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La nécessité du hasard - Un tirage peut-il nuire à l'expression d'un phénomène ? Imprimer Envoyer
Écrit par Florent TOURNUS   
Dimanche, 06 Avril 2008 01:00
Index de l'article
La nécessité du hasard
Qu'est-ce qu'une série aléatoire ?
Nous sommes de mauvais générateurs aléatoires
Le principe d'un test
Pourquoi utiliser un tirage au sort ?
Répondre par hasard, oui, mais comment ?
Tous les tirages au sort ne se valent pas
Une probabilité de réussite, conditionnelle
Une ou plusieurs expériences ?
Martingale ? Vous avez dit martingale ?
Tirage aléatoire sans contrainte
Un tirage peut-il nuire à l'expression d'un phénomène ?
Mauvais tirage et échec de test
Une situation dissymétrique
Pour résumer : l'essentiel à retenir
Toutes les pages

Est-ce qu'un tirage au sort peut empêcher d'observer un phénomène extraordinaire ?


Un tirage au sort peut donner toutes les « bonnes réponses » possibles, de manière équiprobable et imprévisible. Une « bonne réponse » tirée au sort n'a pas de signe particulier, et ne peut pas se distinguer d'une « bonne réponse » qui a été choisie de manière non-aléatoire [82]. Ainsi, si un « sujet psi » prétend avoir une capacité [83] « extraordinaire » (être capable de trouver la « bonne réponse », ou d'obtenir un gros « score »), il n'a aucune raison de s'opposer à l'utilisation d'un générateur aléatoire. La randomisation ne rend les choses plus difficiles que dans le cas où le « sujet psi » n'a en fait pas de capacité « extraordinaire ». Ou alors il faut reformuler la prétention du « sujet psi » (s'il y en a une) et définir précisément les conditions de manifestation du phénomène. Le problème est qu'il ne faut pas aboutir à une affirmation irréfutable [84] et par conséquent non scientifique. Lorsqu'une affirmation est irréfutable, on ne peut montrer qu'elle est fausse, même si c'est le cas : pourquoi considérer qu'elle est vraie [85] ?

Le fait qu'un phénomène « extraordinaire » ne se manifeste que lorsqu'il n'y a pas de tirage aléatoire doit nous mettre la puce à l'oreille : il y a sûrement un biais dans l'expérience, qui nous laisse croire que les résultats sont « extraordinaires » alors qu'ils sont conformes au hasard. Par exemple, nous avons vu plus haut (voir encadré), que lorsqu'il s'agit de deviner un chiffre, la probabilité de réussite est sensiblement plus grande [86] lorsque le chiffre est choisi par un individu que lorsqu'il est tiré au sort. On pourrait invoquer les « mauvaises ondes » du générateur aléatoire, ou bâtir une théorie de « connexion cérébrale » qui serait meilleure dans le cas où le chiffre a été choisi par un individu, alors qu'il s'agit simplement d'un effet statistique. Le fait qu'un être humain est un mauvais générateur aléatoire entraîne une augmentation du taux de réussite à l'expérience. Une bonne analyse des résultats, tenant compte de cet effet, permettrait de s'apercevoir que les résultats sont en fait conformes au hasard dans les deux cas : avec un générateur aléatoire et avec un choix humain du chiffre à deviner.

 


Notes (cliquez sur les nombres pour revenir dans le texte là où vous en étiez)

[82] Certes, on peut effectuer un test statistique sur la « bonne réponse » pour voir si elle provient vraisemblablement d'un générateur aléatoire non biaisé. Mais même dans le cas où la « bonne réponse » choisie présente des caractéristiques qu'il est « extraordinaire » d'obtenir par hasard, elle pourrait parfaitement avoir été obtenue par hasard : il n'y a donc aucun moyen de savoir comment une « bonne réponse » particulière a été obtenue.

[83] Ou si l'on souhaite simplement étudier un phénomène « extraordinaire ».

[84] Une affirmation du type « je peux deviner à quel chiffre tu penses, mais seulement si j'ai un bon karma » est irréfutable : on n'a pas moyen de montrer qu'elle est fausse (en effet, si je me trompe, je pourrais invoquer un mauvais karma, chose non mesurable, comme cause de mon échec). On parle aussi d'affirmation non-falsifiable. Un autre type d'affirmation irréfutable est « j'ai trouvé à quel chiffre tu pensais, grâce à mon pendule », puisqu'elle concerne une expérience passée, unique : si on ne refait pas d'expériences, on ne peut pas prouver que c'est faux (même si ça l'est).

[85] C'est alors affaire de conviction personnelle. On peut parfaitement croire en quelque chose d'invérifiable.

[86] Sauf si l'individu qui doit deviner le chiffre tire réellement au sort sa réponse.