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Les origines du « Syndrome des faux souvenirs » Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte AXELRAD   
Dimanche, 31 Août 2008 01:00
Index de l'article
Les origines du « Syndrome des faux souvenirs »
Les théories de Freud
La rébellion féministe
La soumission librement consentie
Les victimes
Que faire ?
Conclusion
Références et liens
Toutes les pages

 

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I. Introduction


 

Il n'est pas facile, comme le disent tous ceux qui s'y sont attelés, de faire accepter par ses défenseurs l'idée d'une critique de la psychanalyse et du freudisme, même la plus objective et la plus nuancée. Car qu'il l'ait voulu ou non, Freud a verrouillé son système en énonçant son implacable concept de « résistance ». Tous ceux qui critiquent la psychanalyse sont les victimes de leur propre inconscient.

Toute objection émise à l'encontre de la théorie fut interprétée par Freud comme la preuve de sa validité. Selon Richard J. McNally, Freud considéra l'accusation suivante de certains patients concernant l'utilisation des méthodes suggestives : « Quelque chose m'est arrivé maintenant, mais il est évident que vous l'avez mis vous-même dans ma tête », comme la preuve du déni de ce qui était réellement arrivé et une confirmation supplémentaire de sa théorie. » (McNally, 2003, p. 165) [1]

La critique de la psychanalyse par « l'homme sain » fut neutralisée par Freud de la même manière : « S'il est exact, me suis-je dit, que les faits refoulés dont j'ai découvert l'existence ne peuvent parvenir à la conscience du malade, parce que des résistances affectives s'y opposent, il doit être non moins exact que des résistances analogues se manifestent également chez l'homme sain, toutes les fois où on veut le mettre en présence de faits que, pour une raison ou une autre, il a cru devoir refouler de sa conscience. Il cherche, sans doute, à justifier cette aversion essentiellement affective par des raisons intellectuelles. » Et Freud de conclure : « Les hommes sont forts, tant qu'ils défendent une idée forte ; ils deviennent impuissants, dès qu'ils veulent s'y opposer. » (1909, Freud, pp. 92, 155, 1950)

Impossible de sortir de cette impasse ; tout examen critique est d'entrée de jeu invalidé. R. Tallis va même jusqu'à utiliser l'expression de « kit de survie intégré » pour désigner la protection que s'est fabriquée pour elle-même la psychanalyse. (Tallis, 1996)J'ai moi-même pendant des années enseigné avec conviction le freudisme et résisté aux objections naïves et spontanées de certains de mes élèves, qui finalement étaient plus clairvoyants que moi. Pourtant, intuitivement, je sentais qu'ils devaient avoir raison en quelque chose, mais je colmatais tant bien que mal la brèche. J'ai aussi connu la psychanalyse de l'intérieur pour avoir suivi une psychanalyse freudienne pendant sept ans. Il m'est arrivé d'en ressentir les failles et les dangers.

C'est bien plus tard que j'ai enfin commencé à voir clair dans ce qui a produit des catastrophes à la fin du XXe siècle chez de nombreuses personnes et dans de nombreuses familles : le « syndrome » [2] des faux souvenirs. La première mention du « syndrome » des faux souvenirs date des années 1990.

En 1992, aux États-Unis, la False Memory Syndrome Foundation (FMSF) fut créée pour défendre les familles accusées d'inceste par leurs enfants au cours d'une thérapie de la mémoire retrouvée (TMR). [3]

Mais le point de départ de ce « syndrome » se situe dans l'idée de souvenirs refoulés, dans la théorie freudienne de la séduction et aussi dans son abandon ultérieur par Freud pour la théorie du complexe d'Œdipe. La propagation de ce « syndrome » dans la dernière décennie du XXe siècle jusqu'à aujourd'hui s'explique d'abord par les effets de ces deux théories successives, qui alimentèrent largement le mouvement féministe aux États-Unis, et inspirèrent quantité de psychiatres, psychanalystes, psychologues. Au-delà des États-Unis [4], la question des faux souvenirs s'est rapidement posée au Canada, en Grande-Bretagne, en France, en Hollande, en Belgique, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, etc.

La genèse des thérapies de la mémoire retrouvée se loge dans la rencontre entre ces différents facteurs. Ma recherche ne vise pas à nier la véracité des récits spontanés d'abus sexuels avérés, ni leurs effets dévastateurs sur ceux qui en sont victimes, mais à mettre en évidence l'émergence de faux souvenirs par les thérapies de la mémoire retrouvée.