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SUJET: Histoire populaire des sciences
   30/04/11 à 16:24 #22917
Henri Manguy
Contributeur important
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 Histoire populaire des sciences
Clifford D. Conner

Histoire populaire des sciences

Note de lecture



Nous connaissons tous les noms prestigieux de l’histoire des sciences, les Galilée, les Newton, les Pasteur, les Einstein, tous ces grands savants qui ont fait progresser la connaissance des choses, du monde, de l’univers. Mais les arbres de ces quelques génies nous cachent la forêt des milliers d’anonymes sans lesquels la Science ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui. Car les élites scientifiques dont l’Histoire a retenu les noms n’auraient pu élaborer leur puissant édifice explicatif de la nature sans les innombrables savoirs et savoir-faire que de modestes artisans, paysans, marins, mineurs, forgerons, guérisseurs, et même chasseurs-cueilleurs ont accumulé depuis l’aube de l’humanité. C’est ce que montre Clifford D. Conner dans son Histoire populaire des sciences, parue cette année en traduction française aux éditions l’Echappée (Titre original : A People’s History of Science : Miners, Midwives, and « Low Mechanicks »). Car si les sciences sont depuis toujours une œuvre collective, elles ne sont pas uniquement celle de « géants juchés sur les épaules d’autres géants » pour reprendre une formule bien connue dont la paternité l’est moins, mais bien celle de l’ensemble de l’humanité où les petites gens ont fourni des bases qui furent bien souvent accaparées, voire volées sans vergogne par des élites qui ne se gênaient pourtant pas pour les mépriser.
Ce mépris des intellectuels pour tout ce qui était travail manuel a longtemps cantonné la science dans des études théoriques ne reposant que sur quelques ouvrages d’auteurs classiques, au premier rang desquels Aristote, considérés comme « parole d’Évangile », et bien entendu bourrés d’erreurs et de jugements hâtifs. De là vient d’ailleurs la volonté, toujours vivace, de séparer la science en deux : celle dite « pure » qui serait une noble activité uniquement théorique, et celle dite « appliquée », autrement dit la technique, une forme inférieure de science laissée aux ingénieurs et autres techniciens. Pourtant, la technique a précédé la science et celle-ci ne s’est développée qu’en s’efforçant de comprendre les principes mis en jeu dans les techniques élaborées par des hommes ordinaires, depuis les premiers temps de l’agriculture jusqu’à ceux des logiciels informatiques. Et ce que souligne Conner c’est que les artisans ne fournirent pas seulement le gros des connaissances empiriques qui furent la matière première de la Révolution, mais la méthode empirique elle-même. Auparavant, l’observation directe de la nature n’était nullement de mise parmi les savants, alors que la pratique expérimentale, si caractéristique des sciences modernes, est née dans les ateliers des artisans. Ces sciences modernes naquirent quand des gentilhommes commencèrent à s’approprier le savoir des artisans pour les systématiser. Ainsi, la médecine trouve son origine dans la découverte par les peuples préhistoriques des propriétés thérapeutiques des plantes, la chimie et la métallurgie se développent à partir des savoirs produits par les mineurs, les forgerons et les potiers de l’Antiquité, les mathématiques doivent leur existence aux topographes, aux marchands et aux comptables. Il ne s’agit évidemment pas de dire que les grandes théories explicatives sur la nature sont le fait des artisans et autres gens du peuple, mais elles sont tout de même redevables aux savoirs préscientifiques sur lesquels se sont construites les sciences qui les ont fait naître.
Avec la naissance du capitalisme, cette inséparabilité des sciences et des techniques a engendré l’essor de ce qu’on appelle aujourd’hui le complexe scientifico-industriel, dans lequel scientifiques, techniciens, technocrates et politiques oeuvrent au profit presque exclusif des sociétés multinationales, mais en se donnant l’illusion de travailler pour le progrès de l’humanité et de la connaissance « pure ». En 2002, le New Scientist rapportait que la recherche est aujourd’hui financée aux deux tiers par des entreprises. Les frontières entre recherche publique, industrielle et universitaire n’ont cessé de se brouiller et il en résulte que l’argent public versé aux universités sert à produire des connaissances qui deviennent ensuite la propriété privée des grands groupes industriels. Les sciences modernes qui se sont développées au sein de ce complexe sont certes parvenues à étendre considérablement notre connaissance de la nature. Cependant, Clifford D. Conner le souligne, elles pèchent par le fait qu’on ne peut pas vraiment se reposer sur elles pour ce qui relève des choses les plus fondamentales pour l’être humain : tout ce qui touche aux questions sociales, économiques ou politiques. Malgré l’allongement de l’espérance de vie (du moins dans les pays riches) et l’amoncellement de gadgets permettant de se divertir ou de « gagner du temps », il a souvent été rappelé à juste titre que pour une majorité de terriens, les sciences modernes n’ont pas rendu la vie meilleure. Malgré tous les efforts de mouvement d’information scientifique, et les résistances des écologistes, des antinucléaires, des féministes et d’autres mouvements populaires, la science lourde n’a pas pris la voie de la responsabilité sociale. Le cœur du problème semble être que la production du savoir reste subordonnée à la recherche du profit. Force est de constater que l’alliance du capital et de la science ne montre aucun signe d’affaiblissement.
 
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Modérateur: Bobby, Jerem
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