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POZ n°08 Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Vivant   
Jeudi, 23 Décembre 2004 14:13

SOMMAIRE


 

  • Édito
  • Actualités
  • Les ragots de MonVoisin
  • Billet : le coup de gueule de Jean-Louis Racca
  • Dossier : lithothérapie
  • Enquête : le père Noël, un concept pseudo-scientifique ?
  • La trouvaille du mois
  • Petites annonces
  • Rendez-vous

 


ÉDITO


 

Aujourd'hui je me sens d'humeur primesautière. Je vais vous dire pourquoi, mais d'abord connaissez-vous l'effet « momie » ? Non ? C'est assez logique somme toute, je viens juste de l'inventer.

L'effet « momie » revient à constater qu'une momie a souvent plus de valeur que ce qu'elle fut, à l'époque où elle gambadait dans les prés en foulant l'herbe menue de ses petits pieds non encore noircis par les potions balsamiques. Petite illustration : divisons par deux l'argent déployé pour étudier un ibis et un faucon momifiés - S. Buckley et al., Nature, 431, 294, 2004. Puis divisons par 47 038 l'argent développé pour sauver les par 47 038 pingouins Torda et autres guillemots de Troïl (1) agonisant des suites de la marée noire de l'Erika. Si le premier quotient est supérieur au second, cela soulève une question morale intéressante, non ? m'enfin, revenons à nos moutons. Des chercheurs ont publié dans AMNews en mai 1999 un article relatif aux retombées thérapeutiques de l'écrit poétique (2). En étudiant 112 patients atteints d'asthme et d'arthrite rhumatoïde, ils auraient relevé une meilleure réduction des symptômes à 4 mois dans le groupe « poète » que dans le groupe contrôle, différence largement au-delà des espérances. Drôle d'étude.

Je crois que le seul point sur lequel nous pourrions tomber d'accord, avec madame Shelton qui rapporte l'article (3), est le suivant : La sécurité sociale devrait rembourser la poésie. Pouvoir se rendre dans une pharmacie demander du Jean Richepin ou du Cendrars sans débourser un rond... Le rêve. Mais alors quel rapport avec l'effet « momie » ? Eh bien, il n'est pas propre aux momies : outre les oiseaux, il s'exerce aussi sur les poètes. Regardez : combien d'oeuvres de poètes vivants avons-nous dans notre bibliothèque ? Tous morts, à peu de choses prêt. La mort comme le temps semble bonifier. A la question naïve : pourquoi nos poètes (vivants) sont si faméliques ? je propose une hypothèse : serait-ce pour hâter leur trépas, afin qu'on puisse acheter leurs oeuvres ? Bref, je propose donc, au nom de l'Observatoire Zététique la subvention « santé » du poète vivant, et la distribution libre en pharmacie !


Richard Monvoisin

Notes :

(1) chiffres de http://www.labo-analytika.com/html/europe_environnement01.html

(2) http://www.ama-assn.org/amednews/1999/pick_99/feat0517.htm

(3) en particulier sur l'illumineux site http://www.breakoutofthebox.com/poetryashealer.htm

PS : il y a à mon goût d'épouvantables poèmes présentés comme guérisseurs sur http://www.ama-assn.org/amednews/1999/pick_99/fref0517.htm

 


ACTUALITÉS


 

Le père de l'hydrothérapie est mort

Fereydoon Batmanghelidj, auteur de "Your Body's Many Cries for Water" (Votre corps réclame de l'eau), est mort à l'âge de 73 ans d'un manque d'eau. Non, c'est une blague, il est mort de pneumonie. Celui qui avait fait la une des talk-shows et qui vendait ses livres à la pelletée (plus de 30 rééditions) se présentait armé d'un diplôme de la British Medical School dont on n'a jamais retrouvé de trace, et prétendait avoir fait 20 ans de recherche à plein temps. Je n'ai pas lu son livre mais la critique (en anglais) faite par Stephen Barrett. Par contre j'ai trouvé une version française du livre, avis aux amateurs de fiche de lecture.

