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La nécessité du hasard - Une situation dissymétrique Imprimer Envoyer
Écrit par Florent TOURNUS   
Dimanche, 06 Avril 2008 01:00
Index de l'article
La nécessité du hasard
Qu'est-ce qu'une série aléatoire ?
Nous sommes de mauvais générateurs aléatoires
Le principe d'un test
Pourquoi utiliser un tirage au sort ?
Répondre par hasard, oui, mais comment ?
Tous les tirages au sort ne se valent pas
Une probabilité de réussite, conditionnelle
Une ou plusieurs expériences ?
Martingale ? Vous avez dit martingale ?
Tirage aléatoire sans contrainte
Un tirage peut-il nuire à l'expression d'un phénomène ?
Mauvais tirage et échec de test
Une situation dissymétrique
Pour résumer : l'essentiel à retenir
Toutes les pages

Une situation dissymétrique


Comme vous l'avez certainement remarqué, il y a une dissymétrie entre l'hypothèse du hasard et l'hypothèse « extraordinaire » concurrente. Un résultat négatif (c'est-à-dire, qui conduit à rejeter l'hypothèse « extraordinaire ») lors d'un test sera toujours négatif, même avec une mauvaise randomisation [92]. En revanche, un résultat positif (c'est-à-dire, qui conduit à rejeter l'hypothèse du hasard) peut finalement s'avérer négatif, car dû à un mauvais tirage au sort ! Ceci devrait inciter les « tenants du paranormal » à être particulièrement vigilants sur la qualité des protocoles expérimentaux, y compris au niveau de la randomisation. Ceux qui veulent prouver la réalité d'un phénomène extraordinaire devraient être ceux qui mettent en place les expériences les plus rigoureuses... Comme en témoignent les nombreuses critiques venant de sceptiques, ceci n'est malheureusement pas toujours le cas.

La dissymétrie évoquée plus haut reflète la préférence accordée à l'hypothèse du hasard [93] lors d'un test statistique : dès lors qu'un résultat est conforme au hasard, l'hypothèse du hasard est conservée. Cette préférence se justifie quand à elle par le principe d'économie : on privilégie l'hypothèse « normale » du hasard, au détriment d'une hypothèse « extraordinaire » qui représente souvent un véritable bouleversement des connaissances établies. Cette démarche fait preuve d'une saine prudence et n'empêche absolument pas la science d'avancer : des théories « révolutionnaires » peuvent parfaitement s'imposer lorsqu'elles font leurs preuves. C'est aussi ce qu'exprime le principe zététique suivant : un phénomène extraordinaire nécessite une « preuve rigoureuse » [94] !

 


Notes (cliquez sur les nombres pour revenir dans le texte là où vous en étiez)

[92] Un « mauvais » tirage au sort n'est pas suffisant pour discréditer une expérience ayant donné des résultats conformes au hasard. Plus généralement, lorsqu'un « mauvais » protocole donne un résultat conforme au hasard, la conclusion reste fiable (sauf si l'on peut expliquer en quoi les « failles » dans le protocole peuvent être à l'origine de la disparition de l'effet « extraordinaire »), tandis que lorsqu'il donne un résultat « extraordinaire », la conclusion n'est pas fiable !

[93] Appelée fréquemment « hypothèse nulle », et notée H0. L'hypothèse alternative étant notée H1.

[94] La difficulté, dans le cas de certains phénomènes « extraordinaires », provient du fait que la « preuve » ne peut se faire que de manière statistique. Dans ce cas, on peut considérer que plus la probabilité critique p est petite, plus on a une « preuve » solide en faveur du phénomène « extraordinaire ». Une « preuve rigoureuse » signifie alors qu'on ne peut se contenter d'une probabilité critique de 5 % par exemple pour rejeter l'hypothèse « normale » du hasard...