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POZ n°30 Imprimer Envoyer
Jeudi, 13 Décembre 2007 01:00

 


SOMMAIRE


 

  • Édito
  • Les nouvelles de l’OZ
    Conférence : Le New Age
    Biennale de l'éducation
    Nouveauté sur le site : Comment tester scientifiquement un phénomène extraordinaire ?
  • Actualités
    Les actus du « paranormal »
    Le Bazar du bizarre : spécial cadeaux de Noël
  • Culture et zététique
    En librairie : Le New Age de Renaud Marhic et Emmanuel Besnier
  • Agenda
    8 janvier 2008 : café scientifique :« Cancer : Où en sont la recherche et les traitements ? »
  • Divertissement
    Photos insolites

 


ÉDITO



C'était l'bon temps, t'as raison ma colombe,
C'était l'bon temps, c'était l'bon temps
Le ciel était bleu, la Terre était blonde
C'était bien mieux, bien mieux avant.

François Corbier, « C'était l'bon temps »

Aaah, oui, c'était mieux avant. Mais avant il y a longtemps, hein, pas avant-hier, avant guerre ou avant la signature de l'armistice de Brest-Litovsk. Bien avant. Au temps où les campagnes étaient habitées de génies, de lutins, d'elfes, de goules et de dragons. Au temps où tout un tas de démons, de monstres des bas-fonds, peuplaient les villes. En ce temps-là, les sorcières pouvaient bavedecrapoir dans leur coin, les enchanteurs pouvaient alchimiser en paix, les vierges Marie pouvaient apparaître au chevet des gens sans risquer une commission rogatoire pour violation de domicile, les diablotins étaient craints, respectés et malgré tout familiers. Que la vie était enchantée et enchanteresse, dans ce monde simple. Un peu effrayante, parfois, mais tellement magique.

Ces temps sont bel et bien perdus. À se demander ce qu'ont fait, pendant tous ces siècles, les sociétés protectrices des créatures fantastiques. Si Brigitte Bardot avait fait un peu moins de cinéma dans ses jeunes années, on n'en serait pas là. Voilà ce que c'est : on veut montrer ses fesses sur les écrans et hop, des dizaines d'espèces menacées s'éteignent. C'est pas sérieux.

Aujourd'hui, les quelques mystères bibliques sont ravalés au rang de curiosités touristiques ou de prétextes à fêtes de la consommation.
Aujourd'hui, les quelques fantômes qui restent n'osent plus se montrer, de peur d'être décortiqués dans des salles stériles, eux qui ne tolèrent que l'humidité douillette d'un Urquhart Castle.
Aujourd'hui, les morts ne parlent plus sous peine de tomber dans les griffes des adeptes de la transcommunication instrumentale. Plus le moindre lutin des bois caché derrière un champignon. Et les seuls dragons subsistant sont des restaurants chinois.

Certes, on rencontre bien encore, çà et là, un grand homme noir vivant dans un marais et susceptible de happer l'enfant attardé au retour de l'école... Mais ça ne nourrit plus guère son grand homme noir, vu la désertification des campagnes et la fermeture des écoles. On voit même parfois les grands hommes noirs se rapprocher des habitations en quête de bambins à effrayer ; ces quelques téméraires repartent ventre à terre, meurtris d'un coup de télécommande bien placé.

Ah ma brave dame, mon brave monsieur, c'est pas une époque qu'on vit là.

Parmi les survivants les plus célèbres, il y a bien le Père Noël, mais quel prix il a dû payer à la mondialisation ! Pauvre de lui. De démarche qualité en plan marketing, c'est tout juste s'il n'en a pas perdu sa bedaine. Ami lecteur, pense à lui et adresse-lui, au détour de ta lecture, une bienveillante pensée magique.

Stanislas Antczak
éditorialiste par intérim.


LES NOUVELLES DE L’OZ


 

Le New Age : idélologie et dérives
Le 3 décembre, l’ADFI 2Savoie-Isère, association de défense de la famille et de l’individu, a organisé à Chambéry une conférence sur le thème du New Age. Pour débattre de ce courant de pensée que l’on retrouve associé à la plupart des dérives sectaires, l’écrivain Renaud Marhic, spécialiste de la question (voir notre article sur son livre : Le New Age : son histoire, ses pratiques, ses arnaques… (1999)) avait été invité avec Catherine Katz, secrétaire générale de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES). Sur la scène de la salle Jean Renoir, Richard Monvoisin et Nicolas Vivant, membres de l’OZ, Isabelle Ferrari, chargée de l'accueil des victimes à l’ADFI et Roselyne Duvouldy, avocate, étaient également présents.

 

Conférence sur le New Age, à Chambéry le 3 décembre. Sur la photo au centre, de gauche à droite : Catherine Katz, Renaud Marhic, Nicolas Vivant, Richard Monvoisin, Isabelle Ferrari, Roselyne Duvouldy.

 

Les six conférenciers se sont efforcés d’aborder chacun un aspect différent de cette nébuleuse que constitue le New Age. En introduction, Renaud Marhic a situé l’origine du terme à 1911. The New Age était en effet le titre d’un journal du début du XXe siècle qui aurait inspiré par la suite Alice Bailey, traditionnellement présentée comme l'initiatrice du mouvement. Le New Age est un courant de pensée qui prône l’avènement d’un monde nouveau, annoncé par un changement d’ère - le passage de l’ère des Poissons à celui du Verseau - dont la date n’est pas clairement définie, bien que 2012 soit souvent évoqué. L’entrée dans cette ère nouvelle est décrite par Marilyn Ferguson, dans son livre La conspiration du Verseau (1980), comme l’« émergence d'un nouveau paradigme culturel, dont l’extension serait planétaire » et dans laquelle « l'humanité parviendrait à réaliser une part importante de son potentiel physique, psychique et spirituel ».

Les idées du New Age sont aujourd’hui abondamment développées dans la plupart des thérapies dites « alternatives » mais aussi dans certaines pratiques de « développement personnel ». Comme l’a expliqué Richard, l’emploi de termes scientifiques s’y trouve banalisé bien que ce vocabulaire ne soit jamais employé correctement ni même défini : on nous parle indifféremment d’équilibre, de force, d’énergie, d’ondes, etc. Essayant d’alerter sur les dangers des thérapies du New Age, Nicolas a donné quelques indices de vigilance, sous forme de questions qu’il est toujours bon de se poser : la théorie à l’origine de la pratique a-t-elle été scientifiquement établie ? Son efficacité a-t-elle été évaluée ? La pratique évolue-t-elle ? Quelle est la formation du praticien ? Existe-t-il un agrément ? etc. Si la liberté de choix d’une thérapie ne peut être remise en question, ce choix ne peut être vraiment libre que s’il est éclairé. L’enjeu, notre santé, est suffisamment important pour nous inciter à être vigilants et curieux. Car Catherine Katz, en évoquant le syndrome des faux souvenirs, l’a rappelé : la réalité des dangers de ces pratiques est indéniable : emprise mentale, rupture familiale, abandon de traitements médicaux en cours et malheureusement parfois décès. Isabelle Ferrari et Roselyne Duvouldy étaient également là pour parler de ces victimes, nombreuses, auxquelles elles viennent en aide chaque jour.

