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Les origines du « Syndrome des faux souvenirs » - Conclusion Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte AXELRAD   
Dimanche, 31 Août 2008 01:00
Index de l'article
Les origines du « Syndrome des faux souvenirs »
Les théories de Freud
La rébellion féministe
La soumission librement consentie
Les victimes
Que faire ?
Conclusion
Références et liens
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VII. Conclusion


 

Si Freud n'est sans doute pas directement responsable des thérapies de la fausse mémoire, en revanche le freudisme l'est, car ces thérapies ont emprunté à la psychanalyse ses idées et ses méthodes. Et c'est dans les errements du freudisme qu'elles ont tiré leur origine et leur force. L'histoire de ce phénomène des faux souvenirs au XXe siècle risque de s'étendre largement au XXIe, si l'on ne parvient pas à stopper sa propagation, en fragilisant ses supports théoriques, devenus caduques.

En France, la pensée conformiste au freudisme est si pesante que le mouvement d'analyse critique, initié aux États-Unis et en Grande Bretagne dans les années 90, hésite à s'exprimer. La Belgique n'a pas cette frilosité.

Cependant quelques lueurs se font jour et laissent espérer plus de lumière sur ce sujet. Le journaliste Hervé Morin, dans le Monde (17 juillet 2008), rend compte du livre d'Éric Kandel « À la recherche de la mémoire », 2007. Éric Kandel y fait la synthèse des recherches actuelles sur la mémoire après celles d'Elizabeth Loftus. Il expose les recherches des neurobiologistes tels que Susan Sara au Collège de France, Pascale Gisquet, Université Paris Sud, Karim Nader, Université Mac Gill, Montréal, et celles d'autres chercheurs en psychologie qui tentent d'améliorer le système judiciaire aux USA, comme Lorraine Hope, de l'Université de Portsmouth. Hervé Morin écrit que selon Paul Bensussan, psychiatre et expert auprès des tribunaux, le monde judiciaire ne semble pas conscient de la possibilité pour un souvenir retrouvé d'être erroné : « En qualifiant d'emblée le ou la plaignant(e) de « victime » on a tendance à confondre crédibilité, sincérité et véracité. On est alors très loin de se demander s'il y a eu induction par un thérapeute et de s'interroger sur le rôle de celui-ci dans le dévoilement. »

Eric Kandel met en relief le caractère malléable, modelable et falsifiable de la mémoire : « La mémoire est une reconstruction d'une reconstruction, qui change en permanence. Pour chaque souvenir, il y a une chance de distorsion. » (Kandel, 2007)

D'où l'importance de développer les recherches scientifiques sur la mémoire. Voici ce que D. Schacter écrit en ce sens : « De meilleures techniques doivent être développées pour nous permettre de distinguer entre les souvenirs retrouvés exacts et les souvenirs illusoires qui résultent des suggestions. Atteindre ces objectifs devrait minimiser la possibilité que ceux qui n'ont pas été abusés en viennent à adopter la conviction dévastatrice psychologiquement qu'ils l'ont été, réduire (et on l'espère, arrêter) les accusations fausses qui brisent les vies et les familles et aussi maximiser la crédibilité des souvenirs rapportés par des victimes authentiques d'abus sexuels ». (Schacter, 1999, p. 324)

Souhaitons que les psychothérapeutes qui utilisent les thérapies de la mémoire retrouvée (TMR) prennent rapidement conscience du non-sens de leur pratique et de l'ampleur des dégats humains dont ils sont responsables, afin qu'ils arrêtent leur travail destructeur.

Rappelons enfin, à titre d'information, qu'en Grande-Bretagne, l'Université Royale des Psychiatres a formellement interdit à ses membres dès 1997 d'employer des thérapies pour retrouver des souvenirs d'abus sexuels dans l'enfance. Cette information est donnée par le Dictionnaire Sceptique, 2003.