Page principale Dossiers Les origines du « Syndrome des faux souvenirs » - Les victimes
Les origines du « Syndrome des faux souvenirs » - Les victimes Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte AXELRAD   
Dimanche, 31 Août 2008 01:00
Index de l'article
Les origines du « Syndrome des faux souvenirs »
Les théories de Freud
La rébellion féministe
La soumission librement consentie
Les victimes
Que faire ?
Conclusion
Références et liens
Toutes les pages

 


V. Les victimes des TMR, thérapies de la mémoire retrouvée


 

Qui sont les victimes des thérapies de la mémoire retrouvée ? Ce sont les patients qui recouvrent des souvenirs refoulés et se retournent contre leurs parents. Ce sont les parents qui sont accusés et n'ont aucun moyen de prouver leur innocence. Ce sont aussi les autres psychothérapeutes qui ne pratiquent pas ces thérapies, mais deviennent suspects aux yeux de l'opinion.

Raymond Tallis observe : « La capacité jadis unique de Freud de suggérer à ses patients les faits exacts qu'il exigeait pour soutenir et réaliser ses théories fantaisistes, renforcée par son aura de sagesse, est maintenant disséminée parmi des centaines de milliers de disciples qui ne sont peut-être pas des psychanalystes, mais qui ont tiré de ses théories la croyance en l'importance centrale de certains types de souvenirs refoulés et à leur accès par le thérapeute. » (Tallis, 1996) [15]

La plupart du temps, les patients sont endoctrinés à vie. Les tentatives pour les ramener à la raison renforcent leur conviction d'avoir été abusés, vingt ou trente ans auparavant. Ils les rejettent comme des dénis et de nouvelles preuves de la culpabilité de ceux qu'ils accusent. Il y a très peu de cas de patients qui sortent de cet enfer et encore moins qui acceptent de témoigner. Certains reprennent contact avec leur famille, mais ne veulent pas parler de ce qui s'est passé. D'autres « rechutent ». Plus rien n'est comme avant. Une mère américaine prend, pour le dire, l'image d'un vase de Chine, qui recollé, ne sera plus jamais le même.

Mark Pendergrast consacre le chapitre 10 de son livre à l'histoire de sept « retractors », ainsi désignés parce qu'ils sont revenus sur leurs accusations d'inceste contre leurs parents. Il cite l'impression que lui confie, après coup, Shauna Fletcher, parlant de son thérapeute : « C'est comme si j'avais vendu mon âme à cet homme. » (Pendergrast, 1995, p. 316)

Il cite encore Olivia Mac Killop et Robert Wilson, « rectractors », prenant conscience tous deux de la facilité avec laquelle peuvent êtres implantés les faux souvenirs, dans l'esprit de n'importe quel patient : « Si cela m'est arrivé, cela peut arriver à n'importe qui. » (Pendergrast, 1995, p. 315 à 358)

Il ne s'agit pas de nier l'existence des cas d'incestes réels, ni la véracité des accusations que des enfants réellement victimes de ces actes incestueux portent contre leurs parents ou leurs proches. Le grave tort des thérapies de la mémoire retrouvée est de ne pas faire la différence entre les vrais témoignages et les faux, entre les vrais souvenirs et les faux. [16]

Beaucoup de thérapeutes considèrent à l'égal de Freud que ce qui compte, c'est la « vérité subjective » du patient, et non pas la vérité ou la fausseté du souvenir. Freud disait que rien ne pouvait permettre de faire la différence entre les vrais et les faux souvenirs, ni entre les conséquences psychiques des uns et des autres. (Freud, 1908, p. 83)

À l'inverse, D. Schacter cite Lenore Terr, psychiatre pour enfants : « Lenor Terr affirma que, après avoir fait l'expérience d'un événement traumatique, les enfants retiennent des « impressions visuelles brûlantes » qui peuvent durer toute la vie » (Schacter, 1999, p. 240)

Mais alors pourquoi les thérapeutes des TMR poussent-ils leurs patients à accuser systématiquement leurs parents d'inceste, de viol, de complicité de viol, et de tout un cortège d'actes sordides ? Pourquoi le thérapeute ne s'assigne-t-il pas comme objectif de faire passer progressivement le patient de sa vérité subjective à la vérité objective ? N'est-ce pas là la clé de la guérison ?