Mais la prévention passe d'abord par l’information. C'est pourquoi l’OZ et l’ADFI préparent une autre conférence consacrée cette fois aux mécanismes de la manipulation mentale.


Café Science et Paranormal à Domont
Le vendredi 23 novembre, Florent Martin a participé aux côtés de Jacques Scornaux au café scientifique « Science et Paranormal » organisé dans la médiathèque de Domont (95), par le réseau des bars des sciences franciliens. Après une rapide présentation, les deux intervenants ont répondu pendant près de deux heures aux questions des soixante-dix personnes présentes dans le public, intriguées par le thème de la soirée. Face aux interrogations classiques (La voyance, ça marche ? Et la sourcellerie ? Et les barreurs de feu ?), Florent a surtout essayé d’expliquer les principes de la méthodologie scientifique qui permettent d’obtenir des réponses à ces questions et donc de « savoir si ça marche » plutôt que de « croire que ça marche ». Pour savoir si les sourciers trouvent de l’eau uniquement grâce aux mouvements de leurs pendules ou de leurs baguettes, par exemple, il faut réaliser un test en conditions contrôlées (sans indice de végétation), en double aveugle (ni le sourcier, ni l’expérimentateur à ses côtés ne connaît la position de l’eau), avec randomisation (la position de l’eau est déterminée au hasard). C’est exactement ce que Stanislas Antczak et Florent Tournus expliquent dans l’animation pédagogique qu’ils ont mise au point pour la fête de la science et c’est également le principe de la plus grande expérience de radiesthésie jamais réalisée, l’expérience de Münich, à laquelle participèrent 43 sourciers allemands entre 1986 et 1988. Malheureusement, après deux ans d’expérimentation et 843 essais, l'analyse des résultats montra qu’il n’y avait aucune différence entre la performance des radiesthésistes et une détection effectuée au hasard.

De son côté, Jacques Scornaux, président de l’association SCEAU (Sauvegarde, Conservation des Études et Archives Ufologiques), a évoqué quelques uns des cas les plus célèbres d'observations d'OVNI mais aussi les fréquentes méprises avec la lune (voir par exemple notre enquête sur l'OVNI géant de la NOAA).

À gauche, Florent Martin, Paul de Brem (modérateur), Jacques Scornaux, l'adjointe au maire de Domont et André Dohollou (organisateur) ; à droite, le public de la soirée dans la salle de la médiathèque.

 

Enseigner la pensée critique

La deuxième biennale de l’éducation de l’académie de Grenoble a eu lieu les 7 et 8 décembre 2007 dans les locaux de l’IUFM. Le 8 décembre, les membres de l’OZ y tenaient un stand pour sensibiliser les acteurs de l’éducation à l’importance d’enseigner la pensée critique. Avec le développement des moyens de communication et l’explosion de l’usage d’Internet, il devient en effet de plus en plus difficile de faire le tri dans les informations qui nous submergent.

D’après une étude récemment publiée dans le Journal of the American Medical Association, il semble même qu’il soit plus difficile de trouver sur Internet des informations scientifiques sérieuses que des informations beaucoup moins rigoureuses, voire erronées ou même mensongères. Dans l’exemple étudié, sur Youtube, les vidéos concernant la vaccination les plus téléchargées et les mieux notées sont en effet les moins scientifiques et les plus dangereuses, alors que les vidéos les plus sérieuses sont les moins regardées et les plus mal notées… Constat inquiétant qui rend évidente et urgente la nécessité de vulgariser des outils d’analyse critique.

La plupart des enseignants que nous avons rencontrés ne connaissaient pas le terme « zététique » et ont été séduits par notre approche. Petit anecdote, l’une d’entre eux m’a demandé le nom du professeur qui enseignait cette discipline. Naïvement, j’ai répondu « Henri Broch » mais c’était en fait à Richard Monvoisin qu’elle pensait… L'élève a dépassé le maître.


Nouveautés sur le site de l’OZ
Depuis plusieurs années, l'Observatoire zététique participe à la fête de la science à Lyon et à Grenoble. Ses membres y animent des stands sur le thème du « paranormal » afin d'expliquer aux petits comme aux grands qu'il est possible d'étudier scientifiquement ces phénomènes que les médias nous présentent encore trop souvent comme « mystérieux », et ainsi de se positionner non pas en termes de croyance (« moi, j'y crois / j'y crois pas ») mais bien en termes de connaissance. Cette fête est donc pour les membres de l'OZ l'occasion de vulgariser la méthodologie scientifique en diffusant les outils de la pensée critique.

Dans ce but, Stanislas Antczak et Florent Tournus ont mis au point une séquence pédagogique, destinée au grand public, s'articulant autour de l’élaboration d’un protocole scientifique rigoureux pour tester une allégation de type radiesthésique (détection de la présence d’eau dans dix verres, vides ou pleins). Pour éliminer toutes les explications autres que celle d’un « pouvoir » particulier, le public est amené à bâtir une expérience en double aveugle (ni le sujet ni les expérimentateurs qui sont avec lui ne connaissent le contenu des verres cachés) avec randomisation (la répartition des verres pleins et vides est décidée par un tirage au sort) et un critère de validation objectif (les verres sont soit pleins soit vides). En plus des conditions expérimentales, le critère de décision est discuté avec le public.

Cette animation est aujourd'hui décrite dans une publication librement accessible. Cette fiche pédagogique est un exemple de ce que les enseignants peuvent proposer en classe à leurs élèves pour aborder les conditions de mises en place d'une expérimentation scientifique et l'analyse de ses résultats.

Autre article publié ce mois-ci : « De la datation du suaire de Turin », écrit par Jean-Louis Racca. Lorsqu’en 1988, les résultats de l’analyse des échantillons prélevés sur le « suaire » de Turin sont rendus publics, ils confirment l’hypothèse d’un faux datant du Moyen-Âge. La datation au carbone 14 (radiodatation) donnait en effet sans ambiguïté (les trois analyses réalisées en aveugle par trois laboratoires indépendants concordent) pour le lin qui a servi à confectionner le linge, la date de : 1325 ± 65 ans.

Cependant, cette conclusion ne mit pas vraiment fin à la polémique et certains continuent défendre l’authenticité du « suaire » en remettant en question la justesse de la radiodatation et en invoquant des contaminations (bactéries ou champignons) qui auraient pu le « rajeunir ». Ces hypothèses ont cependant été depuis longtemps réfutées, en particulier par Henri Broch.

Dans son enquête, Jean-Louis s’intéresse à une remise en question plus récente, proposée par un ingénieur russe nommé Fesenko et parue en 2001 dans le Bulletin de l'Académie des Sciences russe. Le calcul erroné de Fesenko et le principe de la datation au carbone 14, un classique du programme de Terminale scientifique, sont repris en détail de manière pédagogique pour faire apparaître l’erreur de l'ingénieur.


