Bourg-les-Valence : Voyance et affaire Julien Imprimer
Écrit par Nicolas Vivant   
Samedi, 10 Mars 2007 15:54

Je suis né à Valence, dans la Drôme. Mes parents y vivent toujours. Autant dire que l'affaire de la disparition du petit Julien a fait partie, pendant des semaines, des discussions récurrentes au sein de la famille. Je m'y suis d'autant plus intéressé que dès le 7 février 2007, soit une semaine environ après la disparition du petit garçon, une voyante se mettait au travail et publiait sur le réseau les « flashs » et autres intuitions qui devaient lui permettre de faire avancer l'enquête. Le corps de l'enfant a été retrouvé lundi 5 mars dans le Rhône, au barrage du Logis-Neuf. Quel bilan peut-on tirer de la contribution du « journal de demain » ?

[Pour une meilleure compréhension de cet article, vous pouvez vous référer au plan qui se trouve en bas de page]

EPISODE I : Le pont Frédéric Mistral

Le 7 février 2007, « Le journal de demain » met en ligne un article intitulé « IL FAUT CHERCHER JULIEN PLUS PRES DU PONT FREDERIC MISTRAL (N532) ». Céleste, une « journaliste d'intuition » nous explique qu'à « l’aide du dessin automatique et de la clair audience », elle a regroupé « des informations géographiques pour tenter de localiser Julien ». Curieux de voir ce que cette démarche allait donner, je décidai de noter, au fur et à mesure des contributions de la voyante, les éléments objectifs qu'elle apportait :

Les informations qui m’ont été transmises en clair audience sont :
- une « rivière »
- la lettre « F »
- le nombre « 32 »
- une « chaîne alimentaire »
- le terme « radeau »


Céleste commence à étudier les cartes de la région et écrit :

« Julien se trouverait donc à proximité du Pont Frédéric Mistral, ou bien on tente de nous dire qu’il faut se raprocher plus près de ce pont par rapport au lieu de recherche actuel. L’enfant se trouve peut-être un peu au sud de ce pont, plutôt près de la côte ouest (« berge »).

Elle joint à son témoignage un schéma censé représenter les lieux :

Le premier schéma fourni par Céleste

Passons sur le fait que le Rhône n'est pas une rivière (c'est un fleuve) et gardons bien à l'esprit les éléments ci-dessus. Notons que le mot « barrage » apparait sur le dessin, assorti d'un point d'interrogation, mais n'est pas repris dans l'article de Céleste.

La voyante, qui semble sûre de son fait, contacte le SRPJ de Lyon et écrit le 8 février dans la partie « commentaires » de son article : « J’ai eu le srpj de Lyon au téléphone pour leur transmettre les informations susceptibles d’aider à la localisation du petit Julien. La première question a été de me demander ce que j’attendais d’eux en contrepartie (évidemment j’ai répondu : absolument rien). Je me suis permise de leur préciser que je fais également partie de l’officiel de la voyance afin de les "rassurer" autant que possible, ce à quoi le policier ( très poli quoi qu’il en soit) m’a rétorqué que l’officiel de la voyance n’a rien d’officiel à proprement parler, et que je ne suis pas accréditée par la justice. Ils ont malgré tout pris soin de noter mes coordonnées, ainsi que les informations pour la localisation de l’enfant ». Le lendemain, nouveau contact : « je continue à recevoir sans arrêt la confirmation du lieu où se trouve l’enfant , au point que cela me parasite en permanence. J’ai donc contacté une nouvelle fois le srpj de Lyon dont j’attends des nouvelles avant ce soir. Je n’abandonne pas. » Le 10 février, elle insiste : « J’ai eu quatre ou cinq policiers différents du srpj de lyon au téléphone [...]. Cela fait trois jours que je leur ai indiqué le lieu très précis où l’on me confirme l’endroit où se trouverait le petit julien, et rien ne se passe. [...] Cela n’est pas bien compliqué de toute façon, il s’agit du pont frédéric Mistral sur lequel passe la N532, plus vers le sud et plus sur la cote ouest. [...] Peut-être qu’à force d’entendre parler de cet endroit finiront-ils par vérifier... »

Difficile d'être plus précis. Pour Céleste, l'enfant se trouve à proximité du pont Frédéric Mistral. Mais les choses vont évoluer.