Version française du livre : http://www.ffjr.com/batman.htm

Barrett S. Some notes on Dr. Batmanghelidj's silly "water cure," Quackwatch, Nov 20, 2004 http://www.quackwatch.org/11Ind/batman.html

 

Vertiges de l'analogie

Quand le Pentagone mise sur l'attaque cambrienne Le 18 novembre, dans les pages de The Guardian, on pouvait lire la prose du chercheur Andrew Parker, dissertant sur une idée renversant : le Pentagone souhaite se servir de l'évolution des espèces pour tenter de prédire. les attentats terroristes. Dans son livre In the Blink of an Eye, Parker traite d'une période appelée l'Explosion du Cambrien qu'il compare à une course à l'armement. Il n'en fallu pas plus pour que des responsables britanniques et américains y voient une métaphore utile et créent un comité formé d'analystes de la défense, d'informaticiens, de tacticiens, de statisticiens et d'Andrew Parker lui-même. Le résultat: un programme informatique, Cambrian Program, qui tente de prédire les menaces terroristes, et qui est actuellement en phase de tests, des deux côtés de l'Atlantique.

Sachant que :

1) l'analogie n'est pas une preuve,

2) la métaphore est source de monstrueux effets « paillassons »,

3) le terrorisme est un mot-tiroir (comme délinquant ou fou) qui ne prend son sens que dans un contexte moral donné par le modèle dominant - nous sommes tous le terroriste de quelqu'un,

4) la plupart des terrorismes ont des causes « non nécessaires » , c'est-à-dire non inéluctables

5) la « menace » terroriste est un levier médiatique très efficace pour glaner les dividendes d'une culture de la peur il y a de quoi rester pantois devant de tels programmes, réalisés il va sans dire avec nos sous. Si le programme est cambrien, le raisonnement l'est, semble-t'il aussi.

Résumé sur http://www.sciencepresse.qc.ca/archives/2004/cap2211041.html
Article sur http://www.guardian.co.uk/life/feature/story/0,13026,1353265,00.html

 

Au pays de Vlad Tepes, on sublimine

Grosse polémique, et pour cause. Adrian Nastase, juste avant les élections reprend une technique qui fit la gloire de l'un de nos chefs d'états : l'image subliminale (cf : http://www.pressreview.ro/articol.php?a=1382&s=2&ss=-1

Quand on arrive à tenter d'infléchir le jugement par ce genre de procédé, c'est qu'on ne doit pas être très sûr ni de son programme, ni de sa légitimité.

 

Loftus primée

Les travaux d'E. Loftus viennent d'être récompensés du University of Louisville's Grawemeyer Award for Psychology. C'était mardi 30 novembre. On lira plus en détail http://charlatans.free.fr/memoire.html mais aussi Elisabeth Loftus, Les Faux Souvenirs, in Pour la Science, N°242 Déc. 1997, et dernièrement Los Angeles Times, December 1, 2004 p7

 

Croque-monsieur vendu 15000 dollars

Une mise aux enchères sur eBay d'un croque-monsieur "miracle" vieux de 10 ans frappé de l'effigie de la Vierge Marie a atteint les 15000 dollars. Devons-nous rire ou pleurer ? A peine plus tard, une tranche de poisson avec Jésus dessus a explosé le score. L'OZ est l'heureux propriétaire d'une tranche de jambon sur laquelle se dessine un profil barbu dont certains pensent qu'il est celui de Henri Broch alord que d'autres affirment qu'il s'agit de Yves Lignon. Faire offre sur contact@zetetique.fr.

 


LES RAGOTS DE MONVOISIN


 

Se faire rouler par un négationniste en une leçon

L'histoire est arrivée il y a quelques semaines à Michaël Shermer, l'auteur de Why people believe weird things. Shermer reçut une question par email qui contenait (à peu de choses près) ceci : « Bonjour Dr Shermer. Un des membres de ma famille a exprimé le voeu de se faire incinérer pour ses funérailles. Un directeur de funérarium local m'a assuré qu'il pouvait obtenir une complète crémation en environ 10 secondes. Cela ne viole-t-il pas les lois de la physique et de la thermodynamique ? Tout retour de votre part serait fortement apprécié ». Shermer répondit ceci : « 10 secondes est absurde ; il a dû faire un lapsus et vouloir dire 10 minutes. Mais je ne suis pas certain du temps exact. »

Il s'avéra alors que la personne qui posait la question était un « holocaust denier », un négationniste, qui le 26 octobre dernier fit suivre la réponse de Shermer sur un forum tendance.. euh.. nostalgique en l'introduisant ainsi : Titre « Dr Shermer, sceptique professionnel. ou presque. Je tiens à partager avec vous ce récent échange de courrier entre le Dr Shermer et moi, c'est sans prix ! »

L'un des points forts avancée par les tenants de la thèse révisionniste (dont nous avons quelques charmants représentants en France) est le suivant : si l'on ne peut brûler un corps en 10 secondes, cela implique que l'on ne puisse avoir brûlé des milliers de corps par jour à Auschwitz et dans les autres camps d'extérmination. Par conséquent, s'ils n'ont pu tenir ce rythme, alors le chiffre de 6 millions est exagéré. ET si le chiffre de 6 millions est effectivement exagéré, alors l'Holocauste lui-même n'est jamais arrivé.