Changement de lieu pour les réunions de l'OZ
Suite au changement de propriétaire du bar Le Terra Nova, qui était devenu notre repaire année après année, les réunions de l'OZ erraient depuis quelques semaines et ses membres risquaient de se retrouver SLRF (sans lieu de réunion fixe). Heureusement, le bar Les bas côtés, rue Nicolas Chorrier à Grenoble, leur a ouvert sa porte le 19 novembre. C'est en effet dans la salle principale de ce local accueillant que s'est tenue notre dernière réunion. Antoine, le gérant des lieux, nous ayant mis à disposition sa cuisine et son bar, avant d'entamer les discussions, nous avons tous ensemble partagé la soupe, les fromages, les pizzas, les chips et les gâteaux que chacun avait apportés.

Ambiance conviviale et discussions zététiques sont encore au programme de notre réunion du 17 décembre (réservée aux membres de l’association). Nous ne savons pas encore où auront lieu nos zincs zet ; nous vous tiendrons au courant.


Géraldine Fabre

 


ACTUALITÉS



Les actus du « paranormal »

Quand écologie rime avec magie

Il y a quelques semaines, Michel J. (que nous saluons et remercions !) nous a fait passer un numéro de la revue Ecojunior, « Le magazine des jeunes écocitoyens » dans lequel un article l’avait surpris et aussi un peu contrarié. Cette revue éditée par Ecoemballages consacrait son numéro 19 d’octobre 2007, à l’eau, son traitement et sa protection. L’article, très court, qui surprit Michel s’intitule « La magie de l’eau » et présente le sympathique François, sourcier depuis son plus jeune âge car il avait le « don ».

L’auteur explique que François « ne se trompe jamais » et localise l’eau « exactement (parfois jusqu’à 100 m de profondeur) ». Il ferait même mieux que « ces géologues qui, un jour ont creusé jusqu’à 100 mètres malgré son avis contraire : il n’y avait pas d’eau. » L’explication du phénomène (le paragraphe de gauche « Comment ça marche ? ») fait un amalgame entre la déviation de l’aiguille de nos boussoles due au magnétisme terrestre et le mouvement des baguettes ou du pendule du sourcier. En effet, d’après l’auteur, la circulation de l’eau modifierait localement le champ magnétique et le sourcier, « plus sensible que les autres personnes » à cette force magnétique et donc à ses variations, serait capable de les sentir.

Cette hypothèse était l’explication au phénomène radiesthésique proposée par le physicien Yves Rocard et développée dans son livre Le signal du sourcier, publié en 1962. Cependant, les expériences qui avaient amené Yves Rocard à cette conclusion, reproduites dans des conditions rigoureuses à de nombreuses reprises (en particulier par le comité Para dès 1964) ne donnèrent aucun résultat positif. Pour le moment, la sensibilité des sourciers à ce gradient du champ magnétique n’est donc pas établie et semble finalement peu vraisemblable (voir notre dossier sur la radiesthésie). D'autres expériences réalisées avec des sourciers montrèrent même que lorsqu’ils sont isolés de tous paramètres environnementaux, leur performance n’est pas supérieure à celle que donnerait une détection au hasard.

 

En plus du fait que Ecojunior continue à propager sur la sourcellerie des explications pseudoscientifiques, ce qui avait contrarié Michel et ce qui nous inquiète également c’est que cette petite revue de huit pages est destinée essentiellement aux élèves de 6 à 12 ans et à leurs professeurs. Une offre d’abonnement propose en effet aux classes de recevoir les trois numéros annuels en trente exemplaires. Derrière l’éducation écologique, la sensibilisation au développement durable, c’est donc la science et l’esprit critique qui sont un peu malmenés dans ce numéro. Il ne faut pourtant pas croire qu’à ces âges, les enfants ne sont pas capables d’appréhender la méthodologie scientifique. Notre animation pédagogique sur le thème de la radiesthésie a eu autant de succès avec les élèves de CM1 qu’avec leurs parents. Même s'ils lisent Harry Potter, nul besoin de leur faire croire à la « magie de l'eau ». Nous n'avons pas manqué de le faire savoir à la rédaction d'Ecojunior.

Géraldine Fabre


Le non-sens de l’épistémologie post-coloniale

Dans la mouvance du relativisme cognitif, - qui prône que les faits scientifiques sont un mode de connaissance du même type que les mythes et légendes, - il est un courant dit « post-colonial » qui, arguant du fait que la science a été très « occidentale », les connaissances locales et culturelles devraient revendiquer un statut de scientificité. « Chaque civilisation a le droit de créer sa propre science », s’écrit par exemple Ashis Nandy, fer de lance des relativistes postcoloniaux en Inde. C’est libéral, c’est agréable à l’oreille, mais...

Cet argumentaire, faux, repose sur un effet paillasson jouant sur le mot science. Alors que la science comme institution a été bien sûr « coloniale », - tout comme capitaliste et sexiste - , la science comme démarche, elle, n’en est rien : c’est ce qui fait qu’une recette de cuisine effectuée avec les mêmes ustensiles et les mêmes ingrédients, marchera que le préparateur soit homme, femme, colonialiste ou plombier. C’est pour cela que dénoncer une science (au sens de « méthode ») officielle n’a pas vraiment de sens. C’est pour cela que créer une « science védique » n’en a guère plus. C’est pourtant ce que pousse à faire la frange politique nationaliste hindoue, proposant et soutenant par exemple la création d’un enseignement universitaire de l’astrologie védique. C’est pour cela qu'il est discutable d’écrire dans Science Presse que « La médecine traditionnelle bolivienne menacée : il se cache, dans les hameaux entourant le village Charazani, un trésor en voie de disparition. C’est à cet endroit, au milieu des Andes boliviennes, que vivent la plupart des derniers Kallawaya, ces médecins herboristes traditionnels, reconnus par l’UNESCO depuis 2003, comme patrimoine oral et immatériel. (...) Selon le ministre Victor Cáceres, responsable de l’éducation et des sciences, ce respect de la nature fait partie de la culture bolivienne. Et les savoirs ancestraux des herboristes sont la fierté du pays. Il nomme même la médecine traditionnelle comme leur expertise scientifique distinctive. »

S’il s’agit de sauver des pratiques en tant qu’objets sociaux, mythes, folklore, culture ou de préserver les parties efficaces de leur système de soin, pas de problème de principe. Par contre, s’il s’agit de faire de leur médecine traditionnelle une médecine en tant que telle, à tout prix, non sur la preuve de son efficacité mais pour la simple raison que la culture est en voie de disparition, il y a grave erreur. Un peu comme si vous collectionniez les papillons et que quelqu’un entre et vous demande de placer un timbre au beau milieu, sous prétexte que ce timbre est très rare.

L’exemple de la science védique, éclairant, provient de Meera Nanda, prophets facing backwards : postmodern critiques of science and hindu nationalism in India, repris de manière limpide par Alan Sokal dans le livre Pseudosciences et postmodernisme.


