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hypnose clinique : pratique et enseignement, Jérémy Royaux signifie que ce forum est verrouillé; pas de nouveaux messages possibles.
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SUJET: hypnose clinique : pratique et enseignement, Jérémy Royaux
   07/04/12 à 13:26 #28617
Jerem
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Sexe: Masculin Observatoire Zététique jeremy.royaux@hotmail.be Lieu: Bruxlles - Belgique Date anniversaire: 24/02
 hypnose clinique : pratique et enseignement, Jérémy Royaux
Bonjour à tous,
Par ce sujet, je souhaitais partager avec vous ma vision de l’hypnose. Pour ceux qui n’ont pas vu mon sujet de présentation, j’ai fais des études de psychologie clinique et je suis formé à la thérapie brève et à l’hypnose, ce que je pratique depuis plusieurs années en les combinant à certains outils d’autres approches. Je souhaite donner ici suffisamment d’éléments pour avoir une vue d’ensemble de l’hypnose clinique contemporaine, dégagée d’éventuels mythes et croyances. Le texte est assez long mais j'ai vraiment tenté d'être complet.

Mon objectif sera double :
- faire un état des lieux critique de la pratique et de l’enseignement de l’hypnose clinique vue de l’intérieur
- tenter d’amener quelques éléments de définition de cette pratique.

Je vais commencer par un bref historique. L’hypnose désigne un ensemble de pratique qui n’est pas clairement défini. Depuis toujours, l’homme pratique, sous l’une ou l’autre forme, ce que les psychologues appellent « hypnose ». Dans les sociétés traditionnelles, on retrouve un usage fréquent de la « transe » , souvent induite par un rituel accompagné de musique voir de drogues. Ces transes ont en général pour but de faire vivre quelque chose à un sujet afin qu’il en ressorte différent (par exemple lors d’un rite de passage à l’âge adulte, il se mettre en contact avec les ancêtres qui vont lui donner une direction dans la vie). Au fil du temps, l’hypnose a été mise à toutes les sauces. Freud l’a apprise très au début de sa pratique et, après avoir constaté qu’elle influençait son patient, a décidé de ne plus l’utiliser. D’autres psychanalystes de l’époque ont continué à utiliser une forme basique et autoritaire de l’hypnose. De nos jours on trouve encore un reste de cette pratique qui s’appelle l’hypno analyse (le but étant surtout de permettre au patient d’associer plus facilement et plus rapidement). On retrouve aussi de l’hypnose dans différentes thérapies alternatives qui n’en font pas leur object mais qui l’induise malgré tout, je pense par exemple à l’EMDR. Revenons en a Freud. Après lui, l’hypnose reste une pratique très minoritaire jusqu’à l’époque de Milton Erickson, ce psychiatre américain a remis l’hypnose sur le devant de la scène en en développant l’usage intensivement. A l’heure actuelle, la majorité des hypnothérapeutes sont aussi formés à la thérapie brève. La thérapie brève est un courant de thérapie qui est né dans la systémique à Palo Alto. Elle est en grande partie basée sur la pratique thérapeutique de Milton Erickson. Sans rentrer dans les détails, voici les éléments importants de cette pratique :
Erickson n’est pas un théoricien, il n’a crée aucune théorie psychologique. Il s’est contenté de développement son travail de manière pragmatique. 2 personnes importantes dans la psychologie ont étudié et observé ses consultations pendant des années, ce qui a permis d’en dégager toute une série d’outils et de stratégies qui ont par la suite été transmises (ces personnes sont Rossi et Haley).

Erickson n’a pas de théorie sur les causes des problèmes. Son seul objectif est d’aider le patient à moins souffrir du problème que celui-ci amène. Erickson définit l’inconscient comme un réservoir de ressources et non comme un réservoir de pulsions refoulées. Il ne s’intéresse pas à la valeur de vérité de sa définition, uniquement à son utilisé. En effet, un apport important d’Erickson à la psychologie c’est d’avoir analysé en profondeur l’usage du langage : il souhaitait contrôler au maximum l’impact des mots, des tournures de phrases, etc… afin de pouvoir influencer le patient. Sa vision des problèmes psychologiques est intégrative dans le sens ou il tient compte du passé, du comportement, des cognitions, des contacts sociaux et de l’environnement. Il est fondamentalement pragmatique. Il s’intéresse surtout au fonctionnement observable de l’être humain. S’il remarque par exemple que le patient se plaint d’un problème mais ne fait aucun effort pour se débarrasser de ce problème, il va se demander comment il peut amener ce patient à changer sans rentrer dans un bras de fer avec celui-ci.

La majorité de ses stratégies visent un résultat « expérientiel » dans le sens ou il essaye en général de faire vivre quelque chose aux gens afin qu’ils changent. Son but n’est donc pas de faire comprendre, d’expliquer, mais plutôt de faire vivre une expérience aux gens. Pour quelqu’un qui a une timidité sociale maladive, il mettre donc en place des situations ou le patient ira vivre un contact social autrement plutôt que d’essayer de lui expliquer pourquoi il va mal ou comment il doit faire pour aller mieux.

Afin d’atteindre cet objectif, Erickson est prêt à utiliser n’importe quelle stratégie. Il est courant qu’il manipule le patient ou lui donne de fausses informations (d’une manière bienveillante) et ce, afin de s’assurer que le patient vive la situation qu’Erickson juge nécessaire. Erickson utilisera donc, dans la discussion comme dans l’hypnose, un grand nombre de suggestions directes ou indirectes, de tournures de phrases confusionnantes, de métaphores, …. Il fera également tout pour renforcer l’impression que le patient a du fait que l’hypnose a un effet. Il est donc maitre dans l’art de tourner ses phrases d’une manière à avoir toujours raison, noyant souvent le patient dans un discours complexe qui a juste pour but de l’empêcher d’analyser afin qu’il soit réceptif à certaines suggestions.
Erickson n’a pas de théorie, il ne défend donc rien appart l’efficacité. Il ne donne aucune valeur magique à l’hypnose et sa manière de la définir change en fonction du patient (il n’est intéressé que par l’impact de ses mots et non par leur vérité). Il n’a jamais fait de déclaration triomphaliste sur l’hypnose et ne prétend pas guérir quoi que ce soit. Il a beaucoup participé au secteur médical de l’époque et a inspiré durablement la psychologie. Contrairement à la psychanalyse qui souhaite influencer au minimum le patient et qui ne croit pas à l’utilité pour le thérapeute d’être actif et de créer le changement, Erickson pense exactement l’inverse. Il est prêt à influencer le patient et a être celui qui crée le changement pourvu que cela puisse aider le patient à aller mieux. Il est également convaincu que le patient à les ressources qu’il faut pour aller mieux, et il va tout faire pour amener celui-ci à les utiliser, quitte à le manipuler pour cela.
L’hypnose n’est pas une thérapie, c’est un outil. Un ensemble de stratégies et de pratiques qui peuvent être utilisée pour atteindre un objectif. Un contenant en sorte, vide de contenu. La majorité des hypnothérapeutes sont formés à la thérapie brève, c’est donc elle qui est « thérapie » et pas l’hypnose.