Le personnage finit sa missive ainsi : « Maintenant rappelez-vous, le Dr Shermer croit en l'Holocauste. Il a même eu la décence de faire un débat civil surt le sujet avec Mark Weber. Et il n'est « pas certain du temps exact ». Alors pourquoi 8,33 par minute, 500 par heure, 12000 par 24 heures ? C'est facile docteur ! (.) Rappelez-vous, Shermer a un BA, un MA et un PhD, ce qui signifie qu'il est sceptique sur des choses dont la plupart d'entre nous n'ont peut être jamais entendu parler ». Tactique délicate, n'est-ce-pas ? Bon, Shermer n'est pas tombé de la dernière pluie : il a d'ailleurs écrit un bouquin aux University Press of California sur la question et tous les arguments développés par les révisionnistes de l'histoire des camps : « Denying History: Who Says the Holocaust Never Happened and Why Do They Say it? ».

Pourquoi je vous raconte tout ça ?

D'une part pour illustrer le sophisme logique à l'oeuvre : ce n'est pas parce que le rythme de crémation en correspond pas aux chiffres de l'extermination qu'il n'y a pas eu extermination - il suffit par exemple de trouver un moyen annexe, comme empiler les corps et les brûler dehors. D'autre part, quand bien même il n'y aurait aucune preuve matérielle à l'appui de ce genre de « solutions » annexes, l'une des facettes de la zététique selon Broch prémunit vertement : « L'inexistence de la preuve n'est pas la preuve de l'inexistence ». A répéter trois fois avant de se coucher.

Lien sur la page HTML : http://www.skeptic.com/eskeptic11-07-04.html
Lien sur le livre : http://www.skeptic.com/b77pb.html
Lien sur le forum révisionniste : http://revforum.yourforum.org/viewtopic.php?t=1474


Quand le noyau d'abricot coince

"Un naturopathe sans licence arrêté en Utah (USA)." David Eugene Pontius avait échoué dans l'obtention d'une licence en 1997, mais cela n'a semblé poser problème. qu'aux autres, notamment pour une femme atteinte d'un cancer du sein : en opérant un pseudo-diagnostic combinant tests musculaires et « body scan », puis en recommandant à la dame de consommer des noyaux d'abricots accompagnés de produits homéopathiques, et enfin en l'enjoignant à se faire sauter tous les plombages des dents, tout ça sans aucun autre traitement, on estime que Pontius est responsable de la mort de cette femme en octobre dernier.

http://www.quackwatch.org/11Ind/pontius.html

Il est toujours très délicat d'aborder le problème des pseudo-thérapies lors du décès de patient, au risque de faire accroire que les pseudo-thérapeutes sont tous des criminels et faire sombrer le débat dans une dialectique éculée. Je souhaite plutôt en profiter pour attirer le regard sur quelques arguments qui sont cotés à l'aune des discussions. Par exemple : Oui, mais la médecine officielle elle-aussi à ses morts. Exact, mais ce n'est pas un argument : c'est un effet « paille dans l'oeil du voisin ».

Oui, mais peut être qu'avec un traitement classique, elle serait morte quand même. Vrai. Mais il est du devoir du praticien d'aboutir, avec l'accord du patient, à la solution thérapeutique qui ménage la plus grande probabilité de s'en tirer, si possible avec le moins de dégâts collatéraux possibles. Or si la médecine a son lot de décès, il fait partie de la statistique : le toubib pourrait (devrait ?) dire ceci : « voilà dans votre état la probabilité de guérison, sachant que la variance de la statistique nous donne la triste possibilité de vous voir mourir dans les 5 minutes (rare) ou jamais (rare) ». D'une, Cela explique à tout le monde que ces cas extrêmes (guérison miraculeuse ou mort subite) ne sont pas des miracles. De deux, c'est là la première différence majeure avec Pontius : la médecine scientifique a une statistique, la thérapie par les noyaux d'abricots non. Je suggère que dans l'idéal, le médecin enchaîna avec un truc du genre : « la thérapeutique que je vous propose est la plus à même de promouvoir toutes vos chances de guérison ». Pontius n'aurait pu dire autre chose à ses patients que : « la thérapie que je vous propose est celle que je pense être la meilleure, mais je n'ai aucune preuve à l'appui ». Ca ressemble à l'achat d'une voiture : ce n'est pas parce que le vendeur vous conseille celle-ci qu'elle est la plus convenable à vos besoins. Leçon de base du scepticisme raisonnable : si l'on fait une balance comme proposait Hume, entre la probabilité que cette voiture soit la plus conseillée et la probabilité que le vendeur veuille m'arnaquer, on risquerait d'être surpris. Mon train de vie par exemple se marie excellement avec le vélo. Pourtant on tente encore de me refourguer des voitures, alors que je n'ai jamais vu un seul concessionnaire me recommander un vélo !