Petit tour dans les facs

Le docteur Michel Angles, de la faculté de Montpellier 1, vient d’ouvrir un cours de médecine traditionnelle chinoise (MTC) avec l’aval des doyens de la faculté de Médecine (Pr. Touchon) et de la faculté de pharmacie (Pr. Terol). Au programme phytothérapie, diététique, massages, mais surtout acupuncture et Qi gong, de la branche DYYSG (le Dao Yin Yang Sheng Gong) (voir la vidéo).

« Les travaux pratiques portent sur la connaissance du Qi par l’apprentissage de quelques formes de Qi Gong à raison d’une heure tous les matins et tous les après-midi de chaque week-end. » lit-on sur la plaquette de cours.

Étudiants, ne ratez pas cette occasion de suivre un contenu ne reposant sur aucun corpus valide autre que la tradition, et d’apprendre à utiliser cette notion, le Qi, qui ne semble exister que dans l’esprit de ceux qui y croient. L’OZ vous saura gré de monter un protocole permettant de montrer la validité médicale et universitaire de l’enseignement de ce « fluide vital ». Et de deux choses l’une : soit ce fluide existe, et les enseignants de zététique de Grenoble se reconvertissent dans le Qi Qong du maître Zhang Guang De (photo ci-dessus). Soit il n’existe pas. Auquel cas les enseignants de zététique se reconvertiront quand même dans ledit Qi qong. Pourquoi ? Parce qu’hélas, créer et pérenniser des cours d’Esprit Critique sur les facultés de Pharmacie Médecine à Grenoble semble plus difficile que de monter un cours sur les énergies chinoises.


LSD, entre New Age et CIA

Patrice Pesnot a parlé lors de son émission de radio : Rendez-vous avec X du 13 octobre de la manière dont la CIA s’est essayée aux sérums de vérité et aux psychotropes pour faire parler des prisonniers ou annihiler la résistance mentale de l’ennemi. Outre des pratiques proches de celles du sinistre docteur Mengele, on y apprend que la flambée d’utilisation du LSD durant le Flower Power et le mouvement hippie répond autant à une soif New Age (voir notre article sur la conférence de Chambéry) de découverte d’une autre réalité qu’à des fins de test sur population plus ou moins chevelue. À côté de la froideur des docteurs employés par l’Agence Centrale de Renseignement étatsunienne, Timothy Leary et ses trips de LSD en caisson pressurisé paraissent presque sympathiques (voir notre article Banana Spliff).

Note : Le LSD est le nom courant de l’Acide Lysergique Diéthylamide (ou N,N-diéthyllysergamide) alcaloïde dérivé de composés issus de l'ergot de seigle possédant des propriétés psychotropes puissantes. Il est à l’origine de ce que l’on a appelé Mal des Ardents ou feu de Saint-Antoine.


S’il y a un miracle, fais-moi signe

Patrice Gélinet a consacré son émission du 26 novembre de 2000 ans d’histoire aux Miracles chrétiens. Il faut dire qu’il y en a un paquet, entre les stigmates, les apparitions mariales, les statues qui suintent, l’odeur de sainteté et des guérisons. L’invité fut Patrick Sbalchiero, spécialiste de la question. J’y ai appris que les apparitions mariales (comme celles de Bernadette Soubirous ou la Salette) ne sont pas considérées par l’église catholique comme des objets de foi.

J’y appris aussi que lors du Concile Vatican 1, Pie IX, en 1870, indiqua que : « Si quelqu'un dit qu'il ne peut y avoir de miracles, et, par conséquent, que tous les récits de miracles, même ceux que contient l'Écriture sainte, doivent être relégués parmi les fables ou les mythes ; ou que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude, et que l'origine divine de la religion chrétienne n'est pas valablement prouvée par eux ; qu'il soit anathème. » Ce qui ne fait pas rire, surtout lorsqu’on sait que Pie IX prit soin de préciser que l’infaillibilité pontificale était « une vérité de foi divinement révélée ». En clair, qu’en terme de foi et de morale, qu’il a toujours raison. C’est assez pratique.

On y entend aussi malheureusement cette manière souple de botter en touche la question de la connaissance, en troquant la notion de preuve (que Sbalchiero « n’aime pas trop ») contre celle de « signe ». Je rends hommage à la réponse plus claire que l’évêque de Grenoble nous fit il y a quelques mois, lorsque des étudiants et moi vinrent le consulter sur le « miracle » de Marie Simon Pierre : grosso modo, le prélat nous dit que « le miracle n’est pas vraiment un fait scientifique, mais une manière d’ériger par la canonisation des individus en exemple pour le peuple ».

En clair, de la réclame.


Le procès de l’Intelligent Design

Le 13 novembre, PBS a produit à la télévision américaine Judgment day : Intelligent Design on trial, un excellent documentaire sur l’Intelligent Design (ID) et sur le procès de Dover, en 2005, qui devait statuer le caractère légal d’un enseignement de la théorie de l’évolution sans contrepartie pour l’enseignement de la version scientifique du créationnisme. Le procès de Dover, c’est un peu la suite du procès du singe (voir notre newsletter n°27). Le décorticage de l’ID à l’écran est suffisamment rare pour être pointé, et l’OZ remercie Louis Bélanger d’avoir transmis un enregistrement de ce document.
Alors que de nombreux enseignants, syndicats et sociétés scientifiques (comme la Société Française de Biochimie et de Biologie Moléculaire, en octobre dernier) commencent à réellement se pencher sur cette dérive métaphysique inquiétante, il serait bien opportun de proposer une émission du même type en France, pays où, rappelons-nous, l’Université Interdisciplinaire de Paris distille son Dessein Intelligent tranquillement jusque dans les écoles (comme dernièrement dans le Valais suisse). N’oublions pas non plus que les écoles publiques se sont vues offrir en début 2007 un Atlas du créationnisme aux bons frais du créationniste musulman Adnan Oktar, alias Harun Yayah. Pour se faire une idée, le film est en ligne, tronçonné.


Spes Salvi

La seconde encyclique du pape Benoît XVI, Spes Salvi, est parue le 30 novembre, sur le thème de l’espérance. « On demande trop à la science », dit l'encyclique. « La science peut contribuer à l'humanisation du monde. Elle peut détruire l'homme et le monde si elle n'est pas orientée par des forces qui se trouvent hors d'elles ». Ok, si les forces en question sont politiques. Seulement Benoît XVI ne l’entend pas de cette oreille, et s’en prend plus volontiers au matérialisme et aux lectures du monde sans métaphysique théiste. « Un monde sans Dieu est un monde sans espérance », écrit-il, vouant tous les athées à se tordre dans les affres du désespoir.

Nous avons vu (voir notre article : S’il y a un miracle, fais-moi signe) que l’infaillibilité pontificale était une vérité divinement révélée. Est-ce pour cela, par respect, que le journaliste de Le Monde Henri Tincq fait l’analyse la plus mièvre de tout l’occident chrétien ? Je cite : « Le risque serait de réduire cette encyclique à une nouvelle charge d'un pape contre le progrès, la science, l'athéisme. Elle est une tentative de réponse aux questions les plus graves sur la justice, la souffrance, la vie après la mort. » (Le Monde, 30 novembre 2007).


