Trinquer pour échanger du poison : une légende urbaine en plus Imprimer
Écrit par Richard Monvoisin   
Mardi, 10 Avril 2007 16:17

TrinquerJ’ai toujours pris un malin plaisir à raconter que la coutume de trinquer pour porter un toast venait d’une ancestrale précaution anti-poison. En frappant fort les deux récipients, on parvenait à échanger quelques gouttes d’un verre à l’autre, et à s’assurer ainsi que, si on mourrait empoisonné par notre hôte, au moins notre hôte nous suivrait en enfer. À mon grand dam, il semble que ce soit fichtrement faux.


D’une parce que l’empoisonnement était une technique assez rare et peu répandue chez les petites gens ; de deux parce que la coutume de trinquer est assez récente, en tout cas bien plus tardive que l’époque des empoisonnements – encore qu’il soit permis de douter lorsqu’on sait ce qui est arrivé au président ukrainien Viktor Iouchtchenko, empoisonné en septembre 2004, ou au journaliste russe Alexandre Litvinenko, tué en novembre dernier avec du polonium 210.
Il s’agirait plutôt d’un rite datant du passage du récipient collectif aux verres individuels, trinquer rappelant par une sorte de pensée magique la communion perdue avec la mise au rebut du pot commun (1). J’ai des doutes sur l’efficacité de la pensée magique, mais si d’aventure un sorcier vaudou béninois parvenait à venger Litvinenko et son salutaire travail journalistique (2), je lèverai mon verre et trinquerai à tout va.