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Faux souvenirs et personnalité multiple - Conclusion Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Axelrad   
Mercredi, 25 Novembre 2009 20:27
Index de l'article
Faux souvenirs et personnalité multiple
Le phénomène de personnalité multiple
Le trouble de personnalité multiple
La fabrication de Sybil
Au-delà de Sybil et des souvenirs d'inceste
Les origines théoriques de la personnalité multiple
Le rôle des féministes
Conclusion
Références
Toutes les pages

Conclusion


 

Spanos, Hacking, et d’autres auteurs, ont bien montré que la plupart des cas de TPM étaient des constructions sociales produites par certains thérapeutes avec la collaboration de leurs patients, et du reste de la société. Le TPM existe bien, même si les théoriciens et les professionnels ont créé à la fois la maladie et la cure. Ceux qui s’opposent à cette conception ont dit que si les scénarios se ressemblent tant d’un patient à l’autre, si tant de gens et en majorité des femmes ont des souvenirs de sévices sexuels précoces, et revivent des existences antérieures sous hypnose, cela montre bien que le TPM est un mécanisme de défense, destiné à se protéger des souvenirs traumatisants de l’enfance, et qu’il s’explique par une dynamique psychique propre à la « victime ». Spanos a répondu alors qu’il y a eu dans le passé d’autres illusions collectives, ce sont les possessions démoniaques. Aujourd'hui, la plupart des gens instruits n’attribuent plus l'épilepsie, ni les autres formes de comportements troublants, à l’emprise du démon. Loin de nier l’existence des troubles de personnalité multiple, Spanos affirme qu’ils sont fabriqués par certains thérapeutes, et que « les patients apprennent à se voir comme des détenteurs de soi multiples, apprennent à agir conformément à cette construction, et apprennent à réorganiser et à élaborer leurs propres biographies afin qu'elles correspondent à ce que signifie pour eux le fait de souffrir du TPM » [61].  Hacking, quant à lui, écrit : « Sous bien des aspects, les multiples sont des conformistes. Ils sont si peu « fous » que certains de leurs alters représentent différents types de gens normaux. En observant la vie d’un multiple, on apprend beaucoup sur la culture de l’époque. » [62]

La mémoire retrouvée, et son avatar la personnalité multiple, ont fait des dégâts. Si la « mémoire retrouvée » s’est étendue des États-Unis aux autres pays d’Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, en Israël, etc., il semble que la « personnalité multiple » s’est cantonnée aux États-Unis et aux Pays-Bas. Or, d’après ce que m’écrit Sheri Storm dans son message du 26 septembre 2009, on l’observe maintenant en Espagne, Italie, Japon. Nous ne pouvons pas ne pas dénoncer ces ravages [63] et ne pas chercher à en prévenir d’autres, plus dévastateurs encore, car « La personnalité multiple, écrit Hacking, offre le meilleur cadre disponible pour la mémoire retrouvée. » [64]  En France, la mémoire retrouvée sévit depuis 1995, mais la personnalité multiple ne semble pas nous avoir envahis. Ou pas encore ?

C’est un message inattendu de Sheri Storm,  dont je parle au début de cet article et dont j’avais  montré certains dessins dans « Faux souvenirs et manipulation mentale », qui m’a conduite à approfondir ce phénomène si étrange du trouble de personnalité multiple. Elle m’a écrit que cela la réconfortait de savoir qu’elle pouvait, par un échange avec moi, aider d’autres personnes victimes de cette thérapie problématique, et de cette « parodie » (« travesty »).

Enfin, McHugh montre la voie aux thérapeutes pour aider véritablement leurs patients. Comme pour les malades de Charcot, seuls l’isolement du malade et des contre-suggestions mettront fin à ces cas : « Traitez les vrais problèmes et les vrais conflits plutôt que ces fantasmes. Une fois ces consignes simples suivies, les personnalités multiples disparaîtront et la véritable psychothérapie pourra enfin commencer. » [65]

 

Brigitte Axelrad

 


Notes :

[61] Sheri Storm confirme, dans son message, la conception de Spanos : « Je serais heureuse de partager les informations concernant mes expériences qui pourraient aider vos lecteurs à comprendre que les souvenirs induits, le TPM ou le MPD sont iatrogéniques. En d’autres termes, même si la thérapie elle-même produit des faux souvenirs, il est entièrement possible de PRODUIRE des désordres de la personnalité multiple chez un patient, lorsque les circonstances sont favorables. » Elle ajoute : « L’article Brain Stains a été publié en Amérique, Espagne, Japon, Italie. Ce seul fait est la preuve que ce type de thérapie est largement répandu et continue à l’être. Effrayant et triste (“scary, sad indeed”). Je veux vous remercier pour votre engagement à éduquer et diffuser tout ce qui concerne cette parodie. » Sheri est devenue une amie.

[62] Hacking, p. 51.

[63] Conséquences à long terme : pour les États-Unis, selon un rapport de 1996 du Programme d'indemnisation des victimes d'actes criminels dans l'État de Washington, « une thérapie de récupération de souvenirs peut avoir des effets indésirables sur de nombreux patients. Dans cette enquête sur 183 déclarations de souvenirs refoulés d'abus dans leur enfance, 30 cas ont été choisis au hasard pour analyse plus approfondie. Fait intéressant, cet échantillon a été presque exclusivement blanc (97%) et féminin (97%). Les informations suivantes ont été recueillies: 100 pour cent des patients ont signalé des actes de torture ou de mutilation, même si aucun des examens médicaux n’ont corroboré ces allégations, 97% ont retrouvé des souvenirs d'abus rituel satanique, 76% ont des souvenirs de cannibalisme infantile, 69% se souviennent d’avoir été torturés avec des araignées, 100% sont encore en thérapie 3 ans après leur premier souvenir retrouvé en thérapie, et plus de la moitié étaient encore en thérapie 5 ans plus tard , 10% ont indiqué qu'ils avaient des pensées suicidaires avant le traitement ; ce niveau a augmenté à 67% après un traitement. Les hospitalisations sont passées de 7% avant le recouvrement des souvenirs à 37%, après la thérapie. L’auto-mutilation est passée de 3 à 27% ; 83% des patients avaient un emploi avant le traitement, seulement 10% avaient un emploi trois ans après la thérapie, 77% étaient mariées avant le traitement, 48% étaient séparés ou divorcés après trois ans de thérapie, 23% des patients qui avaient des enfants ont perdu la garde parentale, 100% se sont coupées de leur famille au sens large. Bien qu'il n'existe aucun moyen de savoir si les techniques de récupération de la mémoire ont été la seule cause de ces résultats négatifs, ces résultats soulèvent des questions profondément troublantes au sujet de l'utilisation généralisée de ces techniques. »

[64] Hacking, p.396.

[65] Paul R. McHugh, Multiple Personnality Desorder.