Coriolis dans la baignoire : ça a bien failli être vrai

Grosse polémique sur l’histoire du tourbillon dans le fond du bain. Nous le savons, si on retire la bonde de la baignoire, l’eau s’écoulera dans un sens ou dans un autre selon si l’on est dans l’hémisphère nord ou l’hémisphère sud. Nous le savons, seulement… c’est faux. Le phénomène est réel, certes, mais largement insuffisant pour s’imposer face à toute la gamme des frottements que subit l’eau. Bilan, l’eau s’écoule comme elle peut, indifféremment à cette accélération dite de Coriolis. Richard P. Crease entre autres, avait plié cette idée reçue dans Physics World de novembre 2006. Mais en février dernier, une histoire courut d’une démonstration de l’effet Coriolis en public à Quito, au Pérou, au Monument Equatorial. « Un bassin est placé à une certaine distance au nord de la ligne de l'équateur et l'eau qu'on évacue d'un bassin tourne dans une direction ; puis, lorsqu'on place le bassin au sud de cette même ligne, l'eau s'écoule ... dans la direction opposée ! Mieux : si on dépose le bassin sur la ligne, l'eau s'écoule directement, sans tourbillonner » raconte Baillargeon. Comment est-ce possible ? Vous le saurez dans le blog de Normand Baillargeon, La science sceptique.


L’Art de la propagande

Daniel Mermet a consacré son émission du 26 novembre 2007 à Edward Bernays, père de la manipulation moderne de l’information et auteur du fameux livre Propaganda. On l’entend interviewer Normand Baillargeon, auteur du Petit cours d'autodéfense intellectuelle, et préfacier de la réédition de Propaganda. Au passage, soulignons que la maison d’édition, ZONES, d’une part met en ligne le texte du livre de Bernays, mais d’autre part montre la vidéo de l’interview de Normand Baillargeon.


La fabrique du conformisme

C’est le titre du dernier Manière de voir de décembre 07/Janvier 08. Je me suis précipité dessus, alléché par la couverture et par le titre, et ... triste surprise. Est-ce parce que Bernays était le neveu de Freud ? ( cf. précédemment). Si j'excepte les publications de Martin Winckler, de François Brune et de quelques autres, le freudisme est partout, presque dans chaque page. C’en est désespérant de conformisme, justement.

Goûtons au passage une petite « imposture intellectuelle ». Vous savez c'est une petite friandise qui a la forme d'une phrase qui a l’air érudite et brillante, mais qui n'est que pompeuse et creuse comme un vieux mur de plâtre. Généralement, elle est dans une papillotte de concepts scientifiques empruntés à d'autres champs, et importée sans autre justification que le vernis qu'elle procure. Cette petite friandise, spécial Noël, provient de l’article « Le désir asphyxié, ou comment l’industrie culturelle détruit l’individu », de Bernard Stiegler (p. 14) : « [...] la mise sous contrôle des écrans de projection du désir d’exception induit la tendance dominante thanatologique, c'est-à-dire entropique. Thanatos, c’est la soumission de l’ordre au désordre. En tant que nirvana, Thanatos tend à l’égalisation de tout : c’est la tendance à la négation de toute exception – celle-ci étant ce que le désir désire ».

Stiegler fut directeur au Collège International de Philosophie. J’espère que ce qu’il y disait était plus clair.

 

Bernard, on ne comprend pas ce que vous écrivez.


Richard Monvoisin



En bref


Chasse aux sorciers chez les enfants

En Angola, au Congo Brazzaville et ailleurs, un nombre semble-t-il croissant d’enfants orphelins de guerre ou du sida sert de boucs émissaires à la population qui les pourchasse et les maltraite en les accusant de tous les maux. Certains vont même jusqu’à parfois les tuer, au motif qu’ils seraient des « enfants sorciers ». Les Ndoki, comme on les nomme en lingala, sont les exutoires de populations en proie à la misère. Est-ce un début de preuve que la croissance des croyances en la sorcellerie est proportionnelle à la pauvreté ? En tout cas, elle semble profiter aux Églises de Réveil ou de Guérison, qui « désenvoutent » les enfants. (Source New York Times, 15 novembre 2007)


Allez mourir ailleurs !

Faute de place dans les deux cimetières de la commune, le maire de Cugnaux, en Haute-Garonne, a pris un arrêté municipal interdisant « à toute personne ne disposant pas de caveau de décéder sur le territoire de la commune ». (AFP 22 novembre)
Miserait-il sur des capacités étranges de ses administrés ? L’OZ s’est renseigné : il ne s’agit que d’une question de place. Le cimetière déborde, et le seul terrain utilisable est un terrain militaire, Francazal, que l'Armée ne veut pas lâcher.


« Ajustement » pour la chiropraxie

Elle avait déjà un lourd passé, la théorie chiropractique. La revue médicale Lancet vient cette fois de lui mettre un coup sévère. Une équipe a testé l’efficacité de son outil central, l’ajustement (ou SMT pour spinal manipulative therapy), ainsi que celle du Diclofenac, dans une étude contrôlée et randomisée sur des douleurs aiguës du dos. Bilan ? Efficacité sensiblement égale au placebo. (Hancok & al., Assessment of diclofenac or spinal manipulative therapy, or both, in addition to recommended first-line treatment for acute low back pain: a randomised controlled trial, Lancet 2007; 370: 1638–43. Disponible en ligne : article et discussion de l’auteur en anglais).


Mieux que la réflexologie plantaire

C’est fait. Alors que la réflexologie plantaire traîne encore des pieds pour être efficace au-delà du placebo, Jean-Luc Coquet nous propose pour mars 2008 son livre Réflexologie plantaire émotionnelle. Mais préparez-vous à encore mieux : le Décodage Méta Plantaire, dont il a déposé le nom. Qu’est-ce donc ? « Une synergie de méthodes mêlant la Lecture Méta Plantaire, la Sophrologie, la Psychogénéalogie, l'Analyse Transactionnelle, la PNL, la Visualisation créatrice, et la Réflexologie ».
Monsieur Coquet, serait-ce beaucoup demander de faire la démonstration de l’efficacité de votre thérapie avant de la proposer aux gens ?


Nostradamus et le 11 septembre

"Dans la cité de Dieu il y aura un grand tonnerre / Deux frères seront séparés par le chaos / Pendant que la forteresse endure / Le grand meneur succombera / La troisième grande guerre commencera quand la grande cité brûlera"

Très nostradamien, certes. Mais faux écrit par Neil Marshall, étudiant canadien de Brock University. Il voulait montrer qu'on peut fabriquer à la manière de Nostradamus des prophéties assez ambiguës pour supporter, à l’instar des prédictions astrologiques, diverses interprétations. Le dernier vers a quant à lui été ajouté après les attentats du 11/09. Cela n’empêche pas les assoiffés de mystère de réveiller épisodiquement la dépouille de Michel de NostreDame et de nous offrir un charmant mélange de numérologie et de vision à travers les âges (vidéo en anglais).

