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Regards croisés sur le dernier colloque du GEMPPI Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Vivant   
Vendredi, 09 Novembre 2007 17:23

Le 6 octobre, à Marseille, le GEMPPI (Groupe d’Étude des Mouvements de Pensée en vue de la Protection de l’Individu) organisait un colloque consacré aux « Principes d’assujettissement et d’influence par des mécanismes mentaux ». Françoise Mariotti, membre du CZLR (Cercle Zététique Languedoc Roussillon) et Nicolas Gaillard, membre de l’OZ, s’y sont retrouvés. Ils nous livrent leurs impressions dans ce compte rendu...



Dans la newsletter 018 d’octobre 2006, Richard Monvoisin concluait avec audace son compte-rendu du colloque du 26/10/2006 du GEMPPI, consacré aux « sciences, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes » : « Que voulez-vous : tant que les « penseurs » au pouvoir dans les rédactions resteront humides de freudisme, tant que les contenus d'enseignement en faculté de psychologie imposeront d'emblée ce monticule théorique glaiseux et peu scientifique qu'est la psychanalyse, il ne faudra guère s'étonner. »

L’humidité persistera-t-elle ? C’est avec cette question en tête que je me suis rendue le 6 octobre à Marseille pour le dernier colloque du GEMPPI, cette fois-ci intitulé « Principes d’assujettissement et d’influences par des mécanismes mentaux – manipulation mentale : approche éthique ». Huit interventions prévues (deux intervenantEs) où l’on dénombre six psychologues cliniciens (voir plus bas), un psychiatre, un psychiatre-psychanalyste, un professeur de psychologie sociale, une membre de la MIVILUDES… et le même philosophe qui conclut la journée avec le même sujet que l’an dernier : nous parler de son livre sur « l’empire des coachs ».

Le premier orateur, E. Dudoit, psychologue clinicien, tente pendant 1h de nous faire partager son expérience au chevet des malades (c’est le titre de son intervention). Las, il insiste sur son passé d’étudiant en théologie (il finira en souhaitant effectivement que dieu lui parle) et ses citations nombreuses d’autorités indiscutables (Kant, Lacan, Gibran…) émailleront un discours décousu que j’ai renoncé à comprendre. Ah si, j’ai noté : « ne pas vouloir concurrencer les gourous mais pour autant, ne pas leur laisser la place ». Au sujet de ses patients en service d’oncologie, il dira seulement que son métier est de repérer dans leur psychisme une petite tache noire et d’aller la gratouiller… Je n’apprendrai rien d’autre, sauf à l’entendre se revendiquer d’une humilité professionnelle que son attitude personnelle - il dit lui-même qu’il est hystérique et narcissique - pourrait démentir.

Puis M. Monroy, psychiatre, traite de l’irréversible dans l’emprise sectaire et décortique habilement divers processus à l’œuvre par les sectes pour durer et s’étendre, en évitant l’obsolescence. Il cite cinq étapes structurelles pour parvenir à l’obéissance durable des adeptes :
- l’appartenance sectaire à vivre comme une loyauté ;
- l’ancrage dans un passé mythique : recours à des connaissances millénaires, d’où le paradoxe « alternatif » d’être nouveau avec des choses anciennes ;
- occupation du temps et du terrain, en faisant agir les adeptes sous le regard des autres (temps collectifs intenses) ;
- recours à l’auto-duplication, pour durer ;
- parades spécifiques à l’organisation ;

Avant de passer la parole à sa collègue, la représentante officielle de la MIVILUDES rappelle qu’il s’agit pour cette mission gouvernementale (dépendant des affaires sociales) de travailler uniquement sur les dérives donc sur les plaintes des victimes des sectes (emprise mentale, mise en état de sujétion, isolement par rapport à la famille, exigences financières) et non sur les sectes proprement dites, chacun étant libre de ses croyances. F. Chalmeau prend le relais pour traiter des pseudo-thérapies psychosomatiques qu’elle présente comme des « offres caricaturales » pouvant présenter des dérives sectaires et induisant pour les patients malades des risques en terme de « perte de chances » de guérir. Il paraît que le ministère des affaires sociales en fait une préoccupation importante et va en parler bientôt. Seront décrites rapidement la naturopathie, les « nouvelles médecines » du Dr Hamer, la médecine anthroposophique (communication facilitée), la kinésiologie, le respirianisme, puis les pratiques plus fondées sur l’irrationnel et la quête de spiritualité comme le reiki.