En passant :

Au mois d'août, on a mis en prison pour 33 mois Gregory James Caton, pour avoir vendu des produits bidons qui soignent miraculeusement le cancer et un tas d'autres trucs (http://www.usdoj.gov/usao/law/news/wdl20040824.html). Je ne pense pas que le système carcéral soit une solution dans l'immense majorité des cas. Pire, je pense que de punir un praticien ne va pas de soi, même s'il utilise des médecines fumeuses et dangereuses. En effet, le cliché du charlatan se rassasiant de la crédulité crasse de ses clients est un peu râpé : il est beaucoup plus probable qu'il soit complètement convaincu du bien-fondé de sa pratique. Cela ne veut pas dire qu'il fait laisser faire, mais cela soulève deux interrogations :

- comment amener une personne marchande d'élixirs à réfléchir sur les conséquences de sa pratique - en évitant notamment les phénomènes de dissonance cognitive (persister dans son choix même lorsque les preuves sont évidentes) ?

- que doivent faire les praticiens « classiques » pour prévenir ce manque que les patients prisant la médecine « alternative » comblent dans des chemins parfois mettant leur santé en péril ?

 

Ces deux questions étant soulevées, il est possible d'en faire un (joyeux) débat sur zeteticiens@yahoogroupes.fr.

 

Envoyez pour 15 dollars de prière à Rebekah Tauber !

« Rebekah Tauber a 15 ans, habite Houston et suit en ce moment un traitement contre le cancer. Elle est une fervente chrétienne servant le Memorial High School. Rebekah porte sur elle un « bipeur de prière » (1-800-250-6939) sponsorisé par la Second Baptist Church de Houston. Prenez une minute de votre journée bien remplie pour formuler une petite prière pour Rebekah, sa famille et ses docteurs, et pour demander à la main de Dieu de les guider dans cette épreuve, en appelant le numéro 1-800-250-6939 : cela fera vibrer le combiné, faisant savoir à Rebekah que quelqu'un prie pour elle. (.) appelez-la. juste une seconde ou deux. » C'est malheureusement vrai. Snopes a enquêté, et la Second Baptist church a confirmé, ajoutant qu'ils avaient également équipé 5 autres personnes, dont 2 enfants. Mais tout le piment est ensuite, lors de l'appel. Si on téléphone à ce numéro, on s'entend répondre ceci : « Vous avez contacté le bipeur de prière de la Second Baptist Church à l'attention de Rebekah Tauber. Après le bip, veuillez entrer votre code bancaire suivi par dièse et le bipeur de Rebekah s'éteindra. Rebekah saura que vous avez prié pour elle. Merci et que Dieu vous bénisse. » J'espère bien, vu le prix !

L'enquête de Snopes est sur http://www.snopes.com/inboxer/children/tauber.asp

Quant au sponsor, je comprendrais que d'aucuns aient envie de lui exprimer leur indignation. le site est ici : http://www.second.org avec la photo du pasteur Ed.

 


BILLET :
Le coup de gueule de Jean-Louis Racca


 