 

Richard Monvoisin



Le bazar du bizarre


Ce mois-ci, nous vous proposons un bazar du bizarre spécial cadeaux de Noël, avec quelques idées de surprises « paranormales » glanées sur Internet. Passez de bonnes fêtes !


Poupées Vaudou

Plaqué(e) avant Noël ? Défoulez vous sur les poupées vaudou spécial ex. Elles existent en version homme et femme, sont livrées avec trois épingles et proposent différents sorts : impuissance foudroyante, perte d’un œil, mutation à Tombouctou, prise de 20 kg, fracture de la jambe, etc. L’efficacité n’est cependant évidemment pas garantie. Bien au contraire, le revendeur précise : « tout événement pouvant résulter de l'utilisation de notre poupée ne serait que pur hasard et complètement fortuit... »

 


Le livre des fées séchées de Lady Cottington

Ce livre serait une reproduction du journal d’Angelica Cottington (1888-1991). Comme Elsie et Frances, qui rencontrèrent les fées de Cottingley, Angelica eut dans sa jeunesse la chance d’observer fées, elfes et autres farfadets. Et même d’en capturer quelques uns à l’aide de son livre qui lui servait de piège ! Son journal contient donc différentes créatures mystérieuses aplaties (voire écrasées !) entre les pages et nous livrent leurs secrets.

 



La lampe abduction

Rien de mieux pour éclairer votre bureau que cette très belle lampe abduction, d’un design et d’une finition parfaite (puisque pour l’instant elle n’existe que virtuellement, mais son succès devrait accélérer sa commercialisation). Vous pourrez, selon vos envies, kidnapper des vaches ou des humains. Comme l’affirme son concepteur, cette préférence des extraterrestres prouvent finalement que les abductés servent en fait de cuistots dans des fast food martiens ! (It becomes clear that humans are abducted to serve as burger flippers (...) on Mars !)



Le doudou fantôme

Pour les petits zététiciens, la marque Happy Horse propose en plus des habituels ours, chiens, moutons et lapins, un doudou tout doux en forme de fantôme. Marionnette souriante, il vous permettra d’animer les histoires de gentils fantômes racontées avant de dormir.

 





CULTURE ET ZÉTÉTIQUE



En librairie

 

Le New Age, son histoire, ses pratiques, ses arnaques...
Renaud Marhic et Emmanuel Besnier
Édition Le Castor Astral (1999)
248 pages - 20 euros

Définir le New Age et circonscrire ses diverses formes n’est pas chose aisée. Heureusement, le livre de Renaud Marhic et Emmanuel Besnier est là pour nous aider à y voir clair dans cette nébuleuse tentaculaire.

Cette synthèse réalisée après une longue enquête journalistique fait remonter les origines du Nouvel Âge à la théosophie d'Helena Blavatsky, fin XIXe. Mais c’est dans les années 1920 qu’Alice Bailey, sa disciple, évoque pour la première fois sous l’expression New Age, un changement d’ère, annonçant même le retour du Christ. Tout en prophétisant l’avènement de cette ère « spirituelle », placée sous le signe astrologique du Verseau, le New Age reprend et popularise des notions issues des religions orientales, en particulier l’hindouisme, telles que la réincarnation ou les chakras. Apparaissent alors de nombreuses pratiques et thérapies, révélées à leurs inventeurs, mêlant « énergies », « fluides vitaux », « aura », « anges », « esprits » et même « extraterrestres » et promettant à leurs adeptes une véritable « transformation personnelle ». On ne sera donc pas surpris (quoique parfois un peu) de retrouver dans ce livre, aussi bien l'astrologie que la PNL, la kinésiologie, la graphologie, la sophrologie, l’urinothérapie, l’ostéopathie, l’homéopathie, la radiesthésie…

Multiforme, sous son vernis pseudoscientifique et ses allures mystiques, valorisant l’intuition au détriment de la raison, le New Age dissimule bien des dérives, en particulier sectaires. Si elles ne nous donnent pas véritablement d'éléments pour nous préserver de leurs dangers, les recherches historiques de Renaud Marhic et Emmanuel Besnier permettent de comprendre les traits communs des différents visages du New Age.

 

Citations

- « Si la formule n’était pas forcément réductrice, on serait tenté de dire que l’éclosion du Nouvel Âge en 1968, ce fut la Théosophie plus la drogue… » (p. 31)

- « Avec le Nouvel Âge, il nous faut nous en remettre à l’intuition ou à la révélation. Changement de paradigme oblige, nous quittons d’emblée le domaine de la réflexion pour celui de l’émotion. » (p. 52)

- « Dans le domaine de l’entreprise comme ailleurs, telle est la philosophie du Nouvel Âge : pourquoi comprendre quand il est si facile de croire ? » (p. 133)

- « Correctement informé sur les dangers des sectes, le grand public est totalement ignorant des risques inhérents au sectarisme du Nouvel Âge. Et les victimes se comptent par milliers… » (p. 187)

- « Le Nouvel Âge et ses prosélytes incarnent l’antithèse du Siècle des Lumières, ils foulent aux pieds la démocratie et se régalent de délires théocratiques. » (p. 235)

 

Interview

Lors de la conférence sur le New Age le 3 décembre à Chambéry (voir notre article dans les nouvelles de l’OZ), en introduction, Renaud Marhic a répondu aux questions de Franck Villard, président de l’ADFI 2SI et modérateur de la soirée. Nous retranscrivons ici cet échange. En ligne également cette interview de Renaud Marhic par Guy Rouquet, fondateur de l’association Psychothérapie Vigilance.

Franck Villard - Comment définiriez vous le New Age en quelques mots ? Est-ce que c’est un mouvement constitué ? Un courant de pensée ? Une forme de religion ?

Renaud Marhic - Il s’agit d’un courant de pensée, mais pas au sens littéraire du terme. En aucun cas, il ne s’agit d’un mouvement constitué. On ne cherchera donc pas de maître, de gourou en chef, ni de siège. Il s’agit davantage d’une façon de penser, d’une façon de voir le monde.

FV - D’où vient ce terme de New Age et quelles sont les origines de ce mouvement ?

RM - New Age signifie « Nouvel Âge » et on a longtemps cru qu’il s’agissait d’une expression employée pour la première fois par Alice Bailey. Alice Bailey était une théosophe en rupture de ban avec la Société de Théosophie, mouvement crée par l’aventurière Helena Blavatsky. En 1948, Alice Bailey, qui se proposait de changer le monde à travers les nouvelles structures qu’elle venait de créer, écrivait dans un livre intitulé Le retour du Christ que l’important était la « transition dans un Nouvel Âge ». Pourquoi l’important ? Parce que tout allait changer avec le retour d’un christ qui ne serait pas le christ mais qui serait un avatar.