J.-L. Beauvois, psychologue social (donc expérimentaliste) rentre dans le vif du sujet en nous présentant des techniques courantes de manipulations. Je renvoie carrément à la vidéo du cours de Richard Monvoisin (voir newsletter de l’OZ n° 22). Son discours paraît à quelques-un-es antilibéral et un certain mécontentement sera perceptible. (Nicolas Gaillard de l’Observatoire Zététique présent m’assurera que le mien l’était aussi à l’écoute des humidités psychanalytiques). Sa conclusion ? La liberté est un trait de situation et non un trait de personnalité, elle est surtout un « opérateur idéologique d’aliénation » (plus on vous persuade que vous êtes libre, moins vous exercez votre liberté).

Après la pause sandwich, J.-L. Swertvaegher, psychologue clinicien, va détailler le parcours d’une personne sortie d’une emprise sectaire. Comment s’effectue le déclic ? Un petit détail insistant… un endroit de doute : « le fait que je sois dans ce groupe est-il bon pour moi ? ». La chute psychologique à la sortie est de l’ordre du « qu’est-ce qu’on m’a fait pour que je me sente dans ces états-là ? ». C’est aux thérapeutes de pouvoir décrire ce qui s’est passé pendant la thérapie de ces personnes, situation par situation. Il apparaît efficace : qu’elles puissent s’installer dans une posture de victime reconnue, et que l’on puisse se servir à leur encontre des concepts de la psychologie à savoir manipulation, emprise, soumission librement consentie. En fait, l’entrée en secte n’aurait pas comme préalable un état de fragilité particulier qui les rendrait sensibles à certaines idées. Il y a une rencontre à un moment donné. L’orateur parle des « vérités sectaires » qui correspondent quelquefois à des idéaux que l’on ne veut pas lâcher et qui nous rendent sensibles à de nouvelles propositions, qui, fait nouveau, cohabitent ensemble. Les divers mondes proposés par les sectes constituent un amalgame qu’il est quelquefois difficile d’analyser.

Puis M. Maurer, psychologue clinicienne, détaille les dérives de pseudo-thérapies qui usent de méthodes non éprouvées objectivement, entraînent la dépendance du patient, et le formatent autour de nouvelles formes de pensées. (non elle ne parle pas de psychanalyse…). Parmi ces dérives, le recours aux « énergies », au décodage des souffrances antérieures, à l’échange de sensualité et de sexualité. Elle rappelle le combat pour la définition du titre de psychothérapeute, qui devrait être réservé aux psychologues cliniciens, aux médecins et aux psychanalystes (qu’elle a vu arriver avec surprise dit-elle dans les débats). Au moment des questions, je rappelle –ou j’informe- qu’il n’y a officiellement qu’un titre général de psychologue, avec un code de déontologie commun, et que la séparation des cliniciens qui seuls se revendiqueraient de faire de la psychothérapie est abusive. Avant le philosophe P. Le Coz qui concluera sur le danger des coachs (quelle formation, quelles pratiques, dans quels lieux ?), un dernier psychiatre psychanalyste, P.J. Parquet, parlera de sa pratique avec ses patients, dans laquelle je reconnaîtrai les principes de la psychothérapie de Carl Rogers. J’aurai le malheur de le lui dire respectueusement, et il me renverra ironiquement que se nommer « rogérien » est réducteur et ne veut rien dire, ce à quoi je lui répondrai – avec difficulté car ce monsieur ne voudra plus me répondre – que lui-même s’est dénommé « psychanalyste » à trois reprises dans son exposé et que je ne vois pas où est la différence, à se réclamer d’une théorie. Il me répondra quand même qu’il ne s’en souvient pas mais que « si c’est vrai, je suis un con ».