Lorsque les souvenirs sont fabriqués de toutes pièces par la thérapie, les parents accusés vivent une tragédie, car ils ne savent pas que ces accusations portées contre eux par leur enfant sont des constructions artificielles, induites par des thérapeutes irresponsables, mégalomanes et destructeurs. Quand ils l'apprennent, ils sont confrontés à leur propre impuissance.

 

Notes

[15] Suite de la citation de Raymond Tallis : « L'étendue des dégâts est récemment devenue évidente aux États-Unis, où, selon Crews, on a estimé que 1.000.000 de familles depuis 1988 [jusqu'en 1996] ont été touchées par des accusations d'abus sexuel inspirées par des thérapeutes qui les auraient soi-disant découverts en réveillant des souvenirs refoulés. Il y a des ironies particulièrement amères ici. Pendant ce siècle, comme l'indique Webster, nombre de femmes ont souffert immensément de l'orthodoxie psychanalytique, qui interprétait les épisodes réels d'abus sexuel comme des fantaisies œdipiennes. Aujourd'hui, le thérapeute omniscient arrive à persuader des individus qu'ils ont subi un abus sexuel pour lequel ils n'ont aucun souvenir. Le travail spéculatif irresponsable des thérapeutes du soi-disant souvenir résurgent porte atteinte non seulement à ceux qui n'ont pas été sexuellement abusés, mais menace aussi de discréditer le témoignage de ceux qui l'ont vraiment été. L'annulation arrogante du témoignage des gens ordinaires est partagée à la fois par le thérapeute freudien – qui dénie le véritable abus sexuel –, et par le thérapeute du souvenir refoulé qui allègue un abus sexuel dont la victime ne se souvient pas. » (Tallis, 1996)

[16] « Dès 1993, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie et au Canada, des associations de psychiatres et de psychologues tiraient la sonnette d'alarme. C'est au cours de ces années 1990, en effet, qu'apparaissent aux États-Unis une véritable épidémie de souvenirs retrouvés d'abus sexuels. Elle sera appelée le « syndrome des faux souvenirs », notamment par les auteurs d'un ouvrage de référence du même nom : Elisabeth Loftus et Katherine Ketcham, paru en 1994. Un débat houleux agitait alors les USA. Une controverse opposait à cette époque une fondation : la « False Memory Syndrome Foundation » au mouvement : « Recovered Memory Movement ». Ce dernier, créé dès le début des années 1980 à l'initiative essentiellement de certains psychothérapeutes, s'appuyait sur l'émergence en cours de séances de psychothérapie utilisant la suggestion ou d'autres méthodes régressives, de « souvenirs » traumatiques d'abus sexuels, souvenirs jusque là enfouis ou occultés. Ce phénomène conduira à des dénonciations publiques et des actions en justice contre les auteurs présumés, la plupart du temps l'un des parents proches ou un familier. Il touchera des milliers de famille et sera particulièrement dévastateur. En réaction, la False Memory Syndrome Foundation sera créée en 1992 par des familles accusées [voir note 4 ci-dessus]. Dans les années 1997/1999, ce syndrome se répétera en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, au Canada, en Australie et en Nouvelle Zélande mais aussi dans d'autres pays notamment le Japon et la France. En France précisément, ce phénomène des « faux souvenirs » ne fut d'abord connu que de certains spécialistes. » (Article « Les Faux Souvenirs : un phénomène bien actuel, une confusion entre le réel et l'imaginaire », 22 février 2007, disponible sur le site de l'UNADFI)