On a longtemps cru que le terme New Age avait été employé pour la première fois en 1948 mais j’ai pour ma part une autre version puisque dès 1911, nous retrouvons en Angleterre, une revue intitulée The New Age. Cette revue paraît dans un climat de libération culturelle engendrée par la mort du roi Edouard VII. Déjà en 1911, elle mêle sans vergogne aussi bien la philosophie vitaliste de Bergson que les débuts d’une certaine psychanalyse, avec Jung. On y retrouve également la « philosophie », si l’on peut employer ce terme, du mage Gurdjieff à travers les articles d’Ouspensky, un de ses principaux associés, qui déjà nous expliquait qu’il fallait réveiller l’humain endormi par des pratiques occultes à vocation thérapeutique dont le rappel de soi. En Bref, dès 1911, on a des gens qui commencent à mélanger des choses très différentes. Ensuite, tout cela va faire son chemin dans les consciences et on va voir des personnes se réclamer du Nouvel Âge notamment aux États-Unis.

FV - Pourtant actuellement, aucun des mouvements que l’on peut qualifier de « New Age » ne se revendique ouvertement de ce courant. Dans votre livre, vous écrivez d’ailleurs : « Ne dites pas à ma mère que je suis newager, elle me croit chaman thérapeute psycho-spirituel. ». Alors, pourquoi selon vous ?

RM - En effet, on constate que le New Age est quelque part une appartenance un peu honteuse sur un plan philosophique et idéologique. Pourquoi ? Parce que lorsque l’on retrace ses origines, on arrive sur des gens qui nous ont dit que le monde allait changer. Changer à l’occasion de l’ère du Verseau qui succèderait à l’ère des Poissons, comme le croyait Alice Bailey. Vous avez parlé de 2012 mais il faut savoir que selon les personnes, on va trouver toutes sortes de dates qui n’ont pas de rapport les unes avec les autres. On est pourtant toujours face à la même affirmation : la Terre va entrer, avec l’aide du Christ ou de qui vous voudrez, dans un Nouvel Âge d’or. Cela fait un petit moment qu’on nous l’annonce, depuis 1948, voire 1911. Peut-être que certains voient dans l’évolution de notre société, de la planète, un Nouvel Âge d’or mais cette vision peut se contester. Alors qu’ont fait les newagers ? Exactement à la façon des prophètes, ils nous disent : « Ok, ce n’est pas pour cette fois-ci mais ce sera pour la prochaine. » Aujourd’hui, c’est donc très ringard de dire New Age. On ne dit plus New Age mais Next age : ce n’est plus « Nouvel Âge » mais « âge prochain ». Et bien entendu, quand en 2012, il ne se sera rien passé et quand dans les années suivant 2012, la situation de la planète aura encore empiré, on va nous annoncer que, en fonction d’autres calculs, on peut envisager que plus tard… Voilà pourquoi cela ne se fait plus de dire que l’on est New Age. Par contre, vous citiez mon ouvrage, on va par tout les moyens affirmer que l’on participe à ce renouveau que désormais on est en pratique de nouvelles connaissances et notamment de nouvelles thérapies puisque depuis les origines, le New Age a toujours voulu soigner la planète. Et pour soigner la planète, les newagers nous disent qu’il faut remettre l’Homme au centre de tout. Il faut donc commencer par soigner l’Homme pour soigner la planète. Comment le soigner ? À l’aide de toutes ces thérapies que l’on voit apparaître aujourd’hui.

FV - Dans un entretien avec Guy Rouquet, vous définissez le New Age comme « l’école des doctrines faciles ». Vous dites : « Hissant le moindre ressenti au rang de connaissance, il fait place à toutes les lubies. S’il faut parler de charlatanisme, c’est en cela que, au pays du New Age, tout le monde est professeur. Nimbus ou Tournesol... Et recevra les honneurs dus à son « rang » au seul prix des théories les plus improbables. La Tradition tenue en symétrie avec la Science, l’intuition faite connaissance ». Est-ce que vous pouvez nous parler du rapport ambigu entre le New Age et la Science ?

RM - Partout professent aujourd’hui de nouveaux Nimbus, de nouveaux professeurs Tournesol. Sur quelles bases ? La recette est simple, on la connaît : pour que naisse une nouvelle « discipline », il suffit d’accoler la terminaison –logie, à tout et n’importe quoi. Vous pouvez demain vous baptiser professeur de je-ne-sais-quoi-logie. Cela devrait vous attirer une certaine clientèle. On voit ainsi l’astrologie, la radiesthésie devenir médicales. Le yoga devient même cellulaire. On peut faire du yoga pour se détendre. Qu’en est-il quand on vous dit que le yoga va guérir votre cancer ? Peut-être l’exemple de ces psychothérapeutes que l’on voit se multiplier depuis vingt ans est-il parlant. « Psychothérapeute » est un titre non légalement protégé, ce que veut dire qu’il peut être adopté par vous, par moi, demain pour peu que nous vissions une plaque sur notre porte et que nous nous acquittions des cotisations sociales inhérentes à l’exercice d’une profession libérale. Et nous ne serons passible d’aucune poursuite. Cela veut dire que des gens qui n’ont pas la moindre notion de psychologie, de santé mentale peuvent demain se mettre à soigner de grands dépressifs voire des malades mentaux. On est là dans la dérive la plus complète qui est la marque de fabrique du New Age. Car le New Age nous dit que l’on a changé de paradigme, de cadre de référence. Il ne faut plus penser comme avant. Avant, si vous vouliez soigner, il vous fallait faire des études scientifiques longues, difficiles et coûteuses. Alors que dans les populations de cultures chamaniques, on devient chaman après un épisode ponctuel : un homme a regardé la lune et a été ravi aux cieux par la lune, il a rencontré là les esprits et devient chaman. Puisque c’est comme cela dans les cultures chamaniques, on va décréter - changement de paradigme - qu’il en est ainsi pour l’Occident. Ainsi n’importe quel professeur Nimbus ou Tournesol qui aura eu un jour en sortant du métro ou en prenant son bain a eu une intuition, va mettre en pratique cette intuition, généralement sans jamais oublié le cadre commercial qui va avec - et c’est sans doute l’énorme différence d’avec ces populations de cultures chamaniques. N’oublions jamais que si les disciplines les plus improbables apparaissent sur la base d’intuitions non moins improbables, elles ne manquent jamais d’être sévèrement tarifées.

FV - Qu’y a-t-il de séduisant dans ce que propose le New Age ?

RM - Peut-être justement cette facilité. Il est vrai que faire voler en éclat le paradigme, le cadre de référence, est très tentant. D’ailleurs cela a souvent été associé chez certaines personnes à une attitude révolutionnaire : on va mettre à bas la « caste des médecins », on va mener une véritable révolution culturelle et tout va aller beaucoup mieux. Les expériences de ce type peuvent être tentantes. C’est vrai que comme par hasard on va voir ces idées se développer éclore aux États-Unis à partir de 1968, à partir du mouvement de la contre-culture, avec deux branches bien précises : des gens qui vont s’orienter vers un combat politique et des gens qui vont s’orienter vers un combat philosophico-religieux et qui vont devenir par la suite des figures de proue du New Age. Je crois que la fascination est là : dans la facilité. La médecine a certainement des travers mais quand on voit ce qui se passe aujourd’hui dans les « cabinets » de ces thérapeutes, de ces « dérapeutes », je crois que l’on est en train de soigner le mal, si mal il y a par quelque chose de bien plus dangereux encore.

