentis, de la NASA à la direction de la météorologie nationale marocaine, sans réussir à véritablement calmer les esprits et dissiper la rumeur.

Éric Julien, Jean Ederman de son vrai nom, avait déjà prétendu il y a quelques années avoir eu des contacts avec des extraterrestres. Il avait même organisé sa disparition, laissant croire à sa compagne qu'il était devenu pilote de soucoupe volante, avant d'être retrouvé sur l'île de la Réunion.

 

Astrologie : l'influence, désastre

Trois psychologues de l'Université du Danemark, Helmuth Nyborg, Peter Hartmann et Martin Reuter, viennent de publier dans la revue scientifique Personality and Individual Differences les résultats d'une étude des influences astrologiques sur la personnalité (The relationship between date of birth and individual differences in personality and general intelligence: A large-scale study). En prenant en compte 15 000 personnes, ils n'ont trouvé aucune corrélation entre le caractère et la date de naissance d'un individu. Face à ces conclusions, les astrologues ne manquent pourtant pas de rappeler l'étude de Michel Gauquelin qui avait lui mis en évidence le fameux effet Mars chez les sportifs de haut niveau. Cette étude a depuis été reproduite par d'autres scientifiques et ses résultats n'ont pourtant pas été confirmés...

 



Le bazar du bizarre


 

Da vinci vox

Des chercheurs japonais prétendent avoir reconstitué les voix de la Joconde et de Léonard de Vinci à partir des caractéristiques physiques de leurs visages et de leurs corps mesurées sur leurs portraits. Le résultat peut être écouté .

 

Le code Smith

En lisant le jugement rendu par le juge Peter Smith dans le procès pour plagiat intenté à l'éditeur du Da Vinci Code, l'avocat Dan Tench a remarqué que certaines lettres étaient en italique. En les alignant, il a vu apparaître : « smithcodeJaeiextostpsacgreamqwfkadpmqz ». Que cache le Smith Code ? Le juge facétieux refuse d'en dire plus... mais l'avocat aurait percé le secret.

 

Le pirate du Pentagone

Briton Gary McKinnon, l'anglais arrêté en mars 2002 pour avoir pénétré le système informatique du Pentagone, affirme qu'il n'y cherchait que des preuves de l'existence des OVNI. « I wanted to find out stuff the government wouldn't tell you about. » (« Je voulais découvrir les choses que le gouvernement nous cache. »). Mais selon lui, il est trop tôt pour faire des révélations...

 

Robbie l'a dit

Comme Ron Hubbard, Robbie Williams envisage de créer un culte dédié aux extraterrestres. « I've been dreaming every night about UFO's. I can't wait to go to sleep at night because those dreams have been so brilliant. I think they are definitely on their way, seriously. Mark my words. From now until 2012 - watch out kids. » (« Je rêve presque à tous les soirs à des OVNI. J'ai hâte de me coucher parce que ces rêves sont si merveilleux. Je crois vraiment que nous serons visités sous peu. Souvenez-vous de cela. D'ici à 2012, il s'en passera, des choses. »).

 

La coupe de Jésus

À Montréal, le Salon de coiffure Hed utilise les personnages bibliques pour faire la promotion de ses coupes de cheveux.

 

L'âge des yeux rouges

Des ingénieurs de Kodak auraient établi une corrélation entre l'âge et la façon dont l'oeil réagit à la lumière. L'examen des yeux rouges sur une photo, dont la technique vient d'être brevetée, pourrait donc, selon eux, permettre de déterminer la classe d'âge d'une personne.

 

Cours de fantomologie

Dans le château hanté de Muncaster dans le nord ouest de l'Angleterre, Jason Braithwaite, psychologue cognitif et neurologue à l'université de Birmingham, propose des cours de sensibilisation aux phénomènes paranormaux. Le but est de comprendre pourquoi tant de personnes croient voir des fantômes dans ce château...

 

Un télescope pour traquer les extraterrestres

Pour compléter les écoutes restées vaines des radiotélescopes du programme SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence), un nouveau télescope capable de détecter des éclairs d'un milliardième de seconde vient d'être installé à Harvard. Il scrutera la voûte céleste à la recherche d'un signal extraterrestre.

 

Un piano au sommet d'une montagne

Un piano sans clavier a été découvert au sommet du Ben Nevis, la plus haute montagne du Royaume-Uni (1334 m) par les bénévoles de l'association écologiste John Muir Trust, venus pour nettoyer le sommet. Comment a-t-il pu arriver là ? Il y a 20 ans, c'est un groupe de déménageurs originaires de Dundee qui l'avait monté, accomplissant cet exploit au profit d'une oeuvre caritative. Le bizarre est probable...

 

Découvertes de nouveaux glyphes à Nazca

Une centaine de nouveaux géoglyphes ont été découverts sur le plateau de Nazca par des chercheurs japonais.

 

L'année du chien propice au mariage

En chine, l'année lunaire du Chien qui a débuté le 29 janvier 2006 et se terminera le 17 février 2007, va comporter treize mois et deux débuts de printemps (4 février) contrairement à l'année précédente, placée sous le signe du Coq qui n'en comportait aucun. C'est donc une année très favorable pour les mariages dont le nombre pourrait augmenter de 50%...