Venons en maintenant à l’enseignement de l’hypnose. Celui-ci est maintenant assez systématisé car la plupart des instituts de formations dépendent de quelques fédérations internationales. En pratique la formation dure 3 ans et une année est dévolue à la supervision et à l’étude de cas.
Voici les éléments importants. Après les avoir présenté, je ferai des commentaires sur ma propre vision des choses
On apprend qu’une séance d’hypnose se fait en 4 temps : induction, approfondissement, thérapeutique et réveil.

L’induction
est un ensemble de techniques qui permettent d’amener le sujet dans un état de conscience modifié

L’approfondissement est un ensemble de techniques qui permettent d’approfondir l’état d’hypnose, le rendre « plus profond »

Le temps thérapeutique est le moment de la séance ou on travaille sur le problème, principalement à base de métaphores, suggestions, imagination,…

Le réveil est un ensemble de stratégie qui permet de ramener le patient à l’état d’éveil normal.

On apprend également beaucoup sur le langage. Il y a dans celui-ci beaucoup de subtilités qui permettent de suggérer, d’avoir toujours raison, de donner de fausses impressions, … Ces procédés sont bien connus et documentés par la linguistique, par la psychanalyse lacanienne mais aussi par les techniques de ventes et de marketing, je ne vais donc pas rentrer dans les détails, disons juste qu’on apprend à utiliser au mieux le langage pour influencer le patient.

L’induction peut être faite de nombreuses manières, allant du plus basique au plus sensationnel (le sensationnel est utilisé dans les spectacles, pas dans la thérapie). On apprend que l’induction a pour but de focaliser le sujet sur quelque chose (sa main, un point, un pendule, n’importe quoi) afin qu’il se relaxe. On peut donc utiliser un nombre infini de méthodes comme induction, utilisant ou pas le corps. Il n’y a pas vraiment de différence entre l’induction hypnotique et les moyens de rentrer dans un état de relaxation qu’on trouverait par exemple dans la sophrologie, le yoga ou n’importe quelle méthode de relaxation.

L’approfondissement vise a atteindre un état d’hypnose plus profond. On peut en pratique dire que c’est simplement un moment pour aider le sujet à se relaxer le plus complètement possible. Pour cela on utilisera l’imagination, par exemple en demandant au sujet d’imaginer un endroit dans lequel il se sent bien et en sécurité, de l’explorer, de vivre des sensations (odeurs, température, vent, sons, toucher des objets,…). On utilise donc simplement l’imagination du sujet afin de l’aider à se relaxer au maximum, il est donc dans un autre rapport à lui-même à partir de ce moment. Lors de cette phase, on apprend aussi à utiliser des stratégies idéo motrices : catalepsie, insensibilisation, etc… On suggère par exemple au patient que son bras devient de plus en plus léger au point de se soulever tout seul, sans effort. La aussi on utilisera un langage qui nous donne toujours gagnant, si le bras ne se lève pas, on dira que le patient peut constater que son bra est devenu tellement lourd qu’il ne peut plus se lever même si on le demande, au final on a toujours raison, et le but est simplement d’augmenter l’adhérence du sujet à l’hypnose afin d’augmenter l’impact des suggestions.

Le temps thérapeutique contient un grand nombre de stratégies que je ne pourrai décrire ici mais qu’on peut inventer presque à l’infini car le seul principe est d’influencer le patient en utilisant la suggestion et son imagination. Vu qu’on utilise l’imagination, on peut donc être très créatif. Par exemple : on pourra apprendre une méthode de relaxation à quelqu’un qui a peur de parler en public, le mettre en transe puis lui faire imaginer un moment ou il doit parler en public, lui faire imaginer les sensations de peurs, d’angoisse, puis lui demander d’imaginer qu’il applique la méthode et qu’il arrive à gérer les choses, à faire son discours puis a être fier de lui. C’est totalement imaginaire, mais l’état dans lequel il est lui permettra de vraiment ressentir ces émotions, ce qui laissera une trace importante dans sa mémoire et ce qui lui fait « vivre » une expérience. Cette expérience aura évidement un impact sur son futur.

Le réveil est simplement un moment ou on propose à la personne de réactiver un peu son corps, d'arrêter d'imaginer quelque chose et de se concentrer sur l'ici et maintenant. En général, et comme vous l'avez vu dans les spectacles, on fait un décompte. Ce décompte est optionnel et n'a en soi aucune utilité, c'est juste une manière de dire au patient que c'est la fin de la séance. On pourrait lui signifier cela de n'importe quelle manière

Voila en gros les étapes de l’hypnose. J’en profite pour préciser qu’on doit s’engager par écrit à ne pas faire de déclarations triomphalistes sur l’hypnose et à ne pas faire d’hypnose de spectacle, et ce, quand on s’inscrit à la formation.
Lors de cette formation, on apprend qu’il y a de nombreuses théories de l’hypnose, qu’il n’y a pas encore de consensus mais qu’il y a pas mal d’études qui ont été faites au niveau cognitif et cérébral. Les études confirment effectivement que le cerveau fonctionne différemment dans l’état d’hypnose (c’est pareil avec le yoga ou la relaxation, évidemment). Les études montrent aussi que l’hypnose est moyen efficace pour diminuer la douleur. C’est sans doute de ce coté qu’elle est le plus documentée car l’hypno sédation est utilisée dans de nombreux hôpitaux. L’hôpital universitaire de Liège est un des pionniers en europe dans ce domaine et réalise de nombreuses opérations avec l’hypnose tous les jours. A noter que l’hypnose ne permet pas de faire des opérations sans anesthésique. Elle diminue juste le recourt à ceux-ci en diminuant la perception de la douleur, et est donc une méthode alternative qui a plusieurs avantages : cela fonctionne avec a peu près tout le monde, il y a moins d’effets secondaires car moins d’anesthésique,…. Pour plus de détails sur l’hypnoanalgésie en détail et sur certaines études : hypnose.33.free.fr/pages/anesthpag.html