Je vous signale l'existence d'un numéro hors-série du Nouvel Observateur (octobre-novembre 2004) intitulé « La psychanalyse en procès ». Bien sûr, le journal a convoqué 95% de témoins à décharge pour instruire ledit procès. Mais le progrès (dans le sens d'une évaluation critique et scientifique) est tout de même notable en 14 ans. Le n° 1356 (1er novembre 1990) du même journal comportait en effet un dossier « La science contre la psychanalyse » annoncé en gros titre en couverture. La tonalité générale était alors celle de la psychanalyse résistant à l'agresseur scientifique identifié essentiellement à Jean-Pierre Changeux et à son « Homme neuronal ». Le syndrome galiléen suintait partout et le personnage du sage-expert-objectif était joué par un Michel de Pracontal ambigu à souhait : ce dernier nous proposait un match en 10 épreuves (10 rounds) entre « Freud » et « la science », les épreuves portant sur 1) les rêves, 2) les lapsus, 3) la libido, etc.. etc. jusqu'à 10) la guérison, en passant par 5) le 1er sourire (sic). Et Pracontal, arbitre pas très neutre, concluait : match nul, en décomptant le score un peu comme le ferait un arbitre de football qui accorderait un point aux Français lorsqu'ils marquent un but et quatre points aux Anglais lorsqu'ils se font une passe.

14 ans plus tard, même si l'on peut encore relever les formules « résister au totalitarisme » (le résistant étant bien sûr le psychanalyste) ou « fatwa » (qu'auraient édictée les scientifiques), même si les psychanalystes jargonnant, hostiles à l'évaluation de leur discipline, restent très largement majoritaires, ils se font tout de même moins arrogants (le journal a eu la bonne idée de ne pas interroger Jacques-Alain Miller, ni Elisabeth Roudinesco) : il est vrai que l'on apprend qu'il n'y aurait plus (étude de 2003) que 5000 patients en analyse aux USA, soit 2 (deux) par thérapeute !... Les alternatives sont présentées de manière beaucoup moins caricaturales : le journal mentionne sans vomir les thérapies comportementales et cognitives (TCC) et on peut même lire deux articles, l'un de Grünbaum, l'autre de Van Rillaer, deux auteurs que l'on peut sans risque qualifier de Sceptiques. On peut considérer que le long article de Jacques Van Rillaer est un condensé de la conférence qu'il avait tenue lors de l'Assemblée Générale de l'Association Française pour l'Information Scientifique, le 15 mai dernier (texte de cette conférence disponible sur http://www.pseudo-sciences.org/dressage.htm). Le fait qu'il soit quasiment le dernier article de ce hors-série peut même le faire apparaître comme une véritable conclusion (provisoire) de ce numéro spécial.

Si, si, on avance.

Jean-Louis Racca


DOSSIER :
La lithothérapie


 

Du grec lithos, qui signifie pierre, et therapeia, qui signifie soin, la lithothérapie désigne une pratique pseudo médicale bien contemporaine, datant des années 1970, et qui attribue à certains minéraux des effets thérapeutiques très variés.

Sur quels principes se base cette discipline ? A-t-elle une origine traditionnelle forte ? Qui la revendique ? Qui la pratique ? Est-elle réglementée ? Quelle garantie a-t-on sur les résultats ? Quels en sont les tarifs et pour quelles prestations ?

L’ambition de ce dossier est d’apporter des réponses simples et objectives à ces questions, afin que les utilisateurs de la lithothérapie aient une source d’information et une opinion désintéressée sur le sujet, et ce afin d’éviter que l’exclusivité du discours soit réservée aux personnes financièrement intéressées à cette pratique.


Pour lire la suite de ce dossier, cliquer sur ce lien.

Jean-François Dufayard


ENQUÊTE :
Le père Noël, un concept pseudo-scientifique ?


 

Hier, une amie m’a demandé si j’avais écrit ma lettre au Père Noël. J’étais très très embêté.

À l’origine, le Père Noël n'est autre que Nicolas de Myre, évêque de son état. Contrairement à l’imagerie populaire, il était assez maigre, si bien que le grand monde, déjà très sensible aux modes, ne parlait que de se mettre dans la ligne de Myre. Certains l’appelaient aussi Nicolas de Bari, et de temps en temps Nico mais dans l'intimité seulement. Originaire de Patara, dans l'actuelle Turquie, il serait né en 270.

On l'a nommé au Moyen âge patron des petits n'enfants et des écoliers, tant il était gentil. Il sauva également des marins en perdition et fit un miracle encore plus difficile que Jésus : il multiplia non les pains, mais la farine.

Est-ce ceci qui l’a usé ? Lui qui fut un ancien enfant, comme moi, mourut un 6 décembre certainement des persécutions raffinées de l’époque : cela donna un prétexte à la populace qui ne pense qu’à ça pour faire la fête, fête appelée dès lors la Saint Nicolas, ou Sinter Klass - évidemment, on aurait pu dire Saint Nico mais un peu de contenance ne fait pas de mal. C'est depuis cette époque que, rendant hommage au bon sens de Saint Nico patron des écoliers, on parle des fameux "conseils de Klass".