Les débats furent moins vifs et moins critiques que lors du colloque précédent, l’extrême prudence dont ont témoigné les orateurs-trice m’ont semblé quelquefois à la frontière de la tiédeur, voire de la passivité.

Françoise MARIOTTI
CZLR



C’est en plein milieu des derniers évènements de l’ovalie mondiale, que je suis descendu à Marseille, alléché par le programme du GEMPPI, le groupe d’étude des mouvements de pensée en vue de la prévention de l’individu, qui ne pouvait qu’intéresser le zététicien que je suis, passionné par les thérapies bizarres, les mouvements sectaires et l’utilisation de la psychologie dans ces bazars.
« Principes d'assujettissement et d'influence par des mécanismes mentaux.

Manipulation mentale : approche éthique
» c’est un peu aller voir un film dont on vous compte louanges depuis des mois : c’est bien, mais finalement décevant. Attention, ma relative déception ne doit pas escamoter la qualité de l’accueil et de l’organisation du GEMPPI au travers de Didier Pachoud, qui n’a eu de cesse durant toute la journée que cette manifestation soit réussie et agréable et elle l’a été, c’est incontestable !

Non plus les interventions de haut vol qui ont ponctué la journée, dans le désordre :
J’ai été captivé par le récit de la démarche pragmatique de Jean Luc Swertvaegher qui avec Tobie Nathan ont recueilli en entretiens les témoignages d’anciens membres de sectes sur leurs vécus, leurs souffrances actuelles. Ils ont tenté de comprendre comment les victimes se situaient par rapport à cette expérience traumatisante, leurs perceptions, leurs représentations de celle-ci. Il en ressort souvent un sentiment d’avoir été abusé, où sa propre pensée n’est plus fiable : « est-ce moi qui pense où est-ce un réflexe conditionné par le groupe ? »

J’ai également été très intéressé par le psychiatre Michel Monroy qui offre une approche des mécanismes sectaires, notamment en dissociant deux aspects de la dépendance dans les sectes : l’emprise verticale d’un gourou et l’emprise horizontale d’un groupe, qui devient un groupe d’emprise durable et inconditionnelle. Il a évoqué également « l’étanchéité intellectuelle » nécessaire à l’emprise.

L’éclairage sur les caractéristiques de l’emprise d’un groupe (citées plus haut par Françoise) est très pertinent et élève le débat du phénomène sectaire dans le chant de la psychologie de l’influence et de l’engagement.

Quelle transition alors pour boire les paroles de Jean-léon Beauvois, dont je ne me lasse pas d’assister à son psycho-show ! Encore une fois, il émerveille par le choix des exemples et la facilité avec laquelle il rend compte au travers de la psychologie sociale des mécanismes obscurs de l’influence, rendant cela passionnant. Sa présence sur l’estrade (qui est devenue scène pour l’occasion) a dû être entravée par une chaise habilement disposée par Didier Pachoud pour ne pas qu’il s‘approprie tout l’espace et le temps du colloque !

Quel fut donc mon étonnement quand d’autres intervenants prirent presque en dérision sa prestation en invoquant non le clown fabuleux mais la grande froideur de la psychologie expérimentale. J’y ai reconnu l’invocation d’un droit au rêve, que les choses ne sont pas si simples, au quel cas c’est bien triste…arguments qui ont finis de me convaincre d’un paradoxe dans le discours de l’ensemble des intervenants.

Ce paradoxe nous est posé régulièrement à l’OZ : pouvez-vous appliquer la démarche zététique à elle-même ? vous parlez d’effet paillasson, mais avez-vous balayé derrière le votre ?