La ou j’ai eu du mal avec la formation parfois, c’est que certaines stratégies sont encore un peu dogmatiques, même si j’ai été étonné par la qualité scientifique de mes cours.
Un bon exemple est celui de l’amnésie…. L’amnésie est une des stratégies utilisées en hypnose. On suggère au patient qu’il peut ou doit « oublier » certaines choses. Par exemple, on pense qu’il est utile pour lui de faire une tache entre les séances, mais on sait que le patient ne va pas en comprendre l’utilité ou risque de ne pas la faire correctement. On va alors éviter de lui demander de faire cette tâche mais lui suggérer pendant l’hypnose qu’il va la réaliser, et lui disant suggérant après qu’il ne se rappellera pas que nous lui avons parlé de cela. Lorsque ces stratégies ont été expliquées, j’étais fort sceptique, ne trouvant aucune raison satisfaisante qui expliquerait que cela puisse fonctionner. La majorité des enseignants , eux non plus, ne donnaient pas vraiment une explication, apart de dire que « ca marche ». J’ai moi-même vécu ce type de suggestion lors d’exercices et je n’ai rien oublié dutout . Après ma formation, je n’ai pas mis en pratique cette stratégie, ainsi que plusieurs autres, considérant qu’elles faisaient partie de l’hypnose de spectacle plus que d’une pratique clinique. C’est seulement 2 ans plus tard que je suis tombé sur certaines études expérimentales sur l’amnésie. Ces études sont courantes et le domaine a été souvent testé. On peut par exemple faire temporairement « oublier » un chiffre à quelqu’un, ceci a été démontré de nombreuses fois par des dispositifs expérimentaux. En lisant les études faites sur le sujet, j’ai compris la chose suivante : L’amnésie n’en est pas une. Le sujet n’oublie pas vraiment, mais il se soumet à ce qu’on attend de lui. On peut dés lors utiliser l’amnésie pour, par exemple, donner l’occasion à un patient de faire une tache à laquelle il s’opposerait en lui suggérant qu’il ne va pas s’en rappeler. S’il se soumet à la suggestion, il n’aura donc pas l’occasion de s’opposer, vu qu’il est sensé ne pas se rappeler… C’est purement un phénomène social. Je ne vais pas rentrer dans plus de détails à ce niveau, le sujet dans ce même forum qui concerne l’hypnose de spectacle explique très bien les aspects sociaux de l’hypnose. Au fond l’amnésie est donc un phénomène de psychologie sociale, qu’on peut utiliser de différentes manières afin d’atteindre un objectif. Ce genre d’explication fait encore défaut dans les formations, ou on nous présente ce phénomène comme un truc qui « fonctionne » sans l’expliquer. Il y a d’autres exemples de cela, comme les lévitations. On suggère à la personne que son bras se lève tout seul. J’ai fais aussi cette expérience et mon bras ne se levait pas dutout, simplement parce que j’étais sceptique et que je n’avais aucune raison, dans le cadre de l’exercice , d’être sensible à la suggestion à la relation sociale entre moi et l’autre, qui n’était pas mon thérapeute mais un étudiant.
Je constate tous les jours que ce genre de trucs fonctionne avec mes patients, parfois avec des résultats étonnants. Il est courant que les gens disent ne plus sentir leur corps, se sentir très lourd ou très léger, ne plus sentir la douleur etc….
Bien que la majorité des thérapeutes en Belgique ainsi que des instituts de formations soient sérieux et fort liés à la psychologie et au secteur médical, il y a encore trop d’exceptions à mon gout. On trouve encore des thérapeutes qui prétendent guérir des maladies ou avoir un taux de réussite absolument ridicule.

Exemple connu : celui du centre de nouvelle hypnose de bruxelles. C’est un des 3 grands instituts de formations en Belgique. C’est aussi le seul qui est très médiatisé et qui fait beaucoup de marketing. Son directeur, Eric Mairlot, est déjà passé sur toutes les chaines à la tv et passe plus de temps à faire des conférences sur l’efficacité de ses ateliers contre le tabac, le stress, etc… qu’à soigner les gens. J’ai eu une centaine d’heures de cours avec lui. Lors de ses cours, il ne présente que des cas cliniques « miraculeux » ou il a guérit en 2 séances des gens qui avaient des problèmes depuis des années. Il prétendait aussi à l’époque que ses ateliers d’hypnose permettaient à 80% des gens d’arrêter de fumer sans reprendre pendant l’année qui suit. Je connais le contenu de ses ateliers, ayant étudié avec lui. Ils n’ont rien de particulier et sont identiques à de nombreux autres ateliers d’hypnose dans le monde. Il y a déjà eu pas mal d’études sur ce genre de méthode. Les résultats sont encourageants, d’après ce que j’ai lu, les études trouvent 40-60% de réussite à un an. Ce qui est déjà mieux que les patchs et médicaments qui tournent autours de 10%. Les approches de tabacologie, qui travaillent surtout sur les habitudes, arrivent à un taux de réussite similaire a mon avis. L’absence de contrôle et d’évaluation dans le secteur amène donc certaines dérives. J’ai du mal à croire que des ateliers qui ne proposent rien de plus que ce qui se fait déjà un peu partout amènent un taux de réussite si élevé. C’est surtout du marketing… Je suis un peu dérangé par cela et j’ai souvent des patients qui arrivent chez moi avec des demandes totalement irréalistes que je dois tempérer avant de travailler. Mais bon ceci est le problème de toute la thérapie, pas juste de l’hypnose.

