Le packing, la camisole glacée des enfants autistes Imprimer
Écrit par Brigitte AXELRAD   
Dimanche, 16 Août 2009 17:04

Cet article est paru dans notre newsletter n°50 en août 2009.

 


France 5 a diffusé dans le magazine santé des reportages sur l'hôpital de jour et a consacré le 17 avril 2009 une émission à la promotion du packing. En Juin 2009, L’Express [1] à son tour a publié plusieurs articles sur le packing. De l’anglais to pack, emballer, le packing est une méthode d’enveloppements froids prétendue traiter les troubles liés à l’autisme. Présentée comme dérivée de l’hydrothérapie et du maternage, qui en elles-mêmes ne sont pas critiquables, le packing s’appuie sur une conception largement héritée de la psychanalyse.

Le packing est pratiqué en particulier au CHRU de Lille. Il consiste à emmailloter l’enfant jusqu’au cou dans un cocon de contention mouillé glacé, (au moins 10° en dessous de la température du corps), pendant 45 minutes sous la surveillance de deux psychomotriciennes. Rapidement la température de sa peau chute de 36 à 33 degrés. L’enfant très agité au départ est saisi par le froid et progressivement réchauffé, il devient plus calme (!) à la grande satisfaction du personnel soignant. Ceci se renouvelle jusqu’à 7 fois par semaine.

Le packing n’est pas remis en question en tant que tel par les autorités sanitaires, qui sont plus préoccupées par les pratiques aberrantes auxquelles il donne lieu ici et là, telles que l’utilisation de serviettes congelées, la durée interminable des séances, des parents avertis seulement après coup. À l'initiative d'Autisme France et selon « La Lettre numérique bimestrielle d'Autisme France »  : « Autisme Europe a engagé une procédure qui a eu pour conséquence la condamnation de la France en mars 2004 par le Conseil de l'Europe pour non respect de la Charte Sociale Européenne et discrimination à l'égard des personnes autistes : absence de diagnostic, prises en charges inadaptées, absence d'accompagnement éducatif. »

Des associations telles que Léa pour Samy luttent contre cette pratique barbare qu’elles rapprochent de la camisole de force utilisée jadis pour ceux qu’on appelait par ignorance les fous. Au Canada, un enfant autiste de neuf ans est mort étouffé après avoir été enroulé de la tête aux pieds dans une couverture thérapeutique de 17,5 kilos. L’enfant pesait 24 kilos. Il avait été placé sur le ventre, les bras le long du corps, et enroulé le visage couvert dans la lourde couverture. On avait fait quatre tours pour le contenir.

Le packing vient des États-Unis, où il est quasiment abandonné. C'est un psychiatre américain M.A.Woodbury qui a développé cette technique en France dans les années 60-70. De là, il s’est enraciné dans le terreau psychanalytique français. Indiqué dans le traitement des cas difficiles, son objectif est de lutter contre les automutilations. Il s'agit, explique-t-on, « de récupérer « la première peau » dans une phase symbiotique de guérison de l'autisme ». Puisque la mauvaise mère a raté cette étape, l'institution doit faire le travail à sa place. L'enfant doit pouvoir récupérer ainsi « la surface portante » de sa peau sans les menaces d'anéantissement qu’il ressentait avant. La thérapie est individuelle, chaque enfant ayant, selon le jargon psychanalytique, un groupe de référents soignants appelé la « constellation transférentielle », qui se réunit régulièrement pour travailler le « contre transfert ».

Le chef de service de psychiatrie de l’enfant au CHRU de Lille, le professeur Pierre Delion,[2] utilise le langage symbolique et hermétique de la psychanalyse pour justifier le sens de cette thérapie : « L'enveloppement vise à rassembler le corps du jeune autiste, qui manque de contenance. Il s'agit de lui procurer un sentiment sécurisant d'unité, au lieu de la sensation angoissante d'être en plusieurs morceaux. »[3]. N’est-on pas dans une logique du non-sens ?

Ceux qui croiraient qu’enfin en France la conception psychanalytique de l’autisme a fait son temps sont loin de la vérité. Si les causes de l’autisme ne sont pas encore totalement identifiées, on sait cependant que son origine est génétique (voir à ce sujet notre article L'autisme, énigme pour la science et cible idéale pour la pseudo-science). Alors à quoi rime de traiter ces enfants avec des méthodes violentes et d’un autre âge, fondées sur de tels présupposés pseudoscientifiques ? M'Hammed Sajidi, président de Léa pour Samy, s’indigne : « Jusqu'à quand va-t-on traiter les autistes comme des fous en France, alors que le reste du monde les reconnaît comme des personnes handicapées ayant besoin d'une éducation adaptée ? »[4].

La réponse à cette question sera peut-être en partie apportée dans trois ans par les conclusions de l’essai clinique lancé dernièrement par le Ministère de la Santé. Bien long pour ceux qui sont concernés !

 

Brigitte Axelrad

 

 


 

Notes :

[1] : L'article de L’Express. Un diaporama montre comment l’équipe soignante « emballe » un enfant autiste au CHRU de Lille.

[2] : Pierre Delion, Le Packing avec les enfants autistes et psychotiques, Érès, novembre 2003.

[3] : Citation des propos du Pr Pierre Delion, chef du service de psychiatrie de l’enfant au CHRU de Lille, par Estelle Saget dans son article « Autisme Le traitement qui choque », L’Express n°3024, 18 au 24 juin 2009.

[4] : Article de L'Express cité plus haut.