 

Jeanne d'Arc en Irak

Pat Benincasa, une artiste américaine, va expédier des centaines de médailles à l'effigie de Jeanne d'Arc aux soldats américains actuellement postés en Irak. « Nos soldats tombent sous les bombes, et ils n'ont pas d'armure. Je me suis demandée ce que je pouvais leur envoyer pour les protéger, et Jeanne s'est imposée. ».

 

Le Père-Lachaise hanté

La preuve ? Cette photographie prise par un fan sur la tombe de Jim Morrisson. Pour le photographe amateur, il s'agit d'une manifestation de l'esprit du chanteur disparu... découverte après développement.




LU !


 

Darwin et la philosophie de Patrick Tort

Patrick Tort est directeur de l'Institut Charles Darwin et auteur d'un grand nombre d'ouvrages qui depuis 1983 ont permis au grand public de redécouvrir les travaux du scientifique.

Le darwinisme est-il une philosophie de l'existence ? Derrière la question centrale de cet ouvrage se dissimule une problématique plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Le darwinisme peut en effet être perçu comme (1) la théorie scientifique de l'évolution des espèces mue par la sélection naturelle ; (2) par extension, dans son sens philosophico-politique, comme la représentation globale de l'évolution des « groupes » ou sociétés, caractérisée par une lutte pour l'existence, la survie et le triomphe des plus adaptés et (3) dans un sens plus intime, comme la philosophie personnelle de Charles Darwin, éventuellement modifiée par ses propres découvertes scientifiques.

Dans L'origine des espèces (1859) puis La filiation de l'Homme (1871), Darwin rattache l'Homme à l'animal et par conséquent, l'évolution culturelle (sociale, intellectuelle, religieuse et morale) à l'évolution biologique, faisant du récit biblique des origines un mythe superflu. L'extrapolation des principes et mécanismes régissant cette évolution, en particulier la sélection naturelle, a donné naissance à différentes doctrines philosophiques justifiant l'élimination sociale des moins aptes. Celles-ci sont conceptuellement mais injustement rattachées à la théorie scientifique de Darwin. Dans La Filiation de l'homme, Darwin rejettait explicitement aussi bien le sélectionnisme social et anti-interventionniste de Spencer que l'eugénisme planificateur de Galton et les recommandations coercitives de Malthus.

Finalement, ce livre, constitué de six courts chapitres, étudie les liens entre la théorie de Darwin et la philosophie. Il permet une meilleure compréhension des conséquences de la théorie de l'évolution vis à vis de la religion (athéisme de Darwin), de la morale (altruisme) et de la société (liens avec le matérialisme de Marx) et donc de l'ampleur de la révolution qu'elle a marquée. L'auteur conclut en rappelant que la théorie de l'évolution n'est pas une simple « métaphore de l'univers social » comme le crut Marx mais bien une théorie scientifique basée sur des observations géologiques et biologiques et que : « La volonté de réduire Darwin à la philosophie recouvre toujours celle de le discréditer comme savant. »

 

Le sourire du flamant rose de Stephen Jay Gould

Stephen Jay Gould enseignait la géologie, la biologie et l'histoire des sciences à l'université de Harvard. Le sourire du flamant rose est le quatrième recueil rassemblant les essais qu'il publiait mensuellement dans le Natural History Magazine. Les 29 essais de cet ouvrage traitent de taxinomie (classification des espèces), d'évolution, d'éthique, mais surtout de méthodologie scientifique.

À travers des anecdotes de l'histoire des sciences, Gould réexamine les diverses théories élaborées historiquement pour expliquer la variété du vivant et reconstituer l'histoire de la Terre. Les grottes ont-elles préservé les vestiges du Déluge ? Le nombril d'Adam est-il une trace prochronique de la Création ? Les dinosaures sont-ils morts d'overdose ? Le flamant rose mange-t-il la tête à l'envers parce que son bec est inversé ou son bec s'est-il inversé parce qu'il mangeait la tête à l'envers ? Les extinctions massives sont-elles aléatoires ? En répondant à ces questions, Gould exprime également un certain regret de voir les journalistes scientifiques et vulgarisateurs reprendre sous des titres accrocheurs et des déclarations fracassantes très discutables, les dernières découvertes de la science. « La science n'est pas une liste de conclusions alléchantes ; les conclusions sont une conséquence de la science et non son essence. » La science se caractérise en effet davantage par sa méthode et pour Gould, il est plus intéressant de comprendre comment ces conclusions ont été établies et pourquoi une théorie est plus raisonnable qu'une autre. « La vraie science contient en puissance les germes qui permettent de réfuter une hypothèse et les implications qui conduisent à de nouvelles connaissances, vérifiables. Une spéculation vaine nous fait tourner en rond et ne nous mène nulle part. » Gould s'emploie donc dans tous ses articles à expliquer la démarche de ces chercheurs, les preuves qu'ils avançaient et les théories qu'ils élaboraient, replaçant ces histoires dans leurs contextes historiques et scientifiques.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Géraldine Fabre, Marie Hoffmann et Richard Monvoisin.

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Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:14