Au final, voici quelques éléments qui me paraissent pertinents pour définir l’hypnose :
L’hypnose n’est rien de plus qu’un mot qui désigne un arrangement de stratégies et de pratiques. Elle ne suppose aucun pouvoir particulier. En ce sens, elle est donc différente du reiki ou de l’accupuncture. On peut dire, d’une manière un peu provocante, que l’hypnose n’existe pas. On peut la décortiquer en différents éléments. Les principaux sont les suivants :

- Une série de techniques permettant d’aider quelqu’un à se relaxer au mieux.
- L’utilisation de l’imagination, pendant cet état de relaxation. Avec les effets que cela peut avoir sur la manière de percevoir les choses.
- L’utilisation de suggestion, sous de nombreuses formes directes ou indirectes. Ces suggestions ne visent pas à améliorer l’état du patient mais juste à le « convaincre » de faire les taches qu’on souhaite lui faire faire, pensant qu’il vivre par cet acte une expérience qui modifiera sa vision des choses.
- Une connaissance très fine du langage et de la manière de l’utiliser à son avantage lors d’un dialogue comme lors des suggestions pendant l’hypnose.
- L’hypnose est donc un phénomène relationnel indivisible de la relation entre le thérapeute et le patient

Voila pour moi les principaux éléments qui définissent la pratique de l’hypnose. Bien que ces éléments soient insuffisamment abordés lors de la formation, certains formateurs en sont très conscient. Pour ceux que ca intéresse, Thierry Melchior , fondateur de l’Institut Milton Erickson de Belgique a écrit un livre très intéressant qui s’appelle : créer le réel. Il analyse en profondeur tous les aspects que je viens d’aborder dans une perspective constructiviste et scientifique.

Au final, je pense que l’hypnose a fait un long chemin et s’est débarrassée d’une grande partie des dogmes et de son coté magique. Elle est maintenant enseignée dans une perspective constructiviste et pragmatique. On peut regretter certains manquement au niveau de l’explication des certaines stratégies apprises mais globalement c’est un enseignement de qualité et on y apprend que l’hypnose n’est rien de magique, ne donne aucun pouvoir particulier et permet juste d’utiliser au maximum l’effet placebo, la croyance des gens et l’interaction sociale. La plupart des thérapeutes ont parfaitement conscience de cela, ce qui sépare fortement cette méthode thérapeutique de nombreuses autres thérapies alternatives.

Il est regrettable que peu de moyens ont été utilisés pour faire des études de qualité (exception faite de l’hypnoanalgésie, qui est rentrée dans le secteur médical et qui ne concerne qu’une toute petite partie très spécifique des stratégies de l’hypnose, et qui est donc facilement évaluable). Je pense que la psychologie gagnerait bcps à étudier plus en détail les différents aspects de l’hypnose que je cite plus haut et que cela permettrait de mieux comprendre ce qui a un effet dans cette méthode. Cela permettrait également de la dépouiller de certaines stratégies qui ne sont pas efficaces et d’intégrer dans d’autres approches ce qui est efficace dans celle-ci. Je pense que l’hypnose va continuer à évoluer et à s’insérer dans le secteur scientifique au fur et à mesure qu’on étudiera plus précisement les mécanismes de cette pratique. Peut être même qu’un jour on pourra arrêter d’utiliser ce terme « hypnose » , le jour ou on aura évalué clairement ce que contient cette assemblage de méthodes et ce qu’on peut en garder de valable.

Si vous avez des questions ou des commentaires, je reste à votre disposition et j’espère que ma vision de l’hypnose vous aura appris quelque chose d’utile . Je tiens à préciser que j’ai simplifié et vulgarisé bcps de choses afin de faire ce sujet mais je pense avoir donné une vue d’ensemble assez complète.

Jérémy Royaux
www.therapie-systemique-breve.be
 
Dernière édition: 07/10/15 à 00:13 Par Jerem.
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   07/04/12 à 15:24 #28619
shisha
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 hypnose clinique : pratique et enseignement, Jérémy Royaux
Merci d'avoir partagé ta vision de l'hypnose. J'ai trouvé très intéressant.
 
Dernière édition: 07/10/15 à 00:10 Par Jerem.
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   07/04/12 à 19:30 #28622
nikoteen
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 Re:hypnose clinique : pratique et enseignement vu de l'intérieur..
Salut Jérémy et merci pour ce long texte.

Je ne commenterai pas tout. Juste quelques bouts sur lesquels je m'interroge. Et je rappelle que je n'y connais pas grand chose sur le sujet.

Tu écris :
Erickson n’a pas de théorie sur les causes des problèmes. Son seul objectif est d’aider le patient à moins souffrir du problème que celui-ci amène.
J'ai un peu de mal à voir comment on peut vérifier que la technique utilisée aide effectivement le patient sans faire une réelle évaluation (je ne parle pas d'études de cas mais d'études qualitatives et quantitatives systématiques). Sur quoi Erickson fonde-t-il sa méthode/pratique ?

Tu écris aussi :
Pour quelqu’un qui a une timidité sociale maladive, il mettre donc en place des situations ou le patient ira vivre un contact social autrement plutôt que d’essayer de lui expliquer pourquoi il va mal ou comment il doit faire pour aller mieux.
Comment faire cela sans faire appel à une théorie quelconque (ou au moins à une évaluation poussée de la technique et des résultats obtenus) ? Je veux dire : d'où Erickson tient-il que "vivre un contact social" imaginaire permet d'améliorer la timidité ?

Tu écris enfin :
Afin d’atteindre cet objectif, Erickson est prêt à utiliser n’importe quelle stratégie.
Et comment propose-t-il de vérifier que l'objectif est généralement atteint ?

Deux questions, en fait :
- Dans ta pratique, quelle place pour l'évaluation ? Comment tire-t-on des enseignements de ses succès ? De ses échecs ?
- La pratique évolue-t-elle dans le temps (en fonctions des évaluations, justement) ?

Je pense à cette question parce qu'une discussion, il y a quelques années, entre l'OZ et des praticiens lacaniens a montré qu'ils étaient opposés à toute forme d'évaluation (sur la base d'une argumentation du type -je schématise- "chacun/chaque situation est unique".