EPISODE II : Au sud du port de plaisance (mais pas à 20km !)

Dans un article daté du 11 février, Céleste reprend le cours de ses recherches et indique : « Ne me trouvant pas dans la Drôme je me suis donc contentée d’une carte pour situer les premiers éléments pouvant correspondre : le pont F.Mistral sur lequel passe la N532. Après deux journées de tentatives (infructueuses à ce jour), par téléphone, auprès de 4 policiers différents du SRPJ de Lyon, une internaute ( Charlotte - "Ourse" ) se trouvant sur Valence propose de se rendre sur les lieux ». Charlotte, devenue la correspondante locale du journal de demain, indique : « Je viens d’aller me promener au port de plaisance (avec ses pontons qui ont l’air vraiment de radeaux). _C’est instinctivement le lieu qui me parle au vu de vos indices (hors plan). _Il y a bien un ponton F avec 32 places de bateaux (pile poil). _Il y a bien une chaine alimentaire près du port de plaisance ». Un nouveau plan est joint, et Céleste conclut : « Au vu de ces premiers résultats, nous espérons que la publication authentique de ces éléments, datés et enregistrés, convaincront la police locale de procéder à une vérification ».

Qui connait Valence sait que le port de plaisance « de l'Épervière » est à plus d'un kilomètre au sud du pont Frédéric Mistral (qui relie Valence et Granges-les-Valence, en Ardèche). Changement de lieu, donc. Oubliée la conviction affichée les jours précédents. Nouvelle communication à la police. Le lieu n'est plus le même, mais c'est avec une certitude inébranlée que Céleste est persuadée d'être sur la bonne piste. A ce moment de l'enquête, les enquêteurs fouillent les alentours du « lac des Petits Robins », à une vingtaine de kilomètres au sud de Bourg-lès-Valence. Céleste est convaincue qu'ils ne sont pas dans la bonne direction : « Par rapport au port il se situe au sud de celui-ci (mais pas à 20km !), et j’ai une notion de "pêche" en même-temps. [...] quand je me suis réveillée j’ai entendu : "port", "bateau" ». Elle continue à contacter les policiers : « il faut remonter le rhône vers le nord. J’ose espérer un nouvel échange avec le srpj de lyon, aussi constructif que le précédent ». Toujours dans ce même article, mais à la date du 17, elle indique : « J’ai reçu une vision hier me montrant que les policiers ne vont pas tarder à retrouver Julien. Cela devrait arriver sous peu, s’ils décident de remonter le rhône comme je l’espère. »

EPILOGUE

Le corps de Julien est retrouvé le 5 mars 2007 au barrage du Logis-Neuf, à proximité de Cruas, entre Valence et Montélimar. Le 9 mars, un article du « journal de demain » crie victoire :

« Sur la disparition du "petit Julien" de Bourg les Valence (Drôme)

Qu’en savions-nous le 7 février 2007 :
- Le 29 janvier un enfant de 3 ans a disparu mystérieusement de l’appartement familial d’un immeuble de Bourg les Valence (Drôme)
- Son père s’est suicidé après sa seconde garde à vue

Céleste, journaliste d’intuition, se penche sur cette disparition et transmet bien au JDD le 7 février :

- L’enfant se trouve dans l’eau d’une rivière
- Elle dessine un barrage

(L’enfant a été retrouvé dans le Rhône au barrage de Logis-Neuf au milieu de branchages (Le "Radeau" ?), commune de Baix, le 5 mars)

CQFD ? »


L'AVIS DU ZÉTÉTICIEN

L'enquête

La « démonstration » (CQFD) dont le Journal De Demain se réjouit est basée sur deux faits rapportés par Céleste : rivière, barrage. Oubliées les autres affirmations (qu'est devenue la « chaîne alimentaire ? »). Oubliées les certitudes sur le lieu (le pont, puis le port). Le journal écrit que Céleste aurait dessiné un barrage. C'est faux. Elle a dessiné un pont et assorti le mot barrage d'un point d'interrogation. Comment ce site peut-il faire d'un échec aussi visible une victoire revendiquée ?

Est-il étonnant que Julien ait été retrouvé dans le Rhône ?

