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Les origines du « Syndrome des faux souvenirs » - La soumission librement consentie Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte AXELRAD   
Dimanche, 31 Août 2008 01:00
Index de l'article
Les origines du « Syndrome des faux souvenirs »
Les théories de Freud
La rébellion féministe
La soumission librement consentie
Les victimes
Que faire ?
Conclusion
Références et liens
Toutes les pages

 


IV. La soumission librement consentie, terreau de la manipulation mentale


 

Pour mieux comprendre comment l'être humain peut céder à la pression, à la suggestion, à la manipulation d'un psychothérapeute, qu'il soit médecin psychiatre, diplômé, reconnu par ses pairs, installé dans l'institution ou qu'il soit psychanalyste, psychologue ou simple thérapeute autoproclamé, il faut se placer dans la perspective du besoin de soin et de guérison auquel aspire un patient fragilisé.

Son aspiration à aller mieux le rend perméable aux injonctions du psychothérapeute. C'est pour cela qu'il va le voir au départ. Le thérapeute le lui rappelle chaque fois que le courage de son patient faiblit, afin qu'il ne s'arrête pas en si bon chemin.

R.-V. Joule et J.-L. Beauvois, spécialistes de la manipulation mentale, ont montré que la pierre angulaire de la manipulation mentale et de son succès, c'est le sentiment de liberté que ressent l'individu dans sa soumission à l'autorité. Le patient en psychothérapie éprouve ce sentiment de liberté face à son thérapeute, tout en se soumettant à son autorité. Tout d'abord, c'est de son plein gré qu'il est là, personne ne pouvant obliger personne à entrer en psychothérapie. Ensuite, le psychothérapeute s'efforce de lui donner l'impression qu'il découvre par lui-même le sens de son mal-être et sa cause dans des rêves ou des symptômes. Le thérapeute « se borne » à suggérer qu'il faut retrouver les souvenirs refoulés d'abus sexuels pour aller mieux.

Le patient malgré ses doutes, ses appréhensions, ses réticences, se sent engagé dans un processus de soumission à l'autorité d'un « médecin des âmes », spécialiste de la psyché, entité abstraite en laquelle se jouent sa guérison et même son bonheur. Il met sa vie entre ses mains, renonce à son esprit critique, délègue sa responsabilité. Joule et Beauvois parlent de l'analyse comme d'un piège « abscons », qui se referme progressivement sur les patients :

« [...] ceux dont l'analyse n'en finit pas de finir. Car qu'on le veuille ou non, une psychanalyse a toutes les propriétés d'un piège abscons. Le patient a décidé de s'engager dans un long processus de dépense (en argent, en temps, en énergie).
1) Que le patient en soit conscient ou pas, l'atteinte du but n'est pas certaine, et ceci d'autant plus que son psychanalyste lui-même peut considérer ce but comme fantasme ou un « surcroît » (sic).
2) La situation est telle que le patient peut avoir l'impression que chaque dépense le rapproche davantage du but.
3) Le processus se poursuit sauf si le patient décide activement de l'arrêter.
4) Le patient n'a pas fixé au départ de limite à ses investissements. » (Joule et Beauvois, 1987, p. 42)

Fabienne Frémeaux dans « Comment se faire arnaquer par son Psy. Le prix du Bonheur. », dépeint avec un certain humour la psychanalyse lacanienne d'une femme douée d'une forte personnalité et d'un solide esprit critique mais qui, « surmontant » à chaque étape ses doutes successifs, s'est soumise pendant trois ans à un psychanalyste manipulateur et destructeur, qui lui a soutiré pour ce faire, au moins, la somme de 80 000€ : « Comme d'habitude, je tentais de me rassurer : tout allait redevenir normal, il maîtrisait la situation, il était Médecin, Psychiatre, Psychanalyste... » (Frémeaux, 2007, p. 251)

Si cette analyse concerne la cure psychanalytique en général, elle s'applique aussi aux thérapies de la mémoire retrouvée qui en réunissent les principaux aspects, engagement ressenti comme libre, durée indéterminée, prix, désir de guérison, difficulté à dire « stop, j'arrête »...

Les TMR assignent au patient une tâche supplémentaire, qui prend du temps et bouleverse sa vie : retrouver des souvenirs, accuser les coupables présumés, leur faire payer leurs crimes. L'impossibilité de trouver la guérison malgré les promesses du psychothérapeute les met dans une dépendance quasi définitive. Au-delà des patients eux-mêmes, les TMR font d'autres victimes.