À sa mort, il est dit que de sa tête jaillit une fontaine d'huile – ce qui est assez vexant - et de ses pieds une source d'eau ; certains avancent que de tous ses membres, il sortait une huile sainte qui guérissait nombre de gens. D’ailleurs, bien plus tard, lorsque les turcs détruisirent la ville de Myre, 47 soldats italiens de Bari accompagnés de quatre moines leur ayant montré le tombeau de Saint Nicolas, l'ouvrirent et trouvèrent ses os qui nageaient dans l'huile. Alors ils les emballèrent et les emportèrent chez eux (d’où l’autre nom de Nicolas de Bari).

Désormais les 6 décembre la fête fuse, on tirelipinponne sur le chihuahua et les cotillons jaillissent, surtout en Lorraine car, quelques années après l'arrivée des reliques du Saint en Italie, un chevalier lorrain qui revenait de croisade passa à Bari, s’approcha de la relique et déroba… un doigt pour l'amener dans sa ville natale, Saint-Nicolas-de-Port. Bientôt des pèlerinages importants furent organisés dans cette petite ville, car lorsqu'on priait Saint Nicolas, des miracles étaient rapportés. Des chevaliers enchaînés par les infidèles furent (soi-disant) miraculeusement transportés devant le portail de l'église de Saint-Nicolas-de-Port et Saint Louis lui-même fut sauvé de la noyade.

Depuis le XIIe siècle, on raconte que Saint Nicolas, déguisé, va de maison en maison dans la nuit du 5 au 6 décembre pour demander aux enfants s'ils ont été obéissants. Le soir venu, les enfants laissent leurs souliers devant la cheminée ou devant la porte avec du sucre, du lait et une carotte pour la mule qui porte Saint Nicolas. Les enfants sages reçoivent alors des cadeaux, des friandises et les méchants reçoivent quelques coups de trique bien ajustés par le compagnon de Saint Nicolas, le Père Fouettard. La mule, elle, mange la carotte.

Mais c’est au 17e siècle où les choses se gâtent : désormais célèbre jusqu’en Europe du Nord, la cotillonnade du Saint-Nicolas s’exporte vers les Etats-Unis et nous transforme radicalement notre évèque ! D’abord, on l’appelle dorénavant Santa Claus; et puis la mitre se change en sucre d'orge en 1821; puis Clément Clarke Moore, pasteur américain, rajoute les rennes, venus du froid, et malheureusement pas de Nîmes bien que la renne de Nîmes soit célèbre dans le monde entier. Par contre, je ne sais pas qui a ajouté ces gentilles fossettes, ni cet embonpoint qui, lui aussi, est rentré dans les mœurs écolières. En effet, n'avez-vous jamais surpris la maîtresse susurrer à un enfant rosi d'aise : "c'est bien, t'auras un embonpoint" ? Bref, Santa Claus, outre peau grasse, a fait peau neuve. Mais ce n’est pas fini : gardez-le pour vous, mais le premier costume rouge avec fourrure blanche, ainsi que la grande ceinture de cuir datent de 1860, d'une illustration de Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste au journal new-yorkais Harper's Illustrated Weekly. Ce même Nast décida par la suite, en 1885 que l'antre du Papa Noël était au Pôle Nord, au moyen d'un dessin illustrant deux enfants regardant, sur une carte du monde, le tracé de son parcours depuis le pôle Nord jusqu'aux États-Unis. L'année suivante, l'écrivain américain George P. Webster reprenait cette idée et précisait que sa manufacture de jouets et sa demeure, pendant les longs mois d'été, est en fait cachée… dans la glace et la neige du pôle Nord. Enfin c'est Coca Cola qui, en 1931, sous le pinceau de Haddon Sundblom, généralisa le Rouge et Blanc, l'air rougeaud et mielleux, et troqua la robe contre le pantalon. Détournement commercial d’un mythe folklorique

Ainsi, le Père Noël bouffi n'est qu'un mixte entre un évêque et une campagne de Publicité, et Noël un hybride entre la (encore hypothétique) naissance du Christ et la mort d’un évêque turc.

Si avec cela, vous parvenez à m’expliquer pourquoi on fait bombance à Noël d’une dinde qui en plus ne nous a rien fait, je vous tire mon chapeau. Mais passons à des considérations d’ordre physico-chimique, si vous le voulez bien.