Cordialement,
nikoteen
 
Dernière édition: 07/04/12 à 19:35 Par nikoteen.
"La nature, lorsqu'elle s'égare, produit beaucoup d'imbéciles,quelques rares génies, mais aucun surhomme."
-- C. Navis, fr.sci.zetetique, Août 2009
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   07/04/12 à 20:12 #28623
saxncat
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Sexe: Masculin Lieu: 33
 hypnose clinique : pratique et enseignement, Jérémy Royaux
nikoteen écrit: .... (sur la base d'une argumentation du type -je schématise- "chacun/chaque situation est unique".

Cordialement,
nikoteen

Ce qui est aussi, si je ne m'abuse, l'argumentation des homéopathophiles.
 
Dernière édition: 07/10/15 à 00:10 Par Jerem.

La terre porte deux sortes d'hommes, des hommes intelligents sans religion et des hommes religieux sans intelligence. - [Abu’l Ala al Ma’arri]

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   07/04/12 à 22:27 #28624
Jerem
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Sexe: Masculin Observatoire Zététique jeremy.royaux@hotmail.be Lieu: Bruxlles - Belgique Date anniversaire: 24/02
 hypnose clinique : pratique et enseignement, Jérémy Royaux
je vais essayer de répondre.
Tout dabord, le manque d'évaluation de la psychothérapie (elles sont toutes concernées apart les TCC qui bénéficient de moyens universitaires) ne vient pas forcément d'une opposition des praticiens.

Comme vous le faites remarquer, une partie des psychanalystes sont réticents à l'évaluation, ils pensent que la méthode scientifique ne permet pas de quantifier le résultat de leur pratique. Cet argument est biensur peu recevable.

Pour ce qui est des autres approches, je n'ai jamais entendu d'opposition quand à l'évaluation, bien au contraire, mais l'object est difficile à évaluer, pour cela il faut pas mal de travail et des moyens conséquents. Je pense que c'est à l'état, via une institution de controle, je donner des moyens d'évaluation. Les thérapeutes, et les centres de formations n'ont ni les compétences ni les moyens humains et financiers pour mener à bien des études de qualité. Il y a néanmoins des gens qui essayent, pour info, l'EMDR par exemple, met tant bien que mal au point pas mal d'études et se prête volontier à l'expérimentation et à la démarche scientifique, bien que sa théorie ne soit pas au point, c'est maintenant +- assumé.
Juste un exemple : avant de mourir, David Servan-Schreiber a participé à une étude qui comparait la stimulation bilatérale lors de l'emdr à la stimulation unilatérale. Les résultats sont à préciser mais la supériorité de la stimulation bilatérale n'était pas vraiment convaincante bien que significative. Il y a pas mal d'années déjà, ils avaient aussi démontrés que l'EMDR, basé sur les mouvements oculaires, donnait autant de résultat avec les autres sens (tapotement, sons,...). Ils ont donc appliqué une démarche scientifique. Il y a d'autres exemples de cela , ils sont même assez nombreux. Seulement il faut bcps de moyens et nous ne les avons pas.

Encore une fois, la psychanalyse est une exception (une partie en tout cas, il ne faut pas généraliser, il y a aussi des démarches expérimentales dans ce secteur mais ce n'est pas majoritaire il faut l'avouer)

pour répondre à Nikoteen :

Erickson , comme 99.9% des thérapeutes avant l'arrivée de la psychologie scientifique, travaille en observant le résultat. En se basant sur son expérience et sur le retour du patient. Ce qui introduit des biais que je n'ai pas besoin de vous expliquer, néanmoins il faut se rappeller que la casi totalité de la thérapie fonctionne comme cela. Même les thérapies comportementales ! celles ci ont des protocoles et des stratégies qui ont été testées mais il reste un nombre d'éléments énorme dans chaque séance de thérapie qui sont laissés à la subjectivité du thérapeute. C'est pour cela que l'expérience joue un grand rôle. Elle introduit des biais, c'est évident, mais ce n'est pas parce qu'on travaille en dehors d'une approche expérimentale qu'il n'y a pas de création de savoir. Erickson, comme tous les thérapeutes, se base sur ce qu'il sait de la psychologie de son époque pour "supposer" ce qui sera le plus efficace pour le patient. La psychologie scientifique n'existe pas vraiment à son époque :)

commen peut on vérifier que la technique aide le patient? Tout simplement car on revoit celui-ci... Si tu travailles la gestion du stress avec qqun et qu'il doit appliquer ta méthode pour faire une chose qu'il n'arrive pas à faire, tu peux facilement voir quand il revient chez toi s'il a réussi a faire sa tache ou pas. Si ce n'est pas le cas, et bien tu essayes de comprendre ce qui a été difficile pour lui et d'aborder les choses autrement.
L'approche est donc probabiliste. On choisit la stratégie en fonction de ce qu'on estime être le plus probablement efficace. L'expérience joue donc un rôle important.

Comment faire cela sans faire appel à une théorie quelconque (ou au moins à une évaluation poussée de la technique et des résultats obtenus) ? Je veux dire : d'où Erickson tient-il que "vivre un contact social" imaginaire permet d'améliorer la timidité ?

C'est un sujet déjà traité par la psychologie, y compris la psychologie expérimentale. Quelqu'un qui a peur de prendre le bus (phobie). Et ne le fait plus car il évite de se confronter à sa peur, ce qui l'entretient. Si tu arrives à lui faire affronter sa peur en lui donnant les moyens de la gérer, il va constater qu'il est capable de le faire, ce qui, en toute logique, va modifier sa perception des choses. C'est exactement la même manière de travailler que ce qu'on fait en psychothérapie cognitive et comportementale.

Après , des "affirmations" comme celle que tu cites sont légion en psychologie et en thérapie. Elles se construisent essentiellement sur l'expérience clinique, l'observation des patients et le bon sens. Ce qui induit encore une fois des biais, mais ne veut pas dire que le savoir construit ne vaut rien.
De plus en plus d'affirmations de la psychologie sont testées et évaluées, mais c'est un travail titanesque ce qui a comme conséquence logique et inévitable que les thérapeutes sont forcés de se baser en partie sur leur expérience et leur analyse personnelle, avec les limites que cela amène.

comment est ce que j'évalue ma pratique? Je me base sur le retour des patients, je teste une stratégie qui me semble la plus utile de manière probabiliste, puis le patient revient et je vois s'il a fait des progrès ou pas. Si la réponse est non, j'essaye une autre stratégie probabiliste.