Géraldine Fabre

 



Sortie de livre

Les autruches ne mettent pas la tête dans le sable

Les autruches ne mettent pas la tête dans le sable :
200 bonnes raisons de renoncer à nos certitudes
J. Lloyd, J. Mitchinson
Éditions Dunod
Collection Oh, les science !
224 pages - 17 €

Le dernier livre de la collection Oh, les sciences ! de Dunod fait le grand ménage dans nos idées reçues. Vous pensez que le Sahara est l’endroit le plus sec sur Terre ? Que les chameaux stockent de l’eau dans leurs bosses ? Que le lion est l’animal le plus dangereux d’Afrique ? Vous croyez vraiment que les autruches mettent la tête dans le sable quand elles ont peur ? Et quelle est la montagne la plus haute, selon vous ? Avec quoi écrit-on sur un tableau noir ?

Bon, c’est un peu agaçant d’avoir toujours tort à toutes les questions posées dans ce livre mais les réponses détaillées et argumentées vous permettront de faire le malin ensuite, dans les repas de famille.

 


AGENDA



Café scientifique

Le mardi 8 janvier 2008, de 18h30 à 20h30, Les Cafés « Sciences et Citoyens » organisent au Patio de la Villeneuve Arlequin un café scientifique sur le thème « Cancer : Où en sont la recherche et les traitements ? ». Après une brève introduction du sujet, la parole sera donnée au public qui posera ses questions, puis aux intervenants pour les réponses qu’ils envisagent aujourd’hui.

Cancer : Où en sont la recherche et les traitements ?
Mardi 8 janvier 2008 de 18h30 à 20h30
Patio de la Villeneuve Arlequin
97, galerie de l’Arlequin
38000 Grenoble
Tél. : 04.76.22.92.10
Entrée libre
Plus d’informations sur site des Cafés Sciences et Citoyens



Conférences

Le 17 décembre, l’association Aldéran, dans le cadre de l’université populaire de philosophie de Toulouse, présente une conférence d’Éric Lowen intitulée « L’obsolescence de Dieu : les raisons du déclin de l’idée de dieu » : « Dieu n’est ni une illusion, ni mort, c’est aujourd’hui une idée obsolète. Dieu est-il encore utile pour expliquer quelque chose face à nos connaissances sur l’Univers ? Peut-on encore parler de Dieu à l’époque du Big-Bang ? Dieu est-il mort comme l’a proclamé Nietzsche ? L’être humain est-il orphelin de Dieu ? Retour sur le processus de dépassement de l’idée de dieu. »

L’obsolescence de Dieu : les raisons du déclin de l’idée de dieu
Lundi 17 décembre 2007 à 20h30
Maison de la philosophie
29, rue de la digue
31300 Toulouse
Tél. : 05.61.42.14.40
Renseignements sur le site de l’association Aldéran
Entrée : 4 euros, gratuit pour les adhérents

 

L’AMAZ, association monégasque d’analyse zététique, toute nouvellement créée et présidée par le magicien Stéphane Bollati organise le 18 décembre 2007 au théâtre des Variétés de Monaco une conférence-spectacle « Le paranormal face à la science », avec Henri Broch. Stéphane Bollati montrera également ses talents de mentaliste.

Le paranormal face à la science
Conférence spectacle
Mardi 18 décembre à 18h30
Théâtre des Variétés de Monaco
1, bld Albert 1er
98000 Monaco
Entrée : 8 euros, - de 18 ans : 5 euros
Informations : Depliant en pdf (3262k)

 

Le lundi 7 janvier 2008, le cercle de zététique de Toulouse présente une conférence d’Éric Lowen intitulée : Les sectes, comment les reconnaître ? : Nature et procédures des mouvements sectaires. « Quels sont les signes distinctifs des mouvements sectaires ? Quelle est la différence entre une secte et une religion ? Une religion peut-elle être sectaire ? Les sectes se limitent-elles aux religions ? Peut-on les reconnaître avant de tomber dans leurs pièges ? Une conférence pour se protéger et protéger les autres. »

Les sectes, comment les reconnaître ?
Lundi 7 janvier 2008 à 20h30
Maison de la philosophie
29, rue de la digue
31300 Toulouse
Tél. : 05.61.42.14.40
Renseignements sur le site de l’association Aldéran
Entrée : 4 euros, gratuit pour les adhérents

 

Dans le cadre du séminaire « Causalité, santé et médecine », l'Association pour les études matérialistes (AssoMat) présente le mardi 8 janvier 2008, une conférence de Jean-Paul Amann intitulée : Essais cliniques, statistiques et interprétations causales. Le programme complet du séminaire est disponible sur le site de l’AssoMat.

Essais cliniques, statistiques et interprétations causales
Mardi 8 janvier de 18h à 20h
Institut Jean Nicod
29, rue d’Ulm 75005 Paris
Plan d’accès
Renseignements : Marc Silberstein.
Entrée libre dans la limite des places disponibles



DIVERTISSEMENT



Insolite : La photo du mois

 

Le New Age est partout ! Même dans ce bar grenoblois, où l’on sert une sangria New AgeNew Age ? Qu’a-t-elle de New Age cette sangria ? Contient-elle un ingrédient particulier capable d’ouvrir nos chakras, de rééquilibrer nos énergies, de purifier notre corps astral, de nous connecter à une autre dimension, de recevoir les messages d’« esprits », de comprendre l’Univers ou d’entrer dans l’Ère du Verseau ?
Intrigués, nous avons posé la question au barman et… bien… non, cette sangria n’a rien de particulier… ce n’est qu’une sangria traditionnelle avec du vin rouge et des fruits, à qui on a donné ce nom bizarre parce qu’il « sonne bien »…
Finalement, on n’est pas si loin des pratiques du New Age, du vrai, qui recycle à sa sauce des notions, récentes ou anciennes, scientifiques ou spirituelles, pour vendre du « bien-être ». À consommer avec modération…



Mieux que Uri Geller et Mirin Dajo

Certains disent tordre cuiller et fourchette (Uri Geller), d’autres se transfixent complètement (Mirin Dajo). Cet enfant de 6 ans a fait mieux. On vous dit tout sur Snopes, le site des légendes urbaines mais cette fois, l’histoire est véridique.

 

La pétition des Steve

Le National Center for Science Education a lancé le Projet Steve, une pétition que ne peuvent signer que ceux qui :
- croient à l’évolution,
- ET qui sont scientifiques,
- ET qui ont pour prénom Steve, Steven, Stéphane, Stéphanie, etc.

Pourquoi Steve ? En hommage à Stephen Jay Gould, à sa contribution à la théorie de l’évolution et à sa vulgarisation. Vous pouvez être la/le 811e à signer sur le Steve-O-Meter.

 


Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Géraldine Fabre, Florent Martin et Richard Monvoisin.