Julien vivait à proximité du Rhône (à Bourg-Lès-Valence, près du cimetière). Dès le départ de l'enquête, c'est dans le fleuve que les enquêteurs ont cherché le corps de l'enfant. En quoi la contribution du JDD a-t-elle été originale ?

Est-il étonnant que Julien ait été retrouvé à un barrage ?

Dans un article daté du 1er mars 2007 et qui traitait de la recherche de personnes disparues sur plan, j'indiquais que le célèbre radiesthésiste Jean-Louis Crozier[1] nous avait expliqué ceci : quand on soupçonne que le corps d'une personne disparue se trouve dans un fleuve, on retrouve quasiment systématiquement son corps au niveau d'un barrage[2].

En quoi ce type de contribution peut-il poser problème ? Toutes les bonnes volontés ne sont-elles pas les bienvenues ?

C'est Céleste qui le dit le 19 février : « Je crois que la vraie difficulté consiste à convaincre des personnes fondamentalement rationnelles à considérer des informations qui échappent à toute logique...cela en ayant à l’esprit que l’ on prend un risque énorme : se tromper ! Et donc induire en erreur des services de police, avec toutes les conséquences que cela implique ». C'est effectivement le risque. Combien de Céleste pour contacter les enquêteurs à chaque disparition ? Ceux-ci doivent-ils prendre en compte les déclarations des médiums, radiesthésistes et/ou voyant(e)s qui sont tous persuadés d'avoir une information utile pour l'enquête ? Imaginons un instant que les pistes fournies par Céleste aient été systématiquement exploitées. Imaginons qu'il y ait 50 Céleste. A partir de combien de fausses pistes doit-on cesser d'écouter un médium ?

Il n'est pas impossible que, parmi la foule des personnes persuadées d'avoir un don, quelqu'un ait vu juste. Pourrait-on en conclure quoi que ce soit ? N'avons nous pas une vidéo dans laquelle un radiesthésiste réputé indique (lors d'une discussion sans rapport avec cette affaire, et pour cause : c'était en 2005) le lieu précis où le corps de Julien a été retrouvé ? Imaginez que nous mettions en ligne cette vidéo sans la dater précisément. Combien conclueraient à l'explication paranormale ?

Je me demande comment les enquêteurs réagissent face à des témoignages de visions, de flashs, etc. Les prennent-ils au sérieux ? Le mieux est de leur poser la question, je m'y colle. Et je vous tiens au courant, comme d'habitude. [Ajout du 13 avril 2007 : j'ai contacté le procureur et le juge d'instruction en charge de l'enquête. Je n'ai pas obtenu de réponse. J'ai pu contacter le directeur adjoint de l'état-major de la DIPJ -direction inter-régionale de police judiciaire- de Lyon vers qui les enquêteurs m'ont dirigé : il a refusé de me communiquer toute information, alors que mes questions étaient d'ordre général et ne portaient pas directement sur l'instruction en cours. Chou blanc, donc.]



-- Nicolas Vivant

PS : Je tiens à exprimer mon indignation sur un point. Au bas de l'article de Céleste daté du 18 février, la rédaction du Journal De Demain a placé un encart qui dit : « Tous les médias d’information et les enquêteurs considèrent aujourd’hui, à tort ou à raison, que l’enfant est décédé. Nous livrons donc maintenant les dépêches intégralement sans essayer de ménager les sensibilités ». J'ai un peu de mal à comprendre en quoi la mort supposée de l'enfant autorise le Journal à ne plus ménager les sensibilités (de la famille, notamment). Les autres médias ne ménagent pas la famille ? Et après ? Peut-on s'autoriser l'irrespect parce que d'autres ont été irrespecteux avant nous ? Ce n'est que mon avis, et c'est la raison pour laquelle il n'apparait qu'en post-scriptum, mais je trouve cela scandaleux.

[1] Coincidence : le point indiqué par Jean-Louis Crozier dans cette vidéo de l'OZ (Avril 2005) correspond justement au barrage où le corps de Julien a été retrouvé.
[2] Il y a 19 barrages sur le Rhône. Cf. : http://www.cnr.tm.fr/fr/vivre/amen1.htm

Plan général des lieux. Cliquez sur l'image pour accéder à un plan détaillé.

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