La pratique évolue donc au fil des patients, je garde les stratégies qui semblent fonctionner le plus facilement, j'abandonne les autres.
J'ai également intégré de nombreuses stratégies des TCC dans ma pratique car elles sont efficaces.

Cette approche a ses limites, mais permet de construire un savoir que la psychologie nomme "expérience clinique".

La psychothérapie , c'est pas comme réparer une jambe cassée... C'est avancer avec le patient et essayer de trouver avec lui quelque chose qui peut l'aider
on apprend pas à utiliser LA bonne solution à un problème, on apprend à avoir un bon "flair" pour trouver des solutions qui fonctionnent. C'est un travail qui reste très peu précis !

Je voudrais aussi rappeler un élément fondamental
un nouveau médicament sera testé et évaluer par les labos qui le vendent, par des instances médicales, par des organismes comme L'INSERM qui ont des moyens considérables, etc...

Une démarche expérimentale ca prend du temps, de l'argent et des moyens humains... La majorité des thérapies sont tout a fait preneuses de cette démarche et essaye parfois de l'organiser mais avec peu de moyens. Il n'y a pas d'instance de contrôle qui évalue la thérapie, pas d’hôpitaux, pas de laboratoire et les grosses études sont extrêmement rares
les TCC sont une exception à cette règle car ils sont nés et ont grandis dans les labos de l'université, ils ont donc accès à des moyens d'évaluation que les autres n'ont pas.
Ne sous estimons pas cet élément.
Pour moi la seule solution au problème de l'évaluation des psychothérapies est la création de moyens expérimentaux équivalents à ceux qu'on trouve dans les autres sciences. Il n'y a que l'état lui même qui peut donner les moyens d'évaluer correctement ce secteur
Le secteur lui même n'a pas les moyens de s'évaluer, ou alors uniquement par des petites études à échantillon très limité avec des biais importants (ce qui existe et est même assez répandu car bcps de gens souhaitent cette démarche).

sur un ton d'humour je rajouterai que la psychologie est en grande partie non scientifique, dogmatique et bordélique. Mais cela n’empêche que beaucoup de thérapeutes apportent une aide importante à bon nombre de leurs patients, qui arrivent après à surmonter certaines de leurs difficultés. On peut construire un savoir non expérimental sans pour autant qu'il n'aie pas de valeur. Il sera juste plus biaisé. Même les psychologues scientifiques fonctionnent comme cela. La part de leur thérapie qui est testée scientifiquement est loin de constituer tout ce qui se passe pendant les séances.
C'est toute la difficulté de ce champ et c'est la porte ouverte à de nombreuses dogmatismes et fausses croyances, mais malgré cela, il y a encore un travail utile qui est réalisé.

Pour moi il faut juste une instance de contrôle, qui a les moyens d'évaluer correctement les thérapies et qui permet à ceux qui le veulent de mettre en place une évaluation de leur pratique.

Jérémy Royaux, psychothérapeute
 
Dernière édition: 07/10/15 à 00:11 Par Jerem.
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   11/04/12 à 10:53 #28655
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 Re:hypnose clinique : pratique et enseignement vu de l'intérieur..
Bonjour Jeremy, et merci pour vos réponses.

N'ayant pas, à mon niveau, de réponses, je me contenterai de questions.

Jeremy Royaux écrit:
Erickson, comme tous les thérapeutes, se base sur ce qu'il sait de la psychologie de son époque pour "supposer" ce qui sera le plus efficace pour le patient. La psychologie scientifique n'existe pas vraiment à son époque :)
C'est le cas de tous les défricheurs. On part d'une supposition, d'une ou plusieurs hypothèses, pas de souci avec ça, mais ce ne peut être qu'une première étape.

Jeremy Royaux écrit:
commen peut on vérifier que la technique aide le patient? Tout simplement car on revoit celui-ci... Si tu travailles la gestion du stress avec qqun et qu'il doit appliquer ta méthode pour faire une chose qu'il n'arrive pas à faire, tu peux facilement voir quand il revient chez toi s'il a réussi a faire sa tache ou pas. Si ce n'est pas le cas, et bien tu essayes de comprendre ce qui a été difficile pour lui et d'aborder les choses autrement.
L'approche est donc probabiliste. On choisit la stratégie en fonction de ce qu'on estime être le plus probablement efficace. L'expérience joue donc un rôle important.
(...)
comment est ce que j'évalue ma pratique? Je me base sur le retour des patients, je teste une stratégie qui me semble la plus utile de manière probabiliste, puis le patient revient et je vois s'il a fait des progrès ou pas. Si la réponse est non, j'essaye une autre stratégie probabiliste.

Tous les sourciers, magnétiseurs, voyants, travaillent de cette façon et expliquent qu'ils sont plus performants avec l'expérience. Ils expliquent que la grande majorité de leurs clients/patients sont satisfaits, et je n'en doute pas.

Jeremy Royaux écrit:
Une démarche expérimentale ca prend du temps, de l'argent et des moyens humains...
Pas forcément. On peut (parfois) mettre en place une vraie démarche expérimentale sans moyens extraordinaires. Quand l'observatoire zététique met en place un protocole expérimental avec un magnétiseur, cela représente quelques semaines de travail, aucun effort financier et une dizaine de personnes. Évidemment, cela ne permet de conclure sur la pratique dans son ensemble, mais c'est un pas.

On a souvent tendance à confondre "démarche expérimentale" et essais cliniques de type médical, avec groupe de contrôle, répartition aléatoire, 100 patients, etc. [Anecdote : il y a quelques années, nous avions proposé notre aide à l'IMI pour la réalisation d'expériences. La réponse du directeur avait été du genre : "Pas de problème. Disposez-vous d'une clinique ?"].

On peut peut-être mettre en place des expériences sur des aspects limités de la pratique et la faire progresser petit à petit ?