Des chercheurs très talentueux ont essayé d’évaluer, sur un curseur « vraisemblance », la validité des hypothèses tendant à montrer « l’existence du Père Noël ». Leurs résultats étaient somme toute édifiants, mais entachés de plusieurs erreurs de calcul. Reprenons :

Aucune espèce connue de renne ne peut voler.

« Bien que soient estimés à 300.000 espèces les organismes qui doivent encore être découverts et classifiés (dont la majorité est constituée d'insectes et de germes divers), cela ne justifie en rien l'existence des rennes volants que seul le Père Noël utilise ».

Et bien que la dernière ait épongé ses dettes de tiercé avec l’argent de l’Etat, si l’on en croit la presse anglaise, même les rennes d’Angleterre ne volent pas…

Bon, admettons que le père Noël, balèze, ait trouvé des rennes volants.

Il y a environ 2 milliards d'enfants dans le monde.

Puisque le Père Noël ne semble pas desservir les populations musulmanes, hindoues, juives et bouddhistes, ni les témoins de Jéhovah, ni les gitans, cela réduit de 55 % le nombre d’enfants à desservir. Or, contrairement à ce qu’avancent les chercheurs, 55% de 2 milliards ne fait pas 375 millions mais 1,1 milliards. Mais après tout, peut être avaient-ils seulement gardé les enfants sages, ce qui n’est pas monnaie courante. Restons donc sur 375 millions d’enfants.

D’après les données des derniers recensements effectués, il y a une moyenne d’à peu près 3,5 enfants par foyer : on évalue ainsi à environ 107 millions de maisons à visiter (et non 91,5) en supposant qu’il y ait au minimum un bon enfant dans chacune d'elles.

Le Père Noël dispose de 31 heures d’obscurité, le jour de Noël, pour effectuer son travail (en tenant compte des différentes zones horaires, de la rotation terrestre, et en supposant qu'il voyage d'Est en Ouest pour avoir plus de nuit). Cela signifie 958,8 visites de domiciles par seconde.

De façon pratique, cela signifie que pour chaque résidence ayant au moins un bon enfant, le Père Noël a à peine plus d’un millième de seconde pour stationner, sauter hors du traîneau, donner du foin aux rennes, se laisser tomber dans la cheminée, retrouver à l’odeur à qui est tel ou tel chausson, remplir les chaussons en conséquence, distribuer le reste des cadeaux sous l'arbre de Noël, manger le casse-croûte qui a été laissé à son intention, remonter la cheminée, grimper dans le traîneau et se mettre en route vers la prochaine résidence.

En supposant que chacun de ces 107 millions d'arrêts soient aléatoirement distribués autour de la surface terrestre, (ce qui bien sur est faux mais reste acceptable dans le cadre de cette démonstration) et prenant en compte le fait que 2/3 de la surface de la planète sont immergés et que les populations humaines sont fortement concentrées aux mêmes endroits, nous obtenons donc une distance moyenne inter-foyer approximative de 3 kilomètres : et donc un périple total d'une distance de 321 millions de kilomètres, sans compter les arrêts fourrage pour les rennes et les pauses pipi.


Cela signifie que le traîneau du Père Noël se déplace à 2876 kilomètres par seconde, 10 000 fois la vitesse du son.

A titre de comparaison, le plus rapide artefact d'origine humaine, la sonde spatiale Ulysse, se déplace à une vitesse douloureuse de 43,8 kilomètres par seconde.

Un renne conventionnel, lui, se déplace à une vitesse maximale de 24 kilomètres à l'heure, et encore, avec des anabolisants.


La charge portée par le traîneau est un paramètre non négligeable.

En supposant que chaque enfant ne reçoive rien de plus qu'un jeu Lego de grandeur moyenne (un kilogramme), le traîneau transporte alors (non 321.300 tonnes, comme le disent les savants) mais 375 000 tonnes (puisqu’il y a 375 millions de boîtes d’1 kilogramme), sans compter le Père Noël, qui est invariablement décrit comme souffrant d'embonpoint.

Or, sur le plancher des vaches, les rennes conventionnels ne peuvent tirer plus de 150 kilos de marchandises.

Alors même si l'on accordait aux rennes volants une capacité de traction 10 fois plus grande que la normale, il serait impossible de faire le travail avec huit ou neuf rennes : il faudrait 250.000 de ces rennes spéciaux (qui pèsent autour de 200 kilos chacun).


