Zététique appliquée : double effet paillasson dans le Monde Imprimer
Écrit par Richard Monvoisin   
Mardi, 17 Avril 2007 16:25

Aujourd'hui 17 avril il y a dans Le Monde un article appelé :
Le pape prend ses distances avec les créationnistes et avec les darwinistes.
C'est écrit par Henri Tincq, et ça nous apporte les deux meilleurs effets paillasson de la saison.

On y trouve ceci :

« La science seule n'est pas en mesure d'expliquer les origines de la vie, ajoute-t-il. Elle est toujours limitée. "La théorie de Darwin" n'est pas totalement démontrable en laboratoire, parce que des mutations sur des centaines de milliers d'années ne peuvent pas être reproduites en laboratoire », estime Benoît XVI.

Morbleu. De prime abord, Benoît XVI ne semble pas en savoir beaucoup plus sur le darwinisme que la moyenne des gens. Bien sûr, on ne peut refaire ces expériences. Mais le faisceau de preuves est incomparable pour cette théorie-là - et aucune autre n'explique aussi bien ce qu'on trouve (organes vestigiaux, fossiles, etc). Alors tant qu'on n'a pas mieux, on va la garder.

Plus loin :

« [l'Église catholique] s'inquiète surtout de l'influence du "darwinisme social" et des théories évolutionnistes en matière d'économie et d'éthique médicale. »

Le « darwinisme social », c'est une théorie de Spencer, qui joue sur l'idée fausse qu'il y a une séléction naturelle. Fausse car il s'agit non d'une sélection des meilleurs, mais d'un tri des moins adaptés. Comme nous le disent Gould, Lecointre ou Barrette, remplaçons la notion moisie de « sélection naturelle » par celle de « tamis » quand on parle de darwinisme et on sera plus proche de la réalité.
Donc en gros, ce qu'on appelle « darwinisme social » n'est pas du darwinisme. Donc on peut laisser Darwin se reposer dans son ossuaire (de Turin).

« Les principes de la sélection naturelle appliqués à l'homme (NdR : pour la femme aussi j'espère) sont, pour l'Église catholique, totalement inacceptables. »

Deux problèmes :
- La science comme démarche se fout de ce qui est acceptable ou non. Ce qu'on peut trouver inacceptable, ce sont les choix technopolitiques, la science comme somme des choix politiques de financements ou de gratification des gens bossant sur tel ou tel sujet. C'est un effet paillasson récurrent dans les discussions morales ou politiques sur la science.
- qui plus est, je me répète, la « séléction naturelle » n'en est pas une. Ne serait-ce que parce qu'une sélection nécessite un sélectionneur ou une sélectionneuse. Et mettre un sens dans l'évolution des espèces, c'est un choix métaphysique, pas un paramètre scientifique (en zététique, on parlerait de « raisonnement panglossien », ou d' « effet Bipède »).



Richard Monvoisin

Article entier :


Le pape prend ses distances avec les créationnistes et avec les darwinistes
LE MONDE, 17.04.07
Dans Création et Evolution (Sankt Ulrich Verlag, 162 p., 17 euros), un ouvrage publié le 11 avril en Allemagne et en langue allemande, le pape Benoît XVI se prononce sur la controverse opposant "évolutionnistes" et "créationnistes". Il tient la position suivante : si les sciences ont permis des progrès remarquables, les théories de Charles Darwin (1809-1882) sur l'évolution des espèces ne sont pas capables de tout expliquer.
Ce livre est le fruit d'un colloque qui, en septembre 2006, avait réuni à Castelgandolfo, en Italie, théologiens, biologistes et philosophes, comme Peter Schuster, président de l'académie autrichienne des sciences, Robert Spaemann, philosophe allemand de sciences politiques, le jésuite Paul Erbrich, professeur de philosophie de la nature, et le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne qui l'a préfacé. Le pape rejette à la fois "un créationnisme qui exclut catégoriquement la science" et "une théorie de l'évolution qui dissimule ses propres faiblesses et ne veut pas voir les questions qui se posent au-delà des capacités méthodologiques de la science naturelle".
BEAUCOUP DE RÉTICENCES
"La science seule n'est pas en mesure d'expliquer les origines de la vie, ajoute-t-il. Elle est toujours limitée." La théorie de Darwin "n'est pas totalement démontrable en laboratoire, parce que des mutations sur des centaines de milliers d'années ne peuvent pas être reproduites en laboratoire", estime Benoît XVI.
Cette intervention du pape fait suite à la polémique née, en juillet 2005, de la publication dans le New York Times d'une tribune du cardinal Schönborn. Celui qui passe pour le meilleur interprète de la pensée de Benoît XVI avait nié que l'Eglise catholique se soit ralliée à la théorie évolutionniste quand, en 1996, le pape Jean Paul II avait affirmé : "La théorie est plus qu'une hypothèse."
En fait, après avoir longtemps combattu les thèses de Darwin, l'Eglise catholique considère aujourd'hui que la théorie de l'évolution n'est pas incompatible avec son enseignement. Mais elle éprouve encore beaucoup de réticences à son égard, comme le prouve cet ouvrage. Et elle s'inquiète surtout de l'influence du "darwinisme social" et des théories évolutionnistes en matière d'économie et d'éthique médicale.
Les principes de la sélection naturelle appliqués à l'homme sont, pour l'Eglise catholique, totalement inacceptables.

Henri Tincq