En effet, à prôner l’esprit critique il serait bizarre de nous en détacher à l’occasion, quand cela nous arrange ! La zététique est une démarche basée sur la recherche, l’investigation, la mise en perspective, alors oui, il est nécessaire d’être rigoureux.

Et c’est précisément cela que je reproche à une majorité d’intervenants que je n’ai pas cité, c’est à dire l'inaptitude, l’impossibilité ou l’absence de volonté d’appliquer à leur propre discipline les critiques qu’ils mettaient en lumière dans les mouvements sectaires ou autres psychothérapies déviantes.

J’entends parler de système de pensée dogmatique dans les groupes sectaires avec des exemples qui, soit provoquent l’indignation de la salle, soit son fou rire le plus gras, puis du bien fondé de la psychanalyse comme model de compréhension théorique notamment Lacanienne, qui, soit-dit en passant, n’a rien à prouver : je gronde !

J’entends parler de l’utilisation malveillante de la PNL par des charlatans qui dévoient son utilisation : je m’étrangle ! (j’ai secoué les bras, mais Françoise a monopolisé l’assemblée ! NDLA)

Il est difficile de prime abord de fixer une limite dans le domaine de la psychothérapie, sur quels éléments s’appuie-t-on pour différencier les pratiques ?

Un début de réponse : c’est en premier lieu au travers de la vérification des allégations souvent pseudo-scientifiques et peu modestes, d’une recherche sur les fondements qui souvent trouvent leur terreau dans le courant new-age et de la documentation déjà disponible qui est souvent plus importante que l’on peut croire, que l’on peut se faire une première idée.

Cela dit quelqu’un a dit une chose très vraie concernant la psychothérapie : « Si leur référence théorique doit s’imposer à l’autre, il n’y a alors plus de respect pour l’autre et on se rapproche de l’emprise. » À bon entendeur…

Nicolas Gaillard
OZ


Réponses: 3 Commentaires



le vendredi 9 novembre 2007, Richard Monvoisin a dit

Croustillant compte-rendu. J'ai eu l'an passé l'impression que Didier Pachoud était bien conscient de ce mélange assez scabreux dans sa programmation. Mais je crois qu'il est très difficile à l'heure actuelle de faire sans les psychanalystes, qui ont, notamment la branche lacanienne, phagocyté la psychologie. Suffit de voir la 1ère année de licence de psychologie à l'université, largement orientée sur Freud.

Ou alors c'est l'air de Marseille. je dois aller y causer le 22 novembre, et en regardant le programme du colloque "Les Horizons du Savoir: science(s), raison et déraisons", je vois passer aussi bien Patrick Tort ou Lévy-Leblond que Patrick Lacoste, auteur de "Psychanalyser quand même".
Quand même quoi ?

Petite question à Nicolas Gaillard : je ne connais pas bien le travail de Tobie Nathan, mais je sais qu'il a bien fréquenté la sphère de la relativiste Isabelle Stengers. Ca m'inquiète. Est-ce que ces travaux sont solides, ou empruntent-ils à cette confusion des genres entre science et mythe comme Stengers l'écrit souvent ?
C'est une vraie question.

Amitiés
R



le mardi 13 novembre 2007, Pachoud Didier a dit

Bonjour,
Vos commentaires m'ont été très utiles pour espérer faire mieux la prochaine fois, pour notre prochain colloque à Marseille
Bien cordialement
Didier Pacoud
GEMPPI



le jeudi 15 novembre 2007, Françoise a dit

Heureusement que Nicozinzin a rendu hommage à Didier Pachoud que j'ai oublié. Pour le prochain colloque, peut-être qu'un rappel sur le post-modernisme ou le relativisme cognitif serait utile. Comme l'a rappelé Swertvaegher, plusieurs mondes cohabitent et plusieurs modes de pensées aussi, dont on estime qu'ils se valent. P. Bienvenu de l'OZ pourrait le faire ?
Cordialement,
FM

 

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