Tous ces rennes augmentent le poids total à un sommet de 375 000 + 250 000*0,2 soit 425 000 tonnes, soit près de 10 fois le poids du Titanic (46328 tonnes) - et nous ne tenons pas compte du poids du traîneau lui-même.

425.000 tonnes voyageant à 2 876 kilomètres par seconde créent une résistance énorme à l'air, chauffant les rennes de la même manière que la navette rentrant dans l'atmosphère terrestre. Si l’on considère les frottements dans l’air proportionnels au carré de la vitesse, alors les rennes de tête absorberont quelque chose de l’ordre de quelques milliards de milliards de joules d'énergie.

Par seconde.

Par renne.


En résumé, ils exploseront en flammes presque instantanément, exposant les rennes adjacents à des dommages collatéraux sévères et créant des boums soniques assourdissants lors de leur passage au-dessus des agglomérations endormies et sereines. Au fur et à mesure de sa mission, le Père Noël laissera derrière lui un sillage de bang soniques assourdissants et une cohorte ininterrompue de rennes carbonisés. L'attelage entier de rennes sera vaporisé en moins de 4,26 millièmes de seconde.

Pendant ce temps, le Père Noël sera sujet à des accélérations 300 000 fois plus fortes que la force gravitationnelle. Si l’on en croit les chercheurs, un Père Noël de 125 kilos (ce qui semble très optimiste) serait écrasé au fond de son traîneau par quelques millions de newtons, de qui devrait définitivement guérir son cholestérol, lui broyer les os, pulvériser sa chair, le transformant en gelée rose et lui enlevant toute velléité de recommencer.

En d'autres termes, si le Père Noël essaie de distribuer des cadeaux le soir de Noël à tous les petits garçons et à toutes les petites filles qui le méritent sur la surface de la Terre, il finira en purée carbonisée.

 

Conclusion :

Il semble probable que le père Noël, s’il a existé, soit mort carbonisé et/ou aplati depuis longtemps. L'apparition miraculeuse du Père Noël, rapportée de nombreuses fois, reste donc pour les plus grands scientifiques une donnée inexplicable. Mais comme, lorsqu’il passe, tout le monde dort à poings fermés, nous pensons que la croyance dans le père Noël est un choix métaphysique qui relève de chaque enfant, et de lui seul. Un enfant zététicien comprendra vite qu’au fond, y croire ou pas, ça ne change pas grand chose : Noël est une énorme entreprise commerciale.

 

Richard Monvoisin



 

La trouvaille du mois : Google vient de mettre en ligne un moteur de recherche (version de test pour l'instant) entièrement dédié à la recherche de publications scientifiques. De l'article complet à la simple citation, c'est une mine d'informations pour tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à l'actualité scientifique.

Le site : http://scholar.google.com



 

Petites annonces

Attention, sortie de livre : James Warren, A Review of Facing Death: Epicurus and His Critics, New York: Oxford University Press, 2004, 240 pp. Une revue par le médecin David A. Voron de ce bouquin est disponible en anglais dans la lettre E-skeptic de Michaël Shermer N°43 (30 nov 04). Pour vous inscrire : join-skeptics@lyris.net


Cadeau de Noël :

Vous cherchez une idée pour la grande fête de la consommation ? Offrez le CDrom consacré au mystères de Rennes-le-Château. 25 euros, http://www.cdrom-rennes-le-chateau.com. Nous ne garantissons pas le contenu.

 


 

Rendez-vous

(le contenu de ces évènements n'engage évidemment pas l'OZ)

Pour les 3 évènements ci-dessous, cela se passe à l'Institut Métapsychique International, 51 rue de l'Aqueduc, 75010 PARIS (métro Stalingrad ou Louis Blanc) Réservation au 01.46.87.23.85 (13h-17h) secretariat@metapsychique.org. La conférence coûte 15 euros (c'est cher de s'instruire !) ou 10 euros pour étudiants-chômeurs (donc il n'y aura que les étudiants riches, et aucun chômeur)

- 28 Janvier 2005, 20h : Pierre Lagrange, Sociologue des sciences "La parapsychologie, une science normale : Pour en finir avec quelques clichés : les parapsychologues seraient marginaux, et les sceptiques, des officiels de la science." Et si c'était le contraire ?

- 11 février 2005, 20h : Antoine Faivre, Directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études "La naturphilosophie comme horizon de la métapsychique"

- 11 mars 2005, 20h : Yves Lignon, enseignant en statistiques à l'université Toulouse-Le Mirail "De l'usage des méta-analyses en parapsychologie"

Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:11