Jeremy Royaux écrit:
sur un ton d'humour je rajouterai que la psychologie est en grande partie non scientifique, dogmatique et bordélique. Mais cela n’empêche que beaucoup de thérapeutes apportent une aide importante à bon nombre de leurs patients, qui arrivent après à surmonter certaines de leurs difficultés. On peut construire un savoir non expérimental sans pour autant qu'il n'aie pas de valeur. Il sera juste plus biaisé. Même les psychologues scientifiques fonctionnent comme cela. La part de leur thérapie qui est testée scientifiquement est loin de constituer tout ce qui se passe pendant les séances.
C'est toute la difficulté de ce champ et c'est la porte ouverte à de nombreuses dogmatismes et fausses croyances, mais malgré cela, il y a encore un travail utile qui est réalisé.

J'en suis convaincu. Il n'y a pas de volonté de ma part de te titiller (en t'interrogeant, c'est aussi moi et ma perception de ces pratiques que j'interroge). Je ne lutte contre rien ni personne.

J'essaie juste de voir s'il y a des différences (méthodologiques) entre la pratique d'un psychologue éricksonnien (je ne suis pas sûr que le terme soit bien choisi) et un magnétiseur ou un kinésiologue(par exemple). Je comprends que ce n'est pas simple, mais je trouve intéressant de se poser la question.

Jeremy Royaux écrit:
Pour moi il faut juste une instance de contrôle, qui a les moyens d'évaluer correctement les thérapies et qui permet à ceux qui le veulent de mettre en place une évaluation de leur pratique.
Ce serait bien, en effet (et puis ce serait rassurant pour les patients).

Cordialement,
nikoteen.
 
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   12/04/12 à 22:02 #28688
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 Re:hypnose clinique : pratique et enseignement vu de l'intérieur..

Tous les sourciers, magnétiseurs, voyants, travaillent de cette façon et expliquent qu'ils sont plus performants avec l'expérience. Ils expliquent que la grande majorité de leurs clients/patients sont satisfaits, et je n'en doute pas.


effectivement. Je pense que la majorité des thérapeutes (qu'ils soient issus du coté médical ou scientifique ou qu'il soit issus de courants plus alternatifs) travaillent de cette manière
en fait je pense qu'il n'y a pas beaucoup de différentes entre, par exemple, un psychologue formés aux thérapies cognitives et comportementales et un psychothérapeute autoproclamé qui pense soigner les gens avec les énergies (par exemple : le reiki).
La différence se situe dans leur formation... Le premier a été formé à l'ensemble des disciplines de la psychologie, l'autre pas du tout. Le premier aura donc tendance à avoir des "croyances" proches des idées actuelles des sciences cognitives, l'autre aura des croyances liées aux énergies.
mais leur manière de pratiquer... je pense qu'elle est similaire. Les thérapeutes formés à la psychologie scientifique ne testent pas chacun de leurs outils / stratégies... loin de là. Et ils se basent également sur le bon sens, leur expérience etc.... comme le marabout qui fait du reiki... simplement, ils ont bcps plus de gens d'avoir raison car ils ont été formés de manière scientifique. Je pense que dans d'autres sciences, cette situation ne se retrouve pas, ou peu. En chimie, en physique, A + B = C, en gros... en psychologie, il y a un nombre très important de variables qui se mélangent ce qui rend l'évaluation compliquée.
Cela me rappelle une chose que j'avais lu concernant les débats français sur l'évaluation de la psychanalyse dans la prise en charge de l'autisme. Un intervenant disait très justemment que dés qu'on utilise la parole comme outil, l'évaluation devient très complexe. On peut évaluer un protocole d'apprentissage, un protocole de conditionnement... mais évaluer ce qui se passe lors d'un dialogue, c'est casi impossible.
On évalue donc soit des protocoles qui précisent des "points clés" lors de la thérapie ou alors on évalue les résultats d'une "pratique" sans définir en profondeur cette pratique.
C'est ce que fait l'étude de L'INSERM sur les psychothérapies.... Elle compare le résultat des TCC avec la psychanalyse pour certaines pathologies, sans jamais définir ce que font clairement les TCC et la psychanalyse.
Je ne dis pas qu'on ne peut pas évaluer , la psychologie est une science probabiliste, on peut évaluer les probabilités. Mais cela demande du temps et de la motivation
C'est vrai qu'on peut évaluer certaines choses avec des protocoles simples, comme tu l'expliques... On peut évaluer le résultat de cette manière.... Résultat d'une approche donnée pour un problème donné par exemple... Ça reste grossier (dans un seul entretien d'une approche donnée, il y a plusieurs techniques, stratégies, etc...) mais c'est intéressant
après cela demande une volonté.
tu imagines bien que le thérapeute qui a l'impression que sa méthode fonctionne et qui constate que les patients sont content n'a pas grande motivation à réaliser ce genre de protocoles. Il y a des exceptions mais je ne pense pas que cela intéresse grand monde.
C'est pour cela que je suis convaincu de la nécessité d'être soumis à un contrôle et une évaluation de l'état, d'une manière ou d'une autre.
On n'autorise pas n'importe quel médicament à être vendu en pharmacie (exception pour l'homéopathie :o) ) , on devrait faire pareil avec la thérapie. Déterminer clairement ce qui fait preuve d'efficacité et mettre cette information à disposition de tous et , pq pas, ne rembourser que les pratiques qui ont prouvées un résultat.

tout ce que je viens de dire s'applique, je pense, à toutes les psychothérapies.
Je pense aussi que la psychologie est de plus en plus évaluée et "multiréférentielle" dans le sens ou les thérapies prennent de plus en plus en compte les différentes facettes de l'être humaine pour en faire un tout (la passé / les causes ; le fonctionnement cognitif, le comportement, l'environnement social et les interactions, les émotions, ...). Dans les pays anglophones, c'est bcps plus "evidence based" et multiréférentiel mais la France et la Belgique sont plusieurs dizaines d'années en retard sur le reste du monde au niveau de la psychologie.
En amérique, il n'y a casi plus aucune thèse de doctorats qui concerne la psychanalyse et c'est devenu une thérapie parmis pleins d'autres et un élément de "l'histoire" de la psychologie. En France, en un peu moins en Belgique, mais quand même aussi, la psychanalyse reste très incrustée partout malgré son dogmatisme et son manque de résultats...
 
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   13/04/12 à 14:47 #28697
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 Re:hypnose clinique : pratique et enseignement vu de l'intérieur..
Jeremy Royaux écrit:
Je pense que la majorité des thérapeutes (qu'ils soient issus du coté médical ou scientifique ou qu'il soit issus de courants plus alternatifs) travaillent de cette manière
J'espère que non, mais je n'en sais rien.

Jeremy Royaux écrit:
en fait je pense qu'il n'y a pas beaucoup de différentes entre, par exemple, un psychologue formés aux thérapies cognitives et comportementales et un psychothérapeute autoproclamé qui pense soigner les gens avec les énergies (par exemple : le reiki).
La différence se situe dans leur formation... Le premier a été formé à l'ensemble des disciplines de la psychologie, l'autre pas du tout. Le premier aura donc tendance à avoir des "croyances" proches des idées actuelles des sciences cognitives, l'autre aura des croyances liées aux énergies.

Positionnement relativiste que je conteste.

Les TCC reposent sur un certain nombre de protocoles vérifiés, évalués (je pense à la prise en charge des phobies, par exemple) et qui sont susceptibles d'évoluer en fonction de nouvelles connaissances. Un praticien dispose de données statistiques et sait que, sur une centaine de patients, un certain protocole donnera un certain résultat.

Le reiki repose sur un présupposé jamais validé (et transmis à son créateur lors d'une expérience de mort imminente) et rien de rigoureux ne permet de faire évoluer la pratique. Au quotidien, bien sûr, le praticien reiki va évoluer dans sa façon de gérer ses clients, mais il ne dispose pas d'outils ou de méthodologie permettant à l'ensemble des praticiens, formateurs, etc. de s'améliorer.

S'il est important que chacun soit libre de sa prise en charge, il est également important de savoir reconnaître ce que sont les fondements d'une pratique et jusqu'à quel point ceux-ci sont solidement établis. Tout n'est pas parfait dans les TCC, mais la comparaison avec le reiki me semble abusive.

Jeremy Royaux écrit:
Les thérapeutes formés à la psychologie scientifique ne testent pas chacun de leurs outils / stratégies... loin de là. Et ils se basent également sur le bon sens, leur expérience etc.... comme le marabout qui fait du reiki... simplement, ils ont bcps plus de gens d'avoir raison car ils ont été formés de manière scientifique.
Je ne crois pas. Je pense que s'ils ont beaucoup plus de chances d'obtenir des résultats tangibles (et pas "d'avoir raison", je ne crois pas que ce soit le but), c'est parce que les connaissances sur lesquelles leur pratique est fondée ont été établie sur la base d'une démarche connue, systématique et vérifiable.

Cordialement,
nikoteen
 
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   13/04/12 à 15:52 #28698
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pour répondre simplement à tes remarques :

qu'est ce qu'on trouve dans un entretien psy?

si on devait analyser un seul entretien on trouverait des dizaines de stratégies, de manières de tourner les choses, d'outils, etc...

Les protocoles dont tu parles, en TCC, je les connais, j'en emploie plusieurs, notamment pour les phobies et aussi pour les troubles d'éjaculation précoce par exemple.
Mais ca contient quoi un protocol TCC ?

on n'y trouve pas des instructions très précises...
on y trouve les grandes lignes, les objectifs à travailler
par exemple,pour l'éjaculation précoce, on trouvera l'idée qu'il faut apprendre aux gens à :
- reconnaître les paliers d'évolution de l'excitation
- reconnaître le point de non retour
- apprendre à respirer lentement et profondément pendant la pénétration
- détendre les muscles et éviter les positions qui imposent une tension musculaire importante
- utiliser certaines techniques comme le squeeze qui permet de faire redescendre l'excitation
- une série de petits "trucs" comme écarter les jambes pour favoriser l'absence de tension, faire des pauses dés le début de la pénétration, Etc....

Ces points ont fait leur preuve et ont été testés et valider...
on est donc dans une démarche scientifique et expérimentalement validée

c'est que quand on applique ce protocole que je cite en exemple
il y a un grand nombre d'autres choses qui se passent pendant la thérapie et pendant chaque entretien.

quelques exemples :
en fonction de la manière dont on présente les choses, la participation du patient (ou du couple) sera acquise ou pas.
En fonction de son éducation, de ses croyances, il pourrait refuser ce qu'on lui propose, il faut alors trouver comment lui présenter les choses, le "convaincre"
Quand il devra appliquer les exercices chez lui, il rencontrera sans doute des doutes, des difficultés. Il faudra improviser ce qu'on lui répond par rapport à cela
si le patient vit d'autres difficultés secondaires qui influencent son problème, la aussi il faudra "inventer" une manière d'intégrer cela partiellement dans le protocole actuel afin que cela ne soit pas un frein
Le protocole donne les grandes lignes, mais ne spécifie pas le nombre de séances, à quel séance place t'on quel contenu etc... c'est à nous d'improviser les détails.
etc...

L'idée que je souhaite faire passer est simplement celle-ci :

même si on se base sur un protocole validé, qui donne donc un "squelette" à la thérapie qui est validée (et c'est une immense différence comparé au Reiki qui n'a pas cette base validée bien sur).
On se retrouve malgré cela à "improviser" de nombreux autres aspects de la thérapie qui se construit autours de ce squelette validé... et cette part dépend de nous et de notre subjectivité avec tous les biais que cela sous entend.


voila je pense que j'ai bien énoncé ce que je voulais dire :)

il y a donc effectivement une différence entre reiki et TCC, mais une part du traitement reste basée sur la subjectivité, le bon sens,...



Pour revenir un peu à l'hypnose, il y a aussi certains protocoles qui sont validées, mais ils sont "enrobés" d'un grand nombre d'éléments qui ne le sont pas car ils sont "inventés" à chaque consultation en fonction de chaque personne. C'est pareil dans toutes les thérapies.

Voila cela parait plus clair... mes idées se précisent au fur et à mesure de la discussion, mon précédent post manquait un peu de clarté je pense, c'était moins clair dans mon esprit au début de cette discussion

Est ce que mon propos te parait plus cohérent maintenant?

Jérémy Royaux
www.therapie-systemique-breve.be
 
Dernière édition: 07/10/15 à 00:13 Par Jerem.
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   13/04/12 à 16:14 #28700
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 Re:hypnose clinique : pratique et enseignement vu de l'intérieur..
Jeremy Royaux écrit:
Est ce que mon propos te parait plus cohérent maintenant?